Les députés LREM ont obéi "au prêt-à-penser du gouvernement"

Arrêt sur images

Retour sur cinq années de Macronie à l'Assemblée

L'émission
  • Avec
    Jean-Michel Aphatie et Astrid De Villaines et Matthieu Orphelin
  • Presentation
    Nassira El Moaddem
  • Préparation
    Yves Magistrini
  • Deco-Réalisation
    Louison Gasnier
Réservé à nos abonné.e.s

Emmanuel Macron rêve du même scénario qu'en 2017 : une majorité absolue qui lui permettra de gouverner sans encombre. Il y a cinq ans, il avait "disrupté" la politique française, emportant avec lui 314 députés. La plupart d'entre eux découvraient les arcanes parlementaires, y compris les relations avec les médias et les journalistes…. Deux jours avant le premier tour des élections législatives de 2022, on a voulu refaire le film de ces cinq années de majorité LREM à l'Assemblée nationale, éprouvée par la révolte des Gilets jaunes et la crise sanitaire. Comment les députés dits "amateurs" ont-ils vécu cette mandature, notamment du point de vue de leurs relations avec les médias ? Comment se sont-ils organisés ? Comment les journalistes, eux-mêmes, ont dû faire avec ces néophytes de la vie politique ? Pour y répondre, trois invités : Matthieu Orphelin, député sortant qui ne se représente pas, élu avec la majorité LREM en 2017, l'ayant quittée en 2019 ; Jean-Michel Aphatie, journaliste politique, éditorialiste à LCI et France 5, et Astrid de Villaines, cheffe du service politique du HuffPost. Voici quelques extraits de notre émission. 

Chaînes d'info et députés : "Nourrir la bête" 

En débarquant à l'Assemblée nationale, les néo-députés macronistes  découvrent à la fois l'organisation institutionnelle et le fonctionnement des médias, à l'intérieur même du Palais-Bourbon. Les voilà qui doivent apprendre à répondre aux questions des journalistes dans la salle des Quatre-Colonnes et enchaîner les duplex pour les chaînes d'information, depuis la salle des Pas-Perdus, juste à côté. "Il y a des journalistes [...] qui s'imposent de n'interviewer que des députés qui connaissent les sujets, raconte Matthieu Orphelin. Mais avec les contraintes des chaînes d'information, souvent aux Quatre-Colonnes, trois chaînes sont là, et les journalistes vous posent des questions sur tous les sujets que les rédacteurs en chef ont demandé, et on doit répondre en moins de trente secondes : votre pronostic pour le match de l'équipe de France, votre réaction sur la situation d'un pays... "

"je n'ai jamais repris des éléments de langage si je n'y croyais pas"

Encore faut-il réussir à bien répondre aux journalistes. Dès juillet 2017, à la peine Macronie élue, une de ses représentantes à l'Assemblée nationale, la députée de l'Eure Claire O'Petit, se fait remarquer avec ses proposindélicats suite à la décision du gouvernement de baisser de 5 euros par mois les allocations logement. "Si à 18, 19, 20, 24 ans, vous commencez à pleurer parce qu'on vous enlève 5 euros, qu'est-ce que vous allez faire de votre vie ?", dit-elle devant les caméras. Le gouvernement a voulu maîtriser les prises de parole des représentants macronistes à l'Assemblée,  révèle Matthieu Orphelin"Tous les soirs, les députés de la majorité reçoivent vers 19h ou 20h les éléments de langage du gouvernement, c'est une sorte de prêt-à-penser ou prêt-à-mâcher. Vous avez sujet par sujet les trois ou quatre points importants que vous pouvez réutiliser. C'est vraiment poussé un peu à l'extrême. Je crois que ça a empêché aussi beaucoup de députés de penser par eux-mêmes. Moi, je n'ai jamais repris des éléments de langage si je n'y croyais pas." 

"Les anciens députés ne se seraient jamais permis de parler comme ça à une journaliste"

Astrid de Villaines était journaliste parlementaire à La Chaîne Parlementaire (LCP) quand les députés macronistes ont fait leur arrivée à l'Assemblée. Elle se souvient du côté "arrogant" de certains d'entre eux etleur "méconnaissance" des codes de l'Assemblée. "Un jour, je faisais un duplex très classique avec une députée, juste avant les questions au gouvernement. Je suis encore quasiment à l'antenne et son assistant parlementaire se tourne vers moi et me dit : «Tu m'enverras ta vidéo pour mon tweet». Les bras m'en sont tombés ! Il me tutoie, me demande de faire des choses qui ne sont pas dans mes fonctions. Moi, je suis journaliste politique, pas son assistante. Je me disais que ce n'était pas possible de méconnaître à ce point le fonctionnement de l'Assemblée, c'est le côté McKinsey de croire que tout vous est acquis, que tout le monde est à votre disposition (...) Les anciens députés, eux, c'était l'inverse, ils ne se seraient jamais permis de parler comme ça à une journaliste".

Pour aller plus loin :

-"En Marche à l'Assemblée : le bal des débutants", reportage d'Envoyé spécial, 14 septembre 2017.
Métier : député. Enquête sur la professionnalisation de la politique en France, un essai de Julien Boelaert, Sébastien Michon et Etienne Ollion, Raisons d'Agir, 2017. 

Vous ne pouvez pas (encore) lire cette vidéo...

Cet article est réservé aux abonné.e.s
Rejoignez-les pour une information sur
les médias indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Partager cet article Commenter

Lire aussi

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.