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Michel Serres et les horreurs du "présenciel", d@ns le texte

Haro sur la présence physique, pardon, le "présenciel". Vive le virtuel, source de paix, de connaissance, et de démocratie.

Derniers commentaires

Une émission passionante, vraiment, juste un petit mot pour dire un grand bravo à Judith et à l'équipe d'@SI
Bonjour,

En effet, je vous invite à prendre le temps d'aller sur un de ces deux sites et de vous régaler de son contenu :
--> edx.org
--> coursera.org

Ayant la chance de ne pas travailler ces derniers temps ;) je me suis inscrits à plusieurs cours en ligne et gratuit provenant du MIT, de Harvard, et Stanford. Rassurez-vous, le contenu est bien ciblé et vous n'avez pas besoin d'avoir eu la médaille Field pour participer.
Je vous avoue que j'ai été stupéfait par la qualité de l'enseignement, du contenu comme de la forme ! la qualité des orateurs valaient les meilleurs de me chers enseignants, et j'ai été tenu en haleine pendant tout le temps de ma formation tellement c'était excellent, ne voulant pas rater une miette du contenu.

Sans faire l'apologie exclusive du "distanciel", ayant vécu cette expérience d'apprentissage online pendant 4 mois, je suis super enthousiaste et je pense que l'enseignement passera par cette voie dans le futur pour le supérieur au moins. Vu l'engouement que cela suscite, j'ai même le sentiment que c'est déjà arrivé et que pour ou contre, c'est un débat passé. Il n'empêche en rien de faire des TD qualitatifs en présenciel par la suite...

Imaginez que partout en France vous puissiez avoir accès à des cours particuliers, tranquille de chez vous, gratuitement avec de profs motivés qui parlent avec passion de leur sujet de travail ! Il faut arrêter de s'émerveiller de la grandeur d'un enseignement traditionnel, nous avons tous eu des enseignants médiocres, qui ne connaissaient pas assez leur sujet et qui étaient dépressifs, car enseigner n'était visiblement pas leur truc !
Merci Judith pour cette excellente émission. Un vrai plaisir.
Il y a du "bon" dans le présenciel et dans le virtuel, et il y a du mauvais dans les deux aussi. Dommage que vous n'ayez pas souligné ce dernier aspect : Si le présenciel est générateur de conflits comme le soutient avec raison M. Serre, s'il peut finir par couper la communication, et le virtuel la rétablir, le virtuel crée également des situations conflictuelles. Avec internet sont apparues des pratiques de communication inexistantes dans le présenciel : Internet libère la parole et la liberté s'arrête là où commence etc.... et puis ce nouveau moyen de communication a ses propres effets pervers : vous pouvez permettre à d'autres d'assister à une conversation, à un échange sans que votre interlocuteur le sache ( mail transféré), les autres sont invisibles et pourtant ils sont "là", ils ont la preuve intangible de ce qui est dit. A moins de cacher ces autres, sous la table ou derrière les rideaux, ce qui n'est guère commode, le présenciel rend difficile ces situations qui se généralisent et sont génératrices de tensions notamment dans le monde du travail.
Eussiez-vous opté pour le théâtre Montmartre Galabru, où nous avons joué hier soir notre dernière représentation D'un retournement l'autre (Fred Lordon) devant une salle comble et euphorique, vous eussiez sans doute été moins déçue ;-) !
Salut à vous valeureux gaulois !


Hier, comme une débile has-been, je suis allée au théâtre. Comme souvent, j'ai été déçue (je suis moi-même dans le théâtre).
C'était Raush de Falk Richter. Bon pour moi ça n'allait pas très loin politiquement, aussi pas très loin politiquement que Serres m'emmène, seulement, ça disait le contraire. Ce qui fait que les divorces l'emportent sur le mariage, ça fait longtemps que c'est le virtuel évidemment. Et pas seulement le virtuel de monsieur qui sèche la baise hebdomadaire pour se branler devant son pc, le virtuel qui s'est imprimé dans ce monde, le monde du futur qui est déjà ici, maintenant. Pourquoi tu like pas mon profil ????
Et les indignés de se retrouver pour s'indigner, mais d'abord pour se retrouver ensemble, entre corps.


Pour ceux que ça intéresse ça donne à peu près ça : http://www.youtube.com/watch?v=oqPmT23sA2c


Et pour le reste, ce vieux monsieur n'est pour moi pas crédible une seconde. Je pense vraiment qu'il ne sait pas de quoi il parle. A l'occasion,il devrait regarder ce documentaire :

http://www.tux-planet.fr/un-monde-sans-humains/


(Et vous aussi surtout)



Au plaisir.
En ce qui concerne la forme, je ne vois dans cette émission qu'une suite de joutes verbales dans lesquelles Michel Serres gagne à chaque fois. Que Judith fasse du théâtre et que ça lui plaise, grand bien lui fasse, cela n'est qu'un argument anecdotique particulièrement faible (en plus d'être subjectif).

Dans le fond, il a raison, le présenciel c'est essentiellement du passé.
La résistance au virtuel est compréhensible mais irrationnelle et injustifiée.
Je sais pas si ça c'est passé banalement dans une chambre à coucher, ou au bord de la rivière sous un saule, ou sur la banquette arrière de la Delahaye, mais il a bien fallu, il y a quatre-vingts et quelques années, pour que tu sois aujourd'hui bien présent en face de Judith, qu'il y ait eu un minimum de présenciel entre ton papa et ta maman, non ?

Et pis d'abord, t'arrêtes de lui caresser le bras, à Judith. Sois cohérent, merde! Tu crois qu'on a pas vu ton manège, vieux hibou lubrique ?!
@qui veut :
A mes yeux, deux écueils :
- Angéliser les animaux et projeter sur eux un idéal de pureté qu’on regrette de ne pas trouver chez les humains. Perdre de vue que les espèces animales ont dans leur ensemble un but principal : la continuation de l’espèce dans des conditions optimales. (faire du gnangnan, quoi)
- Isoler l’humain de l’ensemble du vivant (soit en l’idéalisant soit en le diabolisant)

Ça ne sert à rien non plus de mettre de côté les observations qui ne nous arrangent pas.
Exemple : l’idée qu’on se fait d’une « bonne mère» : si on observe les comportements des oiseaux, ou des chiens pour rester dans un champ que je connais mieux, on voit bien que dès qu’un petit est affaibli, il est évacué. Sans cas de conscience.
Je pressens bien que les mots sont piégés, comme souvent, et que le sentimentalisme guette sur ce genre de sujet.
Mais, si d’une part je trouve l’ensemble du questionnement passionnant, il ne paraît pas du tout injurieux de laisser l’animal à sa place d’animal. C’est au contraire l’aimer beaucoup mieux, et lui garantir même davantage de bien-être et d’équilibre.

Exemples : notre compagnonnage avec les chiens.
Tous ceux qui élèvent leurs chiens avec des réflexes anthropomorphiques courent le risque de développer en lui de multiples troubles de comportement. (mais il aura de la peine si… mais il va croire que… mais ça va être trop dur pour lui de nous voir manger devant lui…Mais il va être jaloux si …). Meilleur moyen pour obtenir des chiens qui foutent la vie de la famille en l’air. (plus moyen de les emmener dans certains endroits, de quitter la maison sans qu’il démolisse des trucs, de le contraindre à dormir ailleurs qu’où il le décide, d’héberger d’autres enfants que les vôtres, impossibilité de lui faire accepter d’autres congénères …)
S vous le trouvez trop mignon dans le divan et que vous n’avez pas le cœur de l’en déloger – on verra plus tard - , il ne faudra pas vous étonner qu’il vous empêche un jour de décrocher votre téléphone. Ce genre d’anecdote dépendra de ses dispositions individuelles, vous ne les connaissez pas au départ. (Sauf si vous êtes au courant des tests sur chiots qui permettent de repérer les inclinations à la dominance et à la soumission par exemple).
Si , à l’inverse, vous savez vous servir de ce qu’on connait des mécanismes comportementaux naturels du chien, mieux vous serez en mesure d’exploiter ses tendances innées – nourriture, proie, imitation des congénères, signaux positifs, situations agréables, goût du jeu - , et moins vous aurez besoin de le contraindre et de hurler.
Parce que c’est toujours la même chose : pour qu’un chien présente le plus d’équilibre possible, il faut qu’il sache exactement quelle est sa place dans la hiérarchie. Et peut-être ceci ne vous plaira-t-il pas, mais ça passe par le conditionnement et l’exploitation habile de ce qui se passerait dans la nature avec sa mère et ses congénères. Face au chiot, rien de plus facile que d’obtenir la position « assis » sans violence quand le chiot ne vous quitte pas des yeux. Si vous répétez « assis » chaque fois qu’il s’est assis sans le vouloir parce que vous leviez ce que vous aviez en main (nourriture) et que pour ne pas vous perdre du regard, - comme les louveteaux avec leur mère - il tombe naturellement sur son postérieur, il aura vite enregistré la posture que vous attendez de lui quand vous ordonnez « assis » sans plus rien en main. Surtout si vous le félicitez abondamment dans un langage qui lui est agréable. Et si vous remplacez avec constance le mot « assis » par un son discret ou un geste codé, c’est pareil, vous n’avez plus besoin de hurler et de menacer pour vous faire obéir. . Idem pour tout le reste. (Marche au pied par exemple)
Les problèmes surviennent souvent dans les familles quand le maître est inconstant, change d’avis (il peut aller dans le divan, il ne peut plus) ou d’humeur, quand le chien n’a donc pas repères fixes. Ou quand les enfants grandissent, bousculant la hiérarchie en voulant se comporter comme des adultes et en modifiant leur rapport à l’animal. Celui-ci peut mordre alors parce qu’il conteste à l’enfant la place qui jusque là n’était pas la sienne en lui donnant des ordres inédits avec des attitudes et postures inédites.
Les chiens dominants, contrairement à ce qu’on croit souvent, présentent moins de danger que les autres parce qu’ils sont sûrs d’eux. Bien éduqués, ils sont remarquablement stables. (Et c’est encore mieux quand on sait que le mime de la relation sexuelle sur votre jambe n’est pas l’indice que votre chien est obsédé (anthropomorphisme) , mais qu’il exprime un réflexe de dominance).
Mais tout ceci repose quand même sur l’idée que le chien est subordonné à son propriétaire, parce que l’homme est capable de décoder son langage.
S’il ne le fait pas, c’est le meilleur moyen d’ouvrir la porte au monde des troubles comportementaux – l’hyper-attachement, c’est le plus classique - , assortis de tous les dangers.
Tout ça pour démontrer qu’une bonne connaissance du mode naturel de fonctionnement des chiens (prévisible, donc) permet de les intégrer au mieux à la meute que deviendra pour lui votre famille.
Evidemment, après tout ça, l’intensité, la qualité des liens et de la complicité que vous tricotez avec lui/eux dépendent de tas de paramètres qui relèvent de nos vies quotidiennes et de ses dispositions spontanées. (races très proches encore de leurs origines, races modifiées par l’homme, races dégénérées pour cause de rentabilité d’éleveurs pas du tout scrupuleux, bâtards, chiens à la mode et adoptés dans des contextes pas du tout appropriés à ses besoins …)
J’évoquerais bien le cas particulier des chiens-loups tchécoslovaques et des Sarloos, mais ce message est déjà beaucoup trop long.
Et comme je brasse des généralités, possible que ceci semble inutile d’être écrit tellement ça va de soi. (Quand même, quand je regarde autour de moi…)
Mais au moins, j’aurai tenté de clarifier ma position par rapport à la relation homme-chien. Aujourd’hui.
(Dans mon cas particulier, bien que je sois du genre à adopter des animaux à la SPA, j’ai pour l’instant trois chiens relativement onéreux – ça, c’est lié à la plus jeune de mes filles – et, pour préciser un truc important : c’est moi le chef de meute - on considère classiquement que trois chiens, c'est le début d'une vraie meute - . Ça n’a pas toujours été le cas, mais bon, je vous raconterai ma vie une autre fois.
Soit. Juste pour préciser que je ne parle pas à la légère, ni de manière théorique. Comme c’est un choix pour lequel je n’ai a priori guère les moyens, - je veux vraiment vivre avec des chiens - je précise par exemple que ma voiture a vaillamment plus de 17 ans )
@huetantpis : M'enfin ?

Ce n'est pas la première fois que je me "détermine" à abréger ainsi la vie de mes compagnons "canidés
Sauf que votre décision n'est pas issue d'un quelconque déterminisme.
Vous avez choisi. Et il n'y a que vous qui êtes en mesure de peser quels éléments l'ont emporté dans la décision finale.
Quand des oisillons sont balancés du nid par leur mère parce qu'ils sont trop faibles ou fragiles, il ne viendrait à l'idée de personne de l'accuser d'être une mauvaise mère (sauf anthropomorphisme) : elle obéit, sans cas de conscience torturant, à sa fonction : elle prend soin de ceux qui ont le plus de chance de perpétuer l'espèce dans des conditions optimales. Et elle ne le SAIT pas. N'importe laquelle de ses congénères aurait la même attitude. Prévisible.
Vous, vous prenez des décisions en conscience. Parce que vous êtes un humain. De l'espèce qui prend soin des plus faibles, des inadaptés, des handicapés, des vieux. (enfin, dans le meilleur des cas). Et qui peut choisir d'épargner des souffrances à son chien s'il estime que c'est mieux.

Et si je suis assez sensible à votre émotion, ça ne me dispense pas d'un léger agacement devant l'évidence récurrente que nous ne parlons pas de la même chose. Non seulement vous formulez vos phrases de manière accusatoire, mais je ne me reconnais pas du tout dans le portrait qui se dessine de moi dans vos interventions.

Tout l'intérêt de cette discussion, comme je l'ai perçue, c'était d'évaluer dans quelle mesure l'humain a une composante animale et déterminée (voir l'éthologie par exemple), bien plus importante qu'il ne le croit, d'une part. ("Nous sommes comme les animaux". Avec quelques réserves par rapport à des contresens classiques; "Il ne pense qu'à ça, c'est un porc". Faux. C'est parce qu'il y pense qu'il s'éloigne de l'animal).
Et d'autre part, d'évaluer chez les autres espèces vivantes la présence de caractéristiques qu'on a longtemps cru n'appartenir qu'aux humains, sans tomber dans le piège de l'anthropomorphisme. (langage des dauphins, élection amoureuse et fidélité, y compris parfois dans des relations homosexuelles...). ("Ils sont comme nous, juste un peu moins intellectuellement développés". Ou non.)

Donc, de s'interroger à propos de la nature de l'homme et de son exception en regard des autres espèces (sur)vivantes (ou non).
Raison pour laquelle juxtaposer divers moments de l'évolution pour en isoler une constante (imagination par exemple) n'a rien à voir avec votre accusation d'anachronisme. Ce reproche me paraîtrait recevable si j'attribuais à des ancêtres des questionnements de nature psychanalytique par exemple.
Non plus recevable l'accusation de confusions spirituelles. Evoquer que ce questionnement est un peu plus complexe aujourd'hui que quand l'ensemble de l'Occident était persuadé que Dieu avait créé l'homme au centre et tout le reste autour n'a pour fonction que de souligner combien le champ de la réflexion s'est complexifié.
Mais soit, de toute façon, Boris Vian m'attend, j'ai déjà pris pas mal de retard, j'y retourne.
(Je repasse plus tard si vous êtes toujours dans le coin, j'ai quand même quelques commentaires à formuler sur différents mots que vous avez employés.)
N'est-ce pas la femme de Jean-Pierre Bacri (dans "Le goût des autres") qui a choisi le papier peint de Michel Serres ?
Excellent opus. Merci beaucoup à Judith Bernard.
"plus sa vat et moins je suporter les manière de daicadrer et de bougé des filmeur de @rré sur image ! An fait ils filment comme j'écrit !"

et leur filmage est aussi illisible que ma manière d'écrire et de m'exprimer. Lorsque je paye l'abonnement d'@rret sur image, je paye pour la qualité des textes, celle des contenus (parfois discutables), la qualité du son mais aussi celle des cadres et images. Je me sens floué !
Encore une fois Madame Judith Bernard n'a pas travaillé son sujet, n'a pas lu les livres de Michel Serres (ou pas bien) comme les recadrages incessants et nécessaires de Michel Serres nous le prouvent. Est-ce un jeu ? Est-ce pédagogique ? Fait-elle exprès pour mettre encore plus en valeur son interlocuteur ?
La pensée de Michel Serres supporte évidement la critique pour peu qu'elle émane d'une personne capable de lire ses livres.
Rien que l'opposition Bernard Stiegler / Michel Serres était ridicule et symptomatique de l'absolue non compréhension du sujet. Si on peut les opposer sur la forme il faudrait être compétent (capable de comprendre ce qu'ils disent) pour les opposer sur le fond.
Vraiment je suis bien content de ne pas être étudiant de Madame Bernard. Je ne suis pas étonné que ces étudiants soit angoissés.
Elle sait définir la pensée, elle sait enseigner le discernement. Mais elle ne connaît pas l'humilité. Quand on a un des meilleurs en face de soi (présenciel) on travail un peu avant. Ça me semble être le moins qu'on puisse lui rendre.
Non vraiment il faudrait une personne compétente pour faire cela, et non pas un étoile morte avant d'avoir brillée, à moins je le répète que tout ceci ne soit fait exprès.
Ce site a de moins an moins d'intérêt pour moi.
Pourquoi ces invités qui passent déjà dans toutes les émissions de TV et Radio?
- FoG, peut-être invitera-t-il Daniel dans une de ses futures émissions ...
- Mr Serres parce qu'il est dans le besoin (il se classait dans les "Pauvres" chez Taddeï, c'est dire s'il est déconnecté des réalités ... )
quel people à venir ?
Michel serre, je connais pas ce gars'(mais avec internet, je devrais trouvées,:-))

je me fies à vos post(c'est chô), ce qui m'oblige à m'interroger, chercher, là, internet est un nouveau support, rapide, diverse,

quoique, je pense que dans l'avenir et un peu now, cette accessibilité va être cloisonnée, monnayer, et on reviendra comme avant, seule quelques personnes, et une information trier, expurger, conformer, j’espère me tromper, ;-).
Sans le présenciel, le virtuel n'existe pas. Alors que sans le virtuel, le présenciel existe.
Donc si on veut leur donner un rang, la supériorité de l'un par rapport à l'autre ne fait pas de doute. Pourquoi en discuter?

Le virtuel est comme une ombre, un contraste, une couleur. Il est inclus dans le réel, le met en valeur, en relief. Ce virtuel qu'on loue ou blâme existait avant internet, l'informatique et les images de synthèse.

le virtuel peut nous apporter un plus, on ne peut pas le nier.
Et si Merkel rit, à quoi Michel sert ?
Bonjour,

J'ai été intéressé mais pas complètement convaincu par le concept de "système vivant".

Quelqu'un aurait il de la littérature, si possible de M. Serres pour connaitre le fond de sa pensée sur le sujet, pour m'en dire plus sur ce système d'autant plus vivant qu'il est "mal foutu"?

Merci pour votre aide
Jean-Christophe
Merci, Judith, pour cette émission passionnante qui, à elle seule, justifie le prix de l'abonnement.
On ressent l'impression de sortir d'un long tunnel, progressivement la lumière se fait et puis brusquement, nous voilà tout éblouis grâce à lui et grâce à vous. On aimerait évidemment que ces petits bonheurs, pas du tout virtuels, soient plus fréquents. Vivement la prochaine émisssion.
Il m'a semblé que, par moments, Michel Serres a égratigné très légérement votre ego mais impossible de lui en vouloir, il est brillantissime !
Bravo à vous pour le soin, le temps pris à décortiquer, analyser, résumer, stimuler notre envie de lire encore et toujours. La qualité de vos émissions provient également de la durée de l'entretien permettant à chacun de préciser, développer sa pensée sans la trahir. Ce format utilisé par Bernard Pivot, en plus de la qualité des invités, faisait l'attrait de ses émissions littéraires.

Quel dommage que cet essai ne soit pas en accès libre sur Internet ! Pourquoi la réflexion, le savoir devraient-il encore être payants ?! La recherche financée par les contribuables sera bientôt mise à la disposition de tous.
En attendant de trouver ce livre à la mediathèque, je réécouterai cette émission avec grand plaisir.
BONNES VACANCES
PS Personnellement j'écrirais présentiel (présence) comme présidentiel (présidence).
Quelle bonheur !
Merci pour cette émission. Revigorante. Passionante. Eclairante.
Ahhhh Judith, dans cette première une émission hors plateau soit "présencielle", finir sur l'idée que finalement, une visio-conférence aurait tout autant fait l'affaire...
Fulgurance de la pensée de Serres sur les conditions de l'émergence du Droit - et donc de la nécessité de sortir des cadres pour penser le droit nouveau.

Je demande humblement que cette émission soit déclarée d'utilité publique pour pouvoir la partager autour de moi...
Encore merci @Judith et @asi.
Je ne connais pas Serres. J'ai eu un aperçu de sa pensée (point de vue rare d'un octogénaire sur les nouvelles technologies) avant qu'il ne se referme.
Il me semble que Serres est peut être l'un de ces penseurs qui ne recherche pas la vérité mais la fantasme. Evidemment, pris au pied de la lettre, il a tort. Il est très facile de lui rétorquer que le présenciel c'est super bien parce que moi je fais du théâtre et que j'adore ça. Mais cela n'a aucun intérêt. C'est un peu comme dire à Van Gogh que c'est un con parce qu'il a peint un ciel en vert alors qu'en vrai il est bleu. Qu'un type peigne un ciel en vert ne cesse de m'intriguer.
Ce que je retiens de cet entretien : une walkyrie qui met une raclée à une petite poucette.
Merci ! Merci ! Merci ! Le débat est trooop cooool sur ce forum ! Il reste un maaaax de taff koi ! Kikool loooollll !!!!

Petite Poucette :D !
Une émission que je ne regarderai pas.

Michel Serres m'apparaît trop installé, trop gnan-gnan, trop bateau.
Juste pour être désagréable, Michel Serres est un poète horrible. Je l'ai vu, et surtout entendu, l'été dernier à Lectoure, dans une église (c'était peut-être une cathédrale, qu'est-ce que j'en sais?). Il y donnait une lecture d'un de ses derniers ouvrages ("Biogée", le titre déjà...), accompagné de Béatrice Uria-Monzon qui poussait la chansonnette entre deux extraits de son bouquin. (Je me demande encore comment j'ai pu me laisser convaincre d'assister à cette mascarade, le principe-même suintait le bourgeoisisme cucul-turel et touristique, mais bon, j'ai parfois du mal à dire non aux gens que j'aime). Après 5 minutes de sa voix monocorde ânonnant une prose épaisse, j'avais déjà compris que mes craintes étaient fondées. Les 90 minutes suivantes furent un supplice cruel, même pas adouci par les interventions chantées de la cantatrice. Rien ne dissipa l'ennui colossal, la fatigue intense, la torpeur existentielle qui m'avaient saisi dès les premiers mots. Affreux.
Depuis, Michel Serres, c'est niet.
Tout ça pour dire que je n'ai pas encore regardé l'émission, malgré Judith.

Ce message a été supprimé suite à la suppression du compte de son auteur

Je n'ai pas tjs aimé ce que disait Mr Serres. Mais là, je suis entièrement d'accord avec lui. J'ai 63 ans et j'utilise le virtuel. J'attendais que quelqu'un formule, mette en forme ce que je ressentais de puis longtemps. C'est difficile d'accepter que l'impermanence soit la Vie.
On invitera le cyborg Serres à lire cet excellent texte de Muglioni sur la mémoire et le lien humain: http://www.mezetulle.net/article-memoire-et-lien-humain-par-j-m-muglioni--43858567.html pour qu'il évite ainsi d'émettre des sornettes sur la mémoire en se basant sur Montaigne et sa citation sur la tête bien faite. Une tête vide ne peut être une tête bien faite, il n'y a pas de lien humain sans mémoire. Vraiment, plus je l'entends plus j'aii l'impression de regarder un sous-BHL avec les mêmes approximations et les mêmes doctes affirmations. Je ne sais pour l'epistemologie mais sur la modernité on ne fait guère plus médiocre.
Peu de gens m'énervent autant que les satisfaits et les jeunes cons béatement optimistes. Serres en fait partie : c'est un vieux content, content de son époque, content de l'avenir, content de tout. Là où la vieillesse pousse à la sagesse, nous avons Serres, sorte de phénomène grotesque qui fait l'éloge de toute l'écume du monde et de ses crasses.

Pour Serres, lu dans un autre article, le monde il est beau il est gentil, et il sera plus beau et plus gentil. Il est beau il est gentil, grâce entre autre aux merveilles de la Science, de la Technique, donc du Progrès. On n'avait pas fait plus plate éloge progressiste depuis les néants ambulants du libéralisme. Les gens sont plus beaux! Il n'y a plus de guerre! Quel chouette monde! Vive le virtuel de l'internet!

Je n'ai pas vu encore l'émission mais je connaissais déjà un peu le personnage, et cette description n'a fait que confirmer mes pensées sur cet illustre nul. Quand je lis cela, je me rappelle de ce que disait Jérome Leroy à propos de deux de mes références, Bernanos et Orwell : Orwell (1903-1950) et Bernanos (1888-1948) : ces hommes sont des contemporains qui ne se sont jamais croisés. Ce n’est pas très grave, l’un comme l’autre n’étaient pas de leur temps et partageaient malgré tout le seul point commun qui vaille pour les écrivains qui dureront : une allergie métaphysique à leur époque. Ce point commun conditionne tout le reste : les désespoirs, les colères, les refus, une certaine façon d’être au monde pour témoigner de l’horreur de vivre et de l’honneur de vivre, au siècle de la mort massifiée.

Il n'y a pas plus conformiste et moutonnier qu'un progressiste tel que Serres, qui illuminé par le culte de la Machine, de la Science, de la Technique, croit que tout ira bien mieux, et que les vents dominants, parce que mouvements, nous emmènent vers des cieux de félicité. Après tout, "les gens sont plus beaux aujourd'hui" pour le citer.

Lisez donc son éloge de l'internet : "Vive Internet, qui auto-régule ses propres erreurs, autorise le profane à contester le spécialiste, et met le malade au niveau du médecin. Serres pousse même cet amour du virtuel jusqu'à accabler de tous les défauts ce qu'il appelle les "anciennes communautés": classes chahuteuses des collèges et des lycées, partis politiques impuissants et ingouvernables, et même...". Vous ne faites pas plus libéral que cela : haîne de la "sociabilité primaire" (Caillé), éloge de l'auto-régulation spontanée (on croirait entendre un néolibéral nous parler de "l'ordre spontané", pas étonnant d'ailleurs que le fondateur de wiki ait pour idole l'ineffable Ayn Rand), négation de la médiation nécessaire à toute société (le malade égal au médecin, il faut le lire pour le croire, d'ailleurs je ne serais pas surpris qu'il soit un de ces pédagogos portés sur l'éducation spontanée des enfants, "égaux des profs"...), etc...

Mettons donc les points sur les i. Au risque de paraître réactionnaire, je postule avec vigueur la folie de la virtualité. Qu'il aille donc lire Baüman et ce qu'il dit sur cette fameuse modernité liquide ! Le virtuel, c'est l'absence de limites, càd le règne de la sauvagerie illimitée. La liberté, les Grecs anciens l'avaient compris, se définit aussi par la limite, or le virtuel n'en a pas. Il y a donc de bonnes raisons de se méfier a priori de l'internet. Et de biens meilleures a posteriori : internet, c'est la loi de la jungle, c'est la publication libre et libérée de toutes les saloperies interdites tant par les contraintes sociales que par la loi notamment grâce à l'anonymat (et anonymous, qu'apologient les naïfs, les niais et les ignares, est l'archétype même d'un groupe nihiliste, il suffit d'un peu connaître la philosophie de ce mouvement où d'y avoir participé sur internet pour comprendre - je comprends), c'est la combinaison d'une mémoire quasi infinie (ordinateurs) et quasi nulle (humains), le temps présent permanent, l'absence de long terme (on ne construit pas une oeuvre avec internet...), c'est 4chan cotoyant le forum d'arrêtsurimages quoi. La limite, absente du virtuel et de l'internet, c'est pourtant aussi ce qui protège le faible du fort (Debray), qui permet une coexistence harmonieuse et la diversité.

Un monde fait de virtuel est un monde voué à la fin de ce qui est Homme dans l'homme, on ne construit pas la sociabilité, donc le socialisme, avec des écrans. C'est par la relation charnelle et réelle que l'homme se fait Homme, développe l'empathie, un rapport à l'Autre qui à la fois le sociabilise et lui permet l'expérience de la limite que lui impose cet Autre, le meilleur frein à l'égoïsme narcissique de masse de notre époque. L'ami Serres ne semble pas remarquer, dans son extase mystique, tous les dégâts issus de cette modernité débridée, cette postmodernité : déliquescence du collectif, explosion du narcissisme (v. Lasch) avec les conséquences que l'on connaît (culte du jeunisme, de l'apparence, du moi-je, cynisme de masse, ...), culture de masse se substituant de plus en plus à la fois à la culture populaire et à la Culture, tribalisation des sociétés (communautarisme, replis identitaires,...), autonomisation en croissance constante de toutes les disciplines de la connaissance en particulier la techno-science, érigée en culte postmoderne, etc... Sans parler des affres purement matérielles de notre temps, chômage rampant, misère abominable, destruction de l'environnement, délocalisations massives et financiarisation de tout (bah oui hein, vlà aussi le bel apport du virtuel et de l'internet : le temps-zéro de l'ordinateur, le court-termisme, le no limit du libre-échange mondialisé et du capital financier,...).

Alors contre les sornettes du philosophe Serres, je préfère réhabiliter ces "vieilles lunes mortes", ces lunes mortes qui ont fait l'Humanité et que tout VERITABLE socialiste ne peut que défendre face au règne impitoyable du virtuel, univers des dominants par excellence. Je le pense de plus en plus, quiconque se satisfait voire encense l'époque actuelle et son mouvement, ne peut qu'être un sot, ou un ennemi véritable de l'Homme, donc du socialisme. Il n'y a pas de common decency dans le virtuel.
Pauvre Guy Debord ! Lui qui avait justement expliqué – contrairement à une idée facile –, que « le spectacle n’est pas un ensemble d’images » ! Le spectaculaire contemporain ayant au contraire plusieurs traits comme le renouvellement technologique incessant, la fusion étatico-économique, le secret généralisé, le faux sans réplique, et un présent perpétuel. Et voilà une tentative de digestion – défécation de l’œuvre de Debord par celui que je nommerais ici : le maître des cyborgs, Michel Serre.

[large]La rationalité comme première caractéristique du discours macabre postmoderne.[/large]

Michel Serre approuve en introduction le qualificatif « enthousiaste » de Judith Bernard et ajoute « C’était beaucoup mieux avant, ça a fait 150 millions de morts. Et ce nombre de cadavres m’incite à penser que c’est beaucoup mieux maintenant, où on vit – et je le dis dans le livre -, 65 ans de paix. » L’angoisse actuelle serait due aux « marchands d’angoisse » de la « société du spectacle » selon Michel Serre. Internet nous mettrait ainsi dans une position active, participative. Nous aurions accès à la connaissance.

Il faut être absolument malhonnête pour ne pas reconnaître que le mythe du progrès s’est effondré, que le futur n’est plus porteur d’espoir mais menaçant, selon l’analyse condensée et percutante de Miguel Benasayag.

Michel Serre déplie ici son analyse sur fond de rationalité sèche. Il récuse l’altérité, le dialogue et la confrontation avec l’autre, pour promouvoir le monde aseptisé, mesurable et objectivé d’Internet (« Vive la science » dirait Tristan Le Gall). Merde à la vie ! nous dit-on en quelques sortes.


[large]Le consensus généralisé comme seconde caractéristique du discours macabre postmoderne.[/large]

« Le présentiel est la meilleure et la pire des choses mais le virtuel est également le meilleur et la pire des choses. » On y est : il n’y a plus de hiérarchie, plus de discours politique (c’est-à-dire un discours de valeurs, comme l’explique de façon bien plus claire et amusante que moi Franck Lepage dans une vidéo accessible sur la toile – ça plairait à Michel Serre) : tout se vaut.
Michel serre remet ainsi en question « la verticalité, du hiérarchique, de l'imposition au profit de l'horizontalité/transversalité, de l'équité et de la collaboration » comme l’a très bien analysé yG.
D’ailleurs, vers la fin, Michel Serre répondra très clairement : « vous dérivez vers le politique et ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse c’est la technologie. »
On retrouve évidemment cette « modération » chez les @sinautes : « tout est la fois bon et mauvais, selon l'usage » (yG) ; « Comme quoi, effectivement, présentiel et distanciel, peuvent être la pire et la meilleure des choses » (JM)
Et Michel Serre qui ajoute cette chose terrifiante, à savoir qu’il a observé que les relations « étaient meilleurs » entre le papa ou le fils, dans le couple, via le portable. Le refus fondamental de la contradiction, du conflit, voici le second trait du discours macabre postmoderne, que Cornelius Castoriadis a très justement nommé le consensus généralisé.



Voici donc cette époque sombre que salue Michel Serre : une époque de pensée scientifique et technologique qui refuse les oppositions, une époque de glorification de l’homme déterritorialisé, flexible, évaluable et autonome.

À rebours de cette pensée aseptisée, je proclame vive la vie, avec ses passions, ses désirs insatisfaits et sa pleine subjectivité.
Je suis pas sur que ce monsieur soit trés bien placé pour juger des bienfaits d'internet. Il a vecu une vie longue et bien remplie dans le "réel" avant de découvrir le "virtuel", et je ne suis pas sur qu'il soit conscient des dérives que cette seconde vie virtuelle peut générer. J'ai 25, et j'ai grandit et changé avec internet et je ne crois pas que cela m'ait été trés bénéfique...
Moi je retiens l'utérus proposé aux Suisses, ça me paraît bien résumé la réflexion anachronique de ce monsieur qui fait du bien, le fait d'être déjà loin du présenciel est une réalité cela ne veut pas dire que nous l'avons complètement perdu, cf les key notes "internetisées" de feu Steve Jobs et relayées sur twitter et autres réseaux sociaux. En revanche le contact humain dans tout cela reste la vrai question, ne vit on pas nos projections internes dans le virtuel plus intensément, je pense bien sur que les nouvelles technologies nous attirent pour cela, elles sont donc désormais difficile à contrer car leur attraction est très forte surtout pour la génération de petite poucette! Le présenciel se voit relayé au rang du spectacle, des émotions fortes, de l'intensité d'un moment mais il ne structure plus le quotidien de cette nouvelle génération.
Merci Judith pour cette belle émission
Ah Judith Bernard, vous avez la connaissance du théatre, pourquoi tant de hargne dans le dialogue, attention à vos émotions...passionnées?
Questionnement très souvent contre, avec la certitude du vécu revendiqué, face à des réponses avec justifications fatiguées presque, tirées d'une autre expérience...
N'y a t'il pas moyen d'un dialogue plus qu'une interrogation orale d'un "étudiant" passant sa thèse?
Combien d'explications coupées en plein vol, à la recherche d'une faille...
Grand merci à la patience de Michel Serres, de très interressantes pensées de sa part.

Et vive la complémentarité, tout ne s'oppose pas forcément pour rechercher l'essence d'une parole ^^
Et puis l'évolution humaine, par appropriation avance, peu à peu...
Bonjour
Consternant, Michel Serres plus à rien, il aurait mérité d'être pulvérisé.
Quelle superbe émission !
J'ai adoré les questions de Judith Bernard et les réponses de Michel Serres.
Et donc finalement je suis assez désemparé.
En effet je suis bien forcé de constater dans ma pratique quotidienne qu'il faut remettre en cause mon approche et en même temps je ne suis pas convaincu par la justesse de l'approche pédagogique associée aux nouvelles technologies.
Sur l'expérience du professeur de Français qui s'est amusé à "pourrir" (c'est son mot) Wikipédia, je suis très dubitatif : méthode et conclusions me semblent erronées. Pour ceux que ça intéresse, j'ai exposé mes arguments sur mon blog.
On ne peut pas ne pas être intimidé face à la prodigieuse érudition d’un homme -qui est au demeurant la contradiction vivante de ses propos-. Il est l‘exemple vivant de ce que le présentiel,- je préfèrerais un mot moins savant, le frontal- peut inséminer dans l’esprit d’un lecteur, auditeur. La théâtralité est une composante de toute pédagogie (Judith a eu raison de le faire observer), de tout apprentissage, elle n’est pas forcément le paravent des mauvais profs, mauvais médecins... mauvais dirigeants. On ne mettra pas sur le même plan la théâtralité d’un Mussolini,d’un Hitler... et la théâtralité Gaullienne... ou dans le domaine strict du spectacle la théâtralité brechtienne.
Mais le côté nietzschéen ou dérydien de Michel Serres, ou -s’i ne veut s’inscrire dans la lignée des grands déconstructeurs, démystificateurs- son projet pédagogique semble bien de remettre en cause les évidences paresseuses, les courants de pensée qui dérivent à la surface de l’actualité. Les pensées vivantes, actives ne craignent pas le paradoxe, elles peuvent s’en nourrir, donner accès au sens. A titre d’exemple, Nietzsche grand pourfendeur du ressentiment et de la religion, se portant au cri de « Le Christ !... le Christ ! » au secours d’un cheval fouetté par son cocher. Plus proche de l’auteur, l’analyse dans l’Incandescent du devenir minéral mettant à mal la représentation de la roche comme symbole de solidité, de pérennité.
Il est bon que périodiquement soient remis en cause les systèmes établis comme l’avait fait Julien Benda, au début du siècle précédent dans sa Trahison des Clercs, que soient dénoncées leurs insuffisances. En matière d’éducation Michel Serres est fidèle à des idées au long cours. Voici dix ans, peut-être plus (je suis à un âge où les perspectives temporelles s’écrasent, effet téléobjectif !) Michel Serres avait évoqué un projet d’enseignement informatisé facilitant, fluidisant, autonomisant la diffusion de savoirs. Le défaut de tout système, éducatif ou autre, est de plus s’auto-entretenir que de faire évoluer sa fonctionnalité. Le médecin ne doit-il pas devenir progressivement professeur de santé, le professeur coach pédagogique ? Cela règlerait au passage pas mal de problèmes, serait facteur d’équilibre psycho-social, l’individu, la personne, la famille, gagnant esprit de conquête, tonus lié à la sensation de maîtriser son destin !
Mais quitte à sortir du sujet, vu les circonstances, je suis étonné, et je regrette, que Michel Serres n’ait pas voulu aborder les problèmes d’organisation politique, en l’occurrence notre système électoral kafkaïen. Je n’ai jusqu’à présent pas entendu un seul journaliste remettre en cause ce système à deux tours, qui conduit à des parachutages contestables et contestés, des arrangements enlevant du poids aux professions de foi, jetant d’abord l’anathème sur un parti et sollicitant ses électeurs au second tour ! Cela prolonge indéfiniment les périodes électorales, pousse ensuite par incertitude, lassitude l’électeur à s’abstenir.
Pourquoi ne pas adopter un compromis entre le système anglais et le système allemand : système uninominal à un tour avec décompte national des voix permettant aux formations politiques représentatives, d’avoir avec des députés de liste, accès au parlement sans alliance douteuse ou contre-nature ? Pour éviter les marchandages type 4ème République, il faudrait simplement donner au parti ayant le plus d’élus directs un nombre de députés de liste lui permettant de constituer une majorité gouvernementale ! Et pourquoi ne pas coupler les élections législatives avec le second tour des Présidentielles ?
Super, je vais trouver le livre, car vraiment Serres ouvre des boulevards à la réflexion.
Merci Judith
J'AIME et je re-TWEET ! En revanche ces têtes que nous avons en main ou que nous posons sur nos bureaux réclament aussi leur litres de sang et leurs esclaves, comme autrefois les nations réclamaient leur chair à canon. Combien d'enfants sont morts dans les mines de Coltan en Afrique, combien de chinois ont été transformé en bête de somme pour que nous puissions, nous les européens pacifistes, poucer notre virtualité en toute quiétude ?
Bonjour,

Judith, une question sur le choix du support choisi pas M Serres pour ses écrits n'aurait-elle pas permis de le mettre face à une contradiction ?
Peux t-on trouver son texte en version téléchargeable ou virtuelle ?
Encore un grand moment de masturbation mentale et de "jeunisme" bien commercial (il y a un livre à vendre).
Très creuse la philosophie...
thématique interressante, mais le discours de Serre est très réducteur et sans nuance, infondé empiriquement et avec trop de pralogismes pour être convaincant (tout comme les discours des déclinistes). Pour un épistémologue c'est dommage...
Ah merci Monsieur Serres. Enfin quelqu'un qui la remet à sa place...
J'ai trouvé l'émission passionnante .Michel Serres étonnant de jeunesse et de lucidité.Judith m'a donné envie de me procurer ce livre.Ce sera ma modeste contribution à ce forum......
Très belle émission. On apprend toujours avec Michel Serres.

Mille exemples nous démontrent qu’on a besoin des deux comme dans le télétravail ou le télé-enseignement par exemple.
Je viens de faire une pause dans l'écoute et je reprends quelques citations à chaud, qui m'invitent à réagir !

E.M. nous dit que Judith a fait son éloge de professeur ! Alors que depuis le début, j'ai le sentiment que lui même fait son éloge de chercheur ! Il en est Agaçant ! Cet homme projette de l'orgueil comme d'autre projettent de l’agressivité au point de nous rendre agressif !.

Le présentiel c'est bien... Parfois !
Et de citer un bon professeur de mathématique et un mauvais professeur d'anglais.
Est-ce à dire que tout ceux de sa classe sont devenu des bon en mathématique et des mauvais en anglais.
Argument non recevable !

Aller je reprend mon écoute !
Bravo Judith !
Pour atteindre des sommet d'intérêt sur le fond, on touche le fond du non intérêt audiovisuel. Non mais sérieux les gars, je veut bien que vous soyez fauchés, je veut bien que vous vous foutiez de faire les choses bien, mais la, autant faire directement de la radio vous vous prendrez moins la tete pour la même chose.
Peut être hors sujet mais comme j'ai lu "Qui trop embrasse" en y repensant je me dis que Judith est décidément une femme bien complexe ^^. Dans ce livre il est notamment beaucoup question du corps et des relations "présentiels" et de ce qui peu en résulter. Notre Judith est une créature délicieusement hybride ^^ bien encré dans le présentiel dans des environnements qui flirt avec le virtuel (Elle écrit, elle joue la comédie, ce n'est donc pas vraie et pourtant si réel, elle analyse les médias). Même si la question a été éludé peut être que elle est d'autre "quadra" représente cette transition, cette interface entre un monde et l'autre. Qu'allons nous faire de vous ?! ^^
..bien encré dans le présentiel

Joli lapsus ...
Ne vous inquiétez pas ;-) Moi je sais très bien quoi faire de moi ! En ce qui me concerne, je me décrirais comme une omnipratiquante : pratiquant massivement le virtuel ET le présentiel. Je ne les oppose pas, je les conjugue. Je les explore, les exploite, même, au maximum de leurs possibilités. Et je regrette, justement, d'entendre les uns et les autres (et Serres en premier) se sentir obligés de les opposer pour vanter l'un contre l'autre.
Michel Serre décrit une évolution : Quand il y'a davantage de virtuel il y'a forcément moins de présentiel! Depuis Cro-magnon qui, je le rappelle, avait exactement le même cerveau que nous, il y'a une sorte de direction irrésistible vers le virtuel. Cro-magnon était 99% présentiel nous le somme à 20%.
2ème proposition: Ne pensez vous pas que que ce passage du présentiel au virtuel va plutôt, globalement, vers le meilleur (même ci la courbe est évidement en dent de scie)?
Michel Serre ne dit rien d'autre, je trouve les anecdotes personnelles que vous choisissez à coté de la plaque, vous regardez par le petit bout de la lorgnette quand il faut considérer 80000 ans d'humanité.

(...) Et je regrette, justement, d'entendre les uns et les autres (et Serres en premier) se sentir obligés de les opposer pour vanter l'un contre l'autre.

Si je puis me permettre, dans votre échange, c'est vous qui êtes allé vers un éloge du présentiel comme si il fallait le défendre contre les nouvelles technologies et en semblant faire un procès d'intention à Michel Serres.

Retranscription (très) approximative à partir de 25' 50'' :

Judith : Si on est dans univers complètement virtualisé comme celui que vous avez l'air d'appeler de vos voeux, déconcentré, enseignement à distance et en faisant confiance au numérique, aux ordinateurs, j'ai le sentiment qu'on va énormément perdre en qualité de la formation intellectuelle

Michel Serres : discours magnifique, il fait un éloge du présentiel. Vive le présentiel et vous avez raison. Mais le présentiel est soumis au théorème d'Esope : le présentiel est la meilleure et la pire des choses, mais le virtuel est aussi la meilleure et la pire des choses, quel que soit le canal de communication vous allez avoir exactement le même résultat.

J : on ne peut pas souhaiter virtualiser à outrance comme si c'était un meilleur modèle.

S. : est-ce que vous croyez que je l'ai dit ? Non, ce n'est pas vrai.

J : non mais... parce que je sens que la concentration n'est plus utile...

S : je n'ai jamais dit ça dans mon livre, c'est vous qui le dites. Je dis simplement qu'aujourd'hui, on a des puissances virtuelles telles qu'il est intéressant d'en profiter. Je n'ai pas dit que ça supprimait la fonction du présentiel.

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Désolé, mais dans cet échange vous semblez partir sur un procès d'intentions qu'il récuse, et si effectivement le présentiel est mis en question par les nouvelles technologies, c'est une réalité de fait, pas une question d'opinion. Le fait est que la formation à distance, ça marche, que dans nombre de secteurs professionnels c'est préféré au présentiel parce qu'on y est plus libre, que c'est efficace, et que de fait, la pédagogie "scolaire" aurait à se positionner là-dessus.

Une approche positive donnerait par exemple du temps d'étude aux élèves sur du logiciel éducatif, en autonomie, à leur rythme, sans besoin d'un enseignant, ce qui d'une part permettrait de réduire le nombre d'élèves par classe en présentiel et d'autre part éviterait au professeur d'avoir à assurer la fonction "gavage d'information" ou "bête" contrôle des acquisitions (notation d'exercice, correction orthographique etc.) inhérente à l'apprentissage. En gros, une optique à l'opposé d'un Sarkozy lequel semblait considérer qu'on pouvait se passer d'IUFM comme si c'était la transmission mécanique d'information qui constituait le boulot du prof plutôt que son attention à l'élève, sa capacité pédagogique.

Ou pour le dire d'une manière plus générale : les professions intellectuelles ont à faire face à la même mutation que celle qui a touché le travail manuel avec la révolution industrielle, certaines fonctions cognitives peuvent être automatisées (répétition d'un manuel, contrôle automatique d'orthographe, diagnostic médical etc.) et l'enseignement comme le reste peut tirer bénéfice de cette libération de la part mécanique de son activité.
Faab est décidément très interessant. Je vais étudier ses points faibles pour le réfuter, ce qui est le but de tout asinaute normal.
Effectivement, pensons -y, et évitons les automatismes (qui malheureusement existent ) de la pensée.
Faab dit: "Le fait est que la formation à distance, ça marche"

J'aimerais savoir si il y a des évaluations précises à ce sujet.

Faab dit: "Une approche positive donnerait par exemple du temps d'étude aux élèves sur du logiciel éducatif, en autonomie, à leur rythme, sans besoin d'un enseignant".

Essayez pour voir. Surtout chez les élèves en difficulté scolaire.
L'autonomie, la maturité, c'est le point fort des excellents élèves, des exceptions, de la "forte tête brillante". Maintenant comme avant "la forte tête brillante" semble inadaptée au monde scolaire, mais ce n'est qu'une apparence, elle se construit dessus, à sa façon, mais dessus (Rimbaud, le film "if", et autres récits).
Ceux qui seraient assez autonomes pour se passer d'un enseignant ou d'un maitre, et pour qui on croit que ce serait même mieux sans enseignant qu'avec: c'est simple, ils n'existent pas.
C'est comme croire qu'un enfant ayant subi des sévices a besoin d'un bain de compassion, qu'un clodo a besoin de se gorger de pitié.
On a manqué de compassion, de pitié à un moment clé, mais toute la pitié du monde, toute la compassion du monde n'y suffira pas. C'est juste de retrouver un cadre qui relativise l'affect, ne le surdimensionne pas qui répare. Car au fond c'est ce gros affect occultant qui a permis ce "laisser-faire".

Si des élèves ont souffert par des enseignants, l'élimination totale de l'enseignant n'est pas le bon choix. J'ai du mal à l'expliquer bien.
Michel Serres ne se rend pas compte qu'on peut interpréter son éloge du net comme "on shot the shérif", c'est-à-dire "on zigouille l'enseignant". C'est sa patte, il est un provocateur qui prend un ton d'apaisement. C'est comme une fessée donnée à froid, une violence raisonnée, sa provocation tranquille me fait peur parfois. Il nous manipule deux fois et laisse notre psychisme sans recours. On s'excuse de lui demander pardon.
Dans la formation à distance, y'a un prof à l'autre bout. Les cours sont enregistrés, certes, mais aussi parfois en live-streaming et les interruptions de cours pour des questions sont tout à fait possibles.
Ensuite, même sans live-streaming, y'a toujours des cours, des exos, des corrections, le tout rédigé, sélectionné, et apporté par le prof qui continue le presque même travail, avec de nouvelles modalités.

Des séances de chat collectifs ou individuels peuvent également être prévues... bref, plein de façon de mettre en relation prof et élève... Il ne s'agit pas de supprimer cette relation
Oui mais votre raisonnement est difficile à entendre pour des profs, qui savent qu'à l'école on ne fait pas qu'instruire... Il y a aussi l'éducation... Les élèves ne sont pas des machines, ils n'auront peut être pas envie de s'assoir sur leur chaise et d'allumer l'ordi...qui va les mettre au travail?
les parents, la grand-mère, la voisine, la nourrice, le tuteur, un animateur, un pion, un aide-soignant/infirmier libéral, le chien une pointeuse ... ?

la plupart des formations à distance concernent de jeunes adultes et des adultes qui sont donc normalement assez grands pour se mettre au travail tout seul. d'ailleurs, et c'est souvent le cas, s'ils suivent un enseignement à distance, c'est qu'ils ont un travail à côté ou qu'ils en recherchent un (reconversion, spécialisation, etc. la société va y être de plus en plus confronté)

néanmoins les techniques de formation à distance peuvent aussi venir en complémentarité de l'école: par exemple quand un enfant tombe malade (appendicite) ou qu'il part en voyage avec ses parents, ou... (vous avez plus d'expertise que moi, pour faire le tour des cas possibles)

le but n'est certainement pas de remplacer les salles de classes pas des élevages d'écoliers en batterie branchés à des ordinateurs comme sur perfusion numérique. les gamins ont aussi besoin de se retrouver entre eux, ne serait-ce que pour apprendre des gros mots, s'échanger des monster high, et s'enseigner les uns aux autres que le père noel n'existe pas.

par contre ce sont des outils formidablement bien adapté à des enfants bi-nationaux, en hospitalisation, et que sais-je encore... quand justement il y a besoin de prendre en considération des cas particuliers.

ensuite, dans le cadre des "classes traditionnelles", concevoir des logiciels scolaires, c'est la même chose que de concevoir des manuels scolaires: des profs sont impliqués de a à z. et dans toute pédagogie, on diversifie les supports. y'a pas de raison qu'un logiciel soit à priori moins bien fait et moins bien utilisé qu'un manuel...
C'est à dire que dans la pénurie actuelle de moyens que connait l'éducation nationale, toutes les bonnes idées sont les bien venues...
Mais dans l'idéal mon impression reste que la meilleure configuration reste quand même un groupe d'élève, le plus réduit possible, accompagné par des profs, les plus nombreux possible. Tout simplement parce que l'information transmise aux élèves n'est pas plus importante que la façon de la transmettre.
Des logiciels pour les jeunes adultes en formation ou les élèves handicapés. Oui, bonne idée.
Mais si on voulait le faire de la meilleure des manière, on mettrait des personnes réelles
J'aimerais savoir si il y a des évaluations précises à ce sujet.

Le CNED formait déjà à distance avant l'internet et les diplômes qu'on y obtient ont la même valeur que les autres. L'évolution technologique permet seulement d'enrichir les enseignements et de faciliter l'interaction en local (correction automatisée p.e.) ou avec les profs à distance.

Essayez pour voir. Surtout chez les élèves en difficulté scolaire.

L'ordinateur est justement utilisé pour les élèves en difficultés. Deux références prises en vitesse avec Google : Apport des TICE aux élèves en difficulté, académie de Guadeloupe, Aide aux élèves en difficulté, académie de Toulouse.

L'autonomie, la maturité, c'est le point fort des excellents élèves, des exceptions, de la "forte tête brillante".

N'auriez-vous pas quelques préjugés sur les bons et mauvais élèves ?
Les cancres peuvent être justement trop autonomes, n'en faisant qu'à leur tête...

Si des élèves ont souffert par des enseignants, l'élimination totale de l'enseignant n'est pas le bon choix. J'ai du mal à l'expliquer bien.
Michel Serres ne se rend pas compte qu'on peut interpréter son éloge du net comme "on shot the shérif", c'est-à-dire "on zigouille l'enseignant".


Personne n'a dit qu'il fallait supprimer l'enseignant mais en effet, M. Serres aurait pu sentir que les questions de Judith exprimaient une inquiétude sur la place de l'enseignant. Et si l'entretien n'avait pas un peu tourné court à cause du côté polémique, je crois qu'il aurait pu abonder dans son sens sur ce qui rend l'humain important.
Le thème du discernement et celui du théâtre renvoient à mon sens à ce qu'il y a de plus subtil dans le travail du pédagogue : l'air de rien, le bon prof est souvent un bon "acteur", il sait captiver, rendre les choses vivantes, s'adapter au public, et parfois il fait passer non seulement un savoir mais aussi une perspective sur ce savoir, c'est-à-dire une capacité à placer ce qu'on a appris dans un cadre culturel plus général.
Apprendre "Le renard et le corbeau", c'est bien, l'apprendre par un prof à la Lucchini, ça donne envie d'en voir plus, et si en plus on arrive à saisir tout ce qu'il y a de puissant dans la langue de La Fontaine par rapport au rimailleur de base, on saura faire le tri dans le flot de ce qu'on reçoit,

Comme je disais précédemment, à mon sens, il résulte des analyses de Michel Serres que pour préparer l'avenir il faut intensifier la formation en pédagogie des futurs enseignants, qu'il faut y mettre du "théâtre", de l'épistémologie, de la capacité créative dans les activités etc., tout ce qui fait qu'un prof n'est pas qu'une machine à faire entrer de l'information dans les têtes, rôle qui pourrait se voir en partie délégué à des "assistants d'enseignement" automatisés.

Pour tout dire, je parle là en tant que professionnel du multimédia ludo-éducatif et pédagogique avec, je pense, une vision assez claire de ce qu'on pourrait voir émerger dans les années à venir. Je ne développerai pas plus mais, à mon avis, il faut s'attendre à des produits pédagogiques plus "intelligents", empiétant sur des fonctions traditionnellement dévolues au professeur.
Ca ne viendra peut-être pas des éditeurs traditionnels qui perçoivent les enseignants comme prescripteurs de leurs produits et évitent de bousculer les habitudes, mais il y a notamment des besoins dans des pays émergents qui n'ont pas la richesse de notre Education Nationale. Un exemple avec le logiciel E-learning For Kid au Brésil.
Je ne sais pas si c'est vous ou moi qui avons des représentations fausses.
Merci pour les liens. Admettez que ce ne sont pas des preuves formelles que l'apprentissage en tête à tête avec un ordinateur serait la panacée qui guérit de l'échec dans les apprentissages fondamentaux. Sachant que c'est la conclusion vite-vu qu'on risque de tirer, le raccourci sur lequel vont se jeter les anxieux comme la misère sur le pauvre monde..
Car c'est la loi du genre, la loi du philosophe médiatique à la mode contemporaine, qui infléchit radicalement, par delà son discours pour lequel il fait semblant de ne pas voir qu'il réveille tous les "ya-ka", en appelle au bon sens, au gros bon sens, celui qui prend toujours les professionnels pour des imbéciles et l'usager pour un expert. Donc ne nous emballons pas.
Et au CNED, combien d'abandons? De devoirs non rendus aux dates imposées et donc non corrigés? Pour un reçu au bac? Combien de renfort de prof à domicile à l'année pour les reçus? Ce sont ces statistiques qui diraient l'efficacité, encore heureux que le cned assure quelques diplômes.. Pour le prix. L'expédition en bloc de l'année scolaire montre le degré d'inter-activité et le soucis d'accompagnement de la gestion de l'autonomie dans l'organisation (le néant). La gestion de numéros d'étiquettes mériterait une mention sur le diplôme. Non, je ne suis pas certaine que la méthode cned soit un support formidable et à encourager, un exemple. En attendant cela permet de retirer des options aux établissements (faites donc latin par le cned, faites telle langue par le cned, ah non on ne vous propose pas un autre établissement, la carte scolaire voyons, vous n'y pensez pas...).

Et sinon, vous avez un conflit d'intérêt ou je me trompe?
Sur la question du CNED, je peux servir d'exemple : quand j'étais au collège, je suivais des cours d'espagnol d'un niveau supérieur à celui proposé en cours (suis bilingue), avec le CNED. Comme je rédigeais mes devoirs en classe, avec mes camarades qui apprenaient l'espagnol pour débutants, j'avais l'impression d'assister à un cours normal, j'écoutais ce qui se disait et répondais parfois à des questions. Bref, c'était un bon compromis et tout s'est bien passé.

Par contre, quand j'ai voulu retenter l'expérience, adulte cette fois, pour préparer des concours, ça a été un échec complet : seule devant mes polycopiés, sans personne avec qui intéragir, même passivement, j'ai été incapable de me mettre au travail et n'ai rendu aucun devoir.
Résultat des courses : j'ai repris les études, petite promo hétéroclite, ambiance désinvolte mais studieuse, son énergie m'a portée, et j'achève mon année fatiguée mais satisfaite.

(Et je pourrais pourtant aussi témoigner en tant qu'ex-addicte au "virtuel", tel qu'il est improprement nommé...)

Je ne sais pas si c'est vous ou moi qui avons des représentations fausses.

Merci pour les liens. Admettez que ce ne sont pas des preuves formelles que l'apprentissage en tête à tête avec un ordinateur serait la panacée qui guérit de l'échec dans les apprentissages fondamentaux.

Je ne crois pas que l'approche en terme de performance soit la plus intéressante. Ca dépend des contextes, des types d'enseignement, et ça renvoie de facto l'enseignant à une mentalité "techno-scientiste", celle qui imprègne notre société où on tend à prendre l'humain comme simple moyen, outil dont on quantifierait l'utilité, et malheur à celui qui n'est pas "performant".
Il s'agit simplement pour moi de souligner qu'après le dictionnaire comme assistant d'orthographe, la calculatrice comme assistant de mathématique, on va avoir des assistants intellectuels plus évolués qu'il ne tient qu'à nous d'utiliser dans le sens qui convient.
On peut faire comme si internet et l'"intelligence" logicielle ne valaient rien en terme de transmission de savoir comme on peut vouloir mépriser les dictionnaires, mais bon, mieux vaut peut-être se demander ce qu'on peut en faire.

Et sinon, vous avez un conflit d'intérêt ou je me trompe?

Conflit économique ? Un intérêt quelconque à voir disparaître les profs ?
Non. Je suis plutôt un adepte du logiciel libre et de l'accès pour tous au savoir même si ce n'est pas sans créer des dilemmes. Tout gratuit sur Wikipedia, c'est bien pour démocratiser l'accès au savoir mais ça fait des chômeurs dans l'édition d'encyclopédie...
"un prof n'est pas qu'une machine à faire entrer de l'information dans les têtes, rôle qui pourrait se voir en partie délégué à des "assistants d'enseignement" automatisés."

Là dessus, il me semble que Michel Serres parle justement d'autre chose : du fait qu'il pourrait bien y avoir, désormais, moins "d'information à faire rentrer dans les têtes", de même qu'il y a eu, grâce à l'imprimerie, moins de texte à y faire rentrer — texte auparavant appris "par cœur", avec tout un savoir faire sur les "lieux de mémoire", qui permettait une mémorisation quasi à la lettre, que le livre a rendu inutile. D'autres savoirs se sont développés : pas seulement la lecture (moins de 2% de lecteurs avant l'imprimerie) mais aussi, par exemple, la capacité d'utiliser (et de peaufiner) le codex pour retrouver des énoncés, et donc avoir accès aisément à cette mémoire externe (et collective) qu'est le livre.

Certes, développer des usages d'internet, se les approprier, les explorer, les inventer, c'est toujours "in-former" sa pensée, mais probablement pas essentiellement sur le mode de "faire rentrer des informations dans la tête" au sens où pourrait le faire un "assistant d'enseignement", plus comme le développement d'une compétence par l'usage lui-même, ce qui relève plus d'une mémoire procédurale que d'une mémoire sémantique. Celle-ci s'en trouve "libérée", disponible pour d'autres contenus — en cours d'invention. Au passage, mon expérience est que la mémoire de travail à laquelle me donne accès mon ordinateur a aussi changé ma façon de travailler, me permettant de retrouver le fil de mes recherches et de réfléchir aux associations d'idées que j'ai déroulées, aux "rizhomes" (Deleuse) qui se sont déployés (le livre, pour sa part, nous ancre toujours, fortement, dans la pensée "en arbre").

L'hypothèse est alors que cette formidable mémoire externe, et collective, qu'internet met à notre disposition, permet et suscite une véritable transformation de l'épistémè (Foucault), de la structure de la pensée. Pas seulement la mémoire, d'ailleurs : les modes d'échange, de communication.
La distance, le décalage temporel : je vous réponds à mon heure, vous ferez de même, ce qui nous donne, dans ce débat, une autonomie qui, de tout évidence, est difficile à trouver dans un entretien en direct, comme le montre bien l'échange entre Serres et Bernard.
L'anonymat aussi, le fait de n'avoir pas d'étiquette, d'avoir le droit de parler sans avoir à montrer patte blanche, et cette fameuse "hypothèse de compétence" qui, en effet, rend plus inconfortable la posture de "maître", qui distribue a priori celle de "sujet supposé savoir", qui subvertit la référence, la révérence, la notion même d'auteur peut-être. Tout cela nous oblige à nous recentrer sur le développement du discours lui-même, nous permet du lui donner plus de place.
Toutes choses qui nous permettent de nous dégager d'une pensée "ensembliste-identitaire" (Castoriadis) dont on a déjà exploré les limites, mais dans laquelle on est encore quelque peu enfermés.

Je ne prétends pas parler à la place de Serrres, là, évidemment. J'exprime juste ce que m'évoque son propos, et pourquoi je trouve un peu dommage de le réduire aux "horreurs du présenciel"...
""un prof n'est pas qu'une machine à faire entrer de l'information dans les têtes, rôle qui pourrait se voir en partie délégué à des "assistants d'enseignement" automatisés."

Là dessus, il me semble que Michel Serres parle justement d'autre chose : du fait qu'il pourrait bien y avoir, désormais, moins "d'information à faire rentrer dans les têtes", de même qu'il y a eu, grâce à l'imprimerie, moins de texte à y faire rentrer — texte auparavant appris "par cœur", avec tout un savoir faire sur les "lieux de mémoire", qui permettait une mémorisation quasi à la lettre, que le livre a rendu inutile. D'autres savoirs se sont développés : pas seulement la lecture (moins de 2% de lecteurs avant l'imprimerie) mais aussi, par exemple, la capacité d'utiliser (et de peaufiner) le codex pour retrouver des énoncés, et donc avoir accès aisément à cette mémoire externe (et collective) qu'est le livre.

Certes, développer des usages d'internet, se les approprier, les explorer, les inventer, c'est toujours "in-former" sa pensée, mais probablement pas essentiellement sur le mode de "faire rentrer des informations dans la tête" au sens où pourrait le faire un "assistant d'enseignement", plus comme le développement d'une compétence par l'usage lui-même, ce qui relève plus d'une mémoire procédurale que d'une mémoire sémantique. Celle-ci s'en trouve "libérée", disponible pour d'autres contenus — en cours d'invention. Au passage, mon expérience est que la mémoire de travail à laquelle me donne accès mon ordinateur a aussi changé ma façon de travailler, me permettant de retrouver le fil de mes recherches et de réfléchir aux associations d'idées que j'ai déroulées, aux "rizhomes" (Deleuse) qui se sont déployés (le livre, pour sa part, nous ancre toujours, fortement, dans la pensée "en arbre").

L'hypothèse est alors que cette formidable mémoire externe, et collective, qu'internet met à notre disposition, permet et suscite une véritable transformation de l'épistémè (Foucault), de la structure de la pensée. Pas seulement la mémoire, d'ailleurs : les modes d'échange, de communication.
La distance, le décalage temporel : je vous réponds à mon heure, vous ferez de même, ce qui nous donne, dans ce débat, une autonomie qui, de tout évidence, est difficile à trouver dans un entretien en direct, comme le montre bien l'échange entre Serres et Bernard.
L'anonymat aussi, le fait de n'avoir pas d'étiquette, d'avoir le droit de parler sans avoir à montrer patte blanche, et cette fameuse "hypothèse de compétence" qui, en effet, rend plus inconfortable la posture de "maître", qui distribue a priori celle de "sujet supposé savoir", qui subvertit la référence, la révérence, la notion même d'auteur peut-être. Tout cela nous oblige à nous recentrer sur le développement du discours lui-même, nous permet du lui donner plus de place.
Toutes choses qui nous permettent de nous dégager d'une pensée "ensembliste-identitaire" (Castoriadis) dont on a déjà exploré les limites, mais dans laquelle on est encore quelque peu enfermés.

Je ne prétends pas parler à la place de Serrres, là, évidemment. J'exprime juste ce que m'évoque son propos, et pourquoi je trouve un peu dommage de le réduire aux "horreurs du présenciel"...":
cécile clozel.

+1

yG
Tant de choses à nier, tant de balivernes postmodernes - Foucault, Deleuze, il manque plus qu'un Derrida pour courroner le tout. Si j'avais le temps, je répondrais à tout, à la folie de l'anonymat et sa libération de tous les fantasmes (anneau de Gygès, ça ne vout dit rien?), à la destruction de la mémoire comme prétendue libération (avec la comparaison bassement progressiste avec le livre, comme si c'était comparable) et ses effets désastreux sur le collectif et l'individu (règne de l'instantané donc de la consommation, incapacité à se projeter dans l'avenir puisque sans passé, difficultés de mémorisation à long terme dont moi-même je fais l'expérience, court-termisme généralisé,...), etc.. mais l'Ordinateur, à la longue, ça m'fait mal à la tête. On n'est pas tous des D-503 hélas.

Juste une chose, ça m'étonne que vous citiez Castoriadis pour appuyer votre point de vue, lui qui avec son esprit lucide fut l'un des plus virulents dans l'opposition au culte de la techno-science, à l'opposé total du savant fou M.Serres. Il y a une part d'absurde dans le fait d'espérer qu'internet, càd le règne de l'ordinateur et de la machine, nous libère de la folie moderne de l'invasion de l'imaginaire par l'ensembliste-identitaire.
vous semblez penser par étiquetage... Michel Serres "savant fou", pratiquant le culte de la techno-science, c'est une vision un peu simpliste, je crois.
En particulier, je ne pense pas qu'il y ait chez lui le moinde fantasme de "destruction de la mémoire" au sens où vous semblez l'entendre. La mémoire, au sens fonctionnel, n'est pas seulement (pas avant tout) une sorte de contenant illimité de toute trace, de toute information, mais une organisation vivante de ces traces, de leur conservation mais aussi de leur effacement, de l'oubli. Il n'y a pas de mémoire sans oubli, et pas de mémoire sans reconstruction de l'information de façon à la rendre disponible, actualisable, au moins en partie. Le livre a changé les enjeux, et donc les modalités, de la mémorisation, il ne l'a pas fait "disparaitre". Ce que Serres pointe, c'est que notre mémoire n'est pas uniquement individuelle, et interne : avant même le livre, le langage est un "réservoir collectif de sens", une mémoire collective. On ne pense jamais seulement "à l'intérieur de sa tête". Et quoi qu'on pense de l'intelligence animale, il semble bien que le langage, par sa complexité (arbitraire du signe, double articulation), dote l'humain d'une forme d'intelligence différente de celle des autres animaux. De même l'écriture, puis le livre imprimé et diffusé largement, apportent des changements essentiels dans le fonctionnement de cette intelligence collective. Faut-il porter sur ces changements un jugement de valeur, un regard moral ? La morale ne vaut que lorsqu'il est question d'opérer des choix. Nous ne pouvons pas choisir de revenir en arrière, avant l'imprimerie, avant l'écriture, avant la parole... pouvons nous faire, aujourd'hui, que la révolution d'internet n'ait pas lieu ? J'en doute. En revanche, nous pouvons tenter de discerner les usages nouveaux qu'elle permet, de les comprendre et de les accompagner.


Qu'il y ait, c'est vrai, des divergences entre la pensée de Foucault (plus structuraliste que post-moderne) et celle de Castoriadis n'empêche pas que sur certains points ils se rejoignent — lorsqu'il s'agit de rendre compte des limites d'un paradigme de pensée, d'une épistémè. D'une certaine façon, la pensée ensembliste-identitaire "fait système" pour Castoriadis aussi, et la question d'une bascule épistémologique vers un autre "système de pensée" se pose aussi.
Il me semble que Serres n'est pas si éloigné d'eux sur ce point. Et qu'il fait référence à Castoriadis lorsqu'il dénonce l'enferment dans des identités nationales, territoriales. Je pense, comme lui, que la sociabilité qui se développe sur internet ouvre des perspectives de transformation : ce n'est pas croire naïvement que "la technique" fera tout, qu'elle est "bonne en soi", c'est juste estimer que nous ne sommes pas des purs esprits, dont la pensée serait indépendante des conditions matérielles de communication... et qu'il y a là des conditions qui peuvent être favorables à certaines évolutions, souhaitables.
L'autonomie dont parle Castoriadis passe bien par la subversion des systèmes sociaux, de institutions politiques actuelles, de leurs clotures territoriales, de leurs emboitements, de leur hiérarchie, de leur structure "en arbre" et de la pensée qui va avec, des limites de la démocratie représentative, de la "délégation", de toute une structure de pouvoir. Serres estime qu'il y a un lien entre l'usage d'internet, les réseaux sociaux, et des mouvements tels que le printemps arabe, les indignés, et le foisonnemnt actuel des systèmes d'échange local, par exemple. Il n'est pas le seul...
c'est une vision un peu simpliste, je crois.

Non c'est une vision très complexe.

Pour le reste, la question n'est pas de retourner en arrière ou non. La question est d'envisager un rapport critique à cette nouvelle virtualité qu'est l'internet, ainsi qu'à cette révolution sociétale qui touche notre civilisation capitaliste de consommation : nous sommes rentrés dans ce qu'appelle Baüman la modernité liquide, càd en effet le règne du virtuel. Et les nouvelles technologies sont son principal vecteur, avec la culture de l'instantanée, de l'absence de limites, de frontières, de stabilité, etc... Serres dit explicitement dans son interview ici que la mémoire ne sert plus à grand chose désormais que nous avons un ordinateur qui store plus d'informations que notre propre cerveau, et lui de sortir l'ineffable sentence de Montaigne. Ainsi, nous serions dans la situation d'un Saint-Denis, avec l'ordinateur en guise de tête et un tronc sans tête. Voilà la plus belle foutaise que j'ai entendue de ma vie, et une foutaise qui revient à finalement s'aliéner encore plus à la Machine. Cela libèrerait donc nos têtes comme le fit le livre, car nous n'aurions plus autant besoin de notre mémoire - mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine dit-il. Bah non. Muglioni que j'ai cité ci-dessous a très bien démontré pourquoi ce mythe de la mémoire inutile est un mythe absurde, que ce que dit Montaigne est tout l'opposé de ce que raconte Serres, à savoir qu'opposer tête pleine et tête vide est un postulat idéologique ridicule, puisque sans une tête bien remplie on ne fait pas une tête bien faite. Sans ordre, sans classifications, sans discipline de la pensée, sans mémoire, on ne se fait pas génie, on se fait ignare, et dans ce cas-ci, ignare asservi à l'internet.

Et Serres, dans ses illuminations scientistes, en vient à trouver débile de ne pas d'abord instruire l'enfant avant de lui ouvrir la porte à l'ordinateur et l'internet - jugeant l'étude pourtant assez révélatrice du prof cité par Judith. Il faudrait donc dès l'enfance faire baigner le gosse dans toutes ces saletés. Bonne et merveilleuse idée! Oui! Je l'ai expérimenté, et ce fut concluant : au lycée, devant l'ordi, le taux de j'enfoutisme explosait comme jamais, avec l'inattention et autres. Est-ce que le génial scientifique Serres se rend compte que la neurochimie a prouvé que la relation à l'écran est une relation essentiellement néfaste en tant qu'elle modifie les rapports du cerveau en détruisant toute capacité d'attention, toute mémorisation à long terme et toute capacité de discipline? Et il veut que les gosses aient ça déjà à l'école?

Ne voyez-vous pas qu'aujourd'hui le véritable danger n'est pas dans je ne sais quelle ignorance des nouvelles technologies, mais la soumission constante à celles-ci? Ne voyez-vous pas qu'aujourd'hui, dans notre modernité liquide, dans notre postmodernité, c'est bien l'incapacité à faire Nous, à faire collectif, à aborder la relation réelle et charnelle à l'Autre, qui pose problème? Serres parle des avantages magnifiques des n-technologies, citant exemples à l'appui les conflits du présentiel (divorces, mésententes familiales,...). Ce dévot de la nouveauté ne se rend pourtant pas bien compte que la croissance constante de ces difficultés du monde réel est effectivement liée à un rapport au monde virtuel, où l'on pousse au changement constant, à l'instabilité (qu'il vante en bon européiste patenté en présentant l'exemple de l'Union Européenne, qui aujourd'hui détruit tout ce qui a fait et fait l'Europe, cultures, démocratie, justice sociale, Lumières,...), à l'abolition de toute limite, de toute autorité, à l'incapacité d'aborder le conflit autrement que par la fuite et la recherche éperdue du consensus, j'en passe. Et un peu à la façon d'un fou, demande plus de drogue pour sortir le drogué de son addiction!

Le culte de l'internet, c'est la privatisation totale et absolue des esprits, la destruction des frontières au profit de la plus petite et plus concentrée frontière qui soit :celle de l'écran et des murs de sa chambre. Voilà la vérité, on ne construit pas la démocratie avec des gens cloitrés chez eux devant un écran. On ne fait certainement pas non plus une démocratie avec un imaginaire des nouvelles technologies. L'internet, c'est probablement l'utopie libérale poussée à son paroxysme : there's no society (Thatcher), juste des individus et des tribus, quant à la régulation et à l'ordre, laissons faire "l'autorégulation" et "l'ordre spontané". Ai-je dit qu'Ayn Rand était l'idole du fondateur de wikipedia?

Quant à la comparaison de Castoriadis, elle ne tient aucunement la route : celui-ci a fait l'éloge constant de la démocratie directe (ces "étoiles mortes" dixit D-503 Serres), n'a cessé de critiquer l'hétéronomie infligée par l'autonomisation de la techno-science et le rapport de l'Homme occidental à cette dernière, a fait l'une des critiques les plus virulentes de notre société et du mouvement constant de privatisation des individus, il est l'un des rares à avoir pointé du doigt la disparition des lieux de rassemblements publics (les marchés, les petits commerces, les agoras,...) comme l'une des causes de la disparition de l'imaginaire d'autonomie collective (la discussion, le conflit et le débat populaires se faisant auparavant principalement dans ces lieux), etc... On cherchera en vain tout cela dans l'optimisme loufoque et positiviste d'un Serres, qui pense que les nouvelles technologies vont revigorer l'idéal démocratique quand celles-ci ne font que le ronger de plus en plus. Allez donc voir un peu qui utilise internet, qui utilise internet comme outil politique, et enfin allez voir les statistiques en terme de débat politique sur internet, et vous verrez un peu ce qu'est ce merveilleux monde du virtuel.

Avec Michel Serres, c'est Matrix tous les jours. Avec lui, demain nous aurons des écrans partout, et du lien nulle part. Fini la relation sociale entre êtres humains, finie l'archaïque sociabilité primaire, finie la passion, finie l'empathie (qui ne se développe qu'à travers le contact direct) fini le collectif, bref finie l'Humanité, nous avons là un individu-robot, froid, calculateur, sans passé car sans mémoire - et donc sans avenir -, atone et incapable d'aborder le dissensus (base même de la démocratie), perpetuellement soumis à ses pulsions et ses désirs sans jamais pouvoir les assouvir. Cet individu là, et a fortiori la civilisation qui tourne autour, me fait froid dans l'dos. Je vois déjà au loin se profiler ces monstrueuses collectivités de gens sans attaches si ce n'est leur portable, incapables de discuter ou de débattre sans un écran entre eux. Il faut vraiment avoir la foi pour croire que cela va mener à autre chose qu'à un désastre.

P.S.: Le printemps arabe et les indignés, ça se fait dans la rue, pas dans sa piaule. Et on rappellera au copain Serres que ces grands Nous qu'il honnit tant (patrie, nation,...) ont été de tout temps les moteurs de toutes les révolutions (bah oui, on ne fait pas de révolutionnaires sans passé, sans héritage, sans transmission, donc sans identité collective - voir Zapata, les communards de Paris, les paysans du Larzac,...), alors qu'aujourd'hui où la virtualité règne en maître, le cynisme apolitique et antipolitique sont de masse dans nos contrées si paisibles et si parfaites. On lui fera remarquer enfin que les révolutionnaires tunisiens se sont rebellés en chantant des cris patriotes et des références à leur nation et leur peuple - pas de vive iTunes ou facebook à l'horizon.

P.P.S.: Serres qui donne des leçons sur les ignares des nouvelles technologies, ça m'fait quand même marrer. Ce type n'a probablement pas utilisé internet pour autre chose que ses passions intellos, on ne le voit guère en effet surfer sur la toile au-delà des liens tranquilles de wikipedia. Connait-il 4chan? Connait-il rotten? A-t-il vu ce qui a réellement du succès sur internet (porno, vidéos débiles,...)? Je ne pense pas.

P.P.P.S.: Je ne peux m'empêcher de vous citer Castoriadis pour conclure :

Evidences banales : sortirs de leur laboratoire, les scientifiques sont des hommes comme les autres, aussi vulnérables à l’ambitions, au désir de pouvoir, à la flatterie, à la vanité, aux influences, aux préjugés, à al cupidité, aux erreurs de jugement et aux prises de positions irréfléchies que n’importe qui. Aussi, comme on pouvait le prévoir, l’immense progrès moral, l’immense progrès du savoir positif et de ses applications ne s’est pas accompagné d’un millimètre de progrès moral, ni chez ses protagonistes ni chez leurs concitoyens.

Evidences non moins banales : la fantastique autonomisation de la techno-science que Jacques Ellul a eu l’imprescriptible mérite de formuler dès 1947 – et que scientifiques aussi bien que laïcs se masquent moyennant l’illusion de la séparabilité entre les « moyens » et les « fins » : un autre « maître » pourrait donner une autre orientation à l’évolution techno-scientifique. Mais cet ensemble de connaissances, de pratiques, de possibilités, qui fabrique des laboratoires, des laborantins, des imitateurs, des inventeurs, des découvreurs, des armes d’apocalypse, des bébés en éprouvette, des chimères réelles, des poisons et des médicaments – cette hypermégamachine, personne ne la domine ni ne la contrôle et, dans l’état actuel des choses, la question de savoir si quelqu’un pourrait la contrôler ne se pose même pas. Avec la techno-science, l’homme moderne croit s’être donné la maîtrise. En réalité, s’il exerce un nombre grandissant de « maîtrises ponctuelles », il est moins puissant que jamais devant la totalité des effets de ses actions, précisément parce que celles-ci se sont tellement multipliées, et parce qu’elles atteignent des strates de l’étant physique et biologique sur lesquelles il ne sait rien – ce qui ne l’empêche pas de fouiller avec un bâton toujours pus grand la fourmilière qui est certainement aussi un guêpier.
P.P.P.P.S: Et quid de l'omniprésence des entreprises sur le net? Quid de la concentration visible des pouvoirs virtuels dans les mains d'organismes privés géants? Quid du fait que, contrairement à une assemblée populaire basique (qui ne nécessite rien d'autre qu'un lieu de rassemblement), il faut une certaine somme d'argent, une expertise informatique et des connaissances relatives en la matière pour pouvoir créer quelque chose - forum ou autre ? Il n'y a pas plus antipopulaire qu'internet - il faut distinguer "populaire" et "de masse" - et donc plus antidémocratique. En ce sens, Michel Serres est un ennemi de la démocratie. Car en effet, même quand discussion il y a, cela n'aboutit finalement à rien, puisqu'il n'y a point de loi sur internet, et point de citoyens - pour être citoyen, il faut une cité. D'ailleurs, l'anonymat, c'est la déresponsabilisation totale, et on ne fait pas de démocratie sans responsabilité, sans loi et sanction de la loi - chose littéralement impossible sur le net.

Oui, donc, Michel Serres est un ennemi de la démocratie. Comme ce fumeux parti pirate.
Autant vous dites parfois des choses justes, autant votre conclusion n'est pas la conclusion logique de votre raisonnement, vous transposez la vie réelle et l'Internet en déduisant des choses non comparables.
C'est comme si vous parliez de la démocratie, en lui opposant la dictature du monde animal. Présenter Serres comme un ennemi de la démocratie, tout comme le parti pirate, est absurde. Limite sophistique.
Toute personne qui fait l'apologie de l'époque telle qu'elle va est en effet un ennemi de la démocratie, car les "vents dominants" comme dirait Attali (ou était-ce Minc? je les confonds tout le temps, ces jumeaux) poussent à la destruction de l'idéal démocratique, de la justice sociale, et des institutions politiques.

La privatisation des individus est croissante. Il n'y a aucune bonne raison d'être optimiste si cela conduit à voir le mouvement de l'histoire comme un mouvement qui va toujours vers le meilleur, ceux qui pensent comme cela sont des moutons, et donc les idiots utiles du libéralisme triomphant.

Il faut ne pas aimer les gens en chair et en os pour admirer l'époque actuelle (Pasolini), voilà la vérité!
...ceux qui pensent comme cela sont des moutons, et donc les idiots utiles du libéralisme triomphant.

Encore une fois, Galaad, vous me faites du bien. Et tant pis si vous me trouvez familier...

Question que je me pose à propos de cornichons comme Michel Serres : d'où vient que sa sottise ne saute pas aux yeux de tout le monde? Comment expliquer la sympathie qu'il suscite, voire l'adulation dont il est l'objet, y compris de la part de personnes intelligentes et cultivées (je pense aux @sinautes qui ne cachent pas leur sympathie pour l'engagement politique à gauche ?
Vous pouvez faire preuve d'autant de familiarité que vous voulez si c'est pour encenser mes commentaires (car ça me fait du bien aussi).

Je pense qu'il y a une part de respect pour un vieil homme qui a vécu de grands drames historiques et qui a une érudition que l'on ne saurait mettre en cause. Il y a aussi la logique des choses, qui veut que parmi des internautes assez rompus à l'internet et assez cultivés pour venir discuter politique sur un forum d'intellos tels que celui d'ASI, il y ait un fort taux de passionnés du virtuel et des nouvelles technologies, qui se reconnaissent ainsi dans le discours du technophile Serres.

Et puis à gauche la bien pensance règne aussi fort qu'à droite, et l'on n'aborde pas certains sujets sans s'attirer immédiatement les foudres des gens "qui pensent bien". Critiquer internet, critiquer les nouvelles technologies, et vous passerez immédiatement pour un réac' nostalgique des heures-les-plus-sombres. Ajoutez à cela le mythe du Progrès (et son corollaire qu'est le culte de la Science) comme mouvement allant toujours du moins bon au meilleur qui a imprégné et imprègne encore la gauche (voir les pertinentes analyses de Michéa) et vous avez, je pense, la réponse à vos questions.

Pour ma part, étant donné mes références, je pense être pas mal à l'abris des bouffonneries illusoires d'un vieux qui se veut jeuniste. Je suis un jeune qui apprécie probablement (bien souvent) plus les vioques que mes sots et conformistes congénères, donc je suis immunisé à l'esprit du temps.

P.S.: Et mon passé de geek me permet de parler en connaissance de cause. J'ai connu les quartiers sombres et malfamés du net, donc on ne me la fait pas à moi.
Merci pour cette réponse.
Je précise que, sans être un geek, je passe une grande partie de mes journées devant mon ordinateur et que j'aime cet outil épatant.
Bizarre bizarre... Tous coincés entre technophobie et technolâtrie...Ça sent la question cachée.
La question n'est pas d'être technophobe, je ne le suis pas - la phobie est instinctive, moi je réfléchis. La question est d'observer les avancées technologiques, ce qu'elles impliquent comme modifications anthropologiques, et la façon dont elles sont vues et utilisées aujourd'hui.

Si la technophobie était vraiment de masse, nous l'aurions déjà remarqué, c'est exactement l'inverse : nous vivons dans une époque technophile, où la techno-science s'autonomise, hétéronomisant ainsi l'être humain. Qui ne voit donc pas que notre rapport au monde réel est de moins en moins épanouissant au fur et à mesure que la place prise par le virtuel s'accroit?

Il faut donc d'autant plus avoir un rapport critique au virtuel et aux nouvelles technologies que nous vivons dans un univers où ils sont littéralement hégémoniques. Voilà pourquoi je suis aussi radical dans mes propos. Le rapport de force est en faveur des technolâtres à la Serres, certainement pas des technophobes, encore moins de ceux qui ne veulent être ni l'un ni l'autre. L'importance de l'Ecole comme sanctuaire à l'abris du chaos extérieur s'en voit accrue car seul endroit où l'élève peut encore passer un temps à l'écart de l'Ecran omniprésent (a fortiori avec les GSMs...).

Que Serres, lui, préfère se servir du monde tel qu'il est pour introduire encore plus de technologies à l'école, montre bien à quel point son rapport au monde est éloigné de réalité, et plus proche du ciel des idées hypermodernes. Ces poches de contre-société se réduisent à peau de chagrin. Alors que la Machine prolifère et implique donc une conscience de l'Homme accrue lui permettant se mettre à distance de cette civilisation inhumaine, nous nous y collons de plus en plus. L'auto-institution explicite dont parle Castoriadis s'en trouve fortement diminuée, et l'Homme avec lui moins maître de son destin.

La vérité, c'est que les D-503 sont aujourd'hui produits en masse par nos sociétés, avec Serres pour moule! Bernanos l'avait déjà remarqué en son temps!...

[quote=Bernanos]Est-ce que le temps n’est pas venu de nous demander si tous nos malheurs n’ont pas une cause commune, si cette forme de civilisation que nous appelons la civilisation des machines n’est pas un accident, une sorte de phénomène pathologique dans l’histoire de l’humanité, dont on ne doit pas dire qu’elle est la civilisation des machines, mais l’envahissement de la civilisation par les machines, dont la conséquence la plus grave est non pas seulement de modifier profondément le milieu dans lequel vit l’homme, mais l’homme lui-même. Ne nous laissons pas tromper ...


Car le machinisme n’est peut-être pas seulement une erreur économique et sociale. Il est peut-être aussi un vice de l’homme comparable à celui de l’héroïne ou de la morphine, comme si tous deux ou tous trois ne faisaient que trahir la même déchéance nerveuse, une double tare de l’imagination et de la volonté. Ce qui est véritablement anormal chez le toxicomane, ce n’est pas qu’il use d’un poison : c’est qu’il ait éprouvé le besoin d’en user, de pratiquer cette forme perverse d’évasion, de fuir sa propre personnalité, comme un voleur s’échappe de l’appartement qu’il vient de cambrioler.

Aucune cure de désintoxication ne saurait guérir ce malheureux de son mensonge, le réconcilier avec lui-même. Oh ! je sais bien qu’un tel rapprochement paraîtra d’abord ridicule à beaucoup de gens. Je n’ai pourtant nullement la prétention de condamner les machines. Si le monde est menacé de mourir de sa machinerie, comme le toxicomane de son poison favori, c’est que l’homme moderne demande aux machines, sans oser le dire ou peut-être se l’avouer à lui-même, non pas de l’aider à surmonter la vie, mais à l’esquiver, à la tourner, comme on tourne un obstacle trop rude. Les Yankees voulaient nous faire croire, il y a vingt ans, que le machinisme était le symptôme d’une excessive poussée de vitalité ! S’il en avait été ainsi, la crise du monde serait déjà résolue, au lieu qu’elle ne cesse de s’étendre, de s’aggraver, de prendre un caractère de plus en plus anormal.

Ellul reviens !
On dirait que Bernanos n'est pas trop guetté par le scientisme.
Pardonnez-moi, Albert-Yves, mais votre manie du name-dropping est un peu lassante.
Pourtant, je ne suis pas pessimiste à votre sujet. Je suis sûr qu'en travaillant un peu sur vous même, vous pouvez progresser.
En tous cas, cette pathologie me parait moins handicapante que l'incontinence urinaire.
Merci Julot. Moi aussi j'aimerais tant passer à autre chose. Mais le scientisme est toujours là, omniprésent, qui guette. Je n'ai pas le coeur à vous laisser sans défense. Je vous promets de toujours vous aider à dompter cet horrible fléau ! Courage !
... le scientisme est toujours là, omniprésent, qui guette

Le diagnostic du Dr Julot : syndrome paranoïaque obsessionnel.

Albert-Yves, c'est la dernière fois que je vous examine gratuitement.
.
Pourtant, se lancer dans la "technophobie" sous prétexte que tout le monde est "technolâtre" méritait bien une pointe d'ironie...
Point de technophobie chez moi - qu'est-ce que je foutrais donc sur un forum à discuter avec des technolâtres sinon? Un simple constat s'impose : la technique est omniprésente, et au lieu de participer à l'émancipation de l'Homme, elle l'aliène.

L'Homme est désormais l'outil de l'outil, point de place pour la spiritualité dans le néant fluide et flexible de la virtualité, ici on ne s'arrête que pour disparaître! Place au nouveau, du balais l'ancien, il faut s'adapter au temps présent, il n'y a que comme cela que l'on satisfera les dieux Science, Techniques et Progrès.

Prochaine destination : la mort. Et pas le temps de vivre la vie - avec ses haines, ses conflits, ses désaccords, sa maudite et faible chair et l'Autre, cet indépassable Autre que l'on voudrait tant dépasser.

On respire en effet une haine de la vie dans les propos de l'ami Serres. C'est là, je pense, le véritable problème.
On respire en effet une haine de la vie dans les propos de l'ami Serres.
Mouhaha !

J'ai envie de présenter des excuses à Michel Serres à votre place.
Ok, mais par internet je l'espère. Nous ne voudrions point salir M.Serres avec nos manies présentielles de discussion en face à face n'est-ce pas.
J'aimerais vraiment, puisque vous semblez beaucoup apprécier l'argumentation, que vous lisiez Petite Poucette.
82 pages.
Le galaad de la table ronde ou l'autre?

Réjouissons nous devant le saint réseau qui nous permet sans nous connaître d'échanger des propos aussi précieux...
Le problème c'est que, techniquement, il est aussi absurde de critiquer le progrès que de l’encenser... et encore, si le but de l'homme est de s'adapter à son milieu, alors le progrès doit logiquement y jouer une part importante...

Du balais l'ancien?

J'ai souvent eu cette discussion à propos du téléchargement...
Quand on pense à tous les emplois que ça va tuer!!! oui, mais doit on continuer à fabriquer des centaines de CD (qui polluent) quand toute cette musique peut tenir sur une clé minuscule? Où est le sens? Où est la logique?

En fait je ne vois pas clairement de quoi nous prive le progrès?
Je pense personnellement que la critique du progrès est nécessaire pour le réhabiliter. A fortiori celle du Progrès et donc du progressisme, sotte religion dont on voit la caricature aujourd'hui dans ses avatars libéraux de gauche comme de droite (le bougisme en somme). Il y a du progrès, mais le progrès n'est ni global, ni linéaire.

L'abolition de la peine de mort est un progrès, mais cela ne signifie pas que notre époque est globalement un progrès par rapport à une autre, ou que des caractéristiques de notre époque soient des progrès par rapport à leur statut antérieur.

On ne sait jamais les conséquences du progrès sur la vie des gens et en particulier du peuple. Dans l'encensement du progrès par la bourgeoisie, on ne voit jamais ses effets sur le petit peuple qui trime. Quand on remplace des caissières par des machines, ou des ouvriers, vous croyez que cela leur rapporte un bonheur supplémentaire? Voir les Luddites.

Le socialisme originel part, lui, d'une opposition populaire au progressisme effrené des dominants, il ne faut pas l'oublier.
Et vous croyez que faire défiler des marchandises sur un tapis roulant toute la journée peut rendre les gens heureux?
Le problème c'est que vous ne définissez pas le but, le sens... donc toutes vos analyses sont à la fois fausses et à la fois vraies...
Et vous croyez que faire défiler des marchandises sur un tapis roulant toute la journée peut rendre les gens heureux?
Le problème c'est que vous ne définissez pas le but, le sens... donc toutes vos analyses sont à la fois fausses et à la fois vraies...

Le sens, le but de quoi?

Et non, l'aliénation des caissières est une évidence, qui mérite pour cette raison que l'on critique globalement le système capitaliste. Pour autant, faire défiler des marchandises sur un tapis roulant est le seul moyen pour beaucoup d'entre-elles de gagner de l'argent, et le fumeux progrès technologique les fout à la rue, au chomdu, ce qui est pour le coup une évidente régression.

Au moins le boulot de caissière permet un contact humain, ce qui n'est pas le cas dans les jobs à la chaîne. Le consommateur, grâce au progrès technologique, se voient transformés en travailleurs pour les grosses entreprises en remplaçant la caissière dans l'achat. N'est-ce pas là aussi une nouvelle forme d'aliénation introduite par la machinisation de tout?
Le sens de la vie, le but de toute société...
Est ce qu'on ne peut pas dire que remplacer les caissières par des machines est aussi néfaste que de les aliéner à leur tâche?
Si chaque machines construites étaient offerte à une caissière pour lui permettre d'avoir plus de temps libre avec le même revenu, le progrès serait une aubaine.
Ou si chaque caissière devenait la technicienne de maintenance de la machine qui passe les articles pour elle; avec les pauses clopes, la tasse de café quasi greffée à la main et la hausse de salaire qui va avec.
Poum, 2000€ à la fin du mois, pour 24 heures de travail hebdomadaire.

Ca on sait faire des machines qui passent des articles de n'importe quelle forme devant un scanner. Y'a même une chiée d'ingénieurs qui ne demande qu'à bosser sur ce genre de machine.

Seulement, c'est pas eux qui décident quelle machine ils vont construire: c'est le client!
Donc les critiques sur la "rationalisation des coûts de production" qui mettent en cause les technologies, je pense qu'elles se trompent.
Car la seule logique qui préside aux machines dont doivent se servir les caissières ou qui remplaceront les caissières ou dont les caissières devront assurer la maintenance, ce n'est pas la logique de celui qui tient le tournevis et la clef de douze, mais la logique de celui qui tient le stylo pour signer le chèque.

Et ça sera certainement vrai, tant que la démocratie directe n'ira pas mettre son nez dans les moyens de production...
Ça sera surtout vrai tant qu'on mettra les hommes en concurrence...
Cela prendrait une éternité pour parler du sens de la vie (individuel) et du but de toute société (collectif). Il est clair que le tout Machine et le tout Technologie ne sont pas des objectifs sains de vie collective néanmoins.

"Est ce qu'on ne peut pas dire que remplacer les caissières par des machines est aussi néfaste que de les aliéner à leur tâche? "

Non car au moins leur tâche leur offre une rémunération et une activité sociale, donc une place dans la société, ce qui n'est pas rien, voire une stabilité dans les cas heureux où l'on ne licencie pas à tour de bras.

"Si chaque machines construites étaient offerte à une caissière pour lui permettre d'avoir plus de temps libre avec le même revenu, le progrès serait une aubaine."
De toute façon je ne me place pas dans cette logique, ce que vous dites est certes un progrès à court terme, mais à long terme cela ne remet pas en cause le système existant qui est détestable. Ces gros supermarchés monoformes sont des plaies antidémocratiques et des outils puissants de la société de consommation, l'aliénation d'une caissière dans cette optique est du domaine de l'essence. Il faut donc envisager, à mon avis, des commerces de moins grande envergure, plus populaires, plus locaux, moins soumis aux impératifs des grandes entreprises nationales ou multinationales. Dans ces cas-là, la machine n'aurait plus une quelconque importance, car cela serait un rôle plus que positif que d'officier dans de tels commerces.
Un libéralisme à visage humain en somme?!
Non, un socialisme à visage humain - le socialisme ne veut point dire, dans l'idée que je m'en fais, abolition totale et générale de la propriété privée.
J'ai dû mal à voir comment on peut concilier concurrence et partage mais bon...
cela ne signifie pas que notre époque est globalement un progrès par rapport à une autre, ou que des caractéristiques de notre époque soient des progrès par rapport à leur statut antérieur

Certains essayent pourtant de quantifier le progrès d'une époque par rapport à une autre, ou d'un pays par rapport à un autre, par au chose qu'une croissance de PIB:
l'espérance de vie, le temps de loisirs, l'accès aux soins, l'accès à la culture, le bonheur national brut, le stress, le taux de suicide, l'empreinte carbone, la mortalité infantile, la qualité de nutrition, l'état de guerre, etc...

Ces indices et d'autres tendent à montrer que globalement, notre société a progressé au fil des époques, non ?
Ces indices ne vous conviennent pas ?
J'ai cru voir écrit "bonheur national brut". Il faut que je picole moins le soir.
En voilà un d'indice pertinent!!
Oui et non. On ne quantifie pas le progrès moral, spirituel, on ne quantifie pas le bonheur, on ne quantifie rien de tout ce qui est abstrait et métaphysique, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus humain dans l'Homme. Mais il est clair qu'on ne peut que se réjouir de la baisse du chomage, de l'illétrisme ou du taux de suicide.
A vous lire Galaad, on a l'impression que le progrès ne concerne que ce qui a le moins d'importance: Ce qui est quantifiable. Si c'est ce que vous dites, j'ai le regret de vous dire que je vous rejoins tout-à-fait.
Je construis mes commentaires en opposition d'autres, je ne rédige pas une thèse. C'est peut-être pour cela que je donne l'impression d'être anti-progrès et technophobe, ce qui n'est pas le cas. Il y a du progrès, et des progrès de grande importance : école publique gratuite et laïque, abolition de la peine de mort, égalité homme-femme devant la loi, citoyenneté accordée à tous (Juifs, Noirs,...), ce sont de grandes et belles avancées qu'il s'agit de défendre.
Attendez... si votre propos est de dire que l'homme à plus progressé au niveau des transports, des infrastructures, des moyens de communication,...., qu'au niveau de sa morale, je suis moi aussi d'accord. L'homme demeure un animal avec des habits et la parole...
On dirait qu'albert-yves n'est pas trop guetté par la pertinence non plus.
pertinence et impertinence, les deux.
Le beurre et l'argent du beurre, en somme.
Le scientisme "imbécile" , bien sûr!
Je vous rejoins, comme j'ai rejoint huetanpis sur notre rapport au monde et à la nature.

Néanmoins, à mon sens, si déconnexion du réel il y a, ce ne serait pas à cause d'un branchement sur le virtuel.
Mais peut-être plutôt à cause de notre "confort logistique" ?

Maisons, bureaux, salles de classes, et mêmes les usines sont chauffées, parfois au degré près. Mis à part les deux mois d'été si nous n'avons pas de climatiseur, nous pourrions passer l'année entière avec la même tenue, parfaitement adaptée aux rigueurs climatiques de notre salon, de notre voiture, de notre supermarché, de notre bureau, de notre salle de classe, de notre salle de gym, de notre salle de rédaction...
Avec le même pantalon, la même chemise et la même veste, de janvier à décembre.

Moins de 1% de la population française est paysanne. Combien de travailleurs perçoivent une prime d'intempérie et(/ou) subissent le climat "hétéronomisant" ? Combien de salariés sur un lieu de travail couvert et chauffé ?

Depuis la révolution des transports, et même depuis la révolution industrielle, les trajets ne sont plus des distances à parcourir contre un effort physique, mais contre un temps de transport, et parfois même d'attente.
La petite ou grande couronne n'est plus à 10 ou 20 km de la ville, mais à 60 ou 90 minutes du centre.

Au niveau des loisirs et de la nature, la "transhumance estivale" que nous nous apprêtons à vivre d'ici quelques jours, va consister pour des millions de français en une dizaine d'heures d'autoroute pour aller poser, au bout d'un sentier au travers de dunes grillagées, une serviette sentant l'assouplissant sur une plage dont le sable aura été tamisé au grand matin. Enjambant des corps inertes quasi nus à qui il ne sera jamais adressé le moindre salut.
Les bains de soleil seront ponctués par des baignades dans un océan restreint: environ 40 à 50 mètres délimités par des drapeaux bleus.

On apprend la plongée dans des piscines. On y nage à contre-courant, immobile. On fait de l'escalade dans des gymnases. On court sur des tapis roulants et on pédale dans le vide.

Dans les queues de supermarchés, le métro, les bus, les trains, les ascenseurs et les couloirs, les piscines aussi, on passe des heures à côté d'inconnu(e)s, d'encore plus près qu'avec la personne proche avec qui on s'était pourtant endormi(e). Et on ne leur adressera jamais la parole.
L'inhumanité est telle que certaines personnes n'attendent même pas la fin de la question pour accélérer le pas et faire le signe non de la tête. A moins que ce soit un réflexe de peur.
On passe des petites annonces dans les journaux, comme si on passait commande à la Camif ou au garagiste du coin: sexe, âge, ville, revenus et photo, avec en option 3 loisirs, 1 hobby et 2 passions.

On aime les gens, alors on regarde C'est Mon Choix, Plus Belle La Vie et Pernaud. Mais on s'enferme à double tour pour les écouter tranquillement, et on communique avec le voisinage par avis dans le hall d'entrée et mains courantes.

Oui, je suis d'accord avec vous Galaad, car j'ai (parfois) le sentiment de vivre dans une société déshumanisée et irréelle. Et le plus souvent, c'est bien les technologies qui permettent à "on" son petit confort "hors sol", "hors réalité".
Cependant j'ai le sentiment aussi que les TIC n'ont pas grand chose à voir avec tout ça.
Elles participent de cette logique, c'est pour cela qu'il faut avoir un rapport critique par rapport à celle-ci, sans pour autant vouloir les détruire comme l'on détruisait auparavant les statues d'idole en croyant que cela ferait disparaître leurs effets sur l'Homme. C'est dans la conscience des gens que tout se joue. Je déplore pour cette raison le fait qu'un homme de l'âge et de l'érudition de Serres au contraire préfère encenser les TIC.
"je pense aux @sinautes qui ne cachent pas leur sympathie pour l'engagement politique à gauche ? "
Je pense que ce fait n'exclut pas de facto que l'on rejette cet homme.
Je respecte l'argumentation donnée par Galaad et ce qu'il pense sur Serres, je ne le connais pas suffisamment pour m'en faire une opinion tranchée de toutes façons. Mais d'après ce que je vois dans l'émission, je persiste à dire qu'il n'est nullement démontré qu'il est un ennemi de la démocratie, sans parler du parallèle avec le parti pirate qui serait du même tonneau.
Je pense que l'on peut être comme moi, ni spécialement "sympathisant" ni "adulateur" du personnage, mais qu'on peut légitimement signaler son désaccord quant à le taxer de cette manière, que je trouve infondée.

Et je ne suis pas un geek (précision) :)
Ouais, bon, j'y vais un peu fort, je reconnais.
Mais c'est pas avec ma petite clé de 10 que je vais déboulonner la statue ...
A vrai dire, je déverse aussi ma frustration de ne pas pouvoir répondre à Serres, je n'aime pas ce rapport passif à la vidéo, heureusement Judith était là et a pu mettre du conflit là où le robot Serres aurait probablement préféré le consensus rationnel voire la simple diffusion de ses idées.

Et puis bon, j'aime bien forcer le trait, c'est plus drôle. Il est clair néanmoins, pour moi, que vu le mépris assez phénoménal et ouvert de Serres vis-à-vis de ces "étoiles mortes" que sont les institutions démocratiques hors-virtuels (pas juste la représentation, le tirage au sort ou le référendum aussi), ce dernier n'est clairement pas un ami de la démocratie. Son éloge de l'Union Européenne n'est que la cerise sur le gateau.
Envoyez un mail à Serres...

Et puis dans les propositions de format pour @si, j'ai proposé plus d'interactivité avec les @sinautes dans la préparation et l'enregistrement des émissions.
Peut-être que vous pourrez un jour participer à la préparation des émissions voire intervenir aux enregistrements. On pourrait presque croire qu'internet permet une démocratie directe...
Le mot fondamental dans votre phrase étant celui de "presque".
Serres est un personnage complexe, au point d'être parfois en désaccord avec lui-même, et de l'assumer. Sa culture scientifique aiguë est torturée par des interrogations philosophiques indélébiles. Il nous ressemble. N'attendons pas de pouvoir franchir le passage du nord-ouest pour des raisons autres que philosophiques !
tenter d'embarquer Castoriadis dans la défense d'un imaginaire aussi clos, aussi hétéronome que celui que vous développez ici, dans lequel seules les institutions éprouvées et bien établies (la patrie, la nation, les frontières, la démocratie représentative) semblent trouver grace à vos yeux, c'est quand même assez osé :)

Au demeurant Castoriadis est mort depuis près de 20 ans, nul ne peut prétendre qu'il aurait porté, sur le développement de l'usage d'internet aujourd'hui, le regard qu'il portait sur ce qu'il nommait la techno-science. Car dans cet usage, ce qui domine, ce ne sont pas des "actes techniques", pas même de la "circulation d'informations" au sens techno-scientiste de "données objectives" mais des paroles dans toute leur complexité, des échanges de mots, de musique et d'images, d'affects...

Qui sait, peut-être y aurait-il, lui, discerné aussi le développement de nouvelles formes "d'ekklésia", et salué, comme Michel Serres, le fait que l'accès de tous à toutes sortes d'informations et de savoirs bouscule quelque peu le pouvoir des "experts".
Je n'ai pas en effet le même avis que Castoriadis sur la nation ou la patrie, sur les frontières je ne me rappelle pas l'avoir entendu demander leur totale abolition (vous avez une source?) mais cela ne me surprendrait pas (le défaut des gens très très à gauche). J'ai écrit quelques notes sommaires sur les raisons qui me poussent à défendre à la fois la nation et la patrie : http://laicard-belge.blogspot.be/2012/06/notes-sur-la-nation-et-le-patriotisme.html.

Quant aux frontières, il faut être complètement aveugle, naïf ou sot pour ne pas voir que leur abolition joue le jeu des dominants, certainement pas des dominés, et que la désindustrialisation mortifère de l'Europe de l'Ouest est due en grande partie à cause de ce libre-échange dogmatique et mondialisé. Les Besancenot et autres trotskystes stupides (ils ne le sont pas tous : les lambertistes ont une vision de la frontière beaucoup plus intelligente) font le jeu des libéraux en prônant le sans-frontièrisme bien pensant. Ruffin l'avait bien remarqué dans un article de Fakir. Voir aussi : http://www.liberation.fr/economie/01012368803-c-est-la-gauche-qui-accepte-le-mieux-les-regles-du-libre-echange

Pour terminer, je ne suis pas un adepte de la démocratie représentative, je suis un démocrate radical et j'ai pour idéal une démocratie directe à la grecque comme le voulait Castoriadis, ce qui ne veut pas dire pour autant que la représentation doive être exclue (Castoriadis le savait aussi), puisque l'on ne peut décider démocratiquement en permanence de tout (nous ne sommes pas des dieux). Pour les affaires courantes, il s'agit donc d'avoir des représentants que l'on peut surveiller de près et qui tournent régulièrement. La Commune en est un bel exemple. En ce qui concerne les accords de Serres et Castoriadis, faut pas charier non plus, ce premier est ridiculement optimiste pour l'avenir et pense que tout se passe super bien et mieux qu'avant, Castoriadis lui de son vivant n'a cessé de fustiger la pente négative de notre civilisation qui pousse à la privatisation des individus et à "l'onanisme consommationniste de masse". Castoriadis était un farouche contempteur de l'illimitation, l'internet est un domaine illimité par essence. Castoriadis voulait redorer la démocratie en réhabilitant les lieux de sociabilité directe (petits commerces, cafés,...) et la discussion, càd la parole humaine (et non médiatisée par des machines!), l'internet n'a rien de cela. Et existait déjà quand il vivait, il me semble.
Là dessus, il me semble que Michel Serres parle justement d'autre chose : du fait qu'il pourrait bien y avoir, désormais, moins "d'information à faire rentrer dans les têtes", de même qu'il y a eu, grâce à l'imprimerie, moins de texte à y faire rentrer — texte auparavant appris "par cœur", avec tout un savoir faire sur les "lieux de mémoire", qui permettait une mémorisation quasi à la lettre, que le livre a rendu inutile.
Oui, en effet, on peut se demander quelle information on a besoin d'avoir en tête dès lors qu'elle est accessible sur les réseaux. Mais là, il s'agissait surtout pour moi d'évoquer les pratiques d'apprentissage (sur le postulat qu'on va à l'école pour apprendre des choses...) dès lors que Judith avait mis sur la table la question du présentiel dans l'enseignement.
je voulais simplement pointer que si l'usage de l'enseignement à distance vise juste à s'inscrire dans un rapport au savoir que, justement, l'usage d'internet rend peu ou prou caduc, il n'aura pas beaucoup de sens...

la question traverse d'ores et déjà l'enseignement, de toute façon, qu'il soit à distance ou "présenciel" : quel rapport doit-il entretenir avec la démarche propre d'apprentissage de l'élève, avec le "dehors" de l'école, avec la part d'autodidactisme, d'autonomie indispensable à tout apprentissage — même si certains enseignants le nient. Enseigner, est-ce guider, ou accompagner ?

La vision "péda-gogique", étymologiquement guidage d'enfant, occupe le terrain largement : on peut y voir la cause de l'échec de l'éducation permanente, de la difficulté à accompagner des adultes, tout au long de leur vie, dans leurs apprentissages et leurs évolutions... mais c'est peut-être en train de changer (ça résiste !)
Le maître à l'école, c'est celui qui fait en sorte que l'on n'ait plus besoin de maître pour citer Muglioni.

Les balivernes pédagogos font croire qu'un enfant s'instruit de lui même, spontanément, cause sui, bref avec les pédagogos c'est l'enfant-Roi, l'enfant-Dieu, donc l'enfant pour toute sa vie.

Je disais ça à un ami il y a quelque temps:

"C'est un postulat fort à la mode aujourd'hui que d'affirmer, à gauche surtout, qu'à l'école il n'est finalement plus nécessaire d'avoir une autorité sur l'enfant, que le maître (quand on emploie encore ce gros mot, vu qu'aujourd'hui on parle de profs, autre désacralisation d'une figure auparavant majeure de la société) ne doit désormais plus rien faire d'autre qu'inciter l'enfant à s'autodévelopper, en attisant sa curiosité et sa spontanéité (un thème récurrent tu remarqueras, tant dans le lib culturel que le lib économique et son ordre spontané) en espérant le voir arriver à une émancipation causa sui, à la manière d'un Dieu. Voir Michéa.

Ce fantasme de la modernité qui, en fait, n'a fait que transposer l'absolu divin du christianisme dans l'homme, puis par un mouvement typiquement progressiste, dans l'enfant, nous pousse à un imaginaire d'illimitation comme prétendu liberté. On croit alors qu'imposer une limite, donc une discipline à l'enfant, n'est point un moyen de le faire entrer dans le monde adulte, mais une répression de sa liberté. Résultat : laissez faire, laissez passer, l'enfant-roi qui deviendra plus tard roi tout court pousse comme un sauvageon (pour reprendre l'expression si controversée de Chevènement). Et comme disait G.Trow, "lorsqu’il n’y a plus d’adultes, commence le règne des experts".

Ces balivernes, maintenant que j'y pense, c'est en effet l'île aux enfants !
Oui, rien ne vaut l'autorité, de la discipline, de la répétition, ça finira bien par rentrer : la preuve en image
Rien ne vaut la caricature pour ne pas répondre aux arguments. Je n'ai jamais dit que cela suffisait, les deux sont nécessaires. Mais aujourd'hui, c'est plutôt l'autorité, la discipline, la mémoire qu'il s'agit de réhabiliter (sans pour autant revenir à la règle sur les doigts pré-68arde...).
mais, quels arguments ???

(oserais-je vous suggérer de relire Castoriadis, sur l'auto-nomie ?)
Vous-mêmes ne répugnez pas à la caricature quand vous dites "les balivernes pédagogos font croire qu'un enfant s'instruit de lui même" ou parlez de "cyborg" pour Michel Serres.

La position de l'enseignant comme "maître" est une problématique complexe qui est heureusement abordée autrement que comme un laissez-faire. Mais il y a encore 50 ans, le citoyen de base ne jugeait pas l'école alors qu'aujourd'hui, comme dirait Michel Serres, tout le monde est (ou se veut...) pédagogue, tout le monde a une opinion sur les méthodes d'enseignement. Ce qui est sûr, c'est qu'on est loin du prestige des "hussards noirs de la République" et que les premières personnes à mettre le mépris dans la tête des enfants sont souvent les parents voire des présidents de la République ironisant sur les chercheurs, la culture générale ou considérant que l'important est de "gagner plus", critère sur lequel les enseignants ne sont pas très bien placés dans notre société.

Au demeurant, je ne sais pas si vous-même êtes au quotidien confronté à des questions de pédagogie et de nouvelles technologies, mais vous me semblez faire passer le problème sur un plan quasi-idéologique au mépris de la pratique, de ce qui se fait tous les jours dans l'enseignement. Vous êtes la preuve vivante de son constat que la diffusion de savoir implique la "présomption de compétence", présomption que tout un chacun n'hésite pas de nos jours à avoir envers lui-même. Il faut bien être dans notre époque pour voir un professeur d'université, épistémologue reconnu, se faire traiter de "cyborg" par un membre de son public, quelqu'un qui en même temps s'indigne de l'affaiblissement de l'autorité dans l'enseignement.
On peut imaginer ce que penseraient vos éventuels enfants de leur prof si vous le traitiez ainsi devant eux, ne serait-ce que dans une conversation privée avec des amis.

D'autre part, vous disiez que le problème était la privatisation, l'enfermement devant un écran, mais je dirais que c'est plutôt l'inverse : nous entrons dans les risques d'excès de connexion, la discussion permanente, les mails, les tweets, les SMS, le bavardage, l'avis de tous sur tout, le manque d'arrêt des échanges qui est nécessaire à la réflexion et un risque d'anomie par égalitarisme dogmatique.
Mais il ne tient qu'à nous que de l'informe magma informatif (hommage à Castoriadis...) émergent des ordonnancements adéquats à une sociabilité équilibrée. Vous semblez considérer que ce n'est pas possible, Michel Serres me semble dire qu'on verra bien, que de toute manière ça se fera de l'intérieur, selon les modalités propres à ces nouveaux modes d'échange.
Tout cela est nouveau, ça évolue d'une année sur l'autre, rien n'est fixé au niveau des pratiques, des "règles", de l'économie etc. mais ce qui est sûr c'est que ce ne sont pas les contempteurs des réseaux qui décideront de ce qu'ils deviendront dès lors qu'ils n'en sont pas acteurs. Je ne sais pas si vous espérez que les gens se détourneront de ce nouvel espace d'échange mais le plus probable est qu'ils vivront avec, y compris au café, dans les agoras, en famille.