Trappes : l'impossible réfutation
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Trappes : l'impossible réfutation

Il a fallu plusieurs jours, mais c'est fait : un journal a contre-enquêté auprès des autorités locales de Trappes et des Yvelines, après plusieurs jours de médiatisation du professeur de philo Didier Lemaire, qui s'est déclaré sur tous les plateaux menacé par les islamistes (voir le Matinaute d'hier). Le Monde a enquêté auprès des autorités de Trappes (rectorat, préfecture, mairie). Réaction unanime : la stupeur. "« Le professeur n’a jamais fait mention d’aucun incident le concernant », souligne-t-on" [au rectorat ? NDR] Le préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot, se dit "inquiet" des "outrances et de certaines inexactitudes" du professeur qui se montre "irresponsable" et "met de l’huile sur le feu". "Jusqu’à présent pourtant, ajoute Louise Couvelaire, du Monde, M. Lemaire, de son propre aveu (notamment face aux enquêteurs), n’avait jamais fait l’objet de menaces, ni de mort ni d’aucune sorte, ni de la part d’élèves, ni des habitants de Trappes, ni de ses collègues, ni sur Internet". Didier Lemaire, qui court les plateaux de télévision depuis plusieurs jours, a refusé de parler au Monde.

La rapide enquête de Louise Couvelaire ne fait pas l'impasse sur les progrès du djihadisme à Trappes. "Ces derniers mois, plusieurs commerces en lien avec des circuits de financement du djihad – une auto-école, un magasin de réparation de matériel hi-fi… – ont fait l’objet de fermetures ou de procédures de redressement financier". Mais ce n'est pas assez pour convaincre ses lecteurs. Du moins ceux qui s'expriment dans les commentaires sous l'article, et dont la majorité accusent le journal de déni de la gravité de la situation. "Voila ce qui arrive quand on ose dénoncer une situation «préoccupante» qui vous vaut une surveillance discrète autour de votre domicile ( quand même !) et que vous acceptez de vous ouvrir de votre expérience assez clairement sur l'antenne du diable (Pascal Praud), c'est la mobilisation générale des responsables administratifs et du journal de référence contre ce professeur". "De toutes façons, les Vrais Français savent depuis un moment ce qui se passe dans leur pays." "On dirait un genre de #metoo sauf que là on a le droit d'en mettre plein la figure à la personne qui dénonce." "Ça fait trente ans que les autorités qui nous aiment nous disent que tout va bien et qu'il ne faut surtout pas « compliquer » des situations « délicates »".  

Aucune de ces réactions n'émane apparemment d'un habitant de Trappes, qui mettrait factuellement en doute l'enquête du journal. Mais cette enquête est décrétée, à l'avance, nulle et non avenue, par ses abonnés eux-mêmes (la lecture de l'article et les contributions au forum sont réservés aux abonnés). L'article et ses réactions ne disent peut-être pas grand-chose du djihadisme à Trappes, mais beaucoup sur l'impuissance de toute version émanant d'autorités, face au récit des chaînes d'info bollo-zemmourisées qui ont accueilli le prof de philo.

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