"Dommage qu'un média de gauche n'ait pas embauché Christine Kelly"
L'émission
  • Avec
    Joao Gabriel et Linda Caille et Jean-Paul Willaime et Ivan Carluer
  • Presentation
    Nassira El Moaddem
  • Préparation
    Nassira El Moaddem et Yves Magistrini
  • Deco-Réalisation
    Antoine Streiff
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La vidéo a été tournée le 27 mars 2022, diffusée sur YouTube le 3 avril 2022, mais n'a fait le buzz qu'à la faveur d’un tweet du 2 juillet 2022, devenu viral. Cette vidéo, c’est celle de Christine Kelly assise sur la scène de l’église évangélique de Créteil et qui, micro à la main, voix douce, explique au pasteur Ivan Carluer à quel point sa foi guide au quotidien son travail. Pas n'importe lequel. Celui de la présentation de l’émission Face à l’info, diffusée sur CNews, avec à ses côtés, Éric Zemmour avant qu’il ne devienne candidat d'extrême droite à l’élection présidentielle.

Les mots qu’elle prononce ce dimanche 27 mars 2022 devant une salle comble détonnent dans une France peu habituée à voir les personnalités médiatiques parler publiquement de leurs croyances religieuses. "Je me tais et Dieu prend les rênes, je me suis complètement effacée derrière Dieu et je l’ai laissé tout piloter", témoigne-t-elle. Pour décrypter cette séquence, nous avons invité en plateau le pasteur Ivan Carluer, à la tête de l’église protestante évangélique pentecôtiste Martin Luther King de Créteil,  hôte de Christine Kelly ce dimanche-là et Linda Caille, journaliste, spécialiste des questions religieuses. En visio, Joao Gabriel, doctorant guadeloupéen en Histoire à l’université John-Hopkins de Baltimore, aux États-Unis et Jean-Paul Willaime, sociologue des religions, directeur d’études à l’EPHE.

"ouf, on a cru que vous étiez d'extrême droite"

Sur scène, Christine Kelly parle sans filtre de sa foi, dit qu'elle prie avant ses émissions sur CNews et raconte qu'elle "met les deux genoux à terre dans les toilettes" avant l'émission. Puis, elle récite le psaume 23, "L'éternel est mon berger, je ne manquerai de rien". Applaudissements nourris dans la salle. Le public, composé d'Antillais, et notamment de Guadeloupéens de la banlieue parisienne, a "retrouvé Christine Kelly, explique Ivan Carluer. Pour eux, ils l'avaient perdue parce qu'elle était assimilée à Éric Zemmour [...] Ce jour-là, je vois à la fin des gens qui disent : «Ouf, on a cru que vous étiez d'extrême droite. On comprend qu'au contraire, il vous a fallu une énorme maîtrise de vous-même, même quand vous n'étiez pas d'accord. Finalement, vous étiez une meilleure journaliste que ce qu'on pensait»".

 "je ne fais pas de politique !"

Pourquoi lors de cette séquence sur scène Ivan Carluer n'interroge jamais Christine Kelly sur les raisons qui l'ont poussée à continuer à collaborer quotidiennement avec Eric Zemmour alors que celui-ci a été condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine et injure raciale, notamment pour ses propos à l'égard des mineurs isolés étrangers tenus sur son plateau ? "Parce que je ne fais pas de politique, insiste-t-il.  Je n'ai pas le droit de faire la politique. Je ne valide pas Zemmour. Ce qui m'intéresse c'est Christine Kelly qui assume sa foi. Je suis chez elle à ce moment-là, on fait famille. Et elle-même n'est pas politique".

"M. Zemmour, vous avez été béni !"

Le pasteur Ivan Carluer avance qu'Éric Zemmour "a eu de la chance" d'avoir à ses côtés Christine Kelly. Et d'ajouter, riant : "Je pense M. Zemmour, que vous avez été béni". Pour Joao Gabriel, "lorsqu'on associe les bénédictions de Dieu à la réussite d'une émission, alors que cette émission a joué un rôle dans la diffusion des idées d'extrême droite, c'est une façon de normaliser l'extrême droite par des biais différents." 

mÉpris de classe 

Linda Caille, journaliste spécialisée sur les questions religieuses, qui connaît bien les évangéliques français, regrette "le regard méprisant" notamment de confrères journalistes. Un "mépris de classe, précise-t-elle. Le protestantisme évangélique français est le parent pauvre du protestantisme. D'un côté, vous avez des luthéro-réformés qui sont des personne instruites et des intellectuels, c'est l'image des protestants en France, et puis vous avez un protestantisme évangélique beaucoup plus populaire avec des Africains et des Antillais […] Bien  entendu, il y a un mépris de classe et racial. C'est du racisme".

Pour aller plus loin :

- Soldats de Jésus : les évangéliques à la conquête de la France, Linda Caille, Fayard, 2013.
"J'aime Jésus et les frites", Linda Caille, Zadig, décembre 2019.
- Sur les dérives de certaines églises évangéliques comme Charisma, en Seine-Saint-Denis, ces enquêtes signées Streetpress et Néonmag

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