Convention climat : "Je ne m'attendais pas à des réactions si violentes"

Arrêt sur images

150 citoyen.nes tiré.es au sort ont donc accouché de 146 propositions visant à réduire le bilan carbone de la France. Les réactions politiques et médiatiques ont été conformes à ce qu'on pouvait en attendre, certains trouvant que les 150 n'étaient pas all(...)

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L'émission
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  • Avec
    Cyril Dion et Marine Rogovitz
  • Presentation
    Daniel Schneidermann et Juliette Gramaglia
  • Préparation
    Adèle Bellot et Juliette Gramaglia
  • Deco-Réalisation
    Antoine Streiff
Offert par le vote des abonné.e.s
150 citoyen.nes tiré.es au sort ont donc accouché de 146 propositions visant à réduire le bilan carbone de la France. Les réactions politiques et médiatiques ont été conformes à ce qu'on pouvait en attendre, certains trouvant que les 150 n'étaient pas allés assez loin, les autres criant déjà à la "dictature verte". Retour sur ces réactions, et tentative de bilan de cet exercice de démocratie inédit, avec Cyril Dion, garant de la convention citoyenne pour le climat, Hugues-Olivier Brillouin, photographe, citoyen de la convention et Marine Rogovitz, étudiante, citoyenne de la convention.

"La convention à mis le sujet au CŒUR du débat"

Après 9 mois de travaux (interrompus par le confinement), la convention citoyenne pour le climat se termine le 22 juin dernier, clôturée par Cyril Dion et Mathilde Imer, membre du comité de gouvernance. "Je ne m'attendais pas à ce que les réactions médiatiques soient aussi violentes", confie Dion. Pour lui, la convention, au-delà des propositions concrètes, a réussi à "mettre le sujet au cœur du débat", au -delà des cercles militants.

Avant la convention, Hugues-Olivier Brillouin a été présenté par des médias comme "climatosceptique". Il confirme : "Je ne croyais pas à la responsabilité humaine du changement climatique". Puis est venue la première session : "Je me suis retourné sur moi-même". Marine Rogovitz se dit "déçue que les médias cristallisent le débat sur une seule mesure" (les 110km/h). 

"On nous prend pour des idiots"

Dans son discours du 29 juin, Emmanuel Macron annonce trois "jokers" aux propositions de la convention (au nombre de 149, réduites donc à 146) - alors même qu'au départ du projet, il avait promis de reprendre les mesures "sans filtre""Dans le contrat de départ, il n'y avait pas de joker", proteste Dion.

Les invités reviennent sur la proposition de modification du préambule de la Constitution, proposition rejetée par Macron. "L'objectif de la transformation de la Constitution, c'est qu'il puisse y avoir des recours auprès de juristes qui puissent casser des décisions", explique Cyril Dion.

Plusieurs autres mesures semblent également rejetées, malgré les assurances de Macron. Par exemple, l'appel à un moratoire sur la 5G, ignoré par le gouvernement. "On nous prend un peu pour des idiots", s'agace Marine Rogovitz. Pour autant, elle ne regrette "absolument pas" d'avoir vécu cette expérience. Cyril Dion rappelle : "C'est justement maintenant qu'un rapport de force doit s'engager". Pour justement s'assurer que les propositions soient reprises de manière "substantielle" dans le projet de loi de l'automne. 

Les citoyens et citoyennes de la convention se sont constitués en une association, "Les 150", pour continuer à exister médiatiquement, et défendre leurs propositions. Par ailleurs, il est prévu que la convention se réunisse à nouveau pour répondre à la réponse de Macron, à l'automne 2020.

110 km/h : Un "jeu médiatique assez pervers"

Dans les jours qui ont suivi la fin de la convention, les médias ont glosé sans fin sur la proposition de réduire la vitesse maximale sur autoroute à 110 km/h. Hugues comme Marine ont tous les deux voté contre, pas tant sur le fond que "sur la forme". "Je m'attendais à ce que ce débat prenne une ampleur énorme", reconnaît-elle. Le Monde est allé plus loin pour analyser toutes les propositions, au-delà de celle des 110km/h. Cyril Dion est affligé par un "jeu médiatique assez pervers" autour de cette mesure, fruit d'un "biais idéologique". "Ils font ça pour polariser et discréditer le débat."

Des éditorialistes et chroniqueurs accusent Cyril Dion et Thierry Pech, co-président du comité de gouvernance, d'avoir "manipulé" la convention, notamment par le choix des intervenants invités (140 au total, la liste est disponible ici). Le Point y a consacré une chroniqueDes experts variés... mais des interventions souvent courtes, qui auraient pu gagner à être approfondies. "On a eu un beau panel d'experts", assure Marine Rogovitz. "On a eu des avis divergents, on n'a pas eu des avis lisses". Cyril Dion insiste : "Je ne me suis jamais exprimé en plénière sur les sujets."

La convention eclipsée par la loi "contre les séparatismes" ?

La proposition, finalement retoquée par la convention elle-même, de la réduction du temps de travail à 28 heures hebdomadaires, a été largement débattue, certains s'inquiétant d'un possible "lynchage" par des médias. Marine Rogovitz  : "Ça m'importait beaucoup l'avis des médias, parce qu'on sait très bien que la communication est un outil très important pour convaincre les foules et il fallait que les médias soient de notre côté".

Les commentateurs habituels, Pascal Praud, Eric Zemmour, Yves Calvi, reprochent à la convention d'avoir opté pour une écologie "décroissante". "Les citoyens n'ont jamais parlé eux-même de décroissance, c'est les éditorialistes qui en on parlé", réfute Cyril Dion. Le réalisateur appelle à sortir du débat "croissance contre décroissance" pour se focaliser sur des mesures concrètes. "Créer cet antagonisme permanent, c'est encore encore une façon de créer du conflit, une espèce d'arène, et de ne pas se poser les questions."

En fin d'émission, Cyril Dion s'inquiète de la suite. Une proposition de loi reprenant les travaux de la convention devrait en théorie être proposée en septembre, mais Jean Castex évoque désormais "l'automne" et des rumeurs parmi les députés s'inquiètent de voir cette loi être reléguée derrière la "loi contre les séparatismes", pour "éviter que certains groupes ne se referment autour d'appartenances ethniques ou religieuses" annoncée par le nouveau Premier ministre

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