Concert interrompu de Barbara Butch : la parole aux personnes présentes (3/3)
C'est un emballement médiatique qui cristallise quelques-uns des sujets les plus inflammables : Gaza, Israël, LFI, l'antisémitisme et la liberté d'expression. Dès lors, pas si étonnant que le concert de la DJ Barbara Butch qui s'est déroulé à Grenoble samedi 18 juillet et sa perturbation par une foule de militants et citoyens engagés contre sa venue, aient largement occupé le champ médiatique toute la semaine suivante (et davantage). ASI s'est penché en détail sur le traitement médiatique de cette "affaire", et s'est entretenu avec trente personnes qui étaient présentes ce soir-là. Parmi elles, des militants, des journalistes, ou des spectateurs. Dans une première partie nous avons analysé l'emballement médiatique hors norme autour de cette soirée. Puis dans une deuxième, les biais et angles morts de ce récit médiatique. Dans cette troisième et dernière partie, ASI donne la parole à des militants et citoyens qui ont pris part à la manifestation, ainsi qu'à des journalistes présents.
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Commentaires préférés des abonnés
Grand merci pour ces témoignages qui remettent les choses à l'endroit . Une tempête dans un verre d'eau.
Tous les mainstream à l'unisson pour taper sur LFI sur la base de gros mensonges. Le pire , mediapart et plenel qui en ont profité pour assouvir l(...)
Merci Élodie pour ce trio d'articles très complets.
Je m'inquiète énormément pour l' infernal traumatisme moral subi par Barbara.
Et, j'ai noté, par ailleurs que 152 Palestiniens avaient été tués en Juillet 2026 selon le Ministère de la Santé de Gaza, dont 21 enfants.
(...)Derniers commentaires
Je pense qu'il est important de réaliser la différence de quand on est dans le public et seul sur scène face à a foule. Elle à l'air très fragile, et dans le carcan d'une certaine éducation. Elle a signé un truc sans connaitre les tenants et aboutissants et sans être très éclairée. L'action me semble peu judicieuse et contreproducive dans la mesure où elle ne se revendique pas comme étendard de la politique de BiBI. Il me semble que le but est de rassembler les personnes contre ce qu'il se passe en Palestine, cela se fait par la raison, pas par l"émotion.
Une excellente video du Canard Réfractaire sur "l'affaire"
avec vers 6'50 référence au vrai journalisme de arrêt sur images ....en citant cette chronique même...
♫♪♫♫♪♫
Merci pour cette enquête fouillée car il est important de connaître les divers points de vue d'une même histoire.
Voici le bilan que j'en retire :
1) Il y a bien eu une foule hostile et des jets de projectiles (a minima plastique, terre et canette)
2) L'envoi de projectile, habituel dans tout spectacle, génère manifestement de la peur chez l'artiste s'il s'effectue dans un contexte d'hostilité (qu'il soit le fait des militants hostiles ou de simples mecs bourrés).
3) Se positionner comme groupe hostile envers un artiste quand celui-ci est sur scène est donc toujours violent pour lui.
Il est bon que les militants mesurent cela avant de participer à ce type d'action (qui dépasse clairement l'action du simple boycott). Est-ce qu'en tant que militant on a envie d'être violent avec quelqu'un, même si ce quelqu'un est une personne dont on désapprouve profondément les prises de position?
Il est bon que les artistes mesurent cela avant de maintenir un spectacle qui suscite autant d'appels au boycott? Est-ce qu'en tant qu'artiste on est obligé d'assumer ses engagements contractuels dans un tel contexte?
Et voici un second bilan en bonus:
4) Vue la couverture médiatique très partiale, manifestement Barbara Butch sert volontairement ou involontairement les intérêt des personnes anti LFI. Ce n'est pas la première, ni la dernière...
5) Apparemment on peut être victime de multiples discriminations (homophobie, grossophobie) et ne pas être sensible à l'horreur d'un génocide qui se déroule à quelques km.
6) Cette absence d'empathie est semble-t-il très commune... très humaine.
7) L'humain (et probablement davantage les hommes que les femmes) a un très très gros problème d'empathie.
...
Bref: + de boycott, - de violence!
Les trois articles sont remarquables, les commentaires le sont dans leur très grande majorité et j'ai eu aussi la joie de voir revenir une vieille connaissance de ces pages qui n'en a donc pas fini de nous intimer le conseil de cultiver notre jardin
Outre l'évidence que la cible principale de cet emballement médiatique était LFI, on se rend compté que face à l'impossibilité d'exprimer de manière publique son désarroi sur ce qui est advenu et continue à Gazza, il reste de rares occasions de le faire sans s'attirer une interdiction pure et simple et il faut reconnaître que tout ce qui s'est préparé et a été fait à l'occasion de cette manifestation a à l'exception d'une ou deux bévues fait de manière pondérée et sans violence
Chapeau à la presse d'extrême droite et ses nouveaux suiveurs (en particulier Libé) pour leur capacité à dramatiser les scénarios, ils sont prêts à écrire ceux de la France facho à venir
Ce qu'il serait intéressant, c'est de savoir si la trilogie d'Élodie Safaris a amené des journalistes à reconnaître qu'ils se sont peut-être un petit peu emballés et à refaire un point sur le sujet (on peut bien rêver, non ?)
Impressionnée par la qualité de ce reportage. Habitant près de Grenoble, j'avais suivi attentivement, intoxiquée d'abord par les cris d'orfraie des "Médias Majuscules", puis doutant, puis un peu mieux informée (en cherchant bien!), votre article met la touche finale en décortiquant le processus.
Le troisième article, où la parole des uns et des autres est respectée est particulièrement... original. Alors que ce type de travail devrait être la règle...
Merci aux abonnés qui m'ont permis d'en profiter gratuitement... je me suis réabonnée dans la foulée.
bravo à ASI pour ce travail remarquable
du vrai journalisme
exhaustif, structuré, indispensable
en comparaison il donne une image extrêmement négative du comportement moutonnier et partial des medias mainstream
Juste un mot, merci pour cette enquête! Ça fait du bien de lire un papier réfléchi comme celui-ci
Je parle sous le contrôle de la rédaction.
Je crois qu'aucune enquête composée de plusieurs volets n'ait obtenu une gratuité intégrale par le vote des ASInautes.
J'espère que cela sera le cas pour la présente enquête et le travail précieux d'Élodie. Cela n'enlève rien non plus à l'émission de cette semaine élaborée par Robin.
Merci à Vous encore Élodie d'effectuer sérieusement du travail journalistique. Vous parliez de vos idées personnelles dans un commentaire d'un précédent article concernant les débats sur l'actualité avec vos proches. J'espère donc que votre entourage le remarque qu'elles sont développées et argumentées par rapport aux autres.
Depuis sa création, Arrêt sur images occupe une place singulière dans le paysage médiatique français et dans mon univers personnel. Comme beaucoup de ses lecteurs, je le suis depuis plus de vingt ans. J'y ai appris à me méfier des évidences, à distinguer les faits de leur mise en récit, à interroger les mots employés, les images retenues, les cadrages, les asymétries de traitement. Peu de médias ont autant contribué à diffuser cette culture de la réflexivité journalistique.
C'est précisément pour cette raison que cette contre-enquête consacrée à Barbara Butch m'a profondément troublé. Qu'on me comprenne bien. Les trois volets publiés apportent des éléments précieux. Ils rappellent utilement que plusieurs commentaires ont sombré dans l'outrance, que les comparaisons avec un « pogrom », une « Nuit de cristal » ou une « lapidation » étaient historiquement absurdes, et que cette affaire a rapidement fait l'objet de récupérations politiques. Ils montrent également, grâce à un important travail de recueil de témoignages, que la soirée grenobloise ne correspond pas aux caricatures qui ont parfois circulé. Ce travail était nécessaire.
Mais c'est précisément parce qu' ASI nous a appris depuis vingt-cinq ans que le journalisme ne consiste pas seulement à établir des faits, mais aussi à interroger leur hiérarchisation, leur contextualisation et leur qualification, que cette enquête appelle, à son tour, une discussion critique.
Mon désaccord ne porte pas sur les faits. Il porte sur le récit qui finit progressivement par les organiser. Car, au fil des trois volets, les principaux éléments de la séquence cessent d'être réellement discutés. Les témoignages recueillis décrivent une campagne organisée pour empêcher le concert, une foule massivement acquise à cette mobilisation, des huées continues destinées à couvrir la musique, des injonctions répétées à quitter la scène, des doigts d'honneur, plusieurs jets de projectiles et, finalement, une interruption revendiquée par plusieurs participants comme une « victoire ». Certains faits demeurent parfois discutés dans leurs détails — la nature des projectiles, leurs auteurs, leur trajectoire — mais ils dessinent un tableau d'ensemble relativement cohérent.
Le débat se déplace alors. Il ne porte plus sur ce qui s'est passé, mais sur la manière de le qualifier. C'est ici que surgissent, me semble-t-il, plusieurs difficultés méthodologiques.
La première concerne la violence. Depuis des années, ASI montre avec raison que la violence ne se réduit pas aux seules atteintes physiques. Le média a contribué à faire reconnaître des formes de pression, d'intimidation ou de harcèlement qui ne passent ni par les coups ni par les blessures. Pourquoi cette grille de lecture semble-t-elle devenir plus difficile à mobiliser ici ? Pourquoi une artiste empêchée de se produire pendant vingt minutes par une foule hostile ne relèverait-elle plus, a minima, d'une forme de violence d'intimidation ? Refuser les analogies grotesques avec un pogrom n'oblige pas à conclure qu'il ne s'agissait que d'une manifestation ordinaire !
La deuxième concerne le régime de preuve. L'une des forces d'Arrêt sur images est d'avoir montré que le doute journalistique ne devait pas être distribué au hasard. Or, dans cette enquête, les exigences de preuve varient selon les objets. Les comportements des manifestants sont systématiquement individualisés, contextualisés et distingués : les projectiles sont discutés un à un, les insultes deviennent marginales, les gestes les plus problématiques sont attribués à quelques individus, souvent alcoolisés ou extérieurs au mouvement. Cette micro-contextualisation est intellectuellement stimulante. Mais elle finit par produire un effet de loupe : à force de distinguer les auteurs, les intentions et les circonstances de chaque geste, elle laisse au second plan la réalité d'ensemble que ces gestes composent collectivement.
Par ailleurs, une telle prudence est absente lorsqu'il s'agit d'analyser l'« emballement médiatique » ? Des traitements journalistiques très différents, des éditoriaux, des reportages, des chroniques ou des réactions politiques finissent par composer un même récit général. D'où une contradiction de méthode : d'un côté, le doute fragmente ; de l'autre, il agrège.
Cette asymétrie se retrouve jusque dans les catégories employées. Tout au long de l'enquête, l'action conduite continue d'être largement désignée comme un « boycott », alors même que les témoignages recueillis décrivent une mobilisation assumant explicitement l'objectif d'empêcher une représentation. De la même manière, le tract représentant Barbara Butch ensanglantée aux côtés de Benyamin Nétanyahou est essentiellement discuté à travers le statut de chacun de ses éléments graphiques. En privilégiant cette lecture analytique, l'enquête passe à côté de leur dimension proprement sémiotique : ce n'est pas chaque élément qui produit le sens, mais leur mise en relation. Or c'est précisément celle-ci qui associe Barbara Butch à un imaginaire de violence et de responsabilité dans les crimes commis à Gaza.
Cette impression est renforcée par les espaces de discussion qui accompagnent les articles. Les commentaires d' ASI ont longtemps constitué l'un des rares lieux où des désaccords argumentés pouvaient encore s'exprimer. J'ai été frappé, cette fois, par la force des certitudes et par la violence de certaines réactions à l'égard de toute lecture divergente. Ce n'est évidemment pas la responsabilité directe de la rédaction. Mais un média produit aussi un cadre de discussion. Lorsqu'un contre-récit devient aussi difficile à interroger, il mérite peut-être la même vigilance critique que les récits dominants...
C'est sans doute la leçon plus générale que je retiens de cette séquence. Les contre-espaces médiatiques ne sont pas spontanément plus pluralistes que les médias qu'ils critiquent. Ils produisent eux aussi des formes de cadrage, des catégories d'évidence et des frontières de l'acceptable. La critique du « mainstream » peut ainsi devenir elle-même mainstream au sein de certains segments de l'espace médiatique et politique. Aucun média n'échappe à ce risque, pas même ceux qui ont fait de sa dénonciation leur raison d'être.
Cette discussion dépasse d'ailleurs largement le cas Barbara Butch. Nous vivons une période où plusieurs réalités coexistent sans se laisser réduire les unes aux autres. Oui, l'accusation d'antisémitisme est parfois instrumentalisée pour disqualifier des critiques légitimes de la politique israélienne. Mais oui aussi, l'antisémitisme reste une réalité préoccupante, documentée et en progression, qu'il faut sans cesse dénoncer et combattre (on aura lu peu d'articles d'ASI sur le sujet...). Oui, les crimes commis à Gaza exigent une mobilisation sociale, morale et politique. Mais oui aussi, empêcher un artiste de se produire demeure un problème démocratique, quand bien même elle a reçu plus d'attention médiatique que d'autres. Refuser ces fausses alternatives est sans doute l'une des responsabilités essentielles d'un média de critique des médias.
Je continuerai à lire ASI avec la même fidélité qu'auparavant. C'est précisément parce que ce média m'a appris à exercer une vigilance critique à l'égard des récits médiatiques que je crois nécessaire d'appliquer aujourd'hui cette même exigence à son propre travail.
S'il vous plais, sautez des lignes pour rendre la lecture digeste.
copier-coller dans votre traitement de texte et bonne lecture.... ça vaut le coup de s'embêter, il est, à mes yeux et pour ce que ça vaut, très bien vu ce post !
Merci pour votre commentaire. Je suis d'accord avec certains points et en désaccord profond avec d'autres. Je prendrai le temps de vous répondre bientôt, même si j'ai bien compris que votre message ne s'adressait pas nécessairement à moi ou que à moi.
Un peu lourde votre critique habermassienne quand elle pointe l'impuissance des antisionistes grenoblois à pratiquer un langage "urbain" – je veux dire : un langage qui impliquerait une entente aussi peu contraignante que possible avec la sioniste BB. Ils n'auraient pas trouvé le "bon" langage, à la fois forme et fond de notre insociable sociabilité, dirait Kant.
C'est bien gentil d'affirmer sa confiance dans la Rationalité en vue d'établir la fameuse intercompréhension communicationnelle, mais on peut penser que cette surestimation de la démocratie "urbaine" est un vrai foutage de gueule. Soit une place publique, un DJ set et des danseurs! Oui, embrassons-nous Folleville !
À votre aune, "l'addition" des agirs rebelles est vite partie en vrille : pas bonne la décision d'employer la perturbation du set pinkwashing en vue... du télos palestinien (le boycott de BB eût été plus fairplay), pas réglés par des normes urbaines ces groupes perturbateurs, et surtout pas très "participant" leur agir dramaturgique censé réguler l'accès à la subjectivité propre de chacun, dont BB – les vilains !
Eh oui, au diable l'agir communicationnel puisqu'il ne s'agit plus de l'interaction de "n" acteurs à la recherche d'une entente après écoute, mais d'une guéguerre feuilletée entre des sionistes "de gauche" (la maire Ruffin, ses suppôts socialisses) et des antisionistes grenoblois. N'oublions pas que cette DJ est une créature socialisse :
https://www.problematik-media.com/articles/barbara-butch-grenoble-palestine-ps
qui veut "communiquer"... son sionisme. En regard, ASI communique juste la critique de son SAV. Mais on attend l'enquête d'Acrimed.
je ne comprends pas votre post : la critique d'Asinaute sans pseudo e6c3d porte sur le travail d'ASI pas sur l'évenement. Et je suis daccord avec lui sur bien d'autres sujets que LFI et la Palestine.
et quand vous écrivez ASI communique juste la critique de son SAV Vous voulez dire que c'est Barbara Butsch qui s'est laissée débordée à dessein par les militants pour pouvoir jouer les victimes de l'antisémitisme déguisé en antisionisme de LFI et que ASI serait tombée dans le panneau ?
Bon, laissons Elodie S "communiquer"... et je reviendrai éventuellement vers vous.
Bonjour Jean G.,
Je m’efforce de prendre votre réponse au sérieux. Non parce qu'elle me convainc, mais parce qu'elle illustre presque parfaitement le mécanisme que j'essaie de décrire dans mon texte. Je ne cherche pas la polémique, mais la controverse : un désaccord où les arguments peuvent encore déplacer les positions. Votre commentaire rend cette éventualité presque impossible.
Vous ne discutez pas mes arguments, vous les requalifiez. Une réflexion sur les moyens devient une défense des « sionistes ». Une discussion sur la méthode journalistique devient le « SAV » de Barbara Butch. Une interrogation sur la responsabilité devient une preuve de naïveté politique. Autrement dit, mon texte n’est plus un argument ; il devient un symptôme. Vous ne cherchez pas à le discuter, mais à identifier le « camp » auquel il appartient. La discussion est alors terminée avant même d'avoir commencé.
La rapidité de votre réponse est révélatrice. Je ne parle pas du délai, mais de la vitesse avec laquelle tout est déjà décidé. Barbara Butch est « la sioniste », la mairie est « socialisse », Acrimed est convoqué comme juge de paix. Les faits n'ont plus qu'à confirmer un récit déjà écrit. Les concepts ne servent plus à ouvrir l'enquête ; ils la referment.
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit. Je ne rêve ni d'une démocratie sans conflits ni d'un débat débarrassé des rapports de force, surtout sur le drame de Gaza. Mais une cause juste ne dispense jamais d’interroger ses moyens et d'examiner des situations concrètes.
C'est précisément ce que révèle votre usage du mot « sioniste ». Vous ne l'établissez pas ; vous le présupposez. Alors même que le terme est historiquement et politiquement polysémique et disputé, il fonctionne ici comme une disqualification qui se suffit à elle-même. Une fois le verdict prononcé, tout s'enchaîne : les intentions sont connues, la parole devient suspecte, les traitements deviennent légitimes.
C'est une bien étrange façon de pratiquer la pensée critique. Celle-ci s'est construite contre les essentialisations, contre la réduction d'un individu à une identité unique. Vous faites exactement l'inverse. Barbara Butch n'est plus une personne ; elle devient « BB la sioniste ». Qu'elle soit aussi une femme, grosse, lesbienne et juive, cible depuis des années de violentes attaques, disparaît aussitôt de votre analyse. Chez vous, l'intersectionnalité n'est plus une méthode ; elle devient un principe à géométrie variable.
Le même réflexe est à l'œuvre avec les rapports de domination. Vous les transposez d'une scène à l'autre, comme s'ils conservaient partout la même forme. Parce que les Palestiniens sont dominés dans un conflit géopolitique, ceux qui parlent en leur nom le seraient automatiquement dans tous les contextes ; parce que Barbara Butch est dite « sioniste », elle hériterait aussitôt de la puissance de l'État d'Israël. Une cause juste n'abolit pourtant pas la responsabilité.
Le même mécanisme s'observe avec d'autres mots devenus moins des concepts que des tests d'appartenance (génocide, antisémitisme, etc.). Leur fonction n'est plus seulement de qualifier une réalité ; elle est d’abord de qualifier les personnes qui les emploient - ou refusent de les employer.
Je ne minimise ni l'ampleur des massacres à Gaza, ni la responsabilité écrasante du gouvernement israélien dans cette tragédie. Et je comprends parfaitement que, face à une telle violence, les passions politiques soient à leur comble. Je mesure aussi très bien le besoin de rééquilibrer un regard trop souvent aveugle à certaines violences et à certains rapports de domination. Mais ce rééquilibrage perd toute sa force lorsqu'il transforme les hypothèses en certitudes et les concepts en identités.
Les exigences du journalisme et de l'enquête n'ont pas été inventées pour les périodes calmes. Elles existent pour les situations où l'émotion, l'indignation et les appartenances risquent de tenir lieu de démonstration. Où les mêmes mots font surgir les mêmes coupables, les mêmes complices, les mêmes explications.
Je ne demande donc pas davantage de prudence morale, mais davantage de rigueur intellectuelle. Une cause juste n'a rien à perdre à ce que ses diagnostics, ses accusations et ses moyens continuent d'être discutés. C'est même à cette condition qu'elle conserve sa force.
Bien à vous.
Libre à vous de habermasser indéfiniment, même si vous n'êtes pas sans savoir comment votre mentor a fini : dans un négationnisme distingué du génocide palestinien. Si j'apprécie un peu votre apologie moralisatrice de la communication dialogique sur ce fil ASI, c'est parce qu'elle ressortit à l’édification de la belle âme qui demeure, comme disait l'autre, dans "la bouillie du cœur" où mijotent les bons sentiments. Mais supportez que le seul respect que je peux accorder à l’âme d’un communicant est de rendre concrète sa pensée de survol. Me voilà encore sous terre avec votre pensum méthodologique qui me dit "d'où vous parlez".
Dans le monde sublunaire, le principe du moindre effort pour persister dans son être semble plus que jamais d'actualité. Un mot donc sur mon usage du mot "sionisme", car il n'y a plus rien à disputer depuis longtemps. Eh oui, rien à foutre du "sionisme idéologiquement consistant" (une invention européenne) quand "le sionisme réellement existant" se montre au crépuscule comme un oiseau de Minerve. Heureusement, le sioniste "de gauche" que vous faites ne craint pas l'analyse concrète d'une situation concrète.
À lire les témoignages recueillis par Élodie S, j'entrevois une soirée chaude et provinciale qui tourne... au dialogue véritable, i.e. conflictuel. Ne vous déplaise, BB & Co. ("la mairie socialisse") et les 40 orgas palestinistes (dont LFI) disputaient publiquement. Soit des adversaires faisant assaut de mépris pour blesser sans tuer, qui sur scène, qui sur place. Voyez chez Aristote (Rhétorique lI, 4) la différence de nature entre mépris et haine. Une douce violence donc – eh oui, c'est choquant ! Mais rappelons que cette DJ a lancé son set sans un mot... Vingt minutes plus tard, elle a dû reconnaître sa défaite tactique face à un public adverse mais pas vraiment hostile. Oh, rien de grave pour BB & Co., car on peut toujours surpasser "ça" et engager une stratégie gagnante sans même comploter : suffit d'appuyer sur le bouton "merdias", non ? D'où le fameux emballement – accélération & séduction.
Voilà, voilà... Attendu que l'horizon habermassien est "l'être partageux", la cause des Palestiniens semble on ne peut plus juste, que dis-je... indiscutable. À n'en pas douter, elle ne compte pas sur l'hypocrisie et la faiblesse des sionistes "de gauche". Bon, je vais arrêter là mon effort chthonien, désolé de ne pouvoir disputer plus avant votre très acrobatique communication.
J'ai bien du mal à suivre votre conversation, mais j'
j'aimerais bien savoir dans "même si vous n'êtes pas sans savoir comment votre mentor a fini : dans un négationnisme distingué du génocide palestinien "
qui est le mentor en question.
Merci
Habermas
Ok merci.
Je ne vois pas trop ce qu'il vient faire là mais bon...
Ce qui est assez magique, c’est que chacune de vos réponses illustre un peu mieux la critique à laquelle elle prétend répondre.
Plutôt que de discuter mes arguments, qui décidément ne vous intéressent guère, vous commencez par m’assigner à des positions : « habermassien », disciple d’un « mentor », puis - cela devenait presque inévitable, vous avez dû beaucoup vous retenir avant - « sioniste de gauche ».
Manque de chance : je ne suis pas habermassien, je n’ai pas de « mentor » (à la limite, ce serait plutôt Passeron ou Boltanski) et surtout je n’ai exposé ici aucune position sioniste. Mais l’étiquette a cet avantage merveilleux qu’elle renseigne moins sur celui qui la reçoit que sur celui qui la distribue.
Dois-je symétriquement vous qualifier d’« antisioniste de gauche » ? L’expression existe sans doute - « antisioniste de droite » aussi, et historiquement dans des familles politiques et religieuses dont je doute que vous revendiquiez l’héritage. Mais je préfère savoir ce que vous pensez plutôt que de le déduire de la case dans laquelle je vous aurais préalablement rangé. C’est toute notre différence.
Vous opposez ensuite assez paresseusement le « sionisme idéologiquement consistant » au « sionisme réellement existant ». Autrement dit, à une objection sur l’usage historiquement imprécis et politiquement extensif d’un mot, vous répondez que sa précision n’a plus aucune importance. C’est pratique. « Sionisme » peut alors désigner une idéologie historique, un mouvement traversé de courants contradictoires, un projet national, la création d’un État et son évolution, un gouvernement, une politique, ses soutiens, ses complices supposés et, désormais, tous vos contradicteurs de gauche. Il devient moins un concept qu’un principe général de classement du monde… qui finit en réalité par ne plus expliquer grand-chose.
Le petit défilé d’Habermas, Hegel, Aristote, de l’oiseau de Minerve et de la « pensée chthonienne » ne résout malheureusement pas cette difficulté. Il lui donne seulement beaucoup de vocabulaire lourdingue. J’avoue préférer ici une philosophie moins décorative et une question plus triviale : que permettent réellement d’établir les faits ?
Or c’est précisément sur Grenoble que votre démonstration est la plus faible. Les témoignages qui confortent votre lecture donneraient ainsi accès à la véritable « réalité » de la soirée - on retrouve presque cette renvendication d’accès exclusif au « réel » dépliée chaque soir ad nauseam sur CNews. Ceux qui la contrarient relèvent de l’« emballement » et des « merdias ». Les huées et les insultes deviennent, au contraire, du « dialogue véritable » - il fallait oser -, l’hostilité du « mépris », l’interruption du set une « défaite tactique ».
La distinction aristotélicienne entre haine et mépris masque surtout un double standard hélas parfaitement trivial. Lorsque des militants conspuent une artiste qu’ils ont préalablement constituée en adversaire politique, vous contextualisez, relativisez, distinguez : « douce violence », conflit, tactique. Lorsque cette artiste décrit ensuite ce qu’elle dit avoir subi, cette sophistication disparaît soudain : bouton « merdias ». Toute la complexité que vous réclamez pour les uns devient crédulité ou manipulation lorsqu’il s’agit de l’accorder aux autres.
Plus largement, la moindre objection sur votre usage du « sionisme » révèle un « sioniste de gauche » ; un témoignage discordant révèle une stratégie médiatique ; une demande de méthode révèle une « belle âme » habermassienne. Rien ne peut véritablement réfuter votre lecture puisque tout ce qui pourrait le faire est immédiatement transformé en preuve supplémentaire de sa pertinence ! Ce n’est pas une analyse radicale : c’est une analyse inexpugnable.
C’est d’autant plus regrettable que la cause palestinienne est juste, nécessaire et profondément humaniste. La destruction de Gaza, les souffrances infligées aux civils palestiniens, leur dépossession et la négation de leurs droits exigent notre attention, notre indignation et notre mobilisation. Mais aucune cause ne confère un privilège épistémologique, et celle-ci mérite mieux que les dérèglements intellectuels qu’elle révèle parfois, y compris sur ce forum : raisonnements complotistes, obsessions autour des « sionistes », culpabilités par association, relativisation de faits gênants, disparition progressive de quelques repères élémentaires dès qu’ils contrarient le récit du camp auquel on s’identifie.
Le 7-Octobre en a fourni des exemples particulièrement pénibles. On peut - on doit - discuter la solidité de chaque témoignage, distinguer ce qui est établi de ce qui reste incertain et revenir sur les récits médiatiques qui se sont révélés faux ou fragiles. Mais lorsque des violences sexuelles sont documentées par des enquêtes sérieuses, continuer à déplacer indéfiniment le seuil de la preuve parce que ces faits compliquent le récit politique que l’on voudrait tenir devient problématique. Les contorsions de Judith Butler sur ce terrain m’avaient précisément frappé : la rigueur critique ne peut pas consister à devenir extraordinairement exigeant envers les faits qui dérangent son propre camp et soudain beaucoup moins envers ceux qui l’accablent.
C’est exactement ce que je dis depuis le début : mêmes critères, mêmes exigences, même attention aux faits, y compris - surtout - lorsqu’ils nous dérangent. Une cause juste ne dispense ni de définir ses concepts, ni de hiérarchiser les faits, ni de soumettre ses propres convictions à l’épreuve que l’on impose à celles des autres. C’est même, à mes yeux, une condition pour ne pas l’abîmer.
Je vais donc en rester là. Non parce que le désaccord me gêne - au contraire -, mais parce qu’une discussion devient impossible lorsque toute objection est préalablement recodée comme le symptôme de la position idéologique de celui qui la formule. À force de vouloir savoir « d’où parlent » les autres, vous avez fini par ne plus entendre ce qu’ils disent.
Et surtout parce que la cause palestinienne est infiniment trop grave et trop importante pour être réduite à ce genre de petit théâtre d’assignations réciproques sur un forum. Elle mérite mieux, tellement mieux.
Prenez soin de vous et de vos certitudes.
Vous enchainez dans chacun de vos message exactement le même type d'amalgames sur nous que ceux que vous nous reprochez, et à partir de là vous nous demander de contre-argumenter? On est censé débattre avec un mur dogmatique qui nous a déjà jugé??
Depuis le début, j’essaie au contraire de distinguer les faits, leur interprétation, les témoignages, leur degré de solidité et les catégories utilisées pour les qualifier. On peut contester chacune de mes conclusions, évidemment, mais encore faut-il dire laquelle et pourquoi.
Quant au « mur dogmatique qui vous a déjà jugé », l’accusation est assez savoureuse au regard de cet échange : je viens précisément d’être successivement qualifié d’« habermassien », disciple de mon « mentor », « belle âme » et « sioniste de gauche », sans avoir jamais revendiqué aucune de ces positions.
Je ne vous ai, pour ma part, assigné à aucune identité politique : j’ai critiqué des raisonnements et des formulations. Ce n’est pas tout à fait la même chose.
Mes échanges avec Élodie Safaris montrent que je suis parfaitement disposé à la contradiction : je lui ai adressé des critiques précises, elle m’a répondu longuement, j’ai reconnu certains de ses arguments, maintenu des désaccords sur d’autres et salué publiquement la qualité de sa réponse et de la discussion. Drôle de conception du « mur dogmatique ».
Donc oui, je vous en prie, contre-argumentez, vraiment. Dites-moi : quel fait ai-je falsifié ? Quel témoignage ai-je écarté par principe ? Quel argument ai-je refusé d’examiner ? Quel « amalgame » ai-je commis ? Je peux me tromper et je corrigerai volontiers ce qui doit l’être.
Mais remplacer cette discussion par « vous êtes dogmatique », après m’avoir expliqué de quelle famille idéologique je relève, est précisément une manière de ne pas avoir à répondre sur le fond.
Depuis le début, j’essaie au contraire de distinguer les faits, leur interprétation, les témoignages, leur degré de solidité et les catégories utilisées pour les qualifier.
Non, déjà ça je le conteste, vous pouvez croire que vous le faites, mais ce n'est pas le cas, ne serais-ce qu'avec l'angle choisis et la manière questionnable donc vous contextualisez.
Quant au « mur dogmatique qui vous a déjà jugé », l’accusation est assez savoureuse au regard de cet échange :
Vous aviez déjà mis cet angle et cet ambiance dès votre premier message, c'est assez naturel que Jean G vous ai répondu sur le même registre. Dès le début vous avez empoisonné le puis.
j’ai critiqué des raisonnements et des formulations.
j’ai critiqué des raisonnements et des formulations.
Vous avez dès le départ reformulé à votre sauce, très éloigné du réel, les raisonnement, en déformant les termes, ce n'est pas pareil.
Mes échanges avec Élodie Safaris montrent que je suis parfaitement disposé à la contradiction :
Avec elle peu-être, pas avec la masse militante que vous avez jugé aveuglement.
Drôle de conception du « mur dogmatique ».
Le fait que vous soyez aveugle à ce que vous faites ne fait que renforcer cette impression, au contraire. Vous avez la certitude du juste et ça ce voit.
Mais précisément, Alexis : vous ne répondez toujours pas à ma question.
Vous dites que je « reformule à ma sauce », que je suis « éloigné du réel », que je « déforme », que je juge « aveuglément » et que j’ai la « certitude du juste ». Soit. Mais où, précisément ? Quelle phrase ai-je déformée ? Quel fait ai-je mal établi ? Quelle contextualisation est erronée, et pourquoi ?
Ce n’est pas un détail : c’est exactement ce qui distingue nos registres. Lorsque je critique un raisonnement, je cite les termes employés, j’identifie l’inférence qui me paraît contestable et j’explique pourquoi. Je peux évidemment me tromper. Et lorsqu’on me répond sur ce terrain, je prends la critique au sérieux : mon échange avec Élodie Safaris en est une assez bonne démonstration. Elle a répondu précisément à mes objections ; j’ai reconnu certains de ses arguments et maintenu d’autres désaccords. Voilà une contradiction dont on peut faire quelque chose.
Vous faites ici autre chose : « vous déformez », « vous êtes aveugle », « vous avez la certitude du juste ». Ce sont des jugements sur ma posture, pas des objections à mes arguments. Et « vous avez empoisonné le puits dès le départ » ne change rien au problème : quelle phrase, précisément ? Citez-la. Si elle est injuste ou fautive, je le reconnaîtrais.
Même chose pour cette « masse militante que vous avez jugée aveuglément ». Où ai-je porté un jugement global sur « la masse militante » ? Et de qui s’agit-il au juste ? J’ai discuté des faits rapportés, des témoignages disponibles et des interprétations qui en sont faites. Si j’ai écrit autre chose, montrez-le-moi.
Le plus curieux est que votre accusation devient circulaire : si je récuse votre diagnostic de dogmatisme, c’est la preuve que je suis « aveugle » à mon dogmatisme. Et si je vous demande de l’étayer, c’est ma « certitude du juste » qui parle. Difficile de concevoir un dispositif plus imperméable à la contradiction.
Je vous propose donc quelque chose de très simple : un exemple. Un fait que j’aurais déformé, une citation que j’aurais travestie, un raisonnement que j’aurais faussement attribué. Un seul.
Pour l’instant, comme Jean G, vous ne réfutez pas mes arguments : vous qualifiez celui qui les formule. Et, contrairement à ce que vous affirmez, ce n’est absolument pas le registre que j’ai choisi.
Je vais donner deux exemple de comment vous recadrez le sujet :
Mais oui aussi, empêcher un artiste de se produire demeure un problème démocratique, quand bien même elle a reçu plus d'attention médiatique que d'autres.
Mais oui aussi, empêcher un artiste de se produire demeure un problème démocratique, quand bien même elle a reçu plus d'attention médiatique que d'autres.
Ces lignes sont caractéristiques, vous décidez de présenter des huées d'agit' prop assez classiques, une manif, de la même manière que si ils avaient envahie la scène/débranché la console. C'est elle qui a interrompus sa prestation, personne d'autre. Vous lier également directement ça aux principes démocratiques, comme si déprogrammer Bruel ou Dieudonné étaient l'essence de l'antidémocracie, ou alors le cas de Butch serais spécifique mais vous avez bel et bien mis "un artiste" de manière générique.
Oui, l'accusation d'antisémitisme est parfois instrumentalisée pour disqualifier des critiques légitimes de la politique israélienne. Mais oui aussi, l'antisémitisme reste une réalité préoccupante, documentée et en progression, qu'il faut sans cesse dénoncer et combattre
Quel élément factuel justifie que l'idée, réelle, que l'antisémitisme soit une réalité préoccupante soit évoqué dans les commentaires de cet article parlant des actions des militants à Grenoble, il y a-t-il quoi que ce soit qui les lient à ça?
Je pourrais en mettre d'autre mais on voit déjà là comment vous posez le cadre.
S'il fallait pointer toutes les molécules de son atmosphère sioniste "de gauche", on ne partirait jamais en vacance !
Des « molécules » sionistes disséminées dans « l’atmosphère » qu’il faudrait traquer une à une...
Ce vocabulaire de contamination et de détection de l’ennemi invisible est tout simplement gerbant ... et profondément pathologique.
L'échange sera plus utile avec des soignants.
Vous faites apparaître un « cadre » en supprimant les distinctions qui vous gênent.
Boycotter est évidemment un mode d’action démocratique parfaitement légitime. Chercher à empêcher une représentation pose en revanche une question démocratique - ce qui ne signifie ni que cet empêchement serait nécessairement illégitime, ni que toutes les situations seraient équivalentes.
C’est précisément pour cela qu’il faut distinguer les plans. Dieudonné a été condamné à de multiples reprises, notamment pour des propos antisémites : son cas engage simplement les limites juridiques de la liberté d’expression. La programmation de Patrick Bruel peut, elle, être jugée profondément indécente à l’égard des femmes qui l’accusent, sans que la question juridique soit la même.
Quant à Barbara Butch, on peut juger les protestations contre sa présence politiquement légitimes ou non, proportionnées ou non, tout en constatant qu’une action destinée à rendre sa prestation impossible met en jeu une liberté. Dire cela n’est pas sacraliser « l’artiste » : c’est distinguer une question démocratique d’un jugement moral, politique ou juridique. Ces distinctions permettent justement de ne pas mettre Dieudonné, Bruel et Butch dans le même sac.
Sur l’antisémitisme, votre raisonnement est plus problématique encore. Je n’ai écrit nulle part que les militants grenoblois étaient antisémites, que leur action l’était, ni même qu’elle en constituait un indice. J’écris exactement l’inverse de l’amalgame que vous me prêtez : l’accusation d’antisémitisme peut être instrumentalisée pour disqualifier la critique d’Israël ; cette instrumentalisation ne rend pas pour autant l’antisémitisme imaginaire. Ces deux propositions sont factuellement compatibles et intellectuellement banales.
Votre démonstration du « cadre » consiste donc à me reprocher ce que je n’écris pas : puisque je mentionne l’antisémitisme, ce serait pour suggérer subrepticement que ces militants sont antisémites ; puisque j’évoque une question démocratique, ce serait pour les présenter comme antidémocrates. Mais ce sont vos inférences, pas mes phrases.
Chez vous, dès qu’une phrase ne contribue pas exclusivement à la démonstration à charge contre un seul camp, elle devient suspecte d’en servir secrètement un autre. Il n’y a pourtant ici aucun « cadre » caché à dévoiler : seulement des distinctions explicites que votre lecture transforme en intentions implicites.
On peut difficilement discuter un texte si son sous-texte est déjà entièrement écrit par celui qui le critique...
Je m'arrête là.
Bel été.
Vous faites apparaître un « cadre » en supprimant les distinctions qui vous gênent.
Vous demandiez des exemples, je n'ai rien supprimé, juste choisis des exemples, la question de la mise à l'agendas des sujets est un élément basique de la question de l'analyse de texte.
Boycotter est évidemment un mode d’action démocratique parfaitement légitime.
Dans ce cas je vous invite à aller voir ce qui est arrivé à monsieur Boycott pour voir jusqu'où cette action peu aller.
Je n’ai écrit nulle part que les militants grenoblois étaient antisémites, que leur action l’était, ni même qu’elle en constituait un indice.
Je vous ai posé une question précise, et vous l'esquivez, pourquoi vous évoquez ce sujet là dans les commentaires de cet article qui parle des militants grenoblois? Si vous considérer qu'il n'y a rien d'antisémite dans ce qu'ils ont fait pourquoi vous avez mis dans le cadre cette question?
Votre démonstration du « cadre » consiste donc à me reprocher ce que je n’écris pas :
Ma démonstration du "cadre" est une question classique de critique de la presse, qu'est-ce qui est mis à l'agendas, qu'est-ce qui n'y est pas, comment sont cadré les sujets. Et tout ceci bel et bien à partir de choses qui ont été écrites.
puisque j’évoque une question démocratique, ce serait pour les présenter comme antidémocrates.
Si la question démocratique est soulevé c'est qu'il y a soit problèmes d'affaiblissement de la démocratie, des choses anti-démocratiques, soit des choses qui font partie de ce qui fait la démocratie dans un contexte donné. Si des choses n'ont rien à voir avec la question démocratique, alors le terme n'est même pas posé. Ce que vous appelez "inférence" ici n'est que raisonnement rationnel.
Il n’y a pourtant ici aucun « cadre » caché à dévoiler
Caché ou pas tout texte a un cadrage, ne pas parler du danger démocratique de la restriction du droit de manifestation est un choix de cadrage par exemple.
Vous déplacez encore le débat. Oui, cadrage et mise à l’agenda sont des notions élémentaires de l’analyse des médias. Mais constater qu’un texte sélectionne des éléments ne suffit pas à démontrer le « cadre » que vous lui attribuez : encore faut-il établir les relations entre ces éléments, et non les produire soi-même.
Votre référence à M. Boycott ne change rien. Le boycott est un mode d’action démocratique légitime ; comme une grève ou une manifestation, il peut prendre des formes discutables, coercitives ou violentes. C’est précisément pourquoi je distingue le principe du boycott, ses modalités concrètes et l’appréciation politique ou morale de ses cibles. Vous les rabattez les uns sur les autres.
Sur l’antisémitisme, en revanche, votre objection me paraît particulièrement fragile. Je n’ai jamais écrit que les militants grenoblois étaient antisémites, que leur action l’était ou qu’elle en constituait un indice. J’évoque l’antisémitisme parce que je parle aussi du traitement de l’affaire, qui a largement mobilisé cette qualification, à tort ou à raison. Et parce qu’il est pour le moins difficile, lorsqu’on parle de Barbara Butch, de faire comme si cette dimension n’existait pas : elle subit depuis longtemps et massivement des attaques antisémites, qui se sont encore déchaînées après la cérémonie des JO.
On pourrait d’ailleurs retourner votre critique : votre propre cadrage semble consister à considérer que, dans toute cette histoire et dans sa réception, la question de l’antisémitisme devrait être tenue hors champ sous peine de jeter le soupçon sur les militants. C’est précisément ce que je refuse. On peut simultanément dire qu’un boycott est légitime, ne rien imputer d’antisémite aux militants grenoblois, examiner les accusations d’antisémitisme portées dans le débat public et prendre au sérieux l’antisémitisme effectivement subi par Barbara Butch. Ces propositions ne se contredisent que si l’on décide préalablement de les fondre dans un même « cadre ».
Même chose pour la démocratie : dire qu’empêcher un artiste de se produire pose une question démocratique ne revient pas à qualifier d’« antidémocratiques » ceux qui le contestent. Liberté d’expression, droit au boycott, droit de manifester et pluralisme peuvent entrer en tension. Une question démocratique n’est pas un test binaire séparant démocrates et antidémocrates. Appeler cette assimilation une « inférence rationnelle » ne la rend pas plus nécessaire.
Enfin, oui : tout texte cadre. Mais cette évidence méthodologique n’autorise précisément pas à transformer toute présence en insinuation et toute absence en preuve. Un cadrage se démontre ; il ne se présume pas.
Je vous remercie en tout cas pour cet échange réellement contradictoire et pour le respect avec lequel vous l’avez mené — assez loin, heureusement, de certains délires observés ailleurs sur ce forum. Pour ma part, je pars en vacances : je vais donc essayer de mettre aussi ce débat au repos quelque temps.
Bien à vous.
"Et parce qu’il est pour le moins difficile, lorsqu’on parle de Barbara Butch, de faire comme si cette dimension n’existait pas : elle subit depuis longtemps et massivement des attaques antisémites, qui se sont encore déchaînées après la cérémonie des JO".
Et vous osez dire que vous ne faites pas d'amalgame ! Comme si les attaques de l'extrême droite contre Barbara Butch après les JO étaient de même nature qu'une action (qu'on peut qualifier de maladroite, mal ciblée, ratée, ce que vous voulez) menée par des militants de gauche pour des raisons humanistes.
On sent combien il est difficile pour vous de résister à l'invective...
Votre « comme si » contient précisément tout le problème : où ai-je écrit que ces faits étaient « de même nature » ? Relisez-moi !
Les attaques antisémites, homophobes et grossophobes subies par Barbara Butch et l’action des militants grenoblois diffèrent évidemment par leur nature, leurs auteurs, leurs intentions et leur gravité. Les distinguer n’oblige pas à effacer les premières du contexte : l’antisémitisme subi par Barbara Butch est massif, ancien, documenté, et il a traversé la réception de cette affaire. Le mentionner n’établit aucune continuité avec l’action grenobloise. Pour parler d’amalgame, il faudrait précisément montrer où je construis cette continuité.
Même glissement avec les « raisons humanistes ». Je ne les conteste nullement. Mais elles qualifient une motivation, pas mécaniquement la cible, les modalités ou les effets d’une action. Une intention humaniste n’immunise pas une action contre la critique.
Vous me reprochez donc une assimilation que vous introduisez vous-même par « comme si ». Citer deux phénomènes dans une même analyse n’est ni les identifier, ni les hiérarchiser, ni imputer l’un aux auteurs de l’autre. C’est justement parce qu’ils ne sont pas de même nature qu’il faut les distinguer — pas en supprimer un du tableau.
Tartuffe !
encore faut-il établir les relations entre ces éléments, et non les produire soi-même.
C'est vous qui m'avez demander des exemples, maintenant vous me dites que des exemples ne suffisent pas?
Vous les rabattez les uns sur les autres.
Non
J’évoque l’antisémitisme parce que je parle aussi du traitement de l’affaire
Cette question ayant déjà été traité dans les deux parties précédentes, qui ont leurs forums associé, elles n'ont pas été traité dans cette partie 3, partie qui, après une courte introduction, concentre toute votre analyse de texte, donc non, ça ne marche pas.
il est pour le moins difficile, lorsqu’on parle de Barbara Butch, de faire comme si cette dimension n’existait pas : elle subit depuis longtemps et massivement des attaques antisémites
Antisémites, grossophobes et homophobes, deux dimensions sur trois que vous n'avez pas évoqué ici.
On pourrait d’ailleurs retourner votre critique : votre propre cadrage semble consister à considérer que, dans toute cette histoire et dans sa réception, la question de l’antisémitisme devrait être tenue hors champ sous peine de jeter le soupçon sur les militants.
Non, ce que je dis c'est qu'il faut au moins un élément factuel pour la faire rentrer dans le champ. Ne pas fonctionner comme ça c'est accepter de faire rentrer dans le champ l'insécurité à partir du moment où CNews a décidé d'agiter le "sentiment d'insécurité".
Liberté d’expression, droit au boycott, droit de manifester et pluralisme peuvent entrer en tension.
A ce moment là c'est cette tension qui est le sujet, pas, je vous cite "empêcher un artiste de se produire". Votre formulation n'attache absolument pas la défense du droit de manifestation à la démocratie, mais uniquement les manifestation à une exigence "morale et politique".
Bonnes vacances.
Bonus dans l’attente du train : je crois que nous pouvons désormais circonscrire assez précisément notre désaccord.
Sur les exemples, aucun problème : je vous en ai demandé, vous en avez donné. Mais identifier les éléments d’un cadrage et établir les relations entre eux sont deux opérations différentes. Vous avez établi les premiers ; plusieurs des secondes restent, à mes yeux, des inférences extrêmement fragiles.
Sur l’antisémitisme, votre objection est plus sérieuse. Vous estimez que, faute d’élément antisémite dans l’action grenobloise, cette question devait rester hors champ de la partie III. Je ne partage pas ce périmètre : je discutais aussi du traitement et de la réception de l’affaire, concernant une personne qui subit depuis des années un antisémitisme massif et documenté. Vous avez raison, en revanche : j’aurais pu mentionner également les attaques homophobes et grossophobes.
Mais distinguons bien les deux critiques. « Vous avez fait entrer l’antisémitisme dans votre cadrage et je conteste ce choix » : très bien. Mais l’antisémitisme n’est pas un élément que j’aurais artificiellement greffé sur cette affaire : il appartient au contexte dans lequel Barbara Butch est exposée et attaquée publiquement et il a explicitement traversé la réception de l’épisode. On peut discuter de la place que je lui accorde ; décider qu’il devrait, a priori, rester hors champ relève également d’un choix de cadrage, certainement pas d’une position neutre. En revanche, passer de « l’antisémitisme fait partie du contexte » à « les militants grenoblois sont placés sous soupçon d’antisémitisme » suppose une relation supplémentaire. Or c’est précisément cette relation, sur laquelle repose votre accusation d’amalgame, qui reste à établir.
D’où aussi la limite de votre analogie avec CNews : l’antisémitisme subi par Barbara Butch n’est pas un « sentiment » dont j’inférerais la réalité de sa mise à l’agenda médiatique ; il est massif, explicite et documenté indépendamment de celle-ci. Notre désaccord porte donc sur la pertinence de le faire entrer ici dans l’analyse, pas sur sa réalité.
Je note au passage que l’exigence de preuve devient ici particulièrement élevée : aucune relation ne devrait entrer dans l’analyse sans être solidement établie. Excellente règle, que je partage. Appliquée avec la même rigueur à quelques autres commentaires de ce forum, elle aurait probablement produit des échanges sensiblement plus courts.
Enfin, sur la démocratie : point accordé. Ma formulation mettait trop en avant un seul terme de la tension ; j’aurais dû rappeler dans la même phrase que manifester et boycotter sont des modes d’action démocratiques légitimes. Dont acte.
Cela ne fait pas pour autant disparaître la question démocratique : elle réside précisément dans la tension possible entre des libertés également légitimes. Une manifestation peut être parfaitement démocratique dans son principe et soulever une question démocratique lorsqu’elle vise concrètement à empêcher une représentation artistique. Il n’y a là aucune contradiction, et surtout aucune qualification des manifestants comme « antidémocrates ». Si vous avez identifié une asymétrie, dans ma formulation, vous lui faites dire bien davantage qu’elle ne dit.
Merci en tout cas pour cet échange contradictoire et belles vacances.
C'est ça... 5 mn pour Sion, 5 mn pour la Palestine – sacrée Stimmung ! Mais nul n'est tenu d'exposer une position sioniste quand il pratique le sionisme d'atmosphère.
Le bouquet final du « sionisme d’atmosphère » ! Comme son cousin « antisémitisme d’atmosphère », il dispense de trouver le moindre propos sioniste. L’obsession fournit la preuve, puis la preuve justifie l’obsession, avec en prime l’inévitable inversion victimaire.
La cause palestinienne mérite décidément mieux que ce qu’elle devient lorsqu’elle traverse certains esprits malades : une machine à renverser les concepts et à voir « Sion » partout.
Je vous laisse à vos névroses et à votre météo idéologique.
Je ne résiste pas car en relisant notre échange, quelques formulations me laissent plus que perplexe.
La « masse militante », d’abord. Quelle masse, exactement ? Depuis quand ASI aurait-il vocation à en être le relais ? L’expression suppose déjà un collectif homogène auquel il faudrait être fidèle - ou que j’aurais « jugé aveuglément ».
Même étonnement devant « les mêmes amalgames sur nous ». Qui est ce « nous » ? Les lecteurs d’ASI ? Les militants de gauche ? Les soutiens de la cause palestinienne ? Les antisionistes (de gauche, du centre, de droite) ? Ces ensembles ne se confondent évidemment pas et aucun n’est homogène. Et qu’est-ce qui vous permet de supposer que je leur serais extérieur ? Vous seriez peut-être surpris de savoir que nous nous sommes sans aucun doute croisés dans les mêmes manifestations….
Quant à ma « certitude du juste », l’accusation est assez lunaire. Toute mon intervention consiste précisément à défendre le contraire : maintenir des distinctions, accepter la contradiction, reconnaître ici même lorsqu’une de mes formulations est déséquilibrée, et surtout conserver une exigence critique envers les causes que l’on estime justes. La pensée critique ne consiste pas seulement à déconstruire le discours d’en face. Elle commence à devenir intéressante lorsqu’on accepte de la retourner contre ses propres catégories, ses propres évidences et son propre camp.
Non pour renoncer à ses convictions, mais pour éviter qu’elles deviennent irréfutables. C’est précisément ainsi qu’on s’immunise contre les dérives auxquelles aucun camp n’est par nature immunisé.
Car sinon, de proche en proche, on finit réellement par chercher des « particules sionistes dans l’atmosphère »… après m’avoir expliqué quelques messages plus tôt que c’était moi qui avais « empoisonné le puits ».
Il devrait au minimum subsister assez de pensée critique pour éprouver un léger malaise.
Bel été.
Je ne comprends peut-être pas tout à vos conversations ou joutes avec divers asinautes, mais c’est pas un peu enculer des mouches tout ça ? Au départ il me semble que le sujet c’est l’instrumentalisation de l’antisémitisme par les medias (monter cette accusation en épingle en fait toujours au détriment de la gauche lfi, ne vous en déplaise, pas du fn, hein) depuis des semaines et des mois (bien avant cet épisode déjà), non ?
Le « ne vous en déplaise » est assez savoureux. C'est à peu près le centième procès d’intention que je me prends ici. Je n’ai jamais écrit, ni même suggéré, que l’instrumentalisation médiatique de l’antisémitisme contre LFI me « plaisait » - ASI l’a largement documentée et je ne la conteste pas.
Mais la formule est finalement assez révélatrice du type de raisonnement que je critique depuis le début : on ne répond plus à ce que j’écris, on m’attribue ce que je dois forcément penser pour que je rentre dans la case prévue, puis on critique cette case avec des arguments d'autorité.
Mais dès qu’on demande de revenir au cas précis, aux faits et aux distinctions (soit la vocation même de ce site), on « encule des mouches ». C’est effectivement plus confortable : à force de fabriquer soi-même les positions de son contradicteur, on finit toujours par avoir raison contre lui. Elle est pas belle la vie ?
Un autre est je ! Vous obsède-je au point d'oublier que « obsession » est un mot-clé pour verrouiller au mieux la hasbara ? Et tirer au canon sur des mouches pour victimiser "la socialo-sioniste BB" (documenté dans mon post à M, 08.08.2026/06:49:06) est-ce plus raisonnable ? Certes, vos leçons de controverse forcent l'admiration – c'est du joli mais pas du beau. Car ni vrai ni bien. Pour preuve sionistique : depuis 1948, une sioniste ne peut plus être une Juive, mais elle peut le redevenir en diasporant. Bonnes vacances à Tel-Aviv !
Je retire « obsession » : « monomanie délirante » est beaucoup plus juste. En cinq lignes : hasbara, « socialo-sioniste », 1948, diaspora, Tel-Aviv, et cette fascinante théorie selon laquelle une juive sioniste cesse d’être juive avant de le « redevenir en diasporant ». Théorie qui, bien entendu, n’a absolument rien d’antisémite : quelle idée saugrenue, quelle « instrumentalisation » !
Le plus fascinant reste qu’ici, personne ne semble trouver utile de vous contredire. Vous pouvez donc poursuivre tranquillement...
Après tout, tant mieux car à ce stade, chacun de vos messages fait le travail à ma place !
Pour vos vacances, le dernier essai de Feher. Il travaille pour vous.
Déjà lu. Souvent stimulant, mais historiquement extrêmement fragile : l’exil forcé de centaines de milliers de Juifs des pays arabes, entre autres, est difficilement soluble dans son grand récit.
Au bout du raisonnement se dessine surtout une assez singulière entreprise de certification du « bon Juif » : diasporique et, surtout, farouchement antisioniste.
Je comprends que le livre vous ait plu : il offre un prêt-à-penser prétentieux à vos obsessions nauséabondes.
J’allais vous conseiller en retour Les Protocoles des Sages de Sion pour poursuivre votre exploration des Juifs conformes et des Juifs suspects, mais je crains que la méthode ne vous soit déjà familière.
Déjà lu. Souvent stimulant, mais historiquement extrêmement fragile : l’exil forcé de centaines de milliers de Juifs des pays arabes, entre autres, est difficilement soluble dans son grand récit.
Qu'est-ce que ça viens faire là??? En quoi leur exil a quoi que ce soit à voir avec la légitimité des Palestiniens à recevoir pleine réparation de la Nakba, autrement dit avec l'antistionisme?
Une nouvelle fois, vous répondez par réflexe sans même lire ce que j'écris ! Je répondais à Jean G. sur Feher, dont il venait précisément de me conseiller le livre. Je lui expliquais pourquoi sa lecture historique, stimulante par endroits, a été largement discutée et critiquée par des historiens et des sociologues.
L’exode de centaines de milliers de Juifs des pays arabes n’était donc évidemment invoqué ni pour nier la Nakba, ni pour contester les droits des Palestiniens, ni pour répondre à je ne sais quelle définition de « l’antisionisme ».
Mais je comprends : il est tellement plus simple de me fabriquer l’intention qui vous arrange, puis de répondre avec indignation à des arguments imaginaires.
Quant aux historiens et sociologues qui ont formulé des objections documentées à Feher, j’imagine qu’il suffira de les ranger eux aussi parmi les « sionistes de gauche colonialistes et génocidaires ». C’est l’avantage d’un raisonnement parfaitement étanche : un fait qui contrarie la thèse ne la réfute plus ; il révèle simplement le sionisme de celui qui a eu l’inélégance de le mentionner.
Je vous laisse, j’ai piscine.
Si j'ai lu votre "échange" avec lui, globalement personne n'y brille. Commenter le reste de votre échange ne m’intéresse pas.
Mais je comprends : il est tellement plus simple de me fabriquer l’intention qui vous arrange, puis de répondre avec indignation à des arguments imaginaires.
Je vous ai posé une question à laquelle vous pouviez répondre, là c'est vous qui me fabriquez des intentions. La grande majorité des évocations de ce fait dans ce cadre est bel et bien fait par des gens qui nie les droits des palestiniens, désolé mais poser la question était légitime.
Quant aux historiens et sociologues qui ont formulé des objections documentées à Feher,
C'est à vous que j'ai posé cette question, pas à eux.
Et au passage qu'est-ce que c'est que cet "une nouvelle fois" par lequel vous entamez??
Vous ne reconnaissez toujours pas l’erreur très simple à l’origine de cet échange. Vous m’avez répondu sur la « réparation de la Nakba » alors que je n’en parlais absolument pas : je répondais à Jean G. sur une faiblesse historique du récit de Feher. Mais plutôt que de le reconnaître, vous m’expliquez maintenant que votre contresens était une « question légitime », au motif que « la grande majorité » (quelles sont vos sources ??) de ceux qui évoquent l’exil des Juifs des pays arabes chercheraient à nier les droits des Palestiniens. Voilà précisément le procédé que je critique depuis le début (d'où le « une nouvelle fois ») : ne pas répondre à ce qui est écrit, mais à l’intention que vous supposez derrière.
Votre position surplombante devient franchement cocasse : « globalement personne n’y brille », décrétez-vous, avant de distribuer les bons et mauvais points sans vouloir « commenter le reste ». Très bien. Sauf qu’il y a justement un « reste » : d’un côté, des arguments historiques, discutables bien sûr comme tous les arguments ; de l’autre, des histoires de Juifs « kapos », de « particules sionistes », de sionistes organiques et autres délicatesses. Mettre tout cela dans le même sac avant de conclure majestueusement, ce n’est pas prendre de la hauteur : c’est abolir toute distinction entre argumentation et propos gerbants.
Quant aux historiens et sociologues critiques de Feher, puisque mon propos était précisément de rappeler que les objections que j’évoquais sont documentées et largement discutées dans les sciences sociales, votre réponse confirme surtout le problème : vous vous intéressez moins à leur contenu qu’au soupçon politique que vous pouvez attacher à celui qui les formule.
Vous pouviez simplement écrire : « J’avais mal compris votre propos. » Cela aurait été plus court, et surtout beaucoup plus convaincant que cette laborieuse transformation d’un contresens en démonstration.
Je ferme le ban pour de bon cette fois.
Vous ne reconnaissez toujours pas l’erreur très simple à l’origine de cet échange.
Je répète, votre échange ne me concerne pas, je n'ai rien à "reconnaître".
Vous m’avez répondu sur la « réparation de la Nakba » alors que je n’en parlais absolument pas :
Ou alors je vous ai posé une question. qui vous a donné l'opportunité de clarifier votre propos.
Voilà précisément le procédé que je critique depuis le début (d'où le « une nouvelle fois ») : ne pas répondre à ce qui est écrit, mais à l’intention que vous supposez derrière.
Vous voulez dire quand vous vous mettez à supposer qu'une question est automatiquement une accusation?
décrétez-vous, avant de distribuer les bons et mauvais points sans vouloir
Ah non c'était volontaire, accuser comme ça l'un de faire dans la Hasbara, l'autre d'être dans la bonne dynamique pour continuer vers le protocole des sage de Sion, vos deux attaques sur des bases très faibles, je n'ai aucuns problème à donner des mauvais points.
c’est abolir toute distinction entre argumentation et propos gerbants.
Je vais prendre juste un exemple, « particules sionistes », peu délicat c'est vrais, attaquait votre prose, vous avez basculé à grande vitesse comme si c'était une essentialisation de personne et vous vous êtes mis au même niveau.
vous vous intéressez moins à leur contenu qu’au soupçon politique que vous pouvez attacher à celui qui les formule.
Il y a deux choses qui m’intéressent séparément, je n'aurais jamais dans un échange de commentaires comme ici la profondeur scientifique d'un livre universitaire ou d'une vidéo longue, ce qui ne m'empêche pas de trouver des références à consulter dans des commentaires.
Savoir d'où parlent les gens avec qui j'échange et comment ils se placent dans le débats collectifs m’intéresse également et est beaucoup plus adapté à ce format. Que vous le vouliez ou non vous vous placer dans le débat collectif et vos message sont reçu dans ce cadre qui crée un contexte d'énonciation.
Contexte où BB a déjà écrit qu'elle avait ressentie de l'antisémitisme dans l'antisionisme des militants de Grenoble sans avoir besoin de quoi que ce soit d'autre que son ressenti.
Contexte où l'exil vers Israël des juifs du monde arabe est systématiquement utilisé pour nier les droits de palestiniens exilé de la nakba.
Je pose des questions parce qu'il y a bien évidement une chance que je parle avec un interlocuteur qui ne comprend pas comment il s’insère dans son contexte, mais je suis bien obligé de savoir qu'il y a neuf chance sur dix que ce ne sont pas le cas, surtout dans un échange entre abonné d'un site de critique de presse.
Fermer le ban ne changera pas que vous avez besoin de prendre en compte votre contexte d'énonciation avant de poster.
Merci pour cette belle démonstration !
Vous m’expliquez donc qu’il y a « neuf chances sur dix » (statistiques INSEE) pour que vous sachiez ce que signifie réellement mon propos compte tenu de son « contexte d’énonciation ». Difficile de mieux résumer le problème.
Prenons Feher. Je réponds à Jean G., qui vient de m’en conseiller la lecture, et je formule une objection historique précise concernant l’exode des Juifs des pays arabes. Vous intervenez — étrangement pour quelqu’un que cet échange « ne concerne pas » — sans discuter l’objection : puisque cet exode serait « systématiquement utilisé » (toujours sans source) pour nier les droits des Palestiniens, vous m’interrogez sur ce sous-entendu, puis prétendez m’avoir généreusement offert « l’opportunité de clarifier ».
Mais je n’ai pas à clarifier vos arrière-pensées ! Mon propos était parfaitement clair. Vous avez fabriqué le sous-texte, puis m’avez demandé de m’expliquer dessus - très fort. Pour les historiens et sociologues que je lis, Nakba et exode des Juifs des pays arabes sont deux faits historiques qui coexistent, ne s’annulent, ne se répondent ni ne se justifient l’un l’autre. J’évoquais le second pour discuter Feher. Tout le reste vient de vous.
C’est donc très instructif : vous disposez avant même la réponse d’une présomption sur ce que signifie réellement un argument dans le « débat collectif ». Et si l’interlocuteur précise que ce n’est pas son propos, vous lui expliquez qu’il ne comprend pas lui-même comment il « s’insère dans son contexte ». Un dispositif admirablement étanche : vous savez ce que je dis, ce que je veux dire et même ce que mes propos signifient à mon insu ! Encore plus fort.
Par ailleurs, votre propre lecture devient « contexte collectif ». Vous savez ce qui est « systématiquement » fait d’un argument, comment les messages « sont reçus », comment ils s’insèrent dans les débats de la « masse militante ». Mais au nom de quoi parlez-vous pour cette mystérieuse collectivité ? Vous ne contemplez pas le débat depuis Sirius, vous êtes comme moi un participant dans cette discussion, ni plus ni moins. Votre interprétation ne devient pas une donnée sociologique parce que vous la formulez (très immodestement) à la troisième personne.
Dès lors, quel brevet faudrait-il présenter pour formuler une objection ici ? Un certificat d’antisionisme ? Une profession de foi préalable sur Gaza, la Nakba, le génocide et le 7-Octobre ? Je n’ai pas à démontrer que je parle depuis le « bon endroit » avant de discuter Feher ou un reportage. On peut défendre les droits des Palestiniens et critiquer les discours, les méthodes ou les cadrages de ceux qui défendent leur cause ; condamner la colonisation et discuter un aspect de l’histoire du sionisme ; dénoncer l’instrumentalisation de l’antisémitisme et prendre l’antisémitisme très au sérieux.; condamner la colonisation et discuter une histoire du sionisme ; dénoncer l’instrumentalisation de l’antisémitisme et prendre l’antisémitisme très au sérieux. Une position politique n’est pas un abonnement groupé ! Une objection historique se réfute par l’histoire, pas par le pedigree supposé de celui qui la formule…
Votre double standard est tout aussi frappant. Je relève chez Jean G. une obsession parfaitement objectivable pour « Sion », « sionisme », « sioniste » - il suffirait presque d’en compter les occurrences - et vous placez cela « au même niveau » que les « particules sionistes » (jugées simplement « peu délicates », lol), le « sionisme d’atmosphère », les « maîtres sionistes », leurs « serviteurs » et jusqu’aux « kapos ». Non cher Alexis : une critique, même mordante, d’une monomanie textuellement observable n’est pas équivalente à ce type d’assignations identitaires fondées sur le soupçon et la contamination.
Faites seulement le test de transposition : appliquez à n’importe quel autre débat cette recherche de « particules » idéologiques dans la prose, d’une « atmosphère » politique derrière les arguments, de fréquentations transformées en indices. Le procédé apparaîtra immédiatement pour ce qu’il est : on ne discute plus ce qui est dit, on cherche à révéler celui qui parle. Aux uns le soupçon maximal ; aux autres le contexte infini - toujours plus fort.
Au fond, c’est ce qui m’aura frappé dans cet échange : énormément de considérations sur mon ton, ma prose, ma position, mes intentions supposées, la réception prêtée à mes propos et maintenant mon « contexte d’énonciation » ; beaucoup moins de contradiction sur les arguments eux-mêmes - c'est peu dire.
Pour ma part, je peux entendre une objection et bouger - je l’ai fait avec Élodie, je l’ai même fait avec vous. C’est la condition minimale d’une discussion : admettre que l’on puisse avoir tort et que l’autre puisse parfois avoir raison, plutôt que d’expliquer pourquoi la place qu’on lui attribue suffit à rendre son argument suspect.
Nous pouvons donc réellement fermer le ban. Je vous laisse volontiers le dernier mot. Avec « neuf chances sur dix » de savoir ce que pensent vos interlocuteurs avant qu’ils ne l’expliquent, vous devriez pouvoir vous charger sans moi du dixième.
Bel été.
« systématiquement utilisé » (toujours sans source)
Par observation, et honnêtement, vu le côté systématique de cette observation, je vous croirais pas si vous déniez cette observation, je commence à sérieusement penser que vous êtes de mauvaise foi.
Mais je n’ai pas à clarifier vos arrière-pensées !
Il s'agit des pensées exprimées clairement des gens avec qui vous faites société, pas de mes arrières pensées, si vous ne voulez pas causer dans le cadre de la société, causez à un mur et foutez-nous la paix, on perdra tous moins de temps.
Un dispositif admirablement étanche : vous savez ce que je dis, ce que je veux dire et même ce que mes propos signifient à mon insu !
Comme je l'ai déjà dit, si je savais par avance ce que vous vouliez dire je n'aurais pas posé la question, le dispositif n'est étanche que dans votre tête. Pour quelqu'un qui ne veux pas qu'on lui prêtes des intentions et des propos, vous en prêtez beaucoup aux autres.
Par ailleurs, votre propre lecture devient « contexte collectif ».
Vous confondez "lecture" et "observation".
Mais au nom de quoi parlez-vous pour cette mystérieuse collectivité ?
Il existe des observations pour lesquelles même le milieu de la mêlée est suffisant. On peu aussi appeler ça des évidences, des choses qu'il faut être extrêmement distrait pour ne pas les voir. Je commence à penser sérieusement que vous me prenez pour un con.
Dès lors, quel brevet faudrait-il présenter pour formuler une objection ici ?
Être prêt à répondre à des questions sans grimper aux rideaux. Ce n'est pas forcément douloureux, je suis sure que vous en êtes capable.
Non cher Alexis : une critique, même mordante, d’une monomanie textuellement observable n’est pas équivalente à ce type d’assignations identitaires fondées sur le soupçon et la contamination.
Votre argumentaire est tué par votre simple évocation du protocole des sages de Sion. Là on est plus du tout dans la critique mordante.
Le procédé apparaîtra immédiatement pour ce qu’il est : on ne discute plus ce qui est dit, on cherche à révéler celui qui parle. Aux uns le soupçon maximal ;
Ah je ne dit pas le contraire, le but de son côté, depuis un moment, n'est pas d'échanger, c'est sure, juste de vous rentrer dedans.
beaucoup moins de contradiction sur les arguments eux-mêmes - c'est peu dire.
Quels arguments j'aurais due contredire?
plutôt que d’expliquer pourquoi la place qu’on lui attribue suffit à rendre son argument suspect.
Alors j'ai juste posé une question et je vous ait expliqué pourquoi je vous l'ai posé, je n'ai jamais considéré votre réponse suspecte, et rien dans ce que j'ai dit ne montre une mise en doute de votre réponse.
Par contre je ne considère pas légitime la manière dont vous m'êtes rentré dedans dans les trois derniers messages, donc non, je n'ai pas prévu de me laisser faire. Si vous voulez échanger des gadins par messages interposé voyez avec Jean G il a l'aire motivé, mais si c'est pour ça, foutez moi la paix.
Avec « neuf chances sur dix » de savoir ce que pensent vos interlocuteurs avant qu’ils ne l’expliquent, vous devriez pouvoir vous charger sans moi du dixième.
Si j'avais considéré que c'était le cas je ne vous aurais pas posé la question.
Une dernière précision, puisque vous en êtes désormais à « mauvaise foi », « foutez-nous la paix », « vous me prenez pour un con ». J’ai été mordant et (un peu) ironique, certainement. Mais je n’ai fondé aucun de mes arguments sur une insulte, une attaque personnelle ou un argument d’autorité : j’ai discuté des formulations, des raisonnements, des faits et des sources, tout en maintenant la courtoisie minimale que requiert ce genre d’échange anonyme. Point.
Que Jean G. cherche à « me rentrer dedans » m’est parfaitement égal. Un débat peut être vif, polémique, désagréable même, ce n’est pas le sujet. Mon objection portait sur les « particules sionistes », les « maîtres sionistes », les « serviteurs », les « kapos ». Vous reconnaissez qu’il ne cherchait plus à échanger ; très bien. Cela ne transforme toujours pas ce vocabulaire gerbant en simple rudesse polémique.
Enfin, revenons à votre seule affirmation factuelle : l’exode des Juifs des pays arabes serait « systématiquement utilisé » pour nier les droits des Palestiniens. Qu’est-ce qui vous permet de transformer ainsi une observation personnelle en évidence collective ? Cet usage existe, notamment dans le débat israélien et certains espaces militants : aucun problème pour le reconnaître. De là à le déclarer « systématique », au point que la simple évocation de cet exode - a fortiori dans une discussion explicitement consacrée à Feher - devrait spontanément être interprétée sous ce prisme, il y a un saut logique très problématique. Si c’est à ce point une « évidence » pour quiconque n’est pas « extrêmement distrait », quelques exemples significatifs et récurrents dans le débat public français devraient être assez faciles à produire. On attend de voir…
Votre accusation de « mauvaise foi » pose dès lors un problème assez simple : vous partez d’une observation que vous tenez pour une « évidence », puis soupçonnez de mauvaise foi celui qui demande simplement sur quoi elle repose. On retrouve exactement le problème méthodologique qui nous occupe depuis plusieurs messages.
Pour le reste, je vous confirme que je ne vous demande nullement de « vous laisser faire ». Je ne savais même pas que nous nous battions.
Et cette fois, je vous laisse réellement le dernier mot.
Ai-je l'air motivé par Zebda ?
En tous cas, je constate que "le dernier mot" laissé à notre crypto-sioniste est un "tout dit" sans appel, à la manière du Nestor iliadique aux prises avec le va-t-en guerre Diomède.
Il nous l'a joué "doute scientifique cartésien" avec un doute douteux de marchand de doute qui exagère le degré de doute ou amplifie démesurément l'incertitude pour placer "ça" au centre de l'attention du commentariat ASI. Ses sources et références ne sont bien sûr jamais citées mais ses allusions aux dits des "merdias" capables de créer une tempête de merde avec du presque-rien sont transparentes comme du slop.
Manque chez ASI un(e) agnotologue pointant l'hypercritique continuée instillée par certains asinautes au nom du "doute cartésien" qui, rappelons-le, n'est hyperbolique, malin et génial que pour exister prima facie.
Conseillez-moi plutôt l'analyse des Protocoles par Taguieff. Lu le T1 il y a bien longtemps, je me promets de le ressortir du carton (j'ai une cave infernale) car je crois que c'est bien le seul essai honnête de ce sioniste organique.
Quant à Feher... Parfaitement soluble dans son "grand récit" l'exil doublement forcé des Juifs orientaux et nord-africains. Sa position n'est fragile que pour le sioniste endurci. En se réglant sur Ella Shohat, il peut soutenir que les sionistes (forcément européens) ont voulu déraciner les Juifs orientaux de leur arabité ou persanité au profit d’une identité "judéo-sioniste" totalement artificielle, pour les enrôler dans la négation ou la déportation du peuple palestinien. Mais si les maîtres sionistes (d'origine européenne) avaient "trop besoin" de ces serviteurs pour mater les animaux humains, ils n'ont pas anticipé le finale : ce travail de kapo rendrait libres et dominants ces Orientaux méprisés. Des super-spartiates aujourd'hui !
Imaginer ces néo-sionistes bientôt diasporiques n'est vraiment pas une gageure pour Feher : ils pourraient "redevenir juifs" anywhere out of the world comme n'importe où dans le monde, et bien sûr en Palestine, dans un État bi-national. Vous me direz que c'est de la métaphysique ? Oui, mais pas plus que la sionistique. Aussi, je laisserai le dernier mot du fil à votre logorrhée.
Jean G, vous êtes magique ! Tout est tellement parfait que j'en viens à me demander si vous n'êtes pas une IA !
Je formule une objection historique précise à Feher ; vous ne la discutez pas : vous m’expliquez qu’elle ne gêne que le « sioniste endurci ». La critique devient le symptôme de celui qui la formule. Voilà une méthode efficacement immunisée contre toute contradiction, joli ; )
Quant aux Juifs orientaux, ils sont effectivement « parfaitement solubles » dans le grand récit... à condition d’y dissoudre ce qui le contrarie : leurs persécutions, expulsions et départs contraints deviennent secondaires derrière le sionisme européen qui les aurait déracinés, fabriqués comme « judéo-sionistes » puis enrôlés comme auxiliaires !
Et la boucle est parfaite : ces Israéliens pourront enfin « redevenir juifs » lorsqu’ils auront enfin retrouvé la seule forme de judéité que vous leur jugez convenable - diasporique et débarrassée du sionisme. Merci pour eux !
Transposez simplement votre raisonnement à n’importe quelle autre minorité : expliquez-lui quelle part de son identité est artificielle, qui sont ses « maîtres », ses « serviteurs » et ses « kapos », puis à quelles conditions ses membres pourraient enfin redevenir authentiquement eux-mêmes. Je vous laisse imaginer votre réaction. Avec les Juifs, curieusement, l’assignation identitaire devient de la théorie critique.
Quant à ma « logorrhée », après cette formidable démonstration, je reconnais volontiers votre double compétence en concision et en réflexivité.
Je vous réponds ici à la version plus longue que vous m'avez envoyée par mail. Je ne me suis pas relue, ignorez mes fautes et mes coquilles. J'arrive en fin de course ^^
« C’est précisément parce que je partage largement vos prémisses que je me suis interrogé sur
votre méthode : mon désaccord ne porte pas sur les faits, mais sur le cadre interprétatif qui
finit progressivement par les organiser. Car vos propres témoins décrivent une campagne
organisée pour empêcher un concert, des huées destinées à couvrir la musique, des
injonctions répétées à quitter la scène, des doigts d'honneur, plusieurs jets de projectiles et,
finalement, une interruption revendiquée par plusieurs participants comme une « victoire ».
La discussion se déplace donc vers la qualification de ces épisodes. Or c'est précisément sur
ce point que je ne retrouve plus tout à fait les exigences méthodologiques qui font, à mes
yeux, la force d'Arrêt sur images.
Vous avez souvent montré que qualifier un événement n'est jamais une opération neutre.
Nommer, c'est déjà interpréter. Pourquoi, dès lors, la notion de violence devient-elle ici si
restrictive ? Depuis des années, vous avez contribué à faire reconnaître des formes de
pression, d'intimidation ou de harcèlement qui ne passent ni par les coups ni par les blessures.
Pourquoi cette grille d'analyse paraît-elle devenir plus difficile lorsqu'une artiste est
empêchée de se produire pendant vingt minutes par une foule hostiles ? Refuser les analogies
grotesques avec un pogrom n'oblige pas à conclure qu'il ne s'agissait que d'une manifestation
ordinaire »
== >J’ai un peu de mal à voir où vous voulez en venir. La notion de violence est « plus restrictive » ici qu’ailleurs. Il va sans dire que jeter des graviers ou des gravillons ou des bouteilles pleines ou en verre SUR QUELQU’UN est une action violente. La question qui me semble plus intéressante c’est : qui a fait ça ? Et ce qui ressort de mon enquête (relative et partielle) c’est qu’en tout état de cause, si les personnes qui ont fait ça faisait partie des manifestants, ce sont des cas isolés de la majorité d’entre eux. Enfin, si j’ai pris la peine de raconter que plusieurs témoins ont vu une élue LFI intervenir pour calmer les plus véhéments, c’est évidemment pour nuancer le récit médiatique sur LFI mais aussi car cela raconte qu’il y avait des « plus véhéments ».
Je peine un peu plus à qualifier de « violences » des gobelets qui volent dans un concert et qui atterrissent sur la scène, d’autant que comme le rappellent certaines sources, c’est un phénomène qui est loin d’être rare en festival.
Ensuite : est-ce qu’il s’agissait d’une « manifestation ordinaire ». C’est peu ou prou ce que disent certains manifestants, oui. Ce n’est pas tout à fait ce que rapportent tous les journalistes interrogés. En revanche oui, toutes les personnes avec qui je me suis entretenue (et encore une fois, il y en a une trentaine, ce n’est pas l’intégralité des gens présents mais il me semble que le fait d’avoir interrogé presque tous les journalistes présents - ceux qui ont accepté de me répondre donc 4 sur 6 environ - permet d’avoir tout de même une idée assez fiable de l’ambiance générale.
« J’ai également été frappé par la manière dont le doute semble distribué. Les comportements
des manifestants sont systématiquement individualisés, contextualisés et distingués : les
projectiles sont discutés un à un, les insultes deviennent marginales, les gestes les plus
problématiques sont attribués à quelques individus, souvent alcoolisés ou extérieurs au
mouvement »
==> C’est ce qui m’a été rapporté et ce qui ressort des témoignages de ces 30 personnes.
Il m’était obligatoire de rapporter les témoignages par citations et impossible de faire autrement à mon sens puisque chacun a vu des choses différentes.
Vous écrivez « les insultes deviennent marginales » => pourquoi « deviennent » ? Vous êtes en capacité d’affirmer que ce n’était pas le cas ? Moi c’est ce que m’ont rapporté ces personnes, journalistes compris. Ce n’est pas moi qui les rend « marginales ».
De même votre formulation « les gestes les plus problématiques sont attribués à quelques individus, souvent alcoolisés ou extérieurs au mouvement » laisse entendre qu’il y aurait une interprétation de ma part mais ici encore, c’est ainsi qu’ils m’ont été rapportés. Je ne sais pas ce qui constitue un « geste problématique » pour vous mais les doigts d’honneur étaient nombreux.
Et oui, la présence de personnes alcoolisées (dont une avec une bouteille en verre) m’a été rapportée par bon nombre de sources et oui, ça me semble important à raconter car aucun média ne l’a fait. Après, je ne suis pas flic, une enquête est en cours.
« Cette micro-contextualisation est intellectuellement stimulante, mais produit un effet de
focale : à force de restituer chaque geste dans sa singularité, il tend à faire disparaître la
violence collective de la situation prise dans son ensemble »
==> J’ai volontairement posé la question à ces manifestants pour savoir s’ils comprenaient que la séquence ait pu vraiment être mal vécue par l’artiste et c’est justement pour bien marquer le fait que leurs témoignages et leur ressenti de BB ne sont pas incompatibles que j’ai gardé leurs réponses. Du coup, j’avais le sentiment qu’on comprenait cela. Mais si vous me faites cette remarque, c’est peut-être que ce n’est pas le cas. J’avais initialement rédigé une conclusion qui entendait boucler l’enquête en précisant un peu tout ça et en mettant en garde le lecteur sur le fait que mon travail ne signifiait pas que BB avait menti, que ce qu’elle a décrit n’avait pas existé, qu’elle n’avait pas pu vivre tout ça extrêmement mal etc. Finalement la conclusion a sauté pour alléger l’ensemble, nous aurions peut-être dû la garder.
« De la même façon, votre analyse du tract s’attarde sur chacun de ses éléments graphiques
pris isolément. Mais une image politique ne fonctionne pas comme une addition de signes
indépendants. Elle produit d’abord un effet d’ensemble : ce n’est pas chaque élément qui fait
sens, mais leur combinaison, qui associe Barbara Butch à un imaginaire de violence et de
responsabilité dans les crimes commis à Gaza »
== > Vous avez raison mais tout ça est dit et rabâché dans les contenus médiatiques dont je parle.
Surtout, si j’ai posé la question aux élus LFI en insistant, comme rapporté dans le papier, ce n’est pas pour rien.
Mais ici encore, j’aurai peut-être dû y consacrer plus de lignes pour expliciter davantage, je vous l’accorde.
À l'inverse, lorsqu'il s'agit de l'« emballement médiatique », cette prudence disparaît
largement. Des éditoriaux, des chroniques, des reportages et des prises de position pourtant
assez différents finissent par composer un même récit « dominant ». Autrement dit, d'un
côté, le doute fragmente ; de l'autre, il agrège.
=> là je ne suis pas d’accord : je fais une distinction très claire entre les reportages et le reste et je précise bien qu’ils sont factuels.
Je donne des exemples très concrets et précis de ce qui dans le traitement médiatique me semble outrancier, infondé, etc. Là je ne vous suis pas sur l’accusation de « prix de gros ».
Je crois que cette asymétrie ne résulte pas d'une intention. Elle tient plutôt au fait que cette
série ne relève pas seulement du fact-checking.
=> pour moi ce n’est pas du tout du fact-checking. Si telle avait été ma démarche, j’aurais passé bcp plus de coups de fil côté organisateurs, j’aurais cherché à savoir qui avait pu lancer les projectiles, j’aurais cherché à avoir des gens qui étaient sur place et désapprouvaient l’action (même s’ils semblaient vraiment minoritaires de ce que j’ai vu).
« Elle propose une interprétation. C'est
parfaitement légitime : toute enquête construit un cadre interprétatif »
=> ah ? Et quelle serait cette interprétation ?
/// SUITE ///
« Mais ce cadre devrait
être soumis à la même réflexivité que les récits qu'il entend déconstruire.
Les témoignages recueillis proviennent très majoritairement d'acteurs directement
impliqués dans l'organisation du boycott ou partageant son horizon militant. Leur parole est
évidemment indispensable. Mais qu'en est-il des centaines d'autres spectateurs, des
techniciens, des bénévoles, des agents de sécurité ? Une enquête qualitative ne vaut pas par
une impossible représentativité, mais par la diversité des expériences qu'elle met en dialogue »
=> J’ai répondu plus haut : mon travail n’a pas la prétention d’être une « contre enquête » ou une enquête exhaustive sur ce qu’il s’est passé, encore une fois. J’ai cherché à donner la parole aux manifestants car leur voix à eux qui est invisibilitée par les médias alors qu’ils y sont accusés de faits graves : haine, antisémitisme, etc. Les quelques personnes qui n’ont pas pris part à l’action (voire y étaient hostiles comme 2/3 personnes dont on m’a parlé à l’instar de la dame qui tente de mettre le feu à un drapeau palestinien) ne sont pas mises en cause dans le traitement médiatique.
En donnant la parole aux manifestants, je voulais aussi connaître leurs profils, leurs discours, leurs démarches. C’est ça qui m’intéressait et ça que j’ai essayé de rapporter. Encore une fois, je n’ai parlé qu’avec une petite trentaine d’entre eux mais ce qui ressort et me semble le plus intéressant c’est que la majorité n’étaient pas des militants, encore moins des militants LFI, que leurs profils sont très variés, qu’ils n’ont rien de profils spécialement radicaux (certains le sont mais pas la majorité). Et aussi qu’ils sont un certain nombre à avoir été un peu pris par le mouvement, qu’ils n’avaient pas forcément prévu de participer à la manifestation etc. Tous ces éléments nuancent sévèrement le récit médiatique que j’ai décrit dans les deux premiers volets. Et c’était ça mon point.
« J’ai également été surpris par le traitement réservé à Barbara Butch elle-même. Vous avez
souvent rappelé que le travail journalistique consiste aussi à écouter les « personnes
concernées ». Elle a choisi de ne pas répondre à votre enquête ; c'est évidemment son droit.
Mais elle s'est exprimée publiquement, de manière précise et circonstanciée, sur ce qu'elle dit
avoir vécu. Plusieurs membres de son entourage ont confirmé certains éléments de son récit
et une procédure judiciaire est en cours. Aucun de ces éléments ne vaut preuve en lui-même.
En revanche, cela devrait conduire à traiter cette parole comme une hypothèse sérieuse à
éprouver, et non comme le simple symptôme d’un récit médiatique à déconstruire »
=> la parole de BB est rapportée, il me semble tant dans ses explications face aux accusations que pour ce qui est de son récit de la soirée et de la façon dont elle l’a vécu. À aucun endroit je ne la met en cause. Je rapporte aussi l’enquête de Mediapart et les éléments qu’elle donne.
Je ne comprends pas bien votre point.
« Une méthode journalistique se juge aussi à sa capacité à rester constante d'un dossier à l'autre »
=> oui et donc ? Qu'auriez-vous attendu précisément ?
« Enfin, j'ai été frappé par les réactions suscitées par votre série dans les commentaires. Moins
par leur orientation politique que par la faible tolérance au désaccord. Comme si le simple fait
de ne pas adhérer entièrement au contre-récit proposé suffisait à vous renvoyer du côté des
récits dominants, voire des « fascistes ». Ce n'est évidemment pas votre responsabilité
directe »
=> merci de le dire. Je trouve que vous caricaturez un peu le forum mais oui on y trouve comme ailleurs des propos véhéments, intolérants, et des profils incapables de débattre ou discuter sans attaquer ou procéder à des procès d’intention. Les asinautes sont des gens comme les autres ;)
« Mais cela m'a rappelé une évidence que vous avez vous-mêmes souvent mise en lumière : les
contre-espaces médiatiques ne sont pas spontanément plus pluralistes que les médias qu'ils
critiquent. Ils produisent eux aussi des cadrages, des catégories d'évidence et des frontières
de l'acceptable »
=> tout à fait d’accord
« Au fond, c'est peut-être cela qui m'a le plus troublé. J'ai parfois eu le sentiment que la
déconstruction d'un récit conduisait progressivement à en construire un autre, devenu lui
aussi difficile à interroger.
=> là je ne sais pas si vous me visez moi mais comme vous pouvez le constater, je suis ouverte à toutes les critiques. Et je le fais d’autant plus volontiers que ce travail est imparfait comme tout ce que je produis et que j’ai moi-même un paquet de critiques à lui faire ! Aussi, et je ne cherche pas d’excuses mais j’ai rédigé ces 3 articles en 10 jours d’affilée alors que j’étais censée être en vacances. C’est un choix qui m’appartient et je ne cherche à apitoyer personne sur mon sort. Mais j’ai travaillé dans un contexte familial, en Grèce, avec l’aide (non) de mon fils de 4 ans et..comment dire ? Même si tout a été parfaitement relu et édité par Robin, je pense que ces conditions de travail peuvent expliquer certaines faiblesses de l’enquête.
« Nous vivons une période où plusieurs réalités coexistent sans se laisser réduire les unes aux
autres. Oui, l'antisémitisme est parfois instrumentalisé. Mais oui aussi, il demeure une réalité
documentée et préoccupante. Oui, les crimes commis à Gaza exigent une large mobilisation
morale et politique. Mais oui aussi, empêcher un artiste de se produire reste un problème
dans une démocratie mature. Une critique des médias me paraît d'autant plus précieuse
qu'elle refuse de choisir entre ces vérités au profit d'une seule »
=> je vous rejoins là-dessus et je n’avais pas le sentiment de contredire quoi que ce soit de ces constats.
Du coup, je ne sais pas trop quoi vous répondre.
« Je peux naturellement me tromper. Vous pouvez me convaincre que certaines de mes
critiques sont injustes. Mais je serais sincèrement déçu que cette lettre soit lue comme un
désaccord politique. Elle est exactement l'inverse. Si je prends le temps de vous écrire, c'est
parce que j'ai le sentiment que, dans cette enquête, Arrêt sur images n'a pas exercé sur son
propre cadre interprétatif la même réflexivité que celle qu'il m'a appris, depuis vingt ans, à
exercer sur le travail des autres.
C'est peut-être, au fond, la véritable épreuve de la réflexivité : non pas déconstruire les récits
des autres, mais accepter que les siens puissent, eux aussi, être discutés »
=> Oui je vous trouve un peu injuste à certains endroits mais surtout, je regrette que vous puissiez recevoir ce travail de cette façon car cela veut dire que d’autres que vous l’ont certainement perçu ainsi et que donc, il manque de clarté à certains endroits. J’ai tenté d’expliquer un peu mieux ma démarche vous me direz si ça permet d’éclaircir quelques points.
Avant de définitivement tourner la page de ce sujet sur lequel je suis tout de même depuis le 22 juillet (!!), je tenterai de faire une mise au point (peut-être sur les réseaux) sur quelques éléments qui me tiennent à coeur. Bon, les accusations d’antisémitisme, j’ai l’habitude maintenant. Mais j’observe depuis la sortie de l’enquête qu’elle est instrumentalisée ou du moins récupérée ici et là dans des sphères de gauche pour lui faire dire ce qu’elle ne dit pas. À savoir que BB aurait menti, que Mediapart aurait menti, qu’il n’y aurait pas eu tel ou tel type de projectiles, etc. A l’instar de l’internaute « vilain syndicaliste » qui a fait un visuel qui travestit complètement le propos de mes articles. Je l’ai signifié en commentaire mais zéro retour.
J’avais observé le même phénomène lorsque j’avais fait un long calmos sur l’emballement médiatique d’une soirée post-match à Amsterdam.
Peut-être que j’écrirai dessus un jour.
Je vais faire court.
Je vous admire.
Merci pour cette série.
Merci beaucoup Elodie d’avoir pris le temps de me répondre aussi précisément - et, surtout, de l’avoir fait de cette manière. La démarche est assez rare pour être saluée : répondre point par point à une critique, reconnaître ici ou là qu’un choix aurait pu être différent, expliciter ses intentions sans rabattre le désaccord sur une divergence politique. C’est exactement l’idée que je me fais d’un débat contradictoire utile.
Vos réponses éclaircissent effectivement plusieurs points et me conduisent à nuancer ma critique, notamment sur le traitement médiatique. Je reste néanmoins en désaccord sur d’autres aspects, peut-être désormais plus précisément circonscrits.
Le premier concerne la violence. Je crois que nous ne raisonnons toujours pas tout à fait à la même échelle. Mon argument ne consiste pas à additionner les projectiles, ni à imputer à chaque manifestant les gestes de quelques-uns. Même en retirant tous les jets de bouteilles, gravillons ou gobelets, il demeure une situation collective : couvrir la musique par des huées, sommer une artiste de quitter la scène, empêcher pendant vingt minutes le déroulement de son concert puis revendiquer son interruption comme une victoire. C’est cette situation d’ensemble que je qualifie de coercitive, voire de violente, indépendamment du caractère pacifique de nombreux comportements individuels.
Votre réponse éclaire aussi beaucoup mieux votre projet : non pas produire une contre-enquête exhaustive sur la soirée, mais donner à entendre la parole des manifestants, leurs profils, leurs motivations et leur perception d’un événement dont ils avaient été largement réduits à des figures abstraites dans le récit médiatique. Je trouve cet objectif parfaitement légitime et même très intéressant. Mais c’est précisément là que subsiste pour moi une difficulté : un corpus constitué principalement pour documenter une parole invisibilisée est très solide pour nous apprendre qui sont ces personnes et comment elles comprennent leur action ; il l’est moins pour départager les différentes expériences de l’événement ou, à lui seul, « nuancer sévèrement » le récit général qui en a été fait. Ce sont deux opérations sensiblement différentes.
Vous me demandez quelle « interprétation » je vois dans votre enquête. Rien de mystérieux ni, surtout, d’inavoué : celle d’un événement très rapidement constitué en scène de violence antisémite et politiquement attribué à LFI, qui apparaît, une fois restitués les profils, intentions et expériences des participants, beaucoup plus hétérogène, moins organisé et moins univoque que ne l’a raconté une large partie du commentaire médiatique. C’est une interprétation parfaitement défendable. Mais c’en est une parmi d’autres, produite par le choix des interlocuteurs, des questions, des éléments que l’on contextualise et de ceux que l’on soumet prioritairement au doute. C’était le sens de ma remarque sur la réflexivité, et certainement pas l’idée que vous auriez cherché à dissimuler une thèse derrière des témoignages !
Enfin, je corrige volontiers ma formulation concernant Barbara Butch : vous avez raison, sa parole est présente et vous ne dites nulle part qu’elle ment. Mon interrogation porte plutôt sur le statut différent accordé aux paroles. Celles des manifestants sont longuement dépliées, contextualisées, replacées dans des trajectoires, des intentions et des perceptions ; celle de Barbara Butch constitue davantage le récit initial que l’enquête vient compliquer. Ce n’est pas exactement la même opération. À cet égard, ce que vous dites de la conclusion finalement supprimée me paraît important : rappeler explicitement que votre enquête ne permettait de conclure ni qu’elle avait menti, ni que les faits qu’elle rapporte n’avaient pas existé, aurait sans doute modifié l’équilibre général du texte.
Et votre dernière remarque me paraît presque rejoindre cette question. Que certains récupèrent votre enquête pour affirmer que BB ou Mediapart auraient menti ne vous est évidemment pas imputable : on ne saurait rendre un journaliste responsable de tous les contresens de ses lecteurs. Mais si cette lecture revient suffisamment souvent pour que vous éprouviez vous-même le besoin de la corriger publiquement, peut-être dit-elle aussi quelque chose d’une ambiguïté possible dans la réception générale de la série.
En tous les cas, merci sincèrement pour cet échange, bel été et bonne continuation dans votre travail avec ASI.
Rien n’a changé , il y aura toujours des connards bourrés dans toutes les fêtes et parfois ça tournera mal . Mais c’est plus photogénique de parler des diaboliques LFI . Et vu qu’à crépol c’est devenu du racisme anti blanc , qu’est ce que ça va devenir ici ? Pa s de racisme anti blanc , peut être un dégout de l’occident , ça c’est très possible, très probable . Et ça , ça vient du fait qu’en occident les ploutocrates ne lisent que les journaux , et qu’ailleurs , ils lisent encore de la littérature .
Mille mercis, Elodie, pour cette enquête approfondie. Là, vous surclassez largement les articles de Mediapart sur le sujet, basés sur un rapport de police et les infos du Point, ou visant à côté en épluchant le pedigree d'Allan Brunon, comme s'il était le seul protagoniste de ce boycott.
Un grand merci Elodie Safaris pour cette série d'articles et votre enquête remarquable, cela conforte mon abonnement à ASI.
Je me suis toujours demandé si les Résistants français de la 2e Guerre Mondiale se battaient contre l'armée allemande par pure germanophobie ou bien parce que celle-ci occupait et tyrannisait le pays.
Merci pour cette série d'articles.
Elodie vous allez vraiment me manquer quand je vais arrêter mon abonnement ASI. J'espère vous lire et écouter ailleurs.
ON S'EN FOUT (arrêtez de faire de la pub gratos à cette personne)
Du journalisme authentique ! Merci Elodie Safaris et Merci ASI
Bref, une douce hostilité absolument pas haineuse.
Merci Elodie Safaris pour ce travail méthodique et intelligent. Je gage qu'il n'infléchira que peu les opinions qui ont en général tendance à s'affranchir aisément des faits, y compris dans nos grands médias.
Merci d'avoir montré que l'appel à manifestation était collégial, qu'il impliquait nombre d'associations non suspectes d'antisémitisme, de LGBTphobie ou de grossophobie, et qu'il s'agissait par conséquent d'une véritable initiative citoyenne non discriminatoire (les élans spontanés décrits par les différents témoins semblent le corroborer). Merci d'avoir mis en évidence l'interprétation abusive et véloce de l'évènement par l'ensemble des médias, sur la foi des "impressions de BB". Merci enfin d'avoir récolté autant de témoignages divers, issus de personnes différemment concernées par l'action militante, qui font apparaitre en zone de consensus, une manifestation ordinaire d'opposition politique sans violence.
Je considère pour ma part que l'action conjointe des organisations envers Barbara Butch était imprudente. Imprudente car BB est déjà harcelée de toutes part (ce qui favorise notre empathie à son encontre), car ce type d'évènements est inmaîtrisable, car le passé a montré qu'LFI sort toujours meurtri (par l'ensemble des médias) de ce type d'évènement, ce dont LFI n'a pas besoin en ce moment. De plus, le bénéfice attendu de ce type d'action est assez faible à mon avis.
Sur Twitter, l'avocat Rafik Chekkat se scandalise d'un portrait à charge de Allan Brunon fait par Médiapart, dans un article qui débute ainsi :
Le comportement de l’élu isérois, coorganisateur du boycott de la DJ Barbara Butch, fait l’objet de plusieurs signalements internes. En cause : une attitude jugée « autoritaire » et des propos « sexistes et homophobes ». Lui dénonce une « cabale » menée par des opposants de l’intérieur.
Les abonnés pourront lire la suite.
Et donc, tandis que Médiapart enquête sur ce douteux personnage, @si recueille et avalise son témoignage.
« Dans les jours suivant le concert, Mediapart et Le Parisien ont fait état, sur la base d’un rapport policier et d’une vidéo fournie par les équipes de l’artiste, de plusieurs projectiles (bouteilles d’eau et bouteilles en verre) lancés sur la scène pendant le set de Barbara Butch et l’intervention d’Alexis Monge » (je souligne). Ne parlons pas du Parisien, propriété du milliardaire Bernard Arnault, un tel récit tronqué est dans l’ordre des choses — le mot « ordre » lui convenant très bien, à tous égards. Mais Mediapart ? Sur « la base d’un récit policier » et d’une « vidéo fournie par les équipes de l’artiste » ? Dans cette affaire, le récit policier devient crédible curieusement, alors qu’on le dénonce à longueur de colonnes habituellement ? Que sont devenus, ici, les mantras de Mediapart : les faits, rien que les faits ? le contradictoire ? On est, donc, en droit de se demander quel est l’agenda caché qu’ont ce journal et, particulièrement, E. Plenel, (re)devenu le chantre du « ressenti », primant sur les faits ? Vos trois articles, au-delà de la qualité de l’enquête qui y est menée, sont une véritable leçon de journalisme qui va à rebours d’un journalisme embarqué, qui n’est pas sans rappeler « une grande catapulte mise en mouvement par de petites haines » (Balzac). Merci à vous de vous en démarquer avec une telle exigence, au bénéfice de vos lectrices et lecteurs.
Merci pour ce travail de VRAI JOURNALISME, Élodie Safaris. Si tous les éditocrates, commentateurs, présentateurs de plateaux et journaux pouvaient vous arriver seulement à la cheville, avant de blablater ici et là…!
Très bonne enquête d’Élodie Safaris, qu'aucun média mainstream ne fera et surtout pas celui d'Edwy Plenel. À partager partout car il ne faut pas compter sur lesdits médias pour la reprendre..
Merci pour ce travail salutaire !
Intéressant, merci pour le (gros) boulot abattu pour ces trois articles.... (vraiment, c'est pas une pirouette).
Ceci étant, en réalité, ça apporte pas tant d'infos que ça sur cette action. Quoiqu'en fait, si, bien sur, pour tous.es celles et ceux qui n'ont jamais vécu ou organisé une action de bordélisation de ce genre.
Il y a pas mal de contraintes, l'air de rien, et, là, avec toutes les limites et contraintes liées au réel, sur un "cible" touchy. Notamment: combien de gens.es au so pour cadrer les personnes alcoolisées.es ? Comment se gère la com' post-action ? -et, là, faut avouer que l'ampleur de la shitstorm était difficilement prévisible, même avec le creux informationnel de juillet qui facilite les choses. Dans le groupe organisateur, qui a organisé les prises de vues et la com' externe?
N'empêche, malgré tout, à la fin, politiquement, c'est raté, leur action. C'est une victoire tactique, et une défaite stratégique. Ca arrive, faut la faire oublier avec, par exemple, des choses carréessur les autres rdv public des soutiens de poids de la loi Yadan/aux extremistes de droite au pouvoir en Israel/Palestine. (Blanquer organise un truc, fin aout, par exemple, Cazeneuve, potentiellement aussi). Ca va causer, aux Amfis, clairement...
Excellent triptyque. Il faut le rendre gratuit et le partager au maximum.
Les médias mentent, ça on le savait déjà, mais nous avons maintenant la preuve que les médias mainstream qui se disent de gauche sont donc contre la gauche.
C'est le cas du Monde, de Libé évidemment, mais aussi de Médiapart et particulièrement d'Edwy Plenel.
Nous avons la preuve qu'ils sont capables de mentir sciemment pour satisfaire leur agenda politique anti-LFI, la seule force politique aujourd'hui qui veut nous faire sortir de cette 5e République non-démocratique, la seule force politique capable de faire élire des maires comme Bally Bagayoko, la seule force politique qui tient tête aux médias, qui ne se fait pas imposer son vocabulaire, et qui fait entendre la voix de la France contre le génocide des Palestiniens.
Maintenant, il faut en tirer les conséquences : s'engager pour 2027, s'engager pour que LFI (car c'est la seule force de gauche en capacité de le faire) soit en mesure de gagner contre le RN au 2nd tour, et s'engager pour que LFI nous corresponde au maximum, à toutes et à tous.
Le combat va être long.
Merci beaucoup Élodie pour cette série qui remet les pendules à l'heure (pour ceux qui la liront).
Le mal est malheureusement déjà fait et la visibilité de ces articles restera minime.
A lire vos articles qui démontent totalement le narratif repris jusqu'à médiapart sur cette pitoyable affaire, j'ai vraiment de la HAINE - cépabien je sais - pour de nombreux journalistes et médias - pas médiapart qui fait globalement le taff - sans compter les "camarades" de gauche toujours prompts à hurler avec la meute - une mention pour Piolle qui remet une pièce dans la machine mais "c'est parce qu'il aime bien Jean-Luc" (et qu'il avait perdu son 06, sûrement... )
Et pendant ce temps, les horreurs du RN et du pouvoir passent inaperçues... Ne parlons évidemment pas du géno... pardon, de la "trêve" à Gaza.
Merci ASI.
Je m'inquiète énormément pour l' infernal traumatisme moral subi par Barbara.
Et, j'ai noté, par ailleurs que 152 Palestiniens avaient été tués en Juillet 2026 selon le Ministère de la Santé de Gaza, dont 21 enfants.
Merci pour cette série d'articles qui rappelle la difficulté de faire l'histoire et la facilité à manipuler dans l'immédiat .
Merci Élodie pour ce trio d'articles très complets.
Grand merci pour ces témoignages qui remettent les choses à l'endroit . Une tempête dans un verre d'eau.
Tous les mainstream à l'unisson pour taper sur LFI sur la base de gros mensonges. Le pire , mediapart et plenel qui en ont profité pour assouvir leur haine de Melenchon . Sans oublier la famille Ruffin, Autain et la limace Hollande.
Le travail que vous avez du effectuer, l'energie depensée simplement pour rétablir la vérité.
A voir l'écho résiduel que cette affaire laissera Ça rappelle beaucoup les mensonges après la mort de Q Deranque, qui a eu même droit à une minute de silence à l'assemblée nationale.
Puisse cet article avoir le même retentissement que la cabale organisée par les droitards
Merci d'avoir fait le travail.
"Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose"
Si j'ai bien compris, les médias mentent. Ce n'est pas bien . Que faut-il faire pour que les journalistes arrêtent de mentir ?