Rugy attaque Mediapart
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Rugy attaque Mediapart

Et après un temps de réflexion, la plainte arriva. François de Rugy a assigné Mediapart en citation directe devant le Tribunal correctionnel de Paris. Non pas pour l'article initial sur les homards, ni pour celui sur le dressing, ni pour celui sur le paiement de sa cotisation EELV avec ses indemnités de frais de mandat. Pour l'article sur le logement à vocation sociale qu'il occupe près de Nantes. Et uniquement celui-ci. Pourquoi uniquement celui-ci ? Pour des raisons de frais d'avocat, a répondu sans rire l'ex-ministre, qui va retrouver son siège (et son traitement) de député, à Patrick Cohen et Anne-Elisabeth Lemoine, qui l'interrogeaient, sans ménagement, sur France 5 (ah, si c'était toujours comme ça !) L'interview est à écouter en entier. Elle donne la mesure de la démesure de l'ex-ministre, emporté non seulement par la haine contre Mediapart, mais manifestement contre la presse en général.

Tout à sa haine, Rugy ne réalise d'ailleurs pas la contradiction de sa situation. Le même qui fustige l'impunité de la presse, annonce qu'il assigne Mediapart. Si Mediapart a contrevenu aux lois sur la presse, Mediapart sera condamné, c'est aussi simple que ça. En l'occurrence, il y a bien un contre-pouvoir à la puissance de la presse, c'est la Justice. Contre-pouvoir imparfait, mais en tout cas plus crédible que les inspections déclenchées sous le contrôle du gouvernement et de la présidence de l'Assemblée, qui ont (partiellement) blanchi Rugy. "Inspections indépendantes" a prétendu Rugy sur le plateau de France 5. Une petite manip parmi d'autres. Qui n'a pas été relevée. Mais on ne peut pas tout relever. Pour le reste, vive la presse indépendante, et longue vie à Mediapart !

Dire cela, ce n'est pas s'interdire de critiquer Mediapart, son traitement, ses titres, son vocabulaire. En dix ans, Mediapart est devenu une puissance médiatique redoutée, égale à celle que représentait Le Monde, sous la direction du trio baroque Colombani-Plenel-Minc. Nous ne nous sommes pas privés de le faire ici, par exemple sur un point précis : un lecteur de Mediapart, qui -par hypothèse- ne lirait que Mediapart, n'a appris qu'hier, dans un long article rétrospectif sur le sujet, que Rugy avait remboursé de ses deniers les fameuses cotisations EELV, illégalement acquittées avec son indemnité de frais de mandat. Certes, ce remboursement n'efface pas son délit initial. Certes, lui-même n'en avait pas fait mention lorsque Mediapart l'interrogea -trou de mémoire bien étrange. Certes, le montant du remboursement ne coïncide pas tout à fait avec celui des cotisations, ce qui supposait des enquêtes complémentaires. N'empêche : ce remboursement, révélé par Le Canard enchaîné, est un fait. Une information. Que les lecteurs, me semble-t-il, étaient en droit d'attendre. Mais je dois être vieux jeu.

A propos des déductions fiscales auxquelles Rugy aurait pu prétendre -scandale dans le scandale- enquêtes et contre-enquêtes ont abouti à la conclusion suivante : oui, Rugy, dans sa déclaration 2015, a bien demandé une déduction fiscale à hauteur de 1400 euros (somme très inférieure aux montants mentionnés initialement). Mais, faute de disposer de ses avis d'imposition pour les années ultérieures, personne ne sait s'il a effectivement bénéficié d'une réduction d'impôt. A ce titre, et puisque Mediapart estime, dans son article rétrospectif, que je me suis trompé dans ce tweet du 6 Août...

...je complète bien volontiers : je n'aurais pas seulement dû écrire "ne pouvait pas demander", mais préciser "en 2014". Mais, alors, n'aurait-il pas fallu ajouter aussi : "des sommes initialement mentionnées, il reste 1400 euros" ? On n'est jamais trop précis.

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