Des histoires de masques
Le médiateur
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Des histoires de masques

Sur le plateau d’Arrêt sur images, journalistes et invités sont souvent masqués… mais pas toujours. Nous avons utilisé des masques transparents, floqués de notre logo, ou chirurgicaux. Pourquoi ? Et d’ailleurs, comment fait-on dans la rédaction ?

C’est sans doute le sujet faisant l’objet du plus grand nombre de questions et de remarques depuis septembre, avec des interpellations et des remarques de nos abonnés dans les commentaires sous plusieurs émissions : quelle est notre pratique en matière de port du masque ? La réponse commence en mars 2020. La rédaction d’ASI a instantanément basculé dans un télétravail presque total, y compris pour nos émissions, réalisées sans contact physique entre présentateur et invités. En juin, la baisse de la circulation du virus et le déconfinement ont apporté une plus grande souplesse : les émissions de notre série d’été ont ainsi été filmées jusqu’à la mi-juillet sur le plateau, sans masques, tandis qu’au sein de la rédaction, l’équipe technique reprenait ses marques les jours où la présence de ses membres était nécessaire, par exemple les vendredis de tournage.

Médiateur : une chronique mensuelle

Annoncée le 3 février, cette chronique du médiateur s’efforcera de suivre un rythme mensuel. Elle est dédiée à répondre à quelques-unes des nombreuses questions que vous nous posez, ou remarques que vous nous faites dans les espaces de commentaires, et qui concernent le fonctionnement d’ASI.

Une rentrée masquée, et quelques essais

L’émission de rentrée, le 28 août, était consacrée... aux masques. Lors de celle-ci, l’un des deux épidémiologistes invités nous a indiqué sans détour l’importance d’être masqués en plateau, sur lequel il a expliqué en détail les caractéristiques de l’aérosolisation du Covid-19 : "Ça nous engage", indiquait en réponse Daniel Schneidermann. Cette première devant donc être suivie de nombreuses autres, nous avons fait un essai avec des masques floqués de notre logo. "Il s’est avéré que ces masques étaient une catastrophe pour la voix, et qu’on perdait beaucoup dans l’expression du visage", se souvient-il aujourd'hui. Vos commentaires se répartissent rapidement entre ceux qui protestent contre l’usage du masque, ceux qui déplorent les voix étouffées par le masque en tissu, et les plus nombreux, qui pointent la difficulté pour les malentendants de suivre l’émission, faute de pouvoir lire sur les lèvres.

Le sous-titrage des émissions étant exclu pour cause de coût, nous nous sommes mis en quête de masques transparents. L’entreprise Masque inclusif, débordée par les commandes, n’a pu nous livrer quelques masques qu’après plusieurs semaines. Ceux-ci ont été utilisés à partir du 25 septembre, sans nous satisfaire vraiment. "Ils avaient une fâcheuse tendance à descendre sur le visage, et ne remplissaient pas totalement leur fonction de dévoiler la bouche pour permettre de mieux suivre", poursuit notre présentateur. "On avait eu des commentaires de personnes malentendantes nous disant à quel point c’était bien, mais c’était physiquement très désagréable, compressant le nez et tombant sans cesse, tandis qu’à l’image, ça avait un effet comique involontaire", ajoute notre rédactrice en chef (et co-présentatrice) Emmanuelle Walter. Nous sommes donc revenus, après quelques semaines, au masque chirurgical sur le plateau.

Démasqués… enfin, presque

A partir du 13 octobre, vous avez pu revoir nos visages lors de certaines émissions. Selon quels principes ? Au début, seules les émissions où deux personnes se faisaient face autour de la table étaient concernées, avant que des règles, fixées en décembre par Daniel et Emmanuelle, n’élargissent la jauge. "Compte tenu des dimensions du plateau, jusqu’à trois participants, nous pouvons la jouer sans masques parce que les distances sont respectées, et à partir de quatre participants, nous sommes masqués", explique le premier. "Étant entendu qu’on donne toujours le choix à nos invités en leur disant : si vous voulez que ce soit masqué, venez masqué, et tout le monde se masque." Ainsi, le 15 janvier, nous avons parlé du journalisme en sources ouvertes sur un plateau où tout le monde était masqué.

Cela explique que les participants aux émissions portent ou non des masques, sans que la logique n’en ait été forcément perceptible. Mais quid de l’aérosolisation, dont nous savons, depuis l’émission de rentrée, qu’elle peut porter le virus bien au-delà des distances recommandées par le gouvernement, y compris dans un espace vaste mais clos tel que notre plateau ? Le principe adopté n’est pas idéal sur le plan sanitaire, reconnaissent rédactrice en chef et directeur de publication. La logique désormais suivie est celle d’une vie avec le virus pendant un temps indéterminé, plutôt que des restrictions temporaires : chacun est donc amené à exercer une responsabilité individuelle, dans un cadre où des émissions démasquées sont plus agréables à regarder, par exemple celle du 12 février sur la série "En thérapie". Mais un seul invité qui viendrait masqué nous engagerait automatiquement à masquer tous les autres participants.

Le télétravail comme règle

Comment travaille-t-on chez ASI hors des tournages d’émissions ? Le télétravail est resté la règle pour les journalistes jusqu’à la fin 2020, tandis que l’équipe technique et notre documentaliste sont présents dans les locaux entre deux et trois jours par semaine. Compte tenu d’une copieuse hauteur sous plafond et d’une aération régulière, le masque n’a pas été rendu obligatoire lorsque nous sommes à nos bureaux, celui-ci l’étant seulement si nous nous déplaçons ou travaillons en commun. Le modèle suivi par Emmanuelle a été celui d'autres rédactions telles que celles de l'Obs ou de Télérama.

Les repas sont pris le plus souvent au bureau de chacun, et beaucoup plus rarement autour d’une petite table au milieu de la rédaction. Avec une exception majeure lorsque nous nous sommes retrouvés au complet à la rédaction en janvier, pour la première fois depuis plusieurs mois, avec un repas pris autour de la table du studio en janvier. Daniel nous a signalé la dangerosité de la situation, et a choisi lui-même de déjeuner dans son bureau (saine précaution).

Aujourd’hui, il est proposé de nous réunir au complet tous les jeudis, du moins pour ceux qui le souhaitent. "J’avais cette frustration qu’on ne se voie plus, elle a d’ailleurs été exprimée vivement par l’équipe technique, vis-à-vis de l’ambiance de travail mais aussi des difficultés à transmettre et échanger des connaissances", pointe Emmanuelle Walter. "Une journée par semaine nous a semblé raisonnable." Là encore, sans obligation. 

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