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Les revues scientifiques, des médias comme les autres

Et les auteurs de l'enquête du Lancet sur les traitements Raoult, finalement, rétractèrent leur propre enquête. Fin du feuilleton, qui braque le projecteur sur les grandes revues scientifiques. Les études publiées dans ces revues sont en général rapportées comme d’indiscutables vérités. Chercheurs et sociologues des sciences rappellent cependant que leurs processus éditoriaux actuels, malgré le filtre de la fameuse "évaluation par les pairs" ("peer review"), ne sont plus si éloignés de ceux des médias traditionnels. Défauts compris.

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Merci beaucoup pour cet article que j'apprécie beaucoup en tant que chercheur. 

Je me permets un petit commentaire de détail pour voir le verre à moitié plein : que les  revues scientifiques ne soient pas magiquement si différentes des média(...)

Encore un très bon article.


En conclusion vous écrivez;

Ces chercheurs et sociologues regrettent donc la confiance accordée aux études uniques, ou même à quelques études d’une seule équipe de recherche, par les responsables politiques, les journalistes(...)

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En parlant de médias, je viens de découvrir que l'émission de Calvi sur Canal s'appelle "L'info du vrai".

Présentée par qui que ce soit, son titre resterait prétentieux et ridicule, mais par lui c'est carrément un gag.

Merci pour cet article. j'avais tendance, en effet, à accorder aux revues scientifiques une confiance que je n'accorde plus aux autres médias. Je retiens particulièrement cette phrase: 


""Il est très important de changer la manière dont les gens croient au savoir scientifique, il ne faut jamais attendre d’une étude qu’elle change les connaissances, il faut être plus critique de manière générale" 


Et l'idée que plusieurs études convergentes sont nécessaires pour asseoir la fiabilité d'une recherche.

Les travers du grand public sont encore dans l'attente du messie (humain providentiel) et de l'étude àla Einstein ou Darwin, qui d'un coup changerait la donne, plutôt que l'écoute des différentes voix et la compréhension que le savoir scientifique avance à petit pas chaque jour par accumulation de multiples petites recherches (et à force de travail laborieux et pénibles, pas de coup de chance type pénicilline ou d'éclair de génie. C'est aussi le travers de l'Agence National de financement de la Recherche (financement massif de peu de projets à coup de ~400 k€ pour un petit nombre d'élus) versus les "part-chercheurs" (une répartition plus limitée 8k€ à chaque chercheur chaque année)


Les sciences, malgré la méthode de Thomas Kuhn et les critiques de Paul Feyerabend, a besoin de temps, de reproduction (trèèès dures à publier en biologie et médecine) et de plus de théories/formalisations (les sciences ne sont pas de l'expérimentation contrairement à ce que croient beaucoup de citoyens mais aussi de collègues scientifiques). Au final, c'est bien l'Esprit critique qui est mis en action, et cet esprit devrait être la seule matière enseignée à tous partout, y compris aux journalistes, car elle est la synthèse des Lumières, de l'humanisme et du rationalisme.

 




Encore un très bon article, merci. 

Et de très bons commentaires également. 

Une pétition sur le sujet qui circule pour demander l'arret des publication d'articles payants (derrière des "paywall") par les éditeurs, à faire tourner auprès des chercheurs : https://nofreeviewnoreview.org/

Maintenant que se sont ouverts les yeux sur la recherche en médecine, il est temps de faire de même sur la recherche sur le climat (je souligne sur le CLIMAT, pas sur la biodiversité, les pollutions diverses, etc) : par exemple expliquer quelles stations sont prises en compte (ou pas) pour calculer les moyennes mondiales, le pourquoi des corrections apportées, les divergences entre la tendance de variation du niveau de la mer selon qu’on suive les sattelites ou les marégraphes.

C’est un travail d’intérêt public.

A voir sur le sujet l'émission de la semaine dernière de la Tronche en Biais : https://www.youtube.com/watch?v=xYIwVDX0y9Q

"et ce malgré le processus d'"évaluation par les pairs", où des échanges ont lieu entre les chercheurs et d’autres experts afin d’assurer la fiabilité des travaux ensuite publiés. "


Ahem... Comment dire. Il peut arriver que les pairs en question soient, ou potes comme cochons, ou pas franchement camarades, en compétition sur des attributions de postes, de financements ANR, d'où tout un tas de variations de comportements, comme effectivement le refus de publication par un reviewer qui va publier des données proches qqs temps après. 


Je parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre, et qui fait abandonner sans regret ce p̶a̶n̶i̶e̶r̶ ̶d̶e̶ ̶c̶r̶a̶b̶e̶s̶ monde merveilleux. Je doute que ça ait bcp changé...  

Merci beaucoup pour cet article que j'apprécie beaucoup en tant que chercheur. 

Je me permets un petit commentaire de détail pour voir le verre à moitié plein : que les  revues scientifiques ne soient pas magiquement si différentes des médias traditionnels, voilà un constat qui peut aussi servir à ce que les journalistes de ces médias traditionnels (et le public) cessent de considérer la science comme une magie qui les dépasse. 

Je m'explique. La pratique de la science c'est, bien que codifiée de manière (en théorie) très exigeante, une pratique concrète qui vise certes à être créatif d'abord, mais aussi à être rigoureux, à penser contre soi-même, contre le bon sens, contre les intuitions immédiates, à dépasser ses a priori, à recouper ses sources (ou ses manips), à éprouver au maximum les faiblesses d'une proposition ou d'une théorie pour espérer qu'elle résiste aux critiques, à chercher le meilleur dans les positions adverses, etc. Tout ça, c'est une pratique et une éthique qui ressemble grosso modo, je trouve, à ce qu'un journaliste investigateur doit s'appliquer. Et, même, plus généralement, ce que tout enquêteur devrait faire, qu'il soit scientifique, journaliste, ou judiciaire. La science est seulement censée pousser cela à l'extrême, ce qui s'illustre par la relecture par les pairs, qui est une sorte de deuxième couche de vigilance vient s'ajouter à celle que le chercheur est supposée avoir eue. Et c'est normal qu'on attende de la science cette exigence maximale, car ça soigne les cancers et ça fait décoller des fusées. 

Mais concrètement, c'est aussi ce que nous faisons chacun au quotidien quand on cherche à comprendre un événement étonnant et/ou inattendu. Si ma voiture ne démarre pas*, je vais, par exemple, regarder une par une les raisons possibles (démarreur ? pas d'essence ? bougies ?) et non pas tout tester en même temps, car sinon bien sûr tout se mélange et je sais que je ne trouverai pas la cause. Cela s'appelle juste procéder avec méthode ! Pour les mini-problèmes, être ultra-méthodique est peut-être une perte de temps, mais dès qu'un problème devient vraiment casse-pied ou déroutant, on sait tous que procéder avec méthode, prudence, patience, cela aide. La pratique expérimentale de la science, ce n'est rien de plus sur le fond, c'est seulement cela poussé à l'extrême et de manière systématique. Le reste, c'est de la technique et cela s'apprend. La science impressionne le public parce qu'il y a des calculs, des statistiques, parfois du jargon, mais tout cela, ce n'est pas le fond de la science, seulement des outils qui sont là au service de la nécessité d'être méthodique, et même d'une éthique de la méthode. Or cette nécessité vaut aussi pour un journaliste investigateur ou un enquêteur judiciaire, s'il veut être convaincant. 

Donc dans tout ce maelstrom qu'est l'affaire du Lancet (et qui va faire très mal, parce qu'elle souligne tous les travers de la science, pratique exigeante mais pour autant non parfaite et non immunisée contre les faiblesses humaines), que les journalistes investigateurs se confortent dans l'idée que "La Science", "les journaux scientifiques", "les débats scientifiques" ne sont pas des entités ectoplasmiques incompréhensibles, mais bien des démarches tangibles, cousines des leurs, cela pourrait donner aussi matière à un peu d'optimisme. 


*j'emprunte cet exemple à l'épistémologue et évolutionniste Massimo Pigliucci

PubPeer est cité, avec un renvoi à un article du journal le Monde.

Mais ce journal le 07 avril 2015, précisait ceci:   

 

"..Cependant, sur PubPeer, la procédure fondée sur l’anonymat des commentaires interroge. Le site est actuellement en conflit juridique avec un chercheur qui estime avoir été diffamé et dit avoir, pour cette raison, été privé d’une embauche. « Dans bien des cas nous ne pouvons identifier les auteurs des commentaires et nous ne fournissons pas les éléments d’identification », indique un des porte-parole. Face aux accusations de délation, il répond que les « les faits scientifiques sont vrais ou faux, indépendamment des motivations des auteurs. Nos règles leur demandent d’apporter des éléments vérifiables ».


Ceci étant, dans cet article du 7 avril 2015, on parlait déjà d'une problémétique un chercheur Français,

Olivier Voinnet soupçonné de manipulations d’images à une vaste échelle, vient de demander la rétractation d’un article de 2004. Une chercheuse américaine l’accuse d’avoir menti à plusieurs reprises sur son contenu. 

Le même article (du 7 avril 2015) relatait le cas d'un charcheur français Olivier Voinnet soupçonné de manipulations d'images à une vaste échelle, et qui avait demandé la rétractation d'u n article publié da

...étudie-t-on encore l'épistémologie et la gnoséologie à l'heure du "fait" tout puissant ?

Étudier ?


Vous n'y pensez pas ! Quelle perte de temps !

"Etudier, c'est excuser !" Citation approximative

Très bon article Loris. Je rajouterai comme le dit Mathlma qu'il ne faut pas prendre un papier scientifique comme vérité et effectivement attendre qu'un consensus se dégage. d'autant plus que personne ne possède LA METHODE pleinement et complètement, et personne n'est exempt de biais. Toutes les études corrigées ou rétractées n'ont pas d'intention de frauder ou faire du buzz. Il faut voir le métier de chercheur comme la tentative désespérée de s'affranchir du plus de biais possibles. La contrainte temporelle de l'évaluation par la publication, empêche de facto ce processus d'auto correction d'arriver le plus loin possible. La science est un exercice collectif. Ce n'est pas la compilation d'une série de ''vérités" individuelles révélées mais la somme d'approximations les plus rigoureuses possibles qui nous guident sans jamais l'atteindre, vers cette fameuse "vérité". C'est peu évident pour le grand public mais même un échec, ou l'absence de résultat, de corrélation de causalité est en soit une réussite qui permet de savoir là où ne pas aller

Encore un très bon article.


En conclusion vous écrivez;

Ces chercheurs et sociologues regrettent donc la confiance accordée aux études uniques, ou même à quelques études d’une seule équipe de recherche, par les responsables politiques, les journalistes et le grand public.


Ca touche aussi les chercheurs malheureusement. Normalement on devrait attendre d'avoir un corpus suffisant avec des données provenant de différentes équipes avant de tirer une conclusion.


 ces revues scientifiques ont fortement évolué depuis 20 ans sous l’influence de plus en plus déterminante de "l’impact factor", soit le nombre de citations dans d’autres études scientifiques, pour obtenir prestige et financements.


"Par définition, la recherche est une question de confiance par rapport aux pairs, on vous envoie un papier et des données, et en tant qu'évaluateurs, on considère a priori que les données sont bonnes",  

C'est un problème qui est aussi lié à la spécialisation. Dans tous les reviews, il devrait y avoir un reviewer qui a l'habitude d'acquérir et de traiter les données. Ce n'est malheureusement pas le cas pour diverses raisons. 

-Les ingénieurs de recherche ou d'étude n'ont pas toujours un rôle suffisament reconnu et il n'y en a pas assez alors que les équipements scientifiques se multiplient dans les laboratoires. 

-Le temps qui manque a beaucoup de chercheurs ou d'ingénieurs pour rewiever des papiers. Ils sont souvent en train de courir après des financements.

- Et enfin la course à la publication (seul critère qui permet de faire carrière) qui entraîne une augmentation très importante du nombre de publications soumises .




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