"Uber files" : Bouzou et les autres
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"Uber files" : Bouzou et les autres

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Quelle surprise ! L'omniprésent Nicolas Bouzou, habitué de tous les plateaux et de tous les journaux de droite, a donc été rémunéré 10 000 euros par Uber, pour défendre les intérêts de la compagnie, dans son entrée en force sur le marché français. Publiée en 2016, une étude signée Bouzou assurait qu'avec une législation plus souple, Uber pourrait créer 100 000 emplois en France. Selon le Monde, la prestation incluait aussi un service après-vente auprès de la presse et des parlementaires, ce que dément Bouzou.

C'est un des scoops des "Uber files", que publient en France, parmi un consortium international de médias, le Monde et Radio France (l'essentiel des révélations concerne le rôle du ministre de l'Économie de l'époque, un certain Emmanuel Macron, réélu voici deux mois, dans la regrettable ignorance de ces éléments). Bouzou n'est pas le seul à avoir monnayé son influence en faveur de la plateforme de VTC. Uber a payé dix fois plus cher (100 000 euros, donc) les économistes Augustin Landais et David Thesmar, pour une étude sur ses chauffeurs et leurs clients. Mais dans le cas de ces derniers, cette rémunération était déjà publique dès la publication de l'étude (même si le montant n'avait alors pas été dévoilé, Landais assurant seulement qu'elle se situait "dans la fourchette traditionnelle des études de consulting").

Nicolas Bouzou, dont le Figaro, dans un portrait sympathique, notait que "sur les ondes, il peut parler fiscalité, chômage, transports, nouvelles technologies. Mais peut aussi tenir une conférence sur les professions comptables, livrer une étude sur les VTC ou sur l'économie de la santé", n'est pas un inconnu pour nous, à Arrêt sur images. L'an dernier encore, nous pointions dans une enquête son rôle essentiel de lobbyiste pourfendant les mesures climatiques préconisées par la convention citoyenne, en mentionnant notamment ses liens avec le lobby aérien. 

Nous pourrions refaire le même article aujourd'hui, à propos de son rôle dans la dernière séquence législative et présidentielle, autour de cette belle formule, dont le Figaro avait fait un titre : "Mélenchon ne comprend pas l'économie." En représailles, le candidat l'avait moqué dans plusieurs meetings.

L'argent finance les défenseurs des privilèges de l'argent. L'argent finance des journaux entiers. L'argent, imaginez-vous, finance même parfois des articles dans les journaux les plus honorables, ceux qui dénoncent par ailleurs les économistes stipendiés. Tout ceci se déverse dans les médias privés, et ruisselle dans les médias publics, qui ne sauraient être en retard sur leurs concurrents. Rien de neuf, depuis l'époque de "l'abominable vénalité de la presse française", sinon l'identité des corrupteurs. Travaillant sur les années 1930 et leur presse alors tout aussi stipendiée par Berlin ou Moscou, je me demande souvent comment cette presse parvenait à être crédible aux yeux du public, qui avait tous les moyens de connaître ses financements, s'il le souhaitait. Il suffit de nous regarder dans un miroir.


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