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S'infiltrer dans la police... mais jusqu'où?

Après la publication de son ouvrage "Flic, un journaliste a infiltré la police", Valentin Gendrot est menacé de poursuites pénales et subit les foudres de Twitter. En cause : sa complicité dans le tabassage d'un mineur. Une nouvelle fois, le principe de l'infiltration divise.

Commentaires préférés des abonnés

C'est sur que derrière son clavier, l'on peut avoir beaucoup de morale.

Après coup tout le monde aurait été résistant face à l'envahisseur, personne ne dénoncerait son voisin par lettre anonyme, allons !


Dans la vraie vie, rien n'est moins simple que d(...)

Ce temoignage a un immense mérite  : temoigner de la violence ordinaire des forces de l'ordre censées nous protéger. L'auteur apporte  egalement une lumière crue sur des conditions de travail epouvantable. Qu'un journaliste ait sacrifié plu(...)

et voila une jolie petite polémique pour discréditer son boulot et le mettre en accusation.


Oui "on sait" mais comme pour black lives matter aux etats unis rien ne se passe si ça n'est pas démontrable par une vidéo  ou un témoignage incontestable(...)

Derniers commentaires

Le même argument que celui contre Gendrot et Benmohamed est utilisé par Trump contre les révélations de Bob Woodward, qui a attendu des mois pour révéler sa minimisation volontaire du coronavirus pour pouvoir continuer ses interviews et réunir encore bien d'autres éléments contre lui. 


J'allais dire "les grands esprits se rencontrent", mais dans le cas d'une attitude ayant causé environ 150000 morts depuis (estimation des effets de l'écart d'attitude américain par rapport à celle des pays européens prenant la menace au sérieux), c'est vrai qu'on pourrait s'interroger. Un journaliste du prestige de Woodward révélant tout dès février aurait il pu faire évoluer la politique de Trump / la prise au sérieux du sujet ? Je dirais plutôt non vue l'infinie capacité des républicains à ignorer tout discours leur déplaisant, mais c'est déjà plus sérieux que les reproches faits à nos lanceurs d'alerte sur la police.

Ce qui est frappant, c'est que cette polémique sur la non-dénonciation par Valentin Gendrot des violences policières auxquelles il assiste est le seul commentaire des médias mainstream concernant ce livre. Il s'agit donc clairement d'une manière de noyer le poisson, pour ne surtout pas parler du fond, à savoir les violences policières elles-mêmes.

Je n'ai rien lu sur le sujet, mais j'avoue ma perplexité a priori...  A première vue, c'est un peu comme si on accusait Snowden d'avoir été complice des services gouvernementaux et de leurs crimes pendant des années...

Il n'y a jamais assez de témoignages sur la violence de l'Etat.

Je n'ai pas ressenti une même réaction critique de la " profession " contre Valeurs actuelles à propos de son attaque raciste contre Danièle Obono, mis à part un article d'Antoine Perraud sur Médiapart.


Autre témoin à charge (partial comme lors de l'hallali et le mépris contre Christophe Dettinger), France Info interroge Dominique de Montvalon contre Valentin Gendrot. 


Les reportages photos tombent alors aussi sous le coup de la loi dès que le photographe de presse ne s'empresse pas d'aller déposer immédiatement au parquet les actes criminels dont il est témoin. " Des preuves, des preuves, ... "


La notice de Dominique de Montvalon sur Wikipédia précise :


" Dominique de Montvalon a été critiqué par des observateurs politiques et des journalistes[Qui ?] pour sa complaisance vis-à-vis de Florian Philippot, président du parti d'extrême-droite Les Patriotes, lors d'une soirée-débat organisée juste après son annonce de départ du Front national. Dominique de Montvalon y a notamment déclaré « J’aime beaucoup Florian Philippot » et « Nous assistons ce soir au retour de Florian Philippot au naturel ». Très actif sur Twitter, il soutient activement Emmanuel Macron et le parti présidentiel.  "


Voilà des avis très orientés...


Très contradictoirement, le syndicat des commissaires de police ne s'émeut pas à propos de ceux qui cognent dans la camionnette mais à propos de celui qui n'a rien fait. 


L'affaire du dépôt au tribunal de Paris montre tout le soutien de la hiérarchie à un policier de dénonçant des infractions dans la police.


Le syndicat des commissaires est beaucoup plus prompt à invoquer  l'obligation d'obéissance, le devoir de loyauté, le principe hiérarchique pour réclamer des sanctions contre les lanceurs d'alerte au motif d'une faute au devoir de réserve : Les policiers lanceurs d'alerte continuent d'être harcelés par leur ministère


Le code de procédure pénale finit d'établir la mauvaise foi du syndicat. 


Il est malhonnête de stigmatiser un simple flic quand c'est le chef de service qui est responsable des procédures : 


" Le chef de la formation coordonne l'exécution des opérations de police judiciaire effectuées dans son service et veille à la transmission des procès-verbaux aux autorités judiciaires. " (Art. D2 - al. 4)


C'était qui le chef de la police dans l'arrondissement ? Ce n'était pas Valentin Gendrot, simple flic.


Quant aux faux PV, le syndicat des commissaires ne s'est pas particulièrement ému de la pratique par le passé :


Tarnac : le PV de filature de la police est plus que jamais suspect


Falsification de PV : des policiers de Tarbes sont accusés


...


S'agissant enfin d'aller s'expliquer devant le juge, le syndicat peut balayer devant sa porte :


Encarts publicitaires: les curieuses méthodes d'une publication syndicale policière            

   

Depuis 1995, l'État interdit aux syndicats policiers de recourir à des régies publicitaires pour se financer. Le syndicat des commissaires en a pourtant utilisé une, aux pratiques douteuses, jusqu'en 2008.            

je suis profondément d'accord avec la majorité des commentaires qui soutiennent Valentin Gendrot et la réponse à Taha Bouhafs qui demande qu'est-ce qu'on apprend de plus ? ( genre "je suis un peu jaloux là" ) et bien la réponse est dans l'article :

le livre éclaire cependant d'une manière inédite la manière dont la police maquille sa violence avec la complicité intime de ses agents.  


Rien que cette pierre ajoutée à l'édifice de la dénonciation des violences policière devrait faire fermer leurs clapets aux détracteurs de cette méthode d'investigation nécessaire.


Voire ces gens se ranger aux cotés des syndicats de police pour dénoncer ce travail est limite risible ! 

Et je ne parle même pas du reproche fait à la couleur de peau de Valentin Gendrot qui est grotesque !


Enfin je réitère ma volonté de voir ce journaliste prochainement invité à @si; il pourra ainsi s'expliquer sans qu'on lui prête des intentions qui ne sont peut-être pas les siennes

L'investigation se retrouve dès le début du journalisme, dès le 19e siècle.

cf. Nellie Bly, dans un asile américain au 19e siècle.

En effet on n'apprend rien sur les violences de tous ordres commises par les forces de l'ordre dans l'exercice de leur fonction. Mais considérer que ce livre fait fi de toutes les paroles précédentes est non avenue. C'est au contraire une prolongation nécessaire, pour qu'enfin, à force de témoignages, les choses bougent. Si nous devons avoir une police, qu'elle soit intègre ! 


Et si ce journaliste ne s'est pas opposé à une situation de brutalité, c'est peut-être parce que justement, si bien infiltré et intégré, il a perdu, comme il le dit lui-même, une part de son humanité dans le moule de sa formation et dans la réalité de son quotidien de flic, ce qui est hautement explicite et démonstratif.


On se dit alors que les -rares- sanctions que subissent les agents à la suite de plaintes, sont injustes puisqu'elles ne touchent que ces agents, alors que c'est tout le management et les objectifs qui sont à revoir, et ce jusqu'au ministère de l'intérieur, voire un cran plus haut.  

Merci à Vous pour cette note de lecture !

Ils doivent être bien emmerdés au ministère de l'intérieur. Ils se retrouvent avec un type qui proclame partout qu'il a commis un crime passible des assises. A partir de là ils n'ont que deux mauvaises solutions :

1) L'envoyer aux assises, mais comment ne pas envoyer aussi ses collègues ? Sachant que les syndicats de policiers ont prévenu fort et clair : OK pour être une milice au service du régime mais impunité garantie.

2) Regarder ailleurs, mais cela fait un peu désordre lorsque l'on essaye de gagner la prochaine élection sur le thème de la loi et l'ordre.


A mon avis, c'est couru d'avance. Ils choisiront la deuxième solution. Quand la totalité des médias est contrôlé par l'état ou par une poignée d'oligarque, pourquoi s'embêter.

C'est sur que derrière son clavier, l'on peut avoir beaucoup de morale.

Après coup tout le monde aurait été résistant face à l'envahisseur, personne ne dénoncerait son voisin par lettre anonyme, allons !


Dans la vraie vie, rien n'est moins simple que de vivre un contexte de violence, surtout dans un groupe hiérarchisé où, en plus , l'on se retrouve discrédité ou adulé en même temps, instrumentalisé par le Pouvoir sensé représenter ceux-là même qu'Il nous somme de réprimer. Tout cela sans qu'un contre-pouvoir existe.

Qu'elle aurait été ma réaction dans ce contexte ? Je n'en sais rien ! Il y a tellement d'éléments à prendre en compte. 


Dans un moment où il est de bon ton de se targuer du CNR, j'aimerai rappeler que ses membres avaient bien compris que nul n'était à l'abri de se conduire en barbare, en lâche, plus rarement en héros. Qu'un contexte, une situation particulière pouvait faire ressortir de vilaines choses chez tout un chacun. Qu'un tortionnaire ne naissait pas avec un couteau entre les dents, il le devenait surtout  de part l' "univers" où il baignait. 


Je me suis vu courir comme un lapin apeuré avec des grenades lacrymos qui me pétaient tout autour, je me suis vu tenir tête dans un commissariat à des agents qui commençaient à me malmener ( vivre cela lorsque vous vous savez coupable de rien, accusé par des beaufs avinés qui vous disent pouvoir faire ce qu'ils veulent de vous, que vous comprenez qu'aucune aide ne vous sera apportée et qu'au bout du compte ce sera vous le vilain. Cela vous aide à relativiser les choses )


C'est assez ironique que d'entendre les valeureux condamner ce journaliste dans les mêmes termes que le Pouvoir prêt pour une fois à punir un de ses agents.


Certes il faut avant tout penser à la victime. Mais qui peut m'affirmer qu'une dénonciation immédiate, une intervention dans l'instant aurait changé quoi que ce soit à son malheureux sort ? ( dans ce contexte quelle portée eût l'intervention d'un ADS, s'il c'était révélé comme "infiltré" qu'elle aurait été la réaction des incriminés à votre avis ? )


N'est-il pas plus important de refuser catégoriquement que nos représentants se comportent sans Ethique ? Qu'aucun réel contre pouvoir n'existe ? 

Que ce livre, confirme une fois de plus les graves dysfonctionnements ( pour le moins ) de notre police.


Alors plutôt que de tirer sur le messager ( que je suppose assez grand pour "digérer" ce moment comme il le pourra ) vaut peut-être mieux consacrer son énergie sur la cause plutôt que l'effet

Je ne  peux croire que certains policiers soient violents et racistes. C'est pour moi une véritable découverte.


Nos admirables commissariats devraient s'opposer à ces enquêtes misérables.


D'ailleurs, on le disait assez bien, en 1968  :  " ne vous laissez surtout  pas  infiltrer : pour éviter les pépins, évitez le noyautage ".

On se souvient que ce même genre de dénigrement a été tenté lors de l'immersion de Florence Aubenas. Moins virulent, évidemment, parce que le sujet était moins chaud, mais on l'avait bel et bien blâmée d'avoir trompé ses collègues de travail (pffff....). 


Bien sûr que ce n'est pas rien de se rendre complice d'un tabassage potentiellement mortel, même par abstention de réaction. Faut juste savoir ce qu'on veut. Il y a aussi une énorme mais insaisissable complicité dans le fait de ne rien faire. 


Ça me chagrine d'entendre la voix de Taha Bouhafs dans ce déferlement. Quant à la critique "seule des voix blanches peuvent être entendues", justement, il faut que des voix blanches s'élèvent pour que ce soit entendu et on ne devrait pas désavouer ces voix-là. 


Bref, la question de la "complicité" méritait d'être posée. Mais une fois de plus la rapidité à répondre sous la menace de Twitter fait des dégâts en privant les gens d'un  temps de réflexion indispensable. 


Adeptes de Twitter, résistez à l'injonction.

1/ Il faut que ce soit un journaliste tout seul qui "y aille", évidemment pas envoyé par un organe de presse, mainstream ou pas, d'ailleurs...

2/ Peut-on imaginer un instant que, la hiérarchie étant au courant et couvrant ce genre de dérives, les autorités supérieures (préfet, ministre) ne soient pas parfaitement au courant

3/ Pas un seul policier (en-dehors de Benmohammed) n'a joué le rôle de lanceur d'alerte depuis des années que ça dure

4/ Une seule conclusion s'impose: l'accord tacite entre la hiérarchie et les auteurs de "bavures" diverses, et de violences pourrait se résumer à ceci: "vous êtes mal payés, mal logés, mal équipés, mais vous faites ce que vous voulez, vous supportez, nous on couvre"

Sauf que coincés entre la détestation de la population qui monte, et les conditions de travail qui se dégradent à un point qu'on imagine mal ( et je trouve qu'on ne met pas assez en valeur cette partie de la dénonciation du livre ) cet accord tacite va finir par voler en éclats.

LA grande question est: la réforme de la Police Nationale peut-elle faire irruption dans le débat de la présidentielle ?

Ce temoignage a un immense mérite  : temoigner de la violence ordinaire des forces de l'ordre censées nous protéger. L'auteur apporte  egalement une lumière crue sur des conditions de travail epouvantable. Qu'un journaliste ait sacrifié plusieurs années de sa vie pour informer sur ce que tout le monde sait mais qui est totalement nié par le pouvoir ne peut être que salutaire. Quand on arrive à un tel degré de barbarie, c'est moins le comportement des fonctionnaires qu'il faut interroger que celui de ceux qui auraient le pouvoir d'empêcher cela et qui ne le font pas.  Ceux qui déjà de la manière la plus hypocrite tire à boulets rouge sur celui qui dénonce : le meilleur moyen pour que rien ne change et que tout continue comme avant.

Quoiqu'on pense du procédé, qui est somme toute assez courant, ce temoignage est d'une grande utilité sociologique et historique.

De mémoire, c'est John H. Griffin, pas G. Wallraff, qui a subi un traitement pour colorer sa peau (Black Like Me, publié dans les années 60).

En tout cas, merci pour l'article, je vais lire ce livre. A une époque où ce qu'on appelle "journalisme d'investigation", c'est Fabrice Arfi qui publie ce que ses copains flics lui font gentiment passer, ça devrait être rafraîchissant.

Les critiques me semblent peu convaincantes son travail est bon a prendre. Tout ce qui permet d'éclairer les travers . de cette institution est utile. Comprendre ce que ressentent les policiers est très utile.

Cette infiltration me semble apporter un questionnement interressant et quelques éléments de réponse. Comment pense-t'on lorsqu'on appartient à ce groupe social ? En vivant une situation de conflit moral, nous sommes capables de transformer notre vision de la réalité pour la faire coller à nos principes (dissonance cognitive). Et j'imagine que ce fameux esprit de corps renforce le phénomène. 

Maintenant, je m'interroge sur l'absence de filet de sécurité (ou s'ils existent de leur manque d'efficacité). Des psychologues, des debriefing, je ne sais quoi pour remettre les choses à leur place et dire que ça, c'est faire acte de violence. (Sans parler des sanctions, c'est un sujet déjà largement traité)

Je ne vois pas comment un lanceur d'alerte peut la lancer en se grillant comme tel à la première violence qu'il voit.  C'est du niveau des reproches faits à Benmohamed de ne pas l'avoir donné assez vite.


Après, on peut éventuellement lui reprocher de ne pas avoir au moins tenté de l’empêcher sur le moment (il eut pu faire le naïf croyant en la loi quitte à rester dans son rôle de recrue), mais il pouvait juger nécessaire que ses collègues lui fassent confiance, ce qui lui donnait une chance d'apprendre pire.


Je passe sur la partie twitter pour ne pas être grossier. 

et voila une jolie petite polémique pour discréditer son boulot et le mettre en accusation.


Oui "on sait" mais comme pour black lives matter aux etats unis rien ne se passe si ça n'est pas démontrable par une vidéo  ou un témoignage incontestable. L'approche de Valentin est risquée de toute point de vue  mais me semble nécessaire pour l’intérêt général.


La justice devra elle se montrer clémente a son égard  ? pas sur , tout journaliste qu'il est il était a ce moment un officier assermenté.... il me semble un peu délicat dans le contexte de se réfugier derrière un status de lanceur d'alerte.

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