L'après-confinement : "La surveillance va être inéluctable"

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A peine deux semaines et déjà nous pensons à l'après-confinement. Car l'urgence nous semble être d'anticiper pour ne pas laisser l'événement décider à notre place. Qui dit déconfinement parle de ciblage, traçage, puçage, qui permettraient d'identifier con(...)

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L'émission
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  • Avec
    Olivier Tesquet et Gilles Babinet
  • Presentation
    Daniel Schneidermann
  • Préparation
    Adèle Bellot et Juliette Gramaglia
  • Deco-Réalisation
    Antoine Streiff
A peine deux semaines et déjà nous pensons à l'après-confinement. Car l'urgence nous semble être d'anticiper pour ne pas laisser l'événement décider à notre place. Qui dit déconfinement parle de ciblage, traçage, puçage, qui permettraient d'identifier contaminants et contaminés pour protéger les uns et les autres - au prix d'une intrusion sans précédent dans les vies privées. Quelles sont les mesures envisagées, envisageables, possibles, souhaitables ? Questions posées à nos deux invités : Olivier Tesquet, journaliste Télérama et auteur de "A la trace" (Premier parallèle, 2020) ; et Gilles Babinet, vice-président du Conseil national du numérique. Ce débat est suivi d'une interview de Anasse Kazib, ancien chroniqueur des "Grandes Gueules" bien décidé à ne pas se taire ; et d'une chronique de Laélia Véron sur la romantisation du confinement par les "journaux" publiés. Thibault Prévost et Loris Guémart nous présentent aussi leurs enquêtes de la semaine.

Les "trois étages de la fusée" de la surveillance

On commence par une émission de Touche pas à mon poste, de Cyril Hanouna. "Une stratégie futuriste qui a été testée en Corée du Sud, à Taiwan et en Chine avec succès", résume l'émission, confinée elle aussi, de C8. Pourtant, les cas sont différents, rappelle Tesquet. Il existe trois types de stratégies : une stratégie "moins intrusive" d'abord, mise en place en Chine par exemple, avec l'utilisation de données GPS pour vérifier les déplacements. Le "deuxième étage" de la fusée, c'est le "contact tracing", en Corée du Sud : le fait de retracer toutes les interactions d'une personne testée positive au Covid-19.  Le "troisième étage", pratiqué à Taiwan, est "très intrusif" : "On va s'assurer via votre téléphone que vous respectez bien la quarantaine ou le confinement et si vous ne répondez pas favorablement à la petite injonction qui vous est envoyée, la police débarque"

Par ailleurs, le GPS n'est pas la mesure la plus précise, explique le vice-président du Conseil national du numérique (CNNum). "Si vous avez pris un bus, on ne sait pas si vous avez été à l'avant ou à l'arrière". Pour être plus précis, il vaut mieux utiliser le Bluetooth. Comme c'est fait à Singapour, ajoute Tesquet, où une application a été téléchargée par 600 000 habitants en 3 jours. 

"A quoi ressemblera le secret médical dans un An ?"

"Il y a un consensus scientifique aujourd'hui en train d'émerger autour de la nécessité de tester massivement et de tracer le cas échéant les personnes infectées", explique Tesquet. Comme cela a été le cas en Corée du Sud. Mais cette stratégie n'est pas sans "effets de stigmatisation sociale", pour le journaliste. "Si demain on apprend qu'un Parisien réfugié à l'île de Ré a été contaminé par le Covid-19 et qu'on est capable de le tracer, il pourrait avoir un comité d'accueil à l'Intermarché du coin".

Babinet se déclare "plutôt en faveur du dispositif" de surveillance, rappelant qu'il milite pour "l'Etat-plateforme", des politiques publiques "basées sur la data". Mais pour le vice-président du CNNum, la question qui se pose est celles des "contre-pouvoirs". "En France, je ne suis pas convaincu qu'on dispose de ces contre-pouvoirs". "Je pense qu'on ne sait pas [mettre en place des systèmes efficaces] dans un délai court", s'inquiète Babinet.

Le comité analyse, recherche et expertise (CARE) a été mis en place ce 24 mars par l'Elysée pour "réfléchir à l'après", explique Tesquet. Qui tient à rappeler que l'on est aujourd'hui dans un "état d'urgence sanitaire". "Je repense à l'état d'urgence, celui qu'on a vécu après les attentats de 2015". Un état d'urgence prorogé plusieurs fois, jusqu'à ce que des dispositions soient basculées dans le droit commun. "A quoi ressemblera la vie privée, le secret médical dans un an, dans un an et demi, dans deux ans ?" Faut-il alors ne rien faire ? "On se rend bien compte que le meilleur moyen de lutter contre l'épidémie, c'est de rogner les libertés", reconnaît Tesquet. Le journaliste appelle à trouver un "point d'équilibre". Car "tout le monde estime que cette surveillance va être inéluctable"

Les contre-pouvoirs, le nerf de la guerre

Comment mettre en place une surveillance "acceptable" dans l'immédiat ? "Il faut qu'on ait des moyens de contrôle", d'autant plus quand des "acteurs du monde de l'entreprise" commencent à "se positionner" sur le marché, note Tesquet. "L'initiative ne doit pas venir d'eux."

Babinet craint de son côté des "systèmes rudimentaires" de surveillance à court terme, qui n'aurait qu'une dimension répressive. "Si vous faites une application qui n'a pour objet que de tracer les gens, vous faites un système répressif." Mais si l'application contient aussi des conseils sur les gestes barrières, les déplacements recommandés ou non, "l'expérience est telle que la part répressive va être moins importante". En conclusion, Tesquet appelle également à un "contrôle parlementaire" de l'état d'urgence sanitaire.

Pour prolonger la discussion, deux articles sur la surveillance des contaminés, contaminants et de l'évolution de l'épidémie dans différents pays. En Corée du Sud d'abord :

Mais également aux Etats-Unis... et en France, où Orange a d'ores et déjà pu évaluer que près de 20% des habitants du Grand Paris avait quitté la capitale entre le 13 et le 20 mars.

Anasse Kazib, viré de rMC mais toujours une grande gueule

Il avait été suspendu des Grandes Gueules sur RMC, devait revenir, mais y a finalement perdu sa place de chroniqueur. Ce n'est pas pour autant qu'Anasse Kazib se taira. Interview par Daniel Schneidermann de ce cheminot syndicaliste Sud Rail et militant du NPA. 

romantisation du confinement

Depuis une semaine, la chloroquine est l'objet d'innombrables débats médiatiques, scientifiques et politiques. On plonge aux origines de la com' de Didier Raoult, promoteur infatigable de la chloroquine pour traiter les patients atteint du Covid-19.

Et pour terminer, la chronique de Laélia Véron. Cette semaine, notre chroniqueuse linguiste se plonge dans les journaux de confinement de Leïla Slimani et Marie Darieussecq et en décortique tous les éléments de romantisation du confinement. 



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