Liza Kavanaugh et son papa
Le matinaute
Le matinaute
chronique

Liza Kavanaugh et son papa

C'est une image entrevue fugacement sur CNN, dans un résumé des épisodes précédents de la série, avant l'audition-blockbuster Blasey Ford / Kavanaugh. Lors de son audition précédente au Sénat, le 4 septembre, avant que surgissent les témoignages de trois femmes assurant avoir été naguère agressées par l'étudiant Kavanaugh, le candidat de Trump à la Cour suprême des Etats-Unis était arrivé en tenant la main de Liza, sa fille de dix ans. L'irréprochable père de famille souhaitait associer sa magnifique famille aimante à son heure de gloire.

A son audition du 28 septembre, vingt-quatre épisodes et une éternité plus tard, il est arrivé avec son épouse, mais sans sa fille. Cet épisode-là, chacun le savait, ne serait pas pour les fillettes. On y parlerait d'une étudiante jetée sur un lit, hurlant de terreur, par deux jeunes mâles imbibés de bière. De la manière dont papa étouffa les cris de l'étudiante en plaquant sa main sur sa bouche. Comment, enfin délivrée, elle s'était barricadée dans les toilettes du campus en attendant que s'éloignent papa et ses amis. L'ex-étudiante, devenue professeure, y raconterait comment, bien plus tard, elle avait supplié son mari de faire renforcer les protections de leur maison. On y parlerait de bien méchantes choses.  Liza n'y reconnaîtrait pas son papa.

Comment faire avaler à une fillette de dix ans une histoire d'adultes ? Si fier de sa magnifique famille, si fier de ses enfants qu'il a souhaité les exhiber à tous les téléspectateurs américains, comment Brett Kavanaugh leur a-t-il raconté ces vieilles méchantes histoires ? Ce n'est pas si difficile qu'on le croit. Même les adultes, au fond, ont besoin que les gentils soient gentils, et que les méchants soient méchants (les adultes appellent ça d'un nom savant, des "bulles numériques"). Rien de plus facile, que de raconter un complot contre papa surgi de l'infernal chaudron #MeToo, des abominables démocrates manipulant une pauvre femme. Lors de l'audition d'hier, Liza, 10 ans, fut encore évoquée. Au cours du "moment émotionnel" que le public attendait, papa raconta comment elle avait souhaité prier pour le salut de l'âme de la malheureuse personne, Christine Blasey Ford, si malheureuse qu'on l'avait obligée à faire du mal à son papa. Quoiqu'il advienne, tout va pour le mieux dans la magnifique famille aimante.


Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.