Mélenchon, brute encagée
Le matinaute
Le matinaute
chronique

Mélenchon, brute encagée

En Mélenchon, coexistaient jusqu'à présent le bon client

assurant le spectacle sur les plateaux, et le militant, visant à faire turbuler le système. Les deux étaient indémêlables. Chabot envoyée au diable, Pujadas "larbinisé", c'était révolutionnaire et jubilatoire. La révolution était spectacle, le spectacle était révolution, on était à la noce. Et puis voilà Mélenchon chez Drucker, pour montrer, explique-t-il, qu'il n'est pas "la brute" qu'on prétend.

Alors ? Spectacle étrange. Après son passage, le canapé rouge est toujours debout. Mais c'est l'image de Mélenchon, qui s'est brouillée. Ne reste de la rencontre que le souvenir désagréable d'une brute encagée, aux soubresauts presque comiques. Sketch : Sérillon reproche à Mélenchon l'absence, dans son livre, de toute référence aux droits de l'homme en Chine. "Pas du tout !" rétorque Mélenchon, qui chausse ses grosses lunettes de grand méchant loup, et empoigne le livre, prêt à croquer tout cru le journaliste à travers les barreaux. Des problèmes de droits de l'homme en Chine ? On va voir ce qu'on va voir. "A la différence d'autres, c'est moi qui écris mes livres". Il cherche le passage. Ne le trouve pas. Et empoigne en guise de bouée une dénonciation vindicative du Grand Satan américain, sous le regard goguenard de Sérillon, qui savoure sa victoire. Coup de grâce: quelques minutes plus tard, Ruquier déboule sur le plateau. Rires. "Ce n'est pas bien, d'avoir coupé au montage le moment où Mélenchon trouve le passage sur les droits de l'homme" lance l'amuseur (professionnel). Rires encore, aux dépens de l'encagé.

Comment expliquer l'atterrement d'un fan du Mélenchon première manière ? Peut-être par le franchissement de cette frontière entre ceux qui acceptent d'aller chez Drucker (entendez : réclament leur part d'amour), et ceux qui s'obstinent à laisser l'amour hors des plateaux de débat et des salles de meeting. Consentir à la nécessité supérieure de l'amour, donc à l'incontournabilité de Drucker, c'est consentir d'avance à l'Europe-telle-qu'elle-est, aux délocalisations parce-qu'on-n'a-pas-le-choix, aux bonus des banquiers parce-qu'ils-sont-moins-élevés-que-ceux-des-Américains, aux diners du Siècle parce que pourquoi pas ? à tout le cortège d'impératifs supérieurs inéluctables. S'efforçant de se dépouiller de sa défroque de brute, comment Mélenchon "foutra-t-il la trouille" aux traders et aux évadés fiscaux ? "Faire de la politique, c'est critiquer les médias" disait Porte sur notre plateau. Inversement, ranger cette critique dans sa poche est un renoncement politique, même si ce renoncement est maquillé d'un brevet de progressisme lourdement délivré à Drucker. Quel type, quand même, ce Drucker ! Rendez-vous compte, a insisté Mélenchon: "Drucker présente les techniciens au public du studio. Je n'ai pas vu ça souvent sur les plateaux". Qu'on se le dise, aucune force au monde n'empêchera Mélenchon de faire l'éloge de Drucker sur le plateau de Drucker. Rendez-nous la brute, en liberté !

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.