Adama Traoré, quatre ans après
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Adama Traoré, quatre ans après

Quatre ans. Ce n'est rien, quatre ans, au regard de l'Histoire ! Et pourtant, comme ces quatre ans modifient le regard public sur un événement ! Prenons -au hasard- la mort d'Adama Traoré. On apprend aujourd'hui (voir notre enquête) que les trois gendarmes qui l'ont interpellé ont bénéficié d'une prime de 400 euros au titre de leurs activités de l'année 2016, l'année des faits. Une prime ! Soit dit en passant, on attend désormais le complément d'enquête de l'émission Quotidien. "Pas de médaille", assurait la journaliste de TMC Sahlia Brakhlia, face à Assa Traoré. Certes, pas de médaille. Mais trois primes !

Évidemment, comme le souligne à juste titre la Gendarmerie nationale, cette prime (dont ont bénéficié 800 gendarmes en France cette année-là) n'est pas liée à l'arrestation de Traoré. Les trois gendarmes n'ont pas été primés pour cet exploit. Mais ils ont été primés malgré cet exploit. Et, s'agissant de leur cheffe, pour son comportement lors des émeutes de protestation contre la mort d'Adama Traoré. De même, si le nouveau ministre de l'Intérieur socialiste Bruno Le Roux réserve en 2016 sa première sortie à la gendarmerie de l'Isle-Adam, où étaient affectés les militaires en cause, comment ne pas y voir un signe ?

Cette prime, cette visite : en 2016, ces signes pouvaient encore apparaître comme le salut gouvernemental à un épisode délicat de maintien de l'ordre. Quatre petites années plus tard, comment ne pas y voir ce que le Défenseur des droits sortant, Jacques Toubon, appelle lui-même "des situations de domination"?  "On retrouve le mot système. La société est faite comme ça" ajoute même Toubon. Il ne faudrait pas le pousser beaucoup pour qu'il parle de racisme d'État. Je donnerais cher pour connaître le cheminement intime, intérieur, de Toubon, que j'ai connu, dans une autre vie, sniper chiraquien contre la gauche, un peu foutraque, mais impitoyable. " C'est ce que je dis et j'écris depuis 10 ans. Il faut être un homme blanc pour que ça passe, réagit la militante noire Rokhaya Diallo, commentant cette phrase. C'est ça, le privilège blanc"

L'analyse est juste, mais incomplète. Toubon n'est pas seulement un homme blanc. C'est aussi un ancien ministre de la Justice, le même qui, en  1996, avait envoyé un hélicoptère dans l'Himalaya pour chercher un procureur afin d'éviter la mise en examen pour salaire fictif de l'épouse du maire de Paris d'alors, Xavière Tiberi. C'était, cette fois, il y a 24 ans exactement.


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