64
Commentaires

Zuckerberg, contre les murs invisibles du jeu social

Et si le personnage central de The social network était...le décor ? Mettant en scène bourgeois, avocats, hommes d’affaires, écrans d’ordinateurs et nerds pas forcément sympathiques, The Social Network est bien davantage qu'un film sur Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. C'est un film sur l'architecture, et le jeu social au sens large, qui trouve une partie de son inspiration dans un best-seller méconnu en France, La source vive.

Derniers commentaires

Je trouve votre chronique intéressante même si l'"angle" architectural semble un peu artificiel. A propos d'architecture et de cloisonnement social, je viens justement de lire Au bonheur des Dames, qui traite de l'essor des grands magasins parisiens. Son héros entrepreneur est obsédé par l'agrandissement (il rachète petit à petit toutes les maisons et immeubles entourant la boutique d'origine; il veut agrandir la clientèle, rendre le magasin irrésistible à tous, y compris aux plus modestes) et la description des aménagements successifs de l'établissement (rien ne nous est épargné des angles, matériaux et espaces en constante évolution) rappelle pas mal la tuyauterie mentale que vous évoquez à propos de Fight Club. J'ai du mal à retrouver ça dans The Social Network, qui est certes un roman social mais propose une mise en scène plus classique de l'isolement, que l'on retrouve chez des cinéastes moins préoccupés de géométrie que Fincher. A part ça j'aime beaucoup le film (comme Zodiac).
2 choses aussi:
Quand vous dites
- Il s’agit plus simplement d’émettre l’hypothèse qu’un tel film, traitant d’évènements aussi récents en se gardant bien de justifier les actes et les fortunes de ses protagonistes, aurait sans doute été inconcevable sous une autre bannière. Rien de plus, mais c'est déjà beaucoup...
Il me semble qu'un des apports de Sorkin est précisément d'apporter une justification aux actes de son héros: c'est à cause d'une fille que le film commence, que le héros se met en marche, que Facebook est créé. Truc scénaristique qui ne parvient pas à affaiblir le film mais qui dit bien quand même la dificulté à assumer jusqu'au bout l'opacité du personnage.
- A propos d'Ayn Rand, il n'est peut-être pas inutile de rappeler que cette grande malade était très en phase avec un certain sénateur MC Carthy...
pas de reponse ???????
je crois que tout le monde se pose la question en fait, à quand la prochaine chronique de notre cher Rafik ?
Ouais c'est vrai ça à quand la prochaine cro' de Rafik.
Ca commence à faire longtemps là.....
A quand la prochaine chronique de Rafik?
Juste un petit mot pour demander si Rafik est en vacances ou si c'est plus grave ?
A quand le prochain papier de Rafik, c'est pas qu'on s'impatiente mais un peu quand même ;) peut-être un gros dossier sur la perf'cap' est en quoi cette technique est une vraie révolution de fond en comble du cinéma là où la 3D est beaucoup plus mise en avant.
Merci Rafik
Grace à votre chronique je suis allée voir le film et je ne le regrette pas
leseul Problem Mr Rafik c'est que ce film ne comprend pas Facebook pourquoi il a été crépourquoi il a eu du succès, ce film reflete bien le fait que les vieux média ne comprennent rien à ce qui se passent sur la toile...
Critique passionnante, merci beaucoup.
J'ai vu le film avant de lire la chronique. Bravo pour mettre en évidence ce que je n'avais parfois qu'aperçu.
A bientôt "D@ns le film".
Petite question aussi : à quand un nouveau "Dans le film" ?
Bonjour Rafik, une question :
Merci pour cet article mais j'ai une question : que faites-vous de la dimension artistique visionnaire qui fait de l'architecte Gary Cooper un rebelle dans le film de King Vidor ? Disparue. C'est pourtant bien le coeur du conflit qui oppose l'architecte à ceux qui l'entourent. Alors, ego ? Autisme ? Inadaptation ? Non, visionnaire, tout simplement. Passionné aussi. Habité en un mot par l'irréductible de sa vision. Pas question de céder, de se renier. Pareil pour Mark Z. C'est ainsi que je l'ai ressenti jusque dans ses égarements. Être dépassé par soi, ça existe. Ça va même jusqu'à la folie
Qu'en pensez-vous ?
emmanuelle k.
Je sors du film. Fincher est vraiment un très grand réalisateur. Et comme le souligne Rafik, il a un sens de l'architecture - et par là même un sens du cadre - qui le place dans le peloton de tête des réalisateurs actuels. Je trouve que le film entretient des relations étroites avec Zodiac (pour moi son meilleur film à ce jour), en celà qu'il fait preuve des mêmes qualités de rythme, en les inversant. Autant Zodiac jouait sur la lenteur, autant The Social Network file à toute allure.
Je suis allé voir le film hier, après avoir survolé la chronique de Rafik. Aujourd'hui, en relisant en détail cette chronique, je me rends compte à quel point elle capture l'essence même de ce film. Bravo !
Beau boulot, Rafik ! Je suis admirative de la lecture particulièrement fouillée, et constructive, que tu proposes... Et un peu décontenancée aussi : vu hier soir, le film m'a très peu convaincue : je le trouvais infiniment bavard - ça cause, ça cause, ça cause, c'est tout c'que ça sait faire... Le rythme des dialogues (tu expliques bien ce qui l'a déterminé : ramasser un propos énorme en deux heures de film seulement) me semblait étourdissant, assourdissant - et souvent vain : tellement de mots, de codes, de bidules que nous ne comprenons pas dedans. Et j'avais l'impression que ça se jouait au détriment du cinéma : du visuel. Je ne m'occupais que de lire les sous-titres (et souvent déçue d'y perdre mon temps puisque beaucoup de répliques me sont inintelligibles), et regrettais infiniment que FIncher ne sache pas me raconter par l'image ce qu'il avait à me dire. Je découvre en te lisant qu'il le faisait pourtant (me raconter par l'image, et notamment par l'architecture du plan), mais que je ne pouvais pas le voir parce que trop d'attention était mobilisée par la compréhension des dialogues. Je crois quand même que pour le public français, ça va constituer un obstacle, cette logorrhée. Ce ne sera pas juste un problème idéologique (éloge du génie individuel contre l'aliénation de la morale collective), mais un problème presque technique, ou cognitif : la difficulté d'absorption d'un tel film si intensément bavard dans une langue non naturelle pour nous...
Ceci étant dit, j'ai beaucoup apprécié le montage alterné des scènes chez les nerds désincarnés/tandis que la jeunesse socialisée s'adonne aux jouissances de la vraie vie sensuelle. Et je trouve l'acteur qui interprète Mark fascinant, captivant : il incarne vraiment quelque chose de la désincarnation. Il crée là (ou illustre enfin) un type à peu près inédit au cinéma, et rien que pour ça, ça vaut le coup.
En fait, quand on s'y connais un peu en informatique, on ne peut être que fasciné par la qualité des dialogues. En général, dans les films et série TV, dès qu'un personnage parle "technique", c'est du gros n'importe quoi, car le scénariste n'a aucune idée des concepts qu'il met dans la bouche du héros/savant/geek. Dans ce film, au contraire, il y a eu un réel effort pour que les logiciels cités soient de vrais logiciels, réellement utilisés dans le contexte auquel fait référence le dialogue, et pour que ce que Mark débite à la vitesse d'une mitraillette paraisse crédible. Je ne dis pas qu'il n'y a pas quelques erreurs ici ou là, mais dans l'ensemble c'est un remarquable travail qu'a fait le scénariste pour rentre de personnage de nerd "vraissemblable" y compris aux yeux de ceux qui s'y connaissent un peu.
Il est vrai que certains cinéastes ont le « Syndrôme Star Trek », qui consiste à mettre un max de mots compliqués dans la bouche du héros pour souligner la supériorité intelectuelle de ce dernier, la complexité supposée du sujet évoqué, et servir d’explications (que l’on croit sur parole) à des séries d’evènements inexplicables. (Je suis un trekker, donc ne croyez pas que je me Star Trek dans ce sac là).

Mais je ne sais pas si Fincher comptait vraiment permettre aux spectateurs de comprendre les enjeux techniques plutôt que les enjeux sociaux des discutions : dans le film, les joutes verbales sont autant de liens situant les protagonistes sur le toile relationelle de Zuckerberg, selon qu’il les domine, qu’il souhaiterait les dominer, ou qu'il veut les rapprocher de lui (plutôt que d'aller lui-même vers eux).
Dans ces dialogues, il n'y a aucun enjeu technique à comprendre. Ils servent juste à montrer que Zuckerberg est un véritable nerd. Je tenais juste à souligner que c'est réussi et que son personnage, du coup, est crédible.
"Dans ces dialogues, il n'y a aucun enjeu technique à comprendre."
C'est aussi l'impression que j'ai eu. Les programmeurs et autres personnels n'y sont pas mieux traités que les femmes. L'un des premiers recrutés est sèchement renvoyé à son écran et les équipes ont une minute de pause pour applaudir au 10000000 ième abonné et hop! au boulot.
Je sors à l'instant du film, et j'ai été fascinée par cette logorrhée justement, ce parler exotique ; et le phrasé de l'acteur est assez génial.

En passant, j'ai pas du tout trouvé que MZ passait pour un "sâle con", je me suis hyper vite attachée au personnage.

Merci pour la chronique, que je viens de relire avec avidité.
D'ailleurs, je n'ai pas testé la version française, mais si elle tiens la route, alors le problème que vous soulevez peut être aisément solutionable.
Il y une solution que je pratique généralement quand ce problème de compréhension se pose,
c'est de revoir le film une deuxième fois...bon c'est vrai il faut avoir le temps (ce qui est mon cas)
et les moyens...(sauf pour les abonnés).
C'est également ce que je me suis dit au début du film, quelqu'un qui ne sait pas ce qu'est un "social club" bah il est un peu dans la merde, surtout si il ne connait pas leur influence, genre skull et bones, au hasard ;) .... Moi qui suis justement de cette génération "facebook", je n'ai eu aucun mal à comprendre, à suivre les dialogues, cela va vite, mais je ne sais pas, pour moi cela a été plutôt facile, je n'y est éprouvé aucune difficulté ( en gros j'ai eu l'impression de penser en même temps que le personnage de Mark)... Par exemple ce que exécute Mark Zuckerberg sur son ordinateur ( et pourtant je suis loin d'être bon en codage), les outils qu'il utilise au début du film, les scripts et les logiciels sont bien réels et je peux vous dire qu'effectivement ce qu'il fait est plausible ( c'est d'ailleurs surement ce qu'il a fait, mais pas le temps de vérifier désolée...). D'ailleurs je trouve le moment où il pirate les photos des sites sacrément bien tournés, parce que sa va vite, voir trop vite, et pourtant j'ai bien pris mon pied, parce pour moi cela me montrait à quel point le personnage était rapide au clavier, et rapide à penser ( sa diction, son phrasé rapide me semble être par ailleurs l'expression de son intelligence, le fait qu'il réfléchit vite, qu'il pense vite).

Après pas d'accord sur le côté nerd désincarné, parce que à la limite pour Mark pourquoi pas ..; même si d'un côté il est plus "autiste" que désincarné, mais par contre je trouve que ses potes nerds autour de lui savent s'amuser, on voit qu'il s'amuse de voir Mark pirater ces photos comme lui, ce n'est pas pour autant que plus tard dans le film ils sont bien de l'autre côté de la vitre à s'amuser avec des filles et sean parker, ou alors lors du concours de codage avec shot d'alccol fort pour les plus lents, les mecs savent s'amuser avec des filles, alors que Mark lorsqu'il annonce aux gagnants qu'ils sont admis dans l'entreprise, on voit bien qu'il n'est pas dans son environnement...

Enfin il n' y a pas que par l'architecture du plan que Fincher fait passer les émotions cinématographiques : dans ce passage par exemple, on peut voir une astucieuse utilisation de la mise au point, du point de vue, du cadrage,etc. ....http://www.nullco.com/TSN/


C'est pour ma part un excellent film, où certes on voit pendant deux heures des mecs parlés ( c'est aussi pour cela que pas mal de gens ne comprennent pas la séquence d'aviron, la trouve bizarre par rapport au reste du film : c'est la seule scène sans dialogue, sauf que elle résume en soi pas mal le film), mais deux heures à mon goût trop rapide, parce que : une maîtrise technique parfaite, un jeu d'acteur EXCEPTIONNEL, un scénario super bien construit, une production design superbe, une réalisation Fincherienne.
Bavarde, la scène d'intro l'est assurément. Ce dialogue entre les deux futurs ex-tourtereaux va une vitesse folle. T'es projeté là-dedans sans avoir rien demandé. Je ne sais pas vous, mais moi par moment ça m'est passé un peu par dessus la tête genre "mais de quoi,ils parlent ? On gène ? Ca va durer encore longtemps ?". Bref, avec mon homme, on s'est regardé. On avait gagné les places pour assister à une avant-première, et on commençait à se dire que ça allait être dur de tenir les deux heures.
Et puis non. Je me suis laissée entrainée par l'histoire, peut-être par ces plans que décrit Rafik. Je n'analyse pas les films comme ça. Au cinéma, je suis juste dans le ressenti : j'aime, j'aime pas.
Sur le traitement du personnage qui serait montré sous un jour peu flatteur, ben non, j'ai pas spécialement trouvé, surtout par rapport au type de Napster, qui par contre lui est présenté comme un vrai sale con. On avait sous les yeux un esprit vif, une Rols Royce de la tempête dans le bocal avec l'informatique ou plutôt le code comme passion. Les gens hors norme comme ce Zuckerberg sont condamnés à pouvoir échanger sur leur domaine et à leur niveau avec peu de personnes; Des Zuckerberg il y en a dans d'autres branches - les maths, la physique, par exemple - qui sont dans le peletons de tête mondial et qu'on prend pour des associaux.
Le film retransmet très bien ce décalage, dans le mécanisme de pensée, cette vitesse, cette distance qu'il y a avec les autres. Mais il y a aussi la force d'agir, d'avancer dans le projet qui se dévelope dans son esprit. Si le personnage s'enferme dans ce projet, il s'entoure de gens qui vont l'aider à atteindre son but encore plus vite que seul. Il s'entoure et entraine une petite équipe dans son sillage.
Ca le fait quand même évoluer par rapport à sa blague de potacha alcoolisé du départ. Et puis il y a quand même son âge. Garder à l'esprit son âge.
J'ai adoré la scène du piratage des annuaires photographiques (j'avais même jamais fais gaffe que face book ça voulait dire ça), ce tempo, cette façon de filmer la pensée qui se déroule et l'action imédiate qui en découle. Ca a quelque chose d"étourdissant. Et c'est pourtant lui qui a bu !
J'ai cependant trouvé que le film souffrait parfois d'arythmie, certaines scènes étant tellement intense ou menée à un tel pas de charge que la suivante ne peut paraitre qu'alourdie, un peu comme quand tu descends tout schuss sur de la bonne neige et que tu passes dans une plaque de soupe. C'est pas agréable. Tu dégrises vite fait. Sur mon mur facebook ce soir-là (celui de l'avant première) j'avais écris "inégal".
Je suis sortie de là-dedans un peu comme assommée, avec un sentiment partagé entre une espèce de fascination et une grosse fatigue ... mais aussi avec la certitude d'avoir assisté à "quelque chose", ne serait-ce que la confrontation d'une belle brochette d'acteurs.
Cette logorrhée quasi-permanente m'a également étourdi... durant les trois premières minutes. Très habilement, c'est dans ce début de film que Fincher en propose l'échantillon le plus frénétique, dans une scène d'ouverture très simple dans sa grammaire purement cinématographique : deux personnes autour d'une table, dans un bar, filmées en champs/contre-champs et plan large de profil... code naturel, reconnaissable, apaisant. Et les dialogues s’enchaînent à un rythme effreiné. Le ton est donné, le rythme étalon est fixé, on peut en toute sécurité cinématographique s'y acclimater, et ensuite, le film se suit très bien. Ma femme est espagnole et sa lecture du français (pour excellente qu'elle soit) est tout de même un peu plus lente que la mienne... hé bien, après la "mise à niveau" permise par ces quelques premières minutes, elle a apprivoisé sans soucis ce rythme particulier et a suivi les sous-titres sans problème.
Brillant
Superbe chronique, comme à chaque fois. Je tenais à féliciter Rafik Djoumi pour son positionnement, qui peut paraitre revanchard face à une culture dites élitistes, en opposition à une culture dites populaire. Il n'en ai rien, Rafik me semble vouloir effacer ces barrières là, qui sont les vestiges du monde mécanique du XX siècle.
Ce qui m'a sauté aux yeux en voyant ce film, c'est justement la démonstration de la règle du jeu, et surtout de la valeur sociale.
Ce jeu de la recherche perpétuelle de la valeur sociale. Cette valeur basée sur les paires acceptation/rejet et sur son estimation par la masse. Ces codes sociaux devenus de plus en plus vitaux dans les milieux urbains, ce qui est largement décuplé par l'idéologie libérale (et l'évocation de Rand n'est pas inintéressante), ou clairement les hommes deviennent une marchandise, et les relations sociales un marché.

Le film tape juste, en faisant le parallèle entre des milieux de la haute (les final clubs), la finance et la création de facebook, basé sur cette même paire acceptation/rejet (club exclusif, ajout d'amis exclusifs), achat/vente pour la finance. Ainsi de cette valeur sociale, qui tout comme la monnaie avec son accumulation permet l'appropriation d'un pouvoir (Ash et Milgram :)), on pourrait parler de ces jeunes des final clubs, ou de ceux qui ont un nombre d'amis astronomiques sur facebook, comme dans un marché pleins de liquidités. Les passages avec les filles "faciles" ne paraîtront misogynes qu'à ceux qui n'ont jamais connu ces univers ou la valeur (sociale ou matérielle) joue un rôle de sésame étonnant (et déprimant quand on a quelques valeurs morales)

Film intéressant donc qui nous montre une certaine réalité de notre monde qui à se regarder dans le regard autres (obsession de la valeur sociale décuplé par le narcissisme et les nouvelles technologies) est entré dans une nouvelle ère d'interconnectivité libérale bien inquiétante.
Formidable article, j'adore la touche finale sur Rand.
Il est urgent d'ajouter des boutons facebook et twitter sur ASI !!!!
Quelle analyse ! Superbe ! Le meilleur papier que j'ai lu depuis 15 jours sur le film. Comme ressenti par plusieurs @sinautes, les mots ont été posés de façon très juste avec une intelligence très fine sur ce que j'ai perçu du film et tout ce que je n'avais même pas soupçonné... Je ne m'étais risquée qu'à un simple rapprochement entre le rythme très soutenu du film et l'état d'interaction survoltée dans lequel on se trouve lorsqu'on est sur Facebook et autres réseaux sociaux... mais qui a priori n'était qu'une contrainte d'adaptation du scenario.
Merci !
Article particulièrement bien construit.
J'y ajoute une petite interpretation de la bande annonce, dont le choix musical est une note d'intention :

Le thème en est "Creep" de RadioHead (enfants terribles du rock anglais avant Oasis) mais repris par une chorale de jeunes filles (Vega Choir), ce qui renvoi partiellement à l'esprit guindé voir machiste du film, ainsi qu'à son côté dépressif (quasi funéraire). Sans parler des paroles :
"Peu importe si ça blesse. Je veux avoir de l'autorité.
Je veux un corps parfait. Je veux une âme parfaite.
Je veux que tu remarques quand je ne suis pas là.
Je souhaiterais être spécial. Tu es si spéciale
Mais je suis un minable, je suis un cinglé.
Qu'est-ce que je fais ici ? Je n'appartiens pas à ce monde"
Ayn Rand est bien l'une des principales sources intellectuelle du néo-libéralisme actuel, via l'individualisme rationnel le plus radical :

"Ayn Rand justifie ainsi une éthique qui a ceci de remarquable qu’elle n’implique aucun devoir envers les autres, mais uniquement à l’égard de soi-même. Disparaissent de ce fait, comme par magie, les multiples formes d’interdépendance, les rapports de forces, les abus de pouvoir, les injustices et les violences qui empoisonnent l’existence de l’humanité et contre lesquelles, dans la vie réelle, l’appel à la raison se révèle malheureusement inefficace.

L’idéologie d’Ayn Rand s’adresse en premier lieu aux « dominants ». Elle les conforte dans l’idée avantageuse qu’ils ont d’eux-mêmes et leur permet de faire passer au second plan ce qu’ils sont en réalité : des gens pour qui il est essentiel d’appartenir à des réseaux puissants et qui s’emploient à y prendre place. Mais elle se répand aussi bien — c’est sa grande force — parmi ceux qui occupent des positions plus modestes. Ceux-ci sont sans doute plus isolés, ce qui est pour eux une cause de difficultés, mais le modèle que leur proposent Roark ou Galt leur offre, dans la mesure où ils s’identifient à lui, une compensation imaginaire et une source d’estime de soi. Elle leur permet d’être fiers de ce qui, en réalité, les affaiblit. Comme la foi en l’individu s’appuie sur l’exemple de ceux qui réussissent, le capital social dont ceux-ci bénéficient est passé sous silence afin de rehausser leur valeur personnelle. Pour ceux qui restent au bas de l’échelle sociale, l’échec est imputé à un manque de qualités personnelles.

Parmi les formes inévitables mais salutaires de dépendance, il faut évidemment compter en premier lieu les liens qui rattachent chaque génération à celle qui la précède. A cet égard, il est symptomatique que dans les deux grands best-sellers d’Ayn Rand, pourtant si volumineux, il n’y ait aucune place pour un personnage d’enfant. C’est que la seule existence des enfants, donc de la relation entre générations, aurait suffi à ruiner le modèle d’individu qu’elle exalte. L’individualisme radical d’Ayn Rand implique au fond que la société, comme le disait Mme Margaret Thatcher, n’existe pas."


Ni Dieu, ni maître, ni impôts, François Flahault


Le pire étant que les best-selleer d'Ayn Rand n'ont pas été si inconnus que ça en France, notamment chez une certaine extrême gauche (sic) précisément par son aspect "rebelle" et athé :

"cette inlassable pasionaria du capitalisme (qui est toujours l'un des auteurs les plus lus aux États-Unis) a exercé une fascination étrange sur une partie de l'extrême gauche, notamment à travers l'adaptation cinématographique par King Vidor de son best-seller, La Source Vive. Ce roman, publié en 1943, célèbre en effet, de façon conjointe (et particulièrement cohérente) les vertus du capitalisme et celles de l'attitude rebelle. Pour peu que l'on identifie le libéralisme à une idéologie "conservatrice" et "patriarcale" (selon le contresens habituel des intellectuels de gauche), il est alors tentant de n'en retenir que le second élément. Parue en feuilleton dans Combat, La Source Vive aura ainsi une influence décisive sur Ivan Chtcheglov et ses amis de l'Internationale lettriste, et donc, indirectement, sur les postures initiales de Guy Debord et du mouvement situationniste. On doit également souligner les convergences importantes (et très révélatrices) qui existent entre l'"étique objectiviste" défendue par Ayn Rand et le "nietzshiéisme de gauche" de Michel Onfray."

Jean-Claude Michéa, l'Empire du moindre mal

Pour toutes ces raisons, Ayn Rand peut être rejetée non pas pour des raisons vieillotes de traditions morale décrépies et éculées à l'européenne, comme il semble être fait allusion à la fin de cette chronique, mais bien pour des raison politiques les plus fortes et les plus modernes, à savoir contre les tendances libérales qui sous-tendent de manière intenses nos sociétés d'aujourd'hui, et qui ne cessent de produisent le pire, à savoir la captation des énergies d'une majorité de la population par une extrême minorité (voir l'émission de Judith avec F.Lordon - "le capitalisme est un totalitarisme") via la libéralisation de la finance et du marché, minorité qui se sent pousser des ailes notamment grâce à des justifications de l'ordre de celles qu'Ayn Rand avance.
Je commence rapidement la chronique (n'ayant pas le temps de tout lire maintenant) et je m'arrête là-dessus :

à la façon d’un Eschyle détaillant le conflit mortel entre Oreste et Agamemnon

Il y a une erreur, il me semble, non ?
Quand vous décrivez le héros (ou anti-héros) n'accédant au monde que derrière le cadre formé par son écran, il y a quelque chose qui rappelle Rear Window, non? Surtout que c'est bien Jimmy Stewart qui, passant d'observateur à déclencheur de péripéties, finira par "connecter" ces gens vivant dans des petites boîtes séparées.
C'est bien la premiere fois que je lis une critique de cinema sous le paradigme de l'architecture... Tres fort..

J'ai sans doute aussi oublie mes lectures des vieux, tres vieux, trop vieux (?) Cahiers du Cinema ;). En tout cas cette critique toute en reflexion et en intelligence me ravit.
Bien envie d'aller le voir, après cette lecture.
Merci.

http://anthropia.blogg.org
Superbe Rafik, tu as mis des mots sur ce que j'ai ressentis quand j'ai vus ce film. Je trouve ton analyse juste.

Rien a voir mais l'evocation d'Ayn Rand m'as fait pensé au nom d'Andrew Ryan, antagoniste de Bioshock. Et un personnage se fait appelé "Atlas" tous le long de l'histoire... en plus de la reference assumée, Bioshock partage aussi avec l'oeuvre de Rand certains themes (Ou une genie, ecrasé par la société etait partis dans les fonds sous marins pour creer la sienne, a son image). Faire une lecture de Bioshock dans le prisme de Rand donne une autre saveure a l'oeuvre.
Pour Atlas Shrugged, notons que le livre a été traduit entierement en français sur un site amateur l'an dernier, avec un pdf* en ligne pendant moins d'un mois (les droits d'auteur ayant eu raison de la démarche). Il semblerait qu'une traduction plus officielle soit en cours.



*un pdf que certains tichounautes doivent encore avoir sur leur dd, le mien a été perdu dans les nimbes du formatage
Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.