Magnanville, fake news officielle
chronique

Magnanville, fake news officielle

Et revoici, une fois de plus, le double-assassinat de Magnanville ! Comment le terroriste Larossi Abballa s'est-il procuré les adresses du couple de policiers, Jessica Schneider et Jean-Baptiste Salvaing, qu'il a assassinés chez eux en juin 2016 ? Accusation frontale, intra-police, ce matin sur France Culture : selon un syndicaliste CGT, Anthony Caillé, c'est "un syndicat de police, un de ceux qui ont commandé au gouvernement le fameux article 24", qui a perdu une clé USB où se trouvaient les coordonnées des deux policiers assassinés. 

Qu'en est-il vraiment ? A l'époque, l'enquête avait établi qu'une clé USB, portant noms et adresses de 2626 agents du renseignement, avait été découverte sur l'ordinateur d'une jeune femme fichée S,  Mina B., amie de la fille d'une policière, déléguée départementale des Yvelines du syndicat Alliance (déléguée qui fut placée en garde à vue). Mina B. était en relations avec une jeune radicalisée, Sana 0., privée de son passeport après avoir deux fois tenté de rejoindre la Syrie. D'où venait ce fichier ? Il avait été distribué par l'administration aux syndicats de police. Toutefois, selon Le Point de l'époque, les noms des deux policiers assassinés ne figuraient pas dans la liste. Et cette piste n'était pas la seule : selon Le Monde, les policiers en poste au commissariat des Mureaux étaient fréquemment photographiés depuis la mosquée voisine. Dans les deux hypothèses, on est loin des situations visées par l'article 24.

Mais peu importent ces détails. L'exemple de Magnanville ressort imperturbablement, dans l'argumentaire des syndicats de police -dont Alliance- commanditaires de l'article 24. Et on peut s'attendre à le voir ressortir encore, dans les passionnants débats sur la "réécriture totale" de cet article (dernière trouvaille constitutionnellement hardie du pouvoir, pour se sortir de la nasse). On reconnait une fake news à ce qu'elle est assez puissante pour résister à tous les fact-checkings. Et elles ne naissent pas toutes sur d'obscurs sites conspirationnistes.

Cela me rappelle l'histoire du bar PMU de Sevran. Vous vous souvenez ? Le bar prétendûment "interdit aux femmes", selon un reportage de France 2. Cette fausse information a été démentie. Et re-démentie. Il n'y avait pas moins de femmes dans le PMU de Sevran que dans un PMU de Vierzon, de Vesoul ou de Honfleur. Ou du XVIe arrondissement, les PMU étant assez uniformément habitués à une clientèle plus masculine. C'est ainsi, le PMU, c'est genré. A Sevran comme ailleurs.

Nous avions, ici, poussé le souci de la contre-enquête jusqu'à aller enregistrer notre émission de la semaine dans le fameux PMU de Sevran. Où nous avions rencontré, et interviewé, de vraies femmes. Si si ! Il faut bien reconnaître que nous n'avons pas réussi à crever l'increvable bobard. Mais il ne faut jamais renoncer. Et puisque nous sommes le 1er décembre, premier jour du calendrier de l'Avent, nous vous offrons cette  émission. Comme chaque matin jusqu'au 25, nous vous offrirons une de nos plus mémorables émissions. Don, contre-don : notre campagne de dons 2020 est ouverte. Abonnés ou non, ce sont vos dons qui nous aident à maintenir nos tarifs d'abonnement à un niveau plus que raisonnable, et à rester accessibles au plus grand nombre. Dégustez avec modération, mais donnez sans modération !

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