Trappes : la preuve par le coiffeur
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Trappes : la preuve par le coiffeur

Le maire de Trappes est dans la rue. Ali Rabeh (Génération.s) répond en duplex à Morandini, sur CNews. Depuis la veille, un professeur de philo de cette ville des Yvelines, Didier Lemaire, dénonce sur toutes les chaines d'info zemmourisées l'enfer séparatiste de Trappes. Signe parmi d'autres de cet enfer, selon Lemaire : "Il n"y a pas un seul coiffeur mixte à Trappes". Classique.

Donc, le maire répond à Lemaire. "Nous sommes ici place du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame" glisse Rabeh, mine de rien (manière déjà de dire qu'on ne se trouve pas dans l'enfer séparatiste décrit, puisque la municipalité a honoré la mémoire de la victime de l'attaque terroriste de Trèbes). "Et je ne sais pas si la caméra peut se tourner, mais on est à cinquante mètres du lycée de la plaine de Neauphle, où enseigne M. Lemaire." Là, on comprend que le récit bolloréen, pour une fois, a peut-être trouvé plus fort que lui. Mais ce n'est pas tout.

Le maire se trouve devant un salon de coiffure. Un salon mixte. Morandini, sceptique : "Il y a écrit coiffeur mixte, mais est-ce que les hommes et les femmes y vont ?" Rabeh : "On va entrer". Morandini : "Allons-y, rentrons chez le coiffeur, c'était pas du tout prévu". Le maire, à la coiffeuse : "Madame, vous êtes coiffeur à Trappes, je voulais savoir si vous êtes un coiffeur mixte, ou réservé aux hommes, ou réservé aux femmes". Mais la coiffeuse est masquée, et le micro trop éloigné. La confirmation est inaudible. Elle s'approche : "Vous êtes dans un salon mixte". "Donc tout le monde peut venir." "Tout à fait". C'est bon. C'est dans la boîte. Morandini, concédant sportivement la victoire à l'adversaire : "Bravo Monsieur le maire"La séquence est mise en ligne par un site important de la fachosphère, mais vous n'êtes pas obligés de cliquer.

Mais le match n'est pas plié pour autant. En fait, il n'est jamais plié. Il y a toujours un match dans le match. "J'aimerais vérifier cette mixité lorsque les caméras ne sont pas là" maugrée un eurodéputé RN, qui se trouve par hasard sur le plateau de Morandini. Lequel eurodéputé, qui a lu ses fiches, sort une autre botte : l'élection municipale de Trappes vient d'être annulée par le tribunal administratif (Ali Rabeh avait distribué pendant la campagne, au nom d'une association caritative dont il est président-fondateur, des masques aux habitants, sous une pochette plastique incluant aussi sa photo). "J'ai fait appel, réplique Rabeh, et en attendant, je suis toujours maire de Trappes". Cette fois, c'est tout ? Pas encore. Il y a enfin l'affaire Schiappa : une sombre affaire de bar soi-disant interdit aux femmes (manière PMU de Sevran) dans lequel Marlène Schiappa n'aurait pu pénétrer, épisode contre-enquêté par la suite par l'édition des Yvelines du Parisien.

En une séquence de quatorze minutes, le concentré d'une inextinguible lutte de récits. Et le sentiment d'assister, pour une fois un affrontement à armes égales, même si elles sont... également déloyales (le prof en rajoute, et le sondage-express dans le salon de coiffure ne constitue pas la preuve ultime que l'on y coiffe, effectivement, des hommes et des femmes). Il faut néanmoins écouter cet échange pour voir comment on peut, efficacement, factuellement, remporter des victoires d'étape, -et même chez Morandini !- contre le récit zemmourisé. De vaines victoires d'étape peut-être, mais des victoires d'étape.


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