Trump, Bolloré : courage millimétré face aux tyrans
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Trump, Bolloré : courage millimétré face aux tyrans

Circulez, rien à voir. Quand Vincent Bolloré décide de maintenir à l'antenne de CNews l'animateur Jean-Marc Morandini, condamné définitivement le 14 janvier par la cour de cassation (après le tribunal et la Cour d'appel) pour détournement de mineurs, c'est d'abord un "Courage silence !" qui s'abat sur les stars de la chaîne. Pas un mot sur les bruyants plateaux, si prompts à chercher des noises à la terre entière. Qu'en est-il de l'engagement naguère pris par Canal+ de licencier "sans indemnités" l'animateur, s'il était définitivement condamné pour avoir sollicité des images sexuelles de mineurs, et avoir obligé un adolescent de seize ans à se masturber devant lui ? "On était en 2016, on est en 2026. Une autre décision a été prise" réplique Gérald-Brice Viret, directeur général de Canal+, lors d'un petit déjeuner avec la presse spécialisée.

Gilles-William Goldnadel, pilier du comptoir de Pascal Praud, n'a pas d'opinion, "et si j'en pensais quelque chose, je ne vous le dirais pas" déclare-t-il fièrement au Parisien. Tout sourire, Christine Kelly se précipite sur le plateau du condamné : "J'ai vu mes amis du vendredi, je me suis dit j'arrive en courant". Tous les autres évitent les micros extérieurs.

Il faut attendre six jours pour que cette condamnation soit simplement mentionnée sur un plateau du groupe Bolloré. Interrogée dans sa propre émission le 20 janvier, le 20 janvier, par son invité, le député PS Jérôme Guedj, Sonia Mabrouk avoue alors qu'elle n'en dort plus "depuis plusieurs jours" : "J'ai beaucoup de respect pour ma direction, explique-t-elle, mais en aucun cas ça ne vaut de justifier ça." Et d'ajouter : "J'ai la liberté de vous le dire, parce que CNews est la chaîne de la liberté d'expression". Quelque chose d'improbable s'est manifesté : une conscience. Timide, millimétrée : Mabrouk réaffirme son attachement à une direction qui a pourtant pourtant appliqué sans états d'âme la décision de Bolloré. Mais une conscience a envoyé une preuve de vie.

Parait alors, le 23 janvier, une longue enquête du Monde sur CNews, signée des limiers Fabrice Lhomme et Gérard Davet, dans laquelle Pascal Praud, vedette principale de la chaîne, qui transmet chaque matin l'antenne à Morandini, déclare : "à un moment, si tu n'es pas content, tu t'en vas". Une maladresse (ou une ruse) du journal semble appliquer cette consigne à Mabrouk, dont la rebellion est citée dans le paragraphe précédent de l'article.

Or cette interview de Praud a été recueillie un mois auparavant. Acculé à le préciser, Praud en profite, dans un post sur X, pour exprimer sa "solidarité" à  Mabrouk qui a "trouvé les mots justes". "J’aurais pu prononcer quasiment les mêmes" ajoute-t-il (mais pourquoi, justement, ne les a-t-il pas prononcés ?) Dans la foulée, dans un post lapidaire (dix mots), la polémiste du Figaro Eugénie Bastié, pilier des émissions Bolloré, affirme à son tour son soutien à Praud et Mabrouk.

À qui le tour, ensuite ? Cette timide contagion, dans l'empire Bolloré, d'un courage millimétrique et terrifié pourrait n'être que risible, et somme toute anecdotique, en comparaison par exemple de la fascisation du régime trumpien aux Etats-Unis. Elle l'est, et il ne faut pas se priver de rire de ces chevaliers de la liberté d'expression luttant contre la terreur de déplaire au maître. 

Mais au même moment, l'actualité internationale donne un exemple étrangement similaire de terreur collective devant un tyran. Le 22 janvier, dans une interview à Fox News, Donald Trump crache sur les cadavres des quelques mille militaires des pays de l'OTAN alliés des Etats-Unis, tombés en Afghanistan de 2001 à 2014, alliés dont les Américains n'auraient "jamais eu besoin" et militaires qui se seraient "tenus un peu en arrière de la ligne de front". Sidération dans l'instant. Le lendemain c'est le Britannique Keir Starmer (457 morts) qui, le premier, juge ces propos "insultants" et réclame des excuses. C'est ensuite au tour de la Danoise Mette Frederiksen (44 morts) et de l'Italienne Georgia Meloni (53 morts) de se démarquer. Et Emmanuel Macron (90 morts) le fier à bras aux lunettes d'aviateur ? Il attend le 24 janvier pour faire, par son entourage, juger "inacceptables" les insultes de Trump.

Il y a un trait d'union, entre le microcosme des dirigeants occidentaux, et les celui des vedettes de CNews. Le règne de l'arbitraire, et la terreur qu'il inspire. "Y a-t-il une limite à votre pouvoir ?" demande le New York Times à Trump, le 10 janvier, après l'enlèvement de Maduro au Venezuela. "Oui. Ma propre morale. Ma conscience. C'est la seule chose qui peut m'arrêter. Je n'ai pas besoin du droit international". C'est exactement ce que manifeste le petit Trump tricolore Vincent Bolloré, en protégeant le pédocriminel Morandini, simplement c ar tel est son bon plaisir. Ces deux dictateurs inspirent une même terreur aux affidés. Mabrouk force Praud et Bastié au courage, comme Starmer et Frederiksen, lui- même acculé au courage par son opinion publique et son opposition, force Macron à un courage...millimétré.


Le blog Obsessions est publié sous la seule responsabilité de Daniel Schneidermann, sans relecture préalable de la rédaction en chef d'Arrêt sur images.

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