Concert interrompu de Barbara Butch : la parole aux personnes présentes (3/3)
C'est un emballement médiatique qui cristallise quelques-uns des sujets les plus inflammables : Gaza, Israël, LFI, l'antisémitisme et la liberté d'expression. Dès lors, pas si étonnant que le concert de la DJ Barbara Butch qui s'est déroulé à Grenoble samedi 18 juillet et sa perturbation par une foule de militants et citoyens engagés contre sa venue, aient largement occupé le champ médiatique toute la semaine suivante (et davantage). ASI s'est penché en détail sur le traitement médiatique de cette "affaire", et s'est entretenu avec trente personnes qui étaient présentes ce soir-là. Parmi elles, des militants, des journalistes, ou des spectateurs. Dans une première partie nous avons analysé l'emballement médiatique hors norme autour de cette soirée. Puis dans une deuxième, les biais et angles morts de ce récit médiatique. Dans cette troisième et dernière partie, ASI donne la parole à des militants et citoyens qui ont pris part à la manifestation, ainsi qu'à des journalistes présents.
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Commentaires préférés des abonnés
Grand merci pour ces témoignages qui remettent les choses à l'endroit . Une tempête dans un verre d'eau.
Tous les mainstream à l'unisson pour taper sur LFI sur la base de gros mensonges. Le pire , mediapart et plenel qui en ont profité pour assouvir l(...)
Merci Élodie pour ce trio d'articles très complets.
Je m'inquiète énormément pour l' infernal traumatisme moral subi par Barbara.
Et, j'ai noté, par ailleurs que 152 Palestiniens avaient été tués en Juillet 2026 selon le Ministère de la Santé de Gaza, dont 21 enfants.
(...)Derniers commentaires
Les trois articles sont remarquables, les commentaires le sont dans leur très grande majorité et j'ai eu aussi la joie de voir revenir une vieille connaissance de ces pages qui n'en a donc pas fini de nous intimer le conseil de cultiver notre jardin
Outre l'évidence que la cible principale de cet emballement médiatique était LFI, on se rend compté que face à l'impossibilité d'exprimer de manière publique son désarroi sur ce qui est advenu et continue à Gazza, il reste de rares occasions de le faire sans s'attirer une interdiction pure et simple et il faut reconnaître que tout ce qui s'est préparé et a été fait à l'occasion de cette manifestation a à l'exception d'une ou deux bévues fait de manière pondérée et sans violence
Chapeau à la presse d'extrême droite et ses nouveaux suiveurs (en particulier Libé) pour leur capacité à dramatiser les scénarios, ils sont prêts à écrire ceux de la France facho à venir
Ce qu'il serait intéressant, c'est de savoir si la trilogie d'Élodie Safaris a amené des journalistes à reconnaître qu'ils se sont peut-être un petit peu emballés et à refaire un point sur le sujet (on peut bien rêver, non ?)
Impressionnée par la qualité de ce reportage. Habitant près de Grenoble, j'avais suivi attentivement, intoxiquée d'abord par les cris d'orfraie des "Médias Majuscules", puis doutant, puis un peu mieux informée (en cherchant bien!), votre article met la touche finale en décortiquant le processus.
Le troisième article, où la parole des uns et des autres est respectée est particulièrement... original. Alors que ce type de travail devrait être la règle...
Merci aux abonnés qui m'ont permis d'en profiter gratuitement... je me suis réabonnée dans la foulée.
bravo à ASI pour ce travail remarquable
du vrai journalisme
exhaustif, structuré, indispensable
en comparaison il donne une image extrêmement négative du comportement moutonnier et partial des medias mainstream
Juste un mot, merci pour cette enquête! Ça fait du bien de lire un papier réfléchi comme celui-ci
Je parle sous le contrôle de la rédaction.
Je crois qu'aucune enquête composée de plusieurs volets n'ait obtenu une gratuité intégrale par le vote des ASInautes.
J'espère que cela sera le cas pour la présente enquête et le travail précieux d'Élodie. Cela n'enlève rien non plus à l'émission de cette semaine élaborée par Robin.
Merci à Vous encore Élodie d'effectuer sérieusement du travail journalistique. Vous parliez de vos idées personnelles dans un commentaire d'un précédent article concernant les débats sur l'actualité avec vos proches. J'espère donc que votre entourage le remarque qu'elles sont développées et argumentées par rapport aux autres.
Je suggère que lorsqu'un volet est voté gratuit, l'ensemble de la série le soit. Mais c'est peut-être déjà le cas ? Le problème, c'est le risque que que les votes se répartissent entre les épisodes. Dans ce cas je propose aux asinautes de voter pour le dernier épisode.
C'est-à-dire qu'il y a quand même un volet dans lequel trois mots laissent vaguement entendre qu'on n'est peut-être pas complètement 100% certain que Barbara Butch est véritablement une apologiste génocidaire assoiffée de sang - et je ne crois pas que ça intéresserait grand monde de savoir ça.
Bien sure le problème ce n'est que les "apologiste génocidaire assoiffée de sang", dans un crime de masse, ce qui accompagne passivement, voir un peu activement en s'opposant sous d'autre prétexte au combat contre le crime ne font absolument pas partie du problème !
On a vite fait de "s'opposer au combat contre le crime" selon les logiques bushistes des militants de la militance en quête de monstres défoulatoires. One drop rule et tout ça.
Mais sans haine bien sûr, ça reste bon enfant comme accusations de complicité génocidaire, faudrait pas croire. On désigne amicalement ses boucs émissaires, et on agit avec la politesse d'un préfet qui expulse en vouvoyant. La forme est sauve, c'est la seule question.
On a vite fait
C'est intéressant, quelle proportions des militants de gauche très actif, elle a mixé pour le NPA, a signé la loi Yadan et ne s'est, derrière, jamais dédit sur le fond? Si il n'y a qu'elle c'est que ça n'est pas du tout "vite fait". On va compléter, au cas où il en resterait par miracle un second, qui est allé faire son show dans une maison volé suite à un nettoyage ethnique à proximité de la continuité de ce même nettoyage?
selon les logiques bushistes [...] en quête de monstres défoulatoires
Bien, tenir les gens responsables de leur actes et être prêt à les huer pour ça c'est être un "bushiste" qui cherchent des "monstres défoulatoires", je note, votre redéfinition du militantisme politique est ... intéressante ...
On regarde vos message sur ASI pour voir ci vous n'êtes pas aussi un "bushiste"?
Mais sans haine bien sûr, ça reste bon enfant comme accusations de complicité génocidaire, faudrait pas croire.
Dans un contexte où tout le monde utilise "haine" pour parler des haines structurelles (antisémitisme, grossophobie, homophobie, misogynie) votre diversion est d'une finesse, je suis admiratif !
La forme est sauve
Sérieusement ce n'est pas avant tout des points de formes qui sont pointé depuis le début?
je ne comprends pas de quoi vous parlez. Pourriez-vous être plus explicite ?
La mentalité que je ne supporte plus, que je continue à rencontrer sous tous les drapeaux, derrière toutes les causes dont elle se drape (des plus nobles aux plus répugnantes, l'important est de faire corps autour d'un référentiel collectif), et partout où j'escompte y trouver une alternative, tourne toujours sur les mêmes rouages, joue toujours sur les mêmes ressorts. Se donner un sentiment de puissance (au sens large, un sentiment d'agir), se donner un sentiment d'appartenance (le confort ouaté de tous les conformismes et de toutes leurs exclusions), se donner un sentiment de compréhension du monde à économie cognitive maximale. La mentalité gabuzomeuh. La recherche de l'exutoire et du bouc émissaire. Le culte de l'action pour l'action. Les minutes de la haine collectives, la définition de l'in-group par l'out-group avec saut qualitatif, un compas moral dirigé par le seul confort émotionnel, un jugement dépendant uniquement de l'étiquette et du feedback collectif.
On le voit de plein de façons différentes sur ce forum (comme dans d'autres communautés militantes, d'un pôle à l'autre du spectre politique). Des dessins de presse merdiques (haha machin il est caca lol) portés au nues parce que désignant les "bonnes" cibles, seule métrique, seule qualité attendue. Des "bons mots" bas de plafond (haha machin il est caca lol) applaudis parce que résonnant avec l'émotion exacerbée du groupe. Des expressions ancrées sur rien, au point où on retrouve les mêmes dessins, les même phrases, d'un mouvement à l'autre, sans autre altération que le nom de machin. Parce que rien n'est dit.
Cette action contre B. Butch et son apologie dans ces forums sont typique de ça. Le frisson de la chasse sur une proie validée, avec la "ah contre elle on a le droit ?" typique des feux verts que toutes ces petites mouvances se donnent. "C'est qui qu'on n'aime pas aujourd'hui ?" Le groupe sert à proposer quelqu'un. Une affiche. Un hashtag. une validation. Un index dans une direction donnée. Et c'est la fête. Rationalise qui peut. On a un ennemi du jour. Une "racaille", pour la droite ou pour la gauche, sortie de la même machine à fabriquer les cibles.
Alors elle. Pourquoi on l'aime pas déjà ? Je m'en fous hein je demande juste pour pouvoir copier-coller sur internet. Ah ouais elle a voté pour la loi yadan. Ah bin on va lui apprendre. On va l'empêcher d'aller sur scène jusqu'à ce qu'elle dise qu'elle regrette. C'est une raison noble, ça tombe bien, on aurait l'air con sans raison noble. Ça se verrait que c'est surtout un sport, une thérapie de groupe, un hobby collectif, le même plaisir de la chasse que les militants d'en face avec leurs fausses raisons.
Ah c'est con, elle a déjà dit qu'elle regrettait et qu'il aurait pas fallu signer cette loi. Nan mais ça va pas stopper notre élan, ce serait trop triste, on aurait l'air de quoi. Moi je dis, elle regrette pas vraiment, c'est des craques, elle dit juste ça pour nous faire plaisir (c'est sûrement son style, d'essayer de faire plaisir). Allez on attaque jusqu'à ce que, euh, elle le redise, mais euh pour de vrai. Non ?
Ou alors qu'elle dise que les bombardement de Gaza sont ignobles, tiens. C'est l'ennemie tant qu'elle a pas dit que... ah, elle a dit ça aussi ? Elle a dit le mot "ignoble", sûr ? Hm. Flûte. Non, c'est pas une bonne nouvelle, nous on veut la haï.. euh on veut lui faire des reproches gentils et nobles. Mais le mot "génocide", elle l'a dit ? Ahaa, on a quelque chose. Elle a pas dit génocide, donc elle est pro-génocide. "Comme", allez, je tape ça sur internet, "les salopards dans son genre". En plus, je suis sûr qu'elle aurait participé à une gay pride dans une dictature. Une gay pride dans un pays qui ne reconnaît pas les droits LGBT, ça sert à quoi ? Du lâche pinkwashing, moi je dis.
On y arrive, c'est la fête. On l'attaque comme pro-génocidaire pour sauver la Palestine parce qu'on est juste des sauveurs de Palestine. Si elle se sent pas assez pro-génocidaire pour comprendre pourquoi on l'attaque, si elle cherche d'autres raisons, si elle se demande pourquoi on l'attaque elle et pas des gens qui revendiquent le vote yadan et trouvent les bombardements super, si elle spécule sur d'autres motivations, bin c'est bien la preuve qu'elle est contre les pro-palestiniens. Aha, piégée. On avait bien raison. Ça tombe bien. C'était une jolie fête, on s'est bien battus coudes serrés, on s'aime bien. Faudra remettre ça. C'est qui qu'on n'aime pas, aujourd'hui ?
Un arabe qui a volé un sac, un barbu qui est allé à la mecque, donc un terroriste islamiste qui fait mine se s'ignorer, dans le déni ? Ah bin, non, ça c'est le sport des autres. Je sais pas ce qu'ils y trouvent. Ça n'a rien à voir.
De toute façon, c'est pas ça le sujet. Le sujet c'est est-ce qu'on a dit un gros mot ou est-ce qu'on a été poli, dans notre noble lutte pour la justice géopolitique. Ah bin voilà ils déforment notre posture juste pour se construire des ennemis, juste pour se défouler contre une cible facile. Ah bin c'est bien eux, ça. On devrait écrire trois articles là-dessus. Objectifs et factuels. Ce serait un grand pas pour la compréhension de la société et de ses injustices.
Typiquement le genre de chose qui n'arriverait plus jamais si on était au pouvoir. En avant pour le changement. L'humanité est en bonne voie.
en fait je vous demandais juste quels étaient les trois mots et dans quel volet de l'enquête vous les aviez trouvés quand vous disiez :
C'est-à-dire qu'il y a quand même un volet dans lequel trois mots laissent vaguement entendre qu'on n'est peut-être pas complètement 100% certain que Barbara Butch est véritablement une apologiste génocidaire assoiffée de sang - et je ne crois pas que ça intéresserait grand monde de savoir ça.
Pour le reste à vrai dire je suis grosso modo d"accord avec vous en général mais pas pour ces articles en particulier. Premièrement parce que les boucs-émissaires ont choisi de ne pas répondre à l'enquêtrice. Deuxièmement parce que même si ça me fait un peu le même effet, en moins épidermique sur cette question (on choisit pas ses allergies) je continue de trouver ça important de démontrer comment un emballement médiatique se trame.
je veux bien les précisions du coup....
L'article sur la manipulation subie par LFI est très important, d'autant que cette manipulation est à grande échelle, mainstream. Mon problème est que ce n'est qu'une moitié de la situation, et que cette focalisation quasi exclusive dédouane l'autre en creux.
À trois mots près.
Enfin, trois mots. Quand j'ai fait à Élodie Avriogata le reproche d'avoir laissé de côté la question de la validité des accusations portées sur Barbara Butch, elle a souligné que son premier article nuançait la culpabilité génocidaire de Barbara Butch : " il me semble avoir rappelé ce que était avéré ou pas en la matière en fonction des éléments que j'avais à disposition (...) je n'ai pas le sentiment d'avoir fait l'économie de cette question mais, au contraire, d'avoir donné les éléments - ou renvoyé parfois vers des éléments afin que chacun dispose des informations à disposition pour se faire un avis". En re-parcourant l'article, je ne trouve que : "Questionnée sur sa signature de la tribune du Point en faveur de la loi Yadan, Barbara Butch répond qu'elle n'avait pas lu le projet de loi et qu'elle avait signé la tribune "car tout ce qui était écrit sur la lutte contre l'antisémitisme" lui "parlait". Libé est l'un des rares médias à l'interroger sur le concert qu'elle a donné à Tel Aviv en juin 2025. Elle répond y avoir été invitée par son "ami Frédéric Journès, ambassadeur de France en Israël" et que c'était "chez lui, dans sa résidence, pas dans un événement public" , avant de rappeler qu'elle a la "majorité de sa famille" qui vit en Israël". Pas de grosse enquête sur les postures pro- ou anti-netanyahou de Barbara Butch ou sur ses déclarations concernant le génocide ("guerre" selon sa terminologie) en Palestine, ce n'était "pas l'objet" de l'enquête selon Élodie Avriogata (et les partisans d'applaudir : l'objet du "vrai journalisme" c'est les autres). Et puis oui, le mutisme du clan Butch n'aide pas. Mais enfin, il y avait ça.
Pour le reste, il n'y a pas de recette. Une action devrait se juger sur les moyens (leur proportionnalité, leur ciblage, les "sacrifices" induits, y compris dommages dits collatéraux) et les objectifs (tactiques, stratégiques, idéologiques). La gauche conspue les émeutiers MAGA du 6 juin 2021 en arguant du scandale insurrectionnel et du mépris des institutions qu'il représente, mais (outre sa bêtise en termes d'efficacité) cette désobéissance civile aurait été justifiée en cas d'usurpation électorale réelle. Et aurait été légitime s'il s'agissait de remplacer un tyran par un humaniste. Une action contre un artiste devrait se juger sur ses moteurs moraux (objectivés moralement), c'est-à-dire que ce que Barbara Butch a subi ne serait absolument pas problématique si elle avait effectivement défendu la loi yadan et les massacres de Gaza. Une action symétrique de la part de néonazis ou d'ultrasionistes serait condamnable par leur but recherché. L'action et le but se pondèrent aussi mutuellement, ou plus précisément, le moyen trahit parfois la fin (qui prétend le justifier) : mentir au nom de la vérité, tuer des innocents au nom de la justice, trahissent le mépris réel de la vérité ou de la justice chez les perpétrateurs, et donc la présence d'autres motivations, assumées ou non (le goût de la violence, du pouvoir, du statut dans une course à l'intensité zélote, etc). Cela va souvent (à quelques tabous ou disproportions près) au-delà du "on s'interdit tous cette action", et au-delà du "si c'est pour la bonne cause c'est okay". Ce sont des paramètres à croiser. Et à creuser pour en débusquer les dévoiements, les motivations et les gratifications non-dites.
On n'échappe pas, à chaque fois, à des procès compliqués.
Sans doute ignorez-vous qu'historiquement l'ambassade de France en Israël a toujours été proche du gouvernement israélien en place tandis que le consulat était beaucoup plus libre. Lorsque je suis allé en Palestine avec mon syndicat, le SNJ-CGT, le consul nous a aidés, nous savions que nous ne pouvions pas compter sur l'ambassade.
Bonsoir,
1. Je m'appelle Élodie Safaris.
2. Pour le reste, difficile de vous répondre tant ça part dans tous les sens mais si vous avez une critique précise à adresser au papier ou à un des autres, je ferai de mon mieux pour y répondre.
3. Vous écrivez : "De toute façon, c'est pas ça le sujet. Le sujet c'est est-ce qu'on a dit un gros mot ou est-ce qu'on a été poli, dans notre noble lutte pour la justice géopolitique. Ah bin voilà ils déforment notre posture juste pour se construire des ennemis, juste pour se défouler contre une cible facile. Ah bin c'est bien eux, ça. On devrait écrire trois articles là-dessus. Objectifs et factuels. Ce serait un grand pas pour la compréhension de la société et de ses injustices".
Je vous trouve extrêmement méprisant et j'ai plus l'habitude de lire ce genre de ton sur twitter qu'ici mais passons, vous avez le droit d'être énervé.
Si ce que vous retenez de mon travail c'est cette caricature grotesque "le sujet c'est si on a dit un gros mot ou si on a été poli", vous m'en voyez désolée mais j'ai quand même le sentiment d'avoir rapporté une parole un chouïa plus intéressante et complexe que ça. Étant donné l'ampleur qu'a pris cette histoire de "projectiles" et que oui les slogans / insultes / bouteilles ont été au centre des les commentaires médiatiques pour décrire ces manifestants comme une foule haineuse et antisémite, il me semblait compliqué d'en faire l'économie. Même si je peux comprendre que ce soit pénible à lire.
Par ailleurs, j'ai jamais prétendu faire "des grands pas pour la compréhension de la société". J'essaie humblement de proposer des angles et analyses de critique média et ça s'arrête là.
J'ai jamais prétendu être "objective" ni "neutre" d'ailleurs, ce sont des termes qu'on évite à ASI. En revanche j'essaie de faire mon travail avec la plus grande honnêteté intellectuelle possible. Ça ne m'empêche pas d'être traversée par des tas de biais, mais j'essaie d'y être tjs attentive. Enfin, je suis d'accord avec certains points que vous avancez mais l'ensemble est tellement accusateur et méprisant, que j'ai pas vraiment envie d'aller plus loin, vous m'en excuserez, mais après une semaine à me faire insulter sur X, j'ai moins d'énergie. Bonne soirée !
Ah j'oubliais : je n'ai rien compris à ce paragraphe ci-dessous. Si vous avez le courage de reformulez ce que vous n'avez "pas trouvé" et voudriez "trouver", je vous répondrai avec plaisir demain.
"Enfin, trois mots. Quand j'ai fait à Élodie Avriogata le reproche d'avoir laissé de côté la question de la validité des accusations portées sur Barbara Butch, elle a souligné que son premier article nuançait la culpabilité génocidaire de Barbara Butch : " il me semble avoir rappelé ce que était avéré ou pas en la matière en fonction des éléments que j'avais à disposition (...) je n'ai pas le sentiment d'avoir fait l'économie de cette question mais, au contraire, d'avoir donné les éléments - ou renvoyé parfois vers des éléments afin que chacun dispose des informations à disposition pour se faire un avis". En re-parcourant l'article, je ne trouve que : "Questionnée sur sa signature de la tribune du Point en faveur de la loi Yadan, Barbara Butch répond qu'elle n'avait pas lu le projet de loi et qu'elle avait signé la tribune "car tout ce qui était écrit sur la lutte contre l'antisémitisme" lui "parlait". Libé est l'un des rares médias à l'interroger sur le concert qu'elle a donné à Tel Aviv en juin 2025. Elle répond y avoir été invitée par son "ami Frédéric Journès, ambassadeur de France en Israël" et que c'était "chez lui, dans sa résidence, pas dans un événement public" , avant de rappeler qu'elle a la "majorité de sa famille" qui vit en Israël". Pas de grosse enquête sur les postures pro- ou anti-netanyahou de Barbara Butch ou sur ses déclarations concernant le génocide ("guerre" selon sa terminologie) en Palestine, ce n'était "pas l'objet" de l'enquête selon Élodie Avriogata (et les partisans d'applaudir : l'objet du "vrai journalisme" c'est les autres"
Lepost d'IT me parait parfaitement clair.
Pour faire simple, il reproche que dans cette suite d'articles vous remettez en cause que la version des média mainstream MAIS jamais celle de la parole des militants
Vous avez opposez le récit médiatique par une enquête sur le terrain. Au final il n'y a eu que des interviews de personnes ayant participé à l'action, qqs journalistes paumés mais réellement aucune personne qui étaient présente en soutient de BB, mais bon neutralite et objectivité sont des mots apparemment tabou sur @si.
Vous n'avez jamais confronté les militants sur pourquoi BB plus qu'une autre, sur BB est elle vraiment un soutient au genocide de gaza ?
Non seulement vous n'avez pas confronté ces personnes mais en plus l'article ne traite absolument pas des prises de positions de BB ou alors si faiblement qu'elle sont quasi invisibles et considérées comme un détail dans cette suite d'articles.
Bref, il manque un 4e article essentielle avec pour thème : BB est elle une militante du pinkwashing israelien ou une simple artiste juive française ?
"Pour faire simple, il reproche que dans cette suite d'articles vous remettez en cause que la version des média mainstream MAIS jamais celle de la parole des militants"
=> Mon travail c'est de faire de la critique MEDIA. Je ne travaille pas pour Mediapart. Donc oui mon angle c'est : d'analyser cette couverture médiatique ET de donner la parole aux personnes mises en cause dans ce récit et à qui les médias n'avaient PAS donné la parole. PAS de proposer une contre-enquête (d'une enquête qui de toute façon n'a jamais existé). Les 2 seules personnes avec qui j'ai pu échanger et qui se sont dites "supporter" BB n'ont pas donné suite à nos échanges et je n'ai pas pu les intégrer à mes articles. Par ailleurs, vous semblez faire fi d'un élément : plusieurs de mes sources n'étaient pas venues manifester, c'est pourtant un des points qui me semble le plus intéressant. Certains, comme je le raconte, étaient venus en "curieux", voire pour assister tout simplement au festival et on finalement pris part au rassemblement (même timidement).
"Vous n'avez jamais confronté les militants sur pourquoi BB plus qu'une autre, sur BB est elle vraiment un soutient au genocide de gaza ?"
=> Si, c'est la question que j'ai posée aux élus LFI à propos du tract : pourquoi mettre la tête de Netanyahu aux côtés de celle de BB alors qu'elle ne l'a jamais soutenu ?Si le sujet a été évoqué avec certains manifestants, ce n'était pas l'angle de mes entretiens qui étaient centré sur le déroulé de la soirée et son récit médiatique VS ce qu'ils ont vécu et surtout, rapporter leurs profils qui ne correspond pas à ce qui a été massivement relayé.
"l'article ne traite absolument pas des prises de positions de BB ou alors si faiblement qu'elle sont quasi invisibles et considérées comme un détail dans cette suite d'articles"
=> Oui, je l'assume, ce n'était PAS mon sujet. Mais comme déjà dit plusieurs fois, j'ai donné - mon sens - suffisamment d'éléments pour que chacun se fasse son avis sur le fond de l'affaire et partagé des dizaines de liens à ce sujet. Ce n'est pas à moi de dire s'il faut boycotter BB ou pas, s'il faut manifester quand elle est invitée par un festival subventionné par la ville, etc. En tout cas pas dans cette série d'articles.
Pour ce qui est de mon avis perso : je l'ai déjà donné à plusieurs reprises (je trouve que BB est une mauvaise cible, qu'il faudrait la laisser tranquille vu ce qu'elle se prend en terme de harcèlement antisémite, lgbtphobe, grossophobe, etc, et que les éléments contre elles justifient pas à mes yeux de la critiquer autant ou de dire qu'elle cautionne un génocide) mais je ne vois pas l'intérêt pour les lectures d'avoir l'avis d'elodie safaris.
"Bref, il manque un 4e article essentielle avec pour thème : BB est elle une militante du pinkwashing israelien ou une simple artiste juive française ?"
=> Je maintiens que non, ce n'est pas à moi d'écrire ça. Mais le sujet a été LARGEMENT traité par des dizaines de militants, notamment sur Instagram ou dans des dizaines de tribunes (encore recemment ici chez libé)
"mais bon neutralite et objectivité sont des mots apparemment tabou sur @si"
=> il n'y a pas beaucoup de tabous chez nous.
J'ai juste dit que c'était des termes que je n'utilisais pas pour qualifier mon travail car je trouve qu'ils sont illusoires. Moi j'essaie d'être honnête dans ma démarche. Vous avez parfaitement le droit de trouver que ce n'est pas le cas.
Je passe juste par là pour dire que je ne lis que vos réponses et pas le verbiage grossièrement artificiel de IT.
Mais ces réponses éclairent bien les chroniques et votre travail.
Je trouvais au début que le jeu n'en valait pas la chandelle et finalement...vu ce que cela révèle y compris ici....
🎶🎶🎶
Bon bah on va le dire autrement.
Si les acteurs (disons "médias mainstream" vs "médias alternatifs") étaient inversés, si la Grande Bronca Médiatique Officielle portait sur l'infréquentabilité de Barbara Butch, sa complicité génocidaire, la nécessité d'interdire ses spectacles etc, et si la petite bronca contestataire des réseaux militants portait sur la disproportion de cet haro sur Barbara Butch, vous vous seriez intéressée à l'écart entre Barbara Butch et la façon dont elle est dépeinte dans les grands média. Ç'aurait été un travail journalistique et objectif sur les représentations et manipulations médiatiques.
Cet écart-là étant aujourd'hui le fait des médias alternatifs de gauche et non des bulldozers mainstream, vous en faites une "opinion" et un hors sujet. Ah bah ça tombe bien, les partisans forumiques trouvent l'enquête géniale et bien équilibrée du coup. Les mêmes qui vous vitupèrent quand vous émettez des réserves à leur encontre dans un article, quand vous défendez un peu Nassira El Moaddem. À nouveau, leur métrique. Ça va dans quelle direction ? Celle-ci ? Oh comme c'est bien exhaustif et équilibré. Y a une impureté dans l'autre ? Bande de vendus tous contre nous !
Mais on a eu cette discussion, et on l'a considérée close. La critique média est-elle la critique des gros médias, la critique média est-elle la critique des médias ennemis, la critique médias doit-elle s'intéresser aux faits sur lesquels portent les discours ?... On admet qu'il y a votre travail et vos motivations d'un côté, et il y a les torrents militants et ce qu'ils en font, de l'autre.
Maintenant, ces logiques militantes, ces deux-poids-deux-mesures partisans (y compris "Safaris elle est géniale" quand elle ne développe qu'un aspect et "Safaris elle est nulle" quand elle en développe deux), tous les mécanismes psycho/sociaux qui les sous-tendent à droite et à gauche, toutes les complaisances qui en découlent, il n'y a pas à me "trouver" méprisant à leur égard. Je suis ici pour clâmer ouvertement ma détestation. Je considère que les logiques partisanes et leurs gratifications claniques sont ce qui fout en l'air la planète, plus universellement, transversalement, profondément, que les différentes grandes causes superficiellement agitées en signes identitaires de tous côtés. Je considère que l'humanité est perdante quels que soient les vainqueurs à ce jeu-là, sur ces règles-là. Que la seule porte de sortie est la déconstruction symétrique. Et qu'ASI devrait l'encourager férocement, à contre-courant partout. Et se méfier quand les plus puritains des militants applaudissent sans réserve.
Concernant mes deux derniers posts :
1) J'exprime mon mépris de ces mécanismes toxiques embrassés par les fiers militants de ce forum (et plus généralement à travers toute la planète, qui s'enfonce avec fierté et ostentation dans ces complaisances).
2) J'ai la politesse de mentionner que ces derniers articles ont tout de même évoqué "en trois mots" certains doutes qu'on pourrait avoir sur la monstruosité de Barbara Butch (sur le fait qu'elle mérite de voir ses spectacles bloqués par des tracts la désignant génocidaire), et ce malgré que ce soit ouvertement déclaré "hors sujet". Komp me demande quels "trois mots", je cite un paragraphe. Et vous voilà impliquée.
3) Votre nom oscille entre vos signatures d'articles et de posts forumique. Le nom qui me vient le plus spontanément sera évidemment celui qui m'évoque une gata de avrio. Maintenant, si vous préférez l'auvre (s'il ne s'agit pas simplement de jouer à "call me plissken" en fonction des humeurs), je vous suggère de lever l'ambiguïté en harmonisant vos signatures. ...Surtout dans un forum dont les militants considèrent que ce n'est pas aux autres de nous dire comment ils s'appellent...
IT missa est...
ou
Fin du ratiocinage ??
Bon bah on va le dire autrement.
Si les acteurs (disons "médias mainstream" vs "médias alternatifs") étaient inversés, si la Grande Bronca Médiatique Officielle portait sur l'infréquentabilité de Barbara Butch, sa complicité génocidaire, la nécessité d'interdire ses spectacles etc, et si la petite bronca contestataire des réseaux militants portait sur la disproportion de cet haro sur Barbara Butch, vous vous seriez intéressée à l'écart entre Barbara Butch et la façon dont elle est dépeinte dans les grands média. Ç'aurait été un travail journalistique et objectif sur les représentations et manipulations médiatiques.
=> J'aime pas trop les "si", on va se contenter de ce qui existe si vous voulez bien.
Cet écart-là étant aujourd'hui le fait des médias alternatifs de gauche et non des bulldozers mainstream, vous en faites une "opinion" et un hors sujet. Ah bah ça tombe bien, les partisans forumiques trouvent l'enquête géniale et bien équilibrée du coup. Les mêmes qui vous vitupèrent quand vous émettez des réserves à leur encontre dans un article, quand vous défendez un peu Nassira El Moaddem. À nouveau, leur métrique. Ça va dans quelle direction ? Celle-ci ? Oh comme c'est bien exhaustif et équilibré. Y a une impureté dans l'autre ? Bande de vendus tous contre nous !
=> Vous dites "Cet écart-là étant aujourd'hui le fait des médias alternatifs" : au moment où j'ai écrit mes articles, il y avait très peu d'articles côté médias alternatifs. Rien ne m'a semblé problématique ou outrancier dans les angles choisis. Je trouve que l'article du Média s'emballe un peu vite à partir d'un seul témoignage mais c'est tout donc j'ai du mal à voir de quoi vous parlez. Pouvez-vous expliciter ? de quels médias parlez-vous et de quels contenus exactement ? merci.
Moi ce que j'observe c'est une contre réaction assez outrancière de la part de certains compte sur les réseaux sociaux qui, notamment, travestissent mes articles et leur font dire ce qu'ils ne disent pas. J'en parlerai dans le forum dans le week-end mais assez peu envie de réécrire encore un papier dessus.
"Mais on a eu cette discussion, et on l'a considérée close. La critique média est-elle la critique des gros médias, la critique média est-elle la critique des médias ennemis, la critique médias doit-elle s'intéresser aux faits sur lesquels portent les discours ?... "
=> Il me semble qu'on a déjà prouvé par le passé qu'on était tout a fait capables de critiquer des médias indépendants de gauche. Mais c'est en effet une discussion de fond importante.
"On admet qu'il y a votre travail et vos motivations d'un côté, et il y a les torrents militants et ce qu'ils en font, de l'autre"
=> Oui j'espère bien que vous faites la différence !
"Maintenant, ces logiques militantes, ces deux-poids-deux-mesures partisans (y compris "Safaris elle est géniale" quand elle ne développe qu'un aspect et "Safaris elle est nulle" quand elle en développe deux), tous les mécanismes psycho/sociaux qui les sous-tendent à droite et à gauche, toutes les complaisances qui en découlent, il n'y a pas à me "trouver" méprisant à leur égard. Je suis ici pour clâmer ouvertement ma détestation. Je considère que les logiques partisanes et leurs gratifications claniques sont ce qui fout en l'air la planète, plus universellement, transversalement, profondément, que les différentes grandes causes superficiellement agitées en signes identitaires de tous côtés. Je considère que l'humanité est perdante quels que soient les vainqueurs à ce jeu-là, sur ces règles-là. Que la seule porte de sortie est la déconstruction symétrique. Et qu'ASI devrait l'encourager férocement, à contre-courant partout. Et se méfier quand les plus puritains des militants applaudissent sans réserve."
=> Je vous rejoins là-dessus donc j'ai rien à dire de plus. C'est déjà arrivé plusieurs fois que je traite dans CALMOS de sujets qui avaient suscité l'emballement de milieux de gauche. Mais c'est évidemment plus rare, notamment parce qu'on se concentre sur les grands médias locaux ou nationaux et qu'on a aussi, par tradition, l'habitude de beaucoup regarder la télévision. Je suis d'accord qu'il faut qu'on élargisse la focale, notamment pour mieux analyser et critiquer ce qui se fait sur Youtube & co.
"3) Votre nom oscille entre vos signatures d'articles et de posts forumique. Le nom qui me vient le plus spontanément sera évidemment celui qui m'évoque une gata de avrio. Maintenant, si vous préférez l'auvre (s'il ne s'agit pas simplement de jouer à "call me plissken" en fonction des humeurs), je vous suggère de lever l'ambiguïté en harmonisant vos signatures. ...Surtout dans un forum dont les militants considèrent que ce n'est pas aux autres de nous dire comment ils s'appellent..."
=> "Elodie" ça me suffit et me va très bien !
"C'est une raison noble, ça tombe bien, on aurait l'air con sans raison noble".
Ah bon ? Vous pensez sérieusement que les militants cherchent des raisons pour justifier leurs actions pour ne pas pas avoir l'air con ?
Et vous, vous avez besoin de quoi pour justifier votre inaction ou votre mépris pour des gens qui s'engagent (même s'il leur arrive de se planter).
Et vous, vous avez besoin de quoi pour justifier votre inaction ou votre mépris pour des gens qui s'engagent (même s'il leur arrive de se planter).
Merci.
Pas inintéressant comme proposition, je note !
En attendant, les 3 sont désormais en accès libre ;)
Merci beaucoup pour ces trois articles, j’ai voté pour les trois et visiblement je n’étais pas la seule.
Heureusement - ou judicieusement :) - vous les avez publiés à cheval sur deux segments, et pas tous les trois entre deux jeudis, sinon mécaniquement il n’y en aurait eu que deux en libre... merci pour ça, on peut à présent partager l’ensemble.
merci :) (c'est vrai ! Mais c'était vraiment pas fait exprès ^^)
Merci. Et bravo.
Depuis sa création, Arrêt sur images occupe une place singulière dans le paysage médiatique français et dans mon univers personnel. Comme beaucoup de ses lecteurs, je le suis depuis plus de vingt ans. J'y ai appris à me méfier des évidences, à distinguer les faits de leur mise en récit, à interroger les mots employés, les images retenues, les cadrages, les asymétries de traitement. Peu de médias ont autant contribué à diffuser cette culture de la réflexivité journalistique.
C'est précisément pour cette raison que cette contre-enquête consacrée à Barbara Butch m'a profondément troublé. Qu'on me comprenne bien. Les trois volets publiés apportent des éléments précieux. Ils rappellent utilement que plusieurs commentaires ont sombré dans l'outrance, que les comparaisons avec un « pogrom », une « Nuit de cristal » ou une « lapidation » étaient historiquement absurdes, et que cette affaire a rapidement fait l'objet de récupérations politiques. Ils montrent également, grâce à un important travail de recueil de témoignages, que la soirée grenobloise ne correspond pas aux caricatures qui ont parfois circulé. Ce travail était nécessaire.
Mais c'est précisément parce qu' ASI nous a appris depuis vingt-cinq ans que le journalisme ne consiste pas seulement à établir des faits, mais aussi à interroger leur hiérarchisation, leur contextualisation et leur qualification, que cette enquête appelle, à son tour, une discussion critique.
Mon désaccord ne porte pas sur les faits. Il porte sur le récit qui finit progressivement par les organiser. Car, au fil des trois volets, les principaux éléments de la séquence cessent d'être réellement discutés. Les témoignages recueillis décrivent une campagne organisée pour empêcher le concert, une foule massivement acquise à cette mobilisation, des huées continues destinées à couvrir la musique, des injonctions répétées à quitter la scène, des doigts d'honneur, plusieurs jets de projectiles et, finalement, une interruption revendiquée par plusieurs participants comme une « victoire ». Certains faits demeurent parfois discutés dans leurs détails — la nature des projectiles, leurs auteurs, leur trajectoire — mais ils dessinent un tableau d'ensemble relativement cohérent.
Le débat se déplace alors. Il ne porte plus sur ce qui s'est passé, mais sur la manière de le qualifier. C'est ici que surgissent, me semble-t-il, plusieurs difficultés méthodologiques.
La première concerne la violence. Depuis des années, ASI montre avec raison que la violence ne se réduit pas aux seules atteintes physiques. Le média a contribué à faire reconnaître des formes de pression, d'intimidation ou de harcèlement qui ne passent ni par les coups ni par les blessures. Pourquoi cette grille de lecture semble-t-elle devenir plus difficile à mobiliser ici ? Pourquoi une artiste empêchée de se produire pendant vingt minutes par une foule hostile ne relèverait-elle plus, a minima, d'une forme de violence d'intimidation ? Refuser les analogies grotesques avec un pogrom n'oblige pas à conclure qu'il ne s'agissait que d'une manifestation ordinaire !
La deuxième concerne le régime de preuve. L'une des forces d'Arrêt sur images est d'avoir montré que le doute journalistique ne devait pas être distribué au hasard. Or, dans cette enquête, les exigences de preuve varient selon les objets. Les comportements des manifestants sont systématiquement individualisés, contextualisés et distingués : les projectiles sont discutés un à un, les insultes deviennent marginales, les gestes les plus problématiques sont attribués à quelques individus, souvent alcoolisés ou extérieurs au mouvement. Cette micro-contextualisation est intellectuellement stimulante. Mais elle finit par produire un effet de loupe : à force de distinguer les auteurs, les intentions et les circonstances de chaque geste, elle laisse au second plan la réalité d'ensemble que ces gestes composent collectivement.
Par ailleurs, une telle prudence est absente lorsqu'il s'agit d'analyser l'« emballement médiatique » ? Des traitements journalistiques très différents, des éditoriaux, des reportages, des chroniques ou des réactions politiques finissent par composer un même récit général. D'où une contradiction de méthode : d'un côté, le doute fragmente ; de l'autre, il agrège.
Cette asymétrie se retrouve jusque dans les catégories employées. Tout au long de l'enquête, l'action conduite continue d'être largement désignée comme un « boycott », alors même que les témoignages recueillis décrivent une mobilisation assumant explicitement l'objectif d'empêcher une représentation. De la même manière, le tract représentant Barbara Butch ensanglantée aux côtés de Benyamin Nétanyahou est essentiellement discuté à travers le statut de chacun de ses éléments graphiques. En privilégiant cette lecture analytique, l'enquête passe à côté de leur dimension proprement sémiotique : ce n'est pas chaque élément qui produit le sens, mais leur mise en relation. Or c'est précisément celle-ci qui associe Barbara Butch à un imaginaire de violence et de responsabilité dans les crimes commis à Gaza.
Cette impression est renforcée par les espaces de discussion qui accompagnent les articles. Les commentaires d' ASI ont longtemps constitué l'un des rares lieux où des désaccords argumentés pouvaient encore s'exprimer. J'ai été frappé, cette fois, par la force des certitudes et par la violence de certaines réactions à l'égard de toute lecture divergente. Ce n'est évidemment pas la responsabilité directe de la rédaction. Mais un média produit aussi un cadre de discussion. Lorsqu'un contre-récit devient aussi difficile à interroger, il mérite peut-être la même vigilance critique que les récits dominants...
C'est sans doute la leçon plus générale que je retiens de cette séquence. Les contre-espaces médiatiques ne sont pas spontanément plus pluralistes que les médias qu'ils critiquent. Ils produisent eux aussi des formes de cadrage, des catégories d'évidence et des frontières de l'acceptable. La critique du « mainstream » peut ainsi devenir elle-même mainstream au sein de certains segments de l'espace médiatique et politique. Aucun média n'échappe à ce risque, pas même ceux qui ont fait de sa dénonciation leur raison d'être.
Cette discussion dépasse d'ailleurs largement le cas Barbara Butch. Nous vivons une période où plusieurs réalités coexistent sans se laisser réduire les unes aux autres. Oui, l'accusation d'antisémitisme est parfois instrumentalisée pour disqualifier des critiques légitimes de la politique israélienne. Mais oui aussi, l'antisémitisme reste une réalité préoccupante, documentée et en progression, qu'il faut sans cesse dénoncer et combattre (on aura lu peu d'articles d'ASI sur le sujet...). Oui, les crimes commis à Gaza exigent une mobilisation sociale, morale et politique. Mais oui aussi, empêcher un artiste de se produire demeure un problème démocratique, quand bien même elle a reçu plus d'attention médiatique que d'autres. Refuser ces fausses alternatives est sans doute l'une des responsabilités essentielles d'un média de critique des médias.
Je continuerai à lire ASI avec la même fidélité qu'auparavant. C'est précisément parce que ce média m'a appris à exercer une vigilance critique à l'égard des récits médiatiques que je crois nécessaire d'appliquer aujourd'hui cette même exigence à son propre travail.
Rien n’a changé , il y aura toujours des connards bourrés dans toutes les fêtes et parfois ça tournera mal . Mais c’est plus photogénique de parler des diaboliques LFI . Et vu qu’à crépol c’est devenu du racisme anti blanc , qu’est ce que ça va devenir ici ? Pa s de racisme anti blanc , peut être un dégout de l’occident , ça c’est très possible, très probable . Et ça , ça vient du fait qu’en occident les ploutocrates ne lisent que les journaux , et qu’ailleurs , ils lisent encore de la littérature .
Mille mercis, Elodie, pour cette enquête approfondie. Là, vous surclassez largement les articles de Mediapart sur le sujet, basés sur un rapport de police et les infos du Point, ou visant à côté en épluchant le pedigree d'Allan Brunon, comme s'il était le seul protagoniste de ce boycott.
Un grand merci Elodie Safaris pour cette série d'articles et votre enquête remarquable, cela conforte mon abonnement à ASI.
Je me suis toujours demandé si les Résistants français de la 2e Guerre Mondiale se battaient contre l'armée allemande par pure germanophobie ou bien parce que celle-ci occupait et tyrannisait le pays.
Merci pour cette série d'articles.
Elodie vous allez vraiment me manquer quand je vais arrêter mon abonnement ASI. J'espère vous lire et écouter ailleurs.
ON S'EN FOUT (arrêtez de faire de la pub gratos à cette personne)
Du journalisme authentique ! Merci Elodie Safaris et Merci ASI
Bref, une douce hostilité absolument pas haineuse.
Merci Elodie Safaris pour ce travail méthodique et intelligent. Je gage qu'il n'infléchira que peu les opinions qui ont en général tendance à s'affranchir aisément des faits, y compris dans nos grands médias.
Merci d'avoir montré que l'appel à manifestation était collégial, qu'il impliquait nombre d'associations non suspectes d'antisémitisme, de LGBTphobie ou de grossophobie, et qu'il s'agissait par conséquent d'une véritable initiative citoyenne non discriminatoire (les élans spontanés décrits par les différents témoins semblent le corroborer). Merci d'avoir mis en évidence l'interprétation abusive et véloce de l'évènement par l'ensemble des médias, sur la foi des "impressions de BB". Merci enfin d'avoir récolté autant de témoignages divers, issus de personnes différemment concernées par l'action militante, qui font apparaitre en zone de consensus, une manifestation ordinaire d'opposition politique sans violence.
Je considère pour ma part que l'action conjointe des organisations envers Barbara Butch était imprudente. Imprudente car BB est déjà harcelée de toutes part (ce qui favorise notre empathie à son encontre), car ce type d'évènements est inmaîtrisable, car le passé a montré qu'LFI sort toujours meurtri (par l'ensemble des médias) de ce type d'évènement, ce dont LFI n'a pas besoin en ce moment. De plus, le bénéfice attendu de ce type d'action est assez faible à mon avis.
Sur Twitter, l'avocat Rafik Chekkat se scandalise d'un portrait à charge de Allan Brunon fait par Médiapart, dans un article qui débute ainsi :
Le comportement de l’élu isérois, coorganisateur du boycott de la DJ Barbara Butch, fait l’objet de plusieurs signalements internes. En cause : une attitude jugée « autoritaire » et des propos « sexistes et homophobes ». Lui dénonce une « cabale » menée par des opposants de l’intérieur.
Les abonnés pourront lire la suite.
Et donc, tandis que Médiapart enquête sur ce douteux personnage, @si recueille et avalise son témoignage.
« Dans les jours suivant le concert, Mediapart et Le Parisien ont fait état, sur la base d’un rapport policier et d’une vidéo fournie par les équipes de l’artiste, de plusieurs projectiles (bouteilles d’eau et bouteilles en verre) lancés sur la scène pendant le set de Barbara Butch et l’intervention d’Alexis Monge » (je souligne). Ne parlons pas du Parisien, propriété du milliardaire Bernard Arnault, un tel récit tronqué est dans l’ordre des choses — le mot « ordre » lui convenant très bien, à tous égards. Mais Mediapart ? Sur « la base d’un récit policier » et d’une « vidéo fournie par les équipes de l’artiste » ? Dans cette affaire, le récit policier devient crédible curieusement, alors qu’on le dénonce à longueur de colonnes habituellement ? Que sont devenus, ici, les mantras de Mediapart : les faits, rien que les faits ? le contradictoire ? On est, donc, en droit de se demander quel est l’agenda caché qu’ont ce journal et, particulièrement, E. Plenel, (re)devenu le chantre du « ressenti », primant sur les faits ? Vos trois articles, au-delà de la qualité de l’enquête qui y est menée, sont une véritable leçon de journalisme qui va à rebours d’un journalisme embarqué, qui n’est pas sans rappeler « une grande catapulte mise en mouvement par de petites haines » (Balzac). Merci à vous de vous en démarquer avec une telle exigence, au bénéfice de vos lectrices et lecteurs.
Merci pour ce travail de VRAI JOURNALISME, Élodie Safaris. Si tous les éditocrates, commentateurs, présentateurs de plateaux et journaux pouvaient vous arriver seulement à la cheville, avant de blablater ici et là…!
Très bonne enquête d’Élodie Safaris, qu'aucun média mainstream ne fera et surtout pas celui d'Edwy Plenel. À partager partout car il ne faut pas compter sur lesdits médias pour la reprendre..
Merci pour ce travail salutaire !
Intéressant, merci pour le (gros) boulot abattu pour ces trois articles.... (vraiment, c'est pas une pirouette).
Ceci étant, en réalité, ça apporte pas tant d'infos que ça sur cette action. Quoiqu'en fait, si, bien sur, pour tous.es celles et ceux qui n'ont jamais vécu ou organisé une action de bordélisation de ce genre.
Il y a pas mal de contraintes, l'air de rien, et, là, avec toutes les limites et contraintes liées au réel, sur un "cible" touchy. Notamment: combien de gens.es au so pour cadrer les personnes alcoolisées.es ? Comment se gère la com' post-action ? -et, là, faut avouer que l'ampleur de la shitstorm était difficilement prévisible, même avec le creux informationnel de juillet qui facilite les choses. Dans le groupe organisateur, qui a organisé les prises de vues et la com' externe?
N'empêche, malgré tout, à la fin, politiquement, c'est raté, leur action. C'est une victoire tactique, et une défaite stratégique. Ca arrive, faut la faire oublier avec, par exemple, des choses carréessur les autres rdv public des soutiens de poids de la loi Yadan/aux extremistes de droite au pouvoir en Israel/Palestine. (Blanquer organise un truc, fin aout, par exemple, Cazeneuve, potentiellement aussi). Ca va causer, aux Amfis, clairement...
Excellent triptyque. Il faut le rendre gratuit et le partager au maximum.
Les médias mentent, ça on le savait déjà, mais nous avons maintenant la preuve que les médias mainstream qui se disent de gauche sont donc contre la gauche.
C'est le cas du Monde, de Libé évidemment, mais aussi de Médiapart et particulièrement d'Edwy Plenel.
Nous avons la preuve qu'ils sont capables de mentir sciemment pour satisfaire leur agenda politique anti-LFI, la seule force politique aujourd'hui qui veut nous faire sortir de cette 5e République non-démocratique, la seule force politique capable de faire élire des maires comme Bally Bagayoko, la seule force politique qui tient tête aux médias, qui ne se fait pas imposer son vocabulaire, et qui fait entendre la voix de la France contre le génocide des Palestiniens.
Maintenant, il faut en tirer les conséquences : s'engager pour 2027, s'engager pour que LFI (car c'est la seule force de gauche en capacité de le faire) soit en mesure de gagner contre le RN au 2nd tour, et s'engager pour que LFI nous corresponde au maximum, à toutes et à tous.
Le combat va être long.
Merci beaucoup Élodie pour cette série qui remet les pendules à l'heure (pour ceux qui la liront).
Le mal est malheureusement déjà fait et la visibilité de ces articles restera minime.
A lire vos articles qui démontent totalement le narratif repris jusqu'à médiapart sur cette pitoyable affaire, j'ai vraiment de la HAINE - cépabien je sais - pour de nombreux journalistes et médias - pas médiapart qui fait globalement le taff - sans compter les "camarades" de gauche toujours prompts à hurler avec la meute - une mention pour Piolle qui remet une pièce dans la machine mais "c'est parce qu'il aime bien Jean-Luc" (et qu'il avait perdu son 06, sûrement... )
Et pendant ce temps, les horreurs du RN et du pouvoir passent inaperçues... Ne parlons évidemment pas du géno... pardon, de la "trêve" à Gaza.
Merci ASI.
Je m'inquiète énormément pour l' infernal traumatisme moral subi par Barbara.
Et, j'ai noté, par ailleurs que 152 Palestiniens avaient été tués en Juillet 2026 selon le Ministère de la Santé de Gaza, dont 21 enfants.
Merci pour cette série d'articles qui rappelle la difficulté de faire l'histoire et la facilité à manipuler dans l'immédiat .
Merci Élodie pour ce trio d'articles très complets.
Grand merci pour ces témoignages qui remettent les choses à l'endroit . Une tempête dans un verre d'eau.
Tous les mainstream à l'unisson pour taper sur LFI sur la base de gros mensonges. Le pire , mediapart et plenel qui en ont profité pour assouvir leur haine de Melenchon . Sans oublier la famille Ruffin, Autain et la limace Hollande.
Le travail que vous avez du effectuer, l'energie depensée simplement pour rétablir la vérité.
A voir l'écho résiduel que cette affaire laissera Ça rappelle beaucoup les mensonges après la mort de Q Deranque, qui a eu même droit à une minute de silence à l'assemblée nationale.
Puisse cet article avoir le même retentissement que la cabale organisée par les droitards
Merci d'avoir fait le travail.
"Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose"
Si j'ai bien compris, les médias mentent. Ce n'est pas bien . Que faut-il faire pour que les journalistes arrêtent de mentir ?