Le Pen et Hanouna, la ballade des gens heureux
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Le Pen et Hanouna, la ballade des gens heureux

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Sympa, bosseuse, voire modérée, "Marine" a passé "un moment très plaisant". Nous, un peu moins. Imaginez une émission de 2 h 30 avec Le Pen, Hanouna et certains contradicteurs tellement à droite qu'elle passerait pour une centriste. Ouch. C'était mercredi 16 mars sur C8 dans le troisième numéro de "Face à Baba". Le Pen sur Zemmour TV ? Cela faisait des mois qu'elle refusait l'invitation de peur de tomber dans un traquenard. On peut la rassurer, ça s'est très bien passé. "Elle était lumineuse", a même commenté le lendemain une chroniqueuse de C8 au cours d'un débrief qui ressemblait à un bureau politique du RN. Si vous n'avez pas prévu de regarder le replay de cette émission en famille (pour des raisons qui nous échappent), en voici un résumé objectif. Aussi objectif que le dispositif de l'émission.

Générique !

"Notre vieille Terre est une étoile. Où toi aussi tu brilles un peu."

"Je viens te chanter la ballaaaaaadee. La ballade des gens heureux."

À toi "Marine" :

"Je viens te chanter la ballaaaaaadee. La ballade des gens heureux."

Allez tous ensemble, montez le son :

Des gens heureux, il y en avait sur C8 ce soir-là.

Elle hésitait à venir ? On aurait pu lui conseiller d'y aller plus tôt. Dès mai 2021, on constatait que c'était open bar pour l'extrême droite dans TPMP.

Ce mercredi 16 mars, c'était donc open bar au carré. Un mix entre une émission de débats, de confessions et une soirée karaoké. Oui, car pour être tout à fait précis, "Marine" n'aime pas seulement Gérard Lenorman. 

Elle aime beaucoup Dalida…

Sylvie Vartan…

France Gall…

Ou encore Barbara…

"C'est vrai que vous chantez, mais vous dansez aussi, note Hanouna pendant la soirée. Moi, je vous ai vue danser, vous avez un pas exceptionnel."

C'est important de rappeler la carrière de l'artiste. Pour ceux qui aimeraient la connaître davantage (et qui ont raté notre dernière chronique sur Berdah-Le Pen, ou l'interview-canapé de Le Pen par Le Marchand en novembre 2021), Hanouna a posé toutes les questions, sans tabou. En insistant par exemple…

Sur sa santé : "En 2017, on vous a sentie à la fin de la campagne, fatiguée. Pour cette campagne-là, je vous sens beaucoup plus en forme."

Sur son papa : "Vous en êtes où avec votre papa ? […] Est-ce que vous pensez que si vous êtes présidente de la République, il sera heureux ?"

Sur sa vie, pas facile facile : "Vous avez quand même une histoire incroyable. Vous avez huit ans quand un attentat a dévasté un appartement familial. Votre maman a disparu du domicile familial du jour au lendemain quand vous aviez seize ans. […] Vous avez traversé ce que très peu de gens traversent. Est-ce que c'est ça aussi qui vous fait tenir et qui fait qu'on a l'impression que vous avez un mental d'acier."

Sur sa vie sentimentale : "Je me suis intéressé à vous en préparant l'émission, et c'est vrai que vous n'avez pas de premier homme si vous êtes élue. Ca fait trois ans que vous dites que vous cherchez l'amour. […] Vous serez seule à l'Élysée. Ça va être grand quand même, toute seule là-bas ?"

Pour bien cerner la personnalité si méconnue de la candidate, Hanouna a invité David Rachline, "son meilleur ami" pour qu'il "nous raconte tout". C'est écrit sur le bandeau.

"C'est une femme qui a beaucoup de qualités, explique le maire RN de Fréjus. Le courage, la pugnacité, l'honnêteté." Oui, l'honnêteté. "Avec les années, avec le temps qui est passé, j'ai vraiment découvert quelqu'un d'une honnêteté qui est tout à fait incroyable et je crois que c'est une qualité essentielle quand on veut avoir des responsabilités publiques" (fermez les yeux, ne cliquez pas là, ni là).

"C'est vraiment une amie ?", lui demande alors Hanouna qui a visiblement un doute face à la faiblesse de ces éloges. "C'est des séquences importantes pour les téléspectateurs, je veux vraiment qu'on soit dans l'intimité, insiste l'animateur, c'est vraiment une amie ? Ça veut dire, quand vous avez un souci, autre que professionnel, vous pouvez l'appeler ? […] Même un souci de cœur, vous l'appelez ? Elle vous a donné de bons conseils ?"

"Elle a une expérience, une solidité", poursuit Rachline, qui finit par s'adresser directement à "Marine", sur l'insistance de Hanouna : "J'ai peu l'occasion de te dire que je suis extrêmement fier de travailler à tes côtés." Et l'animateur d'enchaîner : "Il va me la faire chialer le con. Non mais c'est vrai. Marine, vous êtes émotive hein ?"

Face à Baba, c'est un zapping-karaoké, des confessions, beaucoup d'émotions, mais aussi des débats. Oui, on vous rappelle qu'il y a une élection dans trois semaines.

Droite extrême contre extrême droite

Comme on est sur Bolloré TV, les débats sur l'immigration et sur l'islam ont eu une place de choix, et sur les huit débatteurs qui se sont succédé, six étaient de droite ou d'extrême droite. Qui sont les deux intrus ? Yannick Jadot (qui a tordu le conducteur en zappant en grande partie le débat sur la chasse pour parler de la Russie et de politique énergétique) et un économiste venu débattre du programme économique de la candidate (mais à 23 h 50, faut par exagérer non plus).

Face aux six débatteurs de droite et d'extrême droite, Le Pen est apparue modérée. Sur le plan économique par exemple, face à Charles Consigny, ex-polémiste de Ruquier et porte-parole de Valérie Pécresse, qui défendait la retraite à 64 ans ("Il n'est pas en danger le système de retraite", lui a rétorqué Le Pen) et les 200 000 suppressions de postes de fonctionnaires promises par Pécresse (Le Pen penche plutôt pour des revalorisations et certains recrutements).

Mais c'est face à Jean Messiha que Le Pen light s'est régalée au cours d'un débat qui a duré 25 minutes (en ressenti, c'était beaucoup plus long). 

Messiha ? Un ex-FN (Le Pen et lui se sont tutoyés pendant le débat), habitué des plateaux de TPMP et aujourd'hui porte-parole de Zemmour. Dans Face à Baba, il a parfaitement tenu le rôle de l'extrémiste xénophobe obsédé par les musulmans. L'islam ne serait pas compatible avec la République ? Sur le plateau, il a lu en arabe un verset du Coran qui le démontrerait…

Marine Le Pen n'en demandait pas tant : "Vous vous faites plaisir en lançant des anathèmes qui peuvent blesser des Français de confession musulmane, permets-moi de te le dire. Et ça ne sert à rien."

Après la lecture du Coran, Messiha a attaqué Le Pen sur le voile (qu'elle veut pourtant interdire dans l'espace public) parce qu'elle a fait… un selfie avec une jeune femme voilée. Une photo que l'équipe de Hanouna a mis très exactement 14 secondes à afficher (les documentalistes de Hanouna avaient bien bossé en amont).

Pour Messiha, Le Pen n'aurait pas dû faire ce selfie. Du caviar pour la candidate modérée : "Mais que dois-je faire Jean ? Je vais te faire comprendre l'humanité. Tu veux que je te dise, je vais te faire comprendre la différence entre lutter contre l'immigration et lutter contre les immigrés, ce que vous voulez faire. Je vais te faire comprendre la différence entre lutter contre l'islamisme et s'attaquer à des jeunes filles qui ne devaient pas avoir plus de quinze ans et qui voulaient faire une photo avec moi. Qu'est-ce que tu aurais fait toi ? Tu lui aurais arraché son voile ? Tu l'aurais maltraitée ? Tu l'aurais rejetée ?" Et Le Pen d'enfoncer le clou : "Je trouve que c'est très intéressant ce débat, parce que ça révèle une partie du projet d'Éric Zemmour, une partie de sa brutalité, une partie de sa dureté qui est juste inutile". À la différence de Le Pen et ses amis bisounours.

Ce soir-là, ce sont donc 1,3 millions de téléspectateurs qui ont  assisté, non pas à la dédiabolisation du RN (ses idées sont désormais partout), mais plutôt au stade d'après, qu'on pourrait appeler la désextrêmedroitisation de Le Pen. Une candidate modérée, apaisée, pragmatique, face à l'extrémisme de Zemmour.

En 2 h 30, c'est pas mal. Mais pas suffisant a priori. Hanouna en a remis une couche le lendemain avec ses chroniqueurs. 

Près de 30 minutes de débrief' avec en invité, devinez qui

Mais aussi Jean Messiha, qui nous avait manqué depuis la veille…

Un débrief ponctué par quelques extraits de l'émission avec des incrustations qui ne cachaient pas la bonne ambiance…

L'occasion pour les chroniqueurs de reconnaître qu'ils ont été bluffés par Hanouna ("Vous avez été excellent", "Vous étiez vraiment parfait") mais surtout par la candidate. "C'était une masterclass, je ne partage pas ses idées, je n'ai jamais voté pour elle, mais je trouve qu'elle a été extraordinaire, de bout en bout" (Géraldine Maillet), "Elle connaissait ses dossiers" (Isabelle Morini-Bosc), "Elle était très sûre d'elle" (Matthieu Delormeau), "Elle était à l'aise" (Raymond Aabou). 

Hanouna est du même avis : "Elle a progressé, c'est incroyable, en cinq ans." Progressé jusqu'à quel point ?

Mais c'est l'ex-miss France, Delphine Wespiser, dont le bulletin est déjà prêt pour le 10 avril, qui a été la plus conquise  : "Ça fait des années qu'il y a un genre de plafond de verre mais aujourd'hui, il y a eu une transformation. Je trouve qu'elle était lumineuse." 

Bon bah, y'a plus qu'à voter !

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