Médias : quelques idées simples qui pourraient tout changer
Le matinaute
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Médias : quelques idées simples qui pourraient tout changer

On considère généralement comme une fatalité le pourrissement de la démocratie par les médias des milliardaires, et leurs débats de diversion. On a tort. Si elle le souhaitait vraiment, la démocratie pourrait se défendre. Elle en a les moyens (et je ne parle même pas de l'hypothétique nationalisation de ces médias privés). Ces moyens s'appellent la loi. Avec un peu d'imagination et beaucoup de courage, bien des choses seraient possibles. Prenez cette idée du député M'Jid El Guerrab (groupe Agir Ensemble, lié à la majorité LREM) : et si le juge avait la possibilité d'obliger les chaînes de télé à afficher les condamnations (par exemple pour incitation à la haine) des animateurs et habitués des plateaux télé ? Dans le débat sur la loi "confortant les principes de la République" (ex-loi contre le séparatisme) il a soumis un amendement en ce sens. Amendement retoqué par la majorité, et par le gouvernement, au motif, selon le garde des sceaux Eric Dupond-Moretti, qu'il ne faudrait pas faire de Zemmour un martyr de l'Assemblée. Nous vous racontons ici l'édifiante histoire de cet amendement mort-né.

Autre idée qui ne coûterait pas un sou, et que détaille ces jours-ci la créative économiste des médias Julia Cagé (voir notre dernière émission avec elle) : remodeler profondément le système des aides publiques à la presse. Ce système, opaque, bénéficie aux médias les plus riches. L'idée de Cagé, développée dans son dernier livre, L'information est un bien public, avec Benoit Huet (Seuil) tient en deux lignes : chaque Français adulte se voit attribuer un bon de dix euros, qu'il attribue au média de son choix. Et voilà le système d'aide publique, qui passe des mains de l'Etat à celles des citoyens. Vous me direz que de nombreux citoyens vont subventionner Zemmour et Hanouna ? Très bien. Mais d'autres subventionneront Reporterre, StreetPress, NextInpact, ou... Arrêt sur images (désolé de ne pas les citer tous). Vive la démocratie.

Evidemment, taper Bolloré, Arnault, Niel et les autres au portefeuille, c'est toucher un nerf. D'où ces dernières semaines l'union sacrée de tous les patrons de magazines, même "de gauche", derrière Valeurs Actuelles, et contre le nouveau conseil de déontologie qui avait osé critiquer un dessin représentant en esclave la députée Danielle Obono (j'ai dit par ailleurs ce que je pensais de ce conseil, mais ce n'est pas le sujet). On peut compter sur ces médias pour se défendre par tous les moyens contre toute réforme de ce système qui les protège si bien de l'émergence de nouveaux concurrents. Par l'aboiement, comme le patron du Point Etienne Gernelle, qui estime que "la liberté des journaux (...) doit s’exercer y compris à l’égard (...) de l’inclinaison majoritaire de sa rédaction" (citation à conserver, et encadrer. Gernelle, par ailleurs, aime tant la liberté de la presse qu'il nous a intenté deux procès bâillons, perdus tous les deux). Ou mieux encore, par un judicieux silence sur les propositions de réforme. Il sera intéressant de mesurer l'écho donné ces prochains jours à la proposition de bons de dix euros.




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