Mort de Quentin Deranque : le néofascisme qui ne dit pas son nom
La surexposition médiatique de la mort du militant d'extrême droite Quentin Deranque a laissé entrevoir des choix lexicaux révélateurs. Les mots employés, ou évités, pour qualifier Quentin Deranque, minimisent la plupart du temps son appartenance à des groupes néofascistes. Arrêt sur images analyse, à l'aide de linguistes, de chercheur·ses et de journalistes, les mots de la presse, parfois issus de la galaxie réactionnaire.
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Commentaires préférés des abonnés
en phase avec mediapart la dessus. ils ont très tôt abandonné le terme d'ultra droite normalisé par les services de renseignements et la police. Il est impératif de continuer a parler d'extrême droite pour tous ces groupuscules car (...)
Pareil pour les mots utilisés par la presse pour l’assassinat de Khamenei.
On lit : disparition, mort .
Mais assassinat , nenni.
Cet article est excellent, Madame BARGE. Il est essentiel, exhaustif et ultra précieux dans une vie quotidienne.
Vous êtes une Grande Professionnelle. J'espère ainsi que vous ferez bientôt partie des ASIpros et des Associé.e.s qui les composent, très (...)
Derniers commentaires
Giedré a un remède pour soigner les gros fachos, mais celui qui parle le mieux de l'antifascisme, c'est son compagnon Pierre-Emmanuel Barré.
Excellent article ! Bravo !
Excellent article.
Seul petit regret, technique : même après clic lors d'une consultation depuis un ordinateur, le fichier image correspondant au graphique conserve des dimensions identiques, ce qui rend très difficile, voire impossible, la lecture de certains qualificatifs.
BFM ou le Figaro qui parlent de "Quentin" dans leurs titres, alors que "Quentin le faf" ne prend pas beaucoup plus de place :)
"Les mouvements d'extrême droite, qu'ils soient fascistes ou royalistes, s'inscrivent plutôt dans une perspective de restauration de l’ordre ancien"
C'est d'ailleurs pour ça qu'il est étonnant de les qualifier de "conservateurs" alors qu'ils sont bien plus rétrogrades.
La journaliste Isabelle Kersimon, qui a répondu à ASI, [...] Pour elle, "ce n'est pas pour ses idées que Quentin Deranque est mort, mais parce qu'il était engagé dans un mouvement d'extrême droite violent, présent ce soir-là pour se battre"
Isabelle Kersimon se trompe. Quentin Deranque est mort parce que 15 types se sont acharnés sur lui tandis qu'il était au sol.
Les deux propositions ne sont en rien contradictoires ou exclusives. La votre est juste, celle de Kersimon est juste également. "Mourir pour ses idées" suppose d'avoir été tué simplement pour avoir exprimé des idées. Or Deranque s'était physiquement engagé dans un combat, supposément à l'initiative de son groupe (donc attaquant). Il est mort à l'issue d'une rixe que lui et son groupe ont provoquée. Issue qui voit, c'est vrai aussi, plusieurs de ses adversaires le frapper alors qu'il est à terre.
Il est mort parce qu'il a été frappé au sol, c'est vrai. Le zemmourien du forum ne reconnaîtra jamais que dans la plupart des cas, c'est son camp qui fait des morts. Et pas dans une situation défensive.
ah si, dans ce genre de cas, l'extrême-droite fait plus de morts que l'extrême-gauche.
cependant, pour une fois que l'extrême-gauche est en cause, vous trouvez toutes les excuses possibles jusqu'à chier sur un mort, ce qui est la dernière des saloperies, mais j'en attendais pas moins de vous.
On ne sait pas s'il est mort à l'issue d'une rixe ( y a-t- il participé ? ) mais ce que montre la vidéo ( sous réserve d'enquête ultérieure) , c'est qu'il a été tabassé à mort dans une rue quasi déserte. Pas vraiment le facho qui participe à une bagarre et qui meurt malencontreusement . On sait que Quentin Deranque militait dans des groupes très à droite, mais on ne sait pas s'il participait à des actions violentes.
"Isabelle Kersimon se trompe " Encore faut-il le démontrer avant de l'affirmer.
Mais manifestement, vous semblez vouloir accréditer (jusque dans cette extrapolation : 15 types se sont acharnés sur lui ) le récit dominant partout médiatiquement de la pauvre victime, prélude sans le dire du récit du martyr idéologisé.
Moi, je vous dis qu'Isabelle Kersimon a raison car il y a tout de même un problème et pas de moindres avec ce nouvel élément de langage, repris par toute la bourgeoisie parlementaire et leurs médias d'accompagnement : ce jeune fasciste serait "mort pour ses idées".
Une curieuse rhétorique, qui produit un effet d’admiration : une idée c’est beau, c’est pur, c’est abstrait. Mourir pour elle, c’est un sacrifice. C’est donner sa vie pour ses valeurs, comme l’aurait fait un martyr ou un Saint. Sauf que quelque chose cloche.
Pour commencer, les "idées" ne sont pas des choses abstraites qui volent en l’air au milieu d’un débat apaisé et hors de toute réalité. Ça, c’est un mythe libéral : la politique serait un grand marché dans lequel on pourrait laisser débattre à égalité des nazis et des anti-nazis, des racistes et des antiracistes, des menteurs et des gens qui disent la vérité, et à chacun de choisir.
Sauf que certaines idées, quand elles sont au pouvoir, ont des conséquences bien réelles.
Les "idées répressives" produisent des lois, par exemple l’autorisation pour les policiers de tirer sans être inquiétés de devoir se justifier a posteriori - ou à peine.
Les "idées libérales", qui cassent le code du travail et la protection des salariés.
Les "idées productivistes", qui donnent carte blanche aux fabricants de pesticides pour l’agro-industrie.
Les "idées identitaires" qui engendrent des discours anxiogènes sur l’immigration, qui conduisent à la traque des sans-papiers et à la noyade de milliers de personnes dans la Méditerranée.
"Les idées" ont des conséquences sur des vies.
Ensuite, toutes les idées ne se valent pas. Les idées de Quentin D., c’est la nostalgie du nazisme, et par extension de tous ses crimes contre l'humanité. Faut-il rappeler ici qu'en France faire l'apologie de ces idées - par les actes ou les discours - constitue un délit puni par la Loi ? Faut-il rappeler ici, qu'en France, après 1945, il a été décidé qu’on ne transigeait pas avec des idéologies qui avaient fait couler des rivières de sang, que depuis des lois interdisent de glorifier le nazisme ou de nier la Shoah ?
Enfin, et c’est le plus important, Quentin Deranque n’était pas un simple "nostalgique" qui fantasmait sur le fascisme depuis sa chambre : il mettait ses idées en pratique. Il n’est pas mort "pour ses idées", mais parce qu’il pensait que l'expression politique de "ses idées" passait nécessairement par des démonstrations de force sur la voie publique, allant jusqu'à intégrer des aggressions sur des personnes commme mode opératoire.
Dans un autre mode opératoire, et en concertation avec le groupuscule Némésis, lui et sa bande de nervis, équipée de gazeuse, d’une béquille, de fumigènes et de cagoules, ils patrouillaientt à proximité d’un meeting de gauche pour cogner des adversaires politiques. Il a participé à un assaut contre un groupe antifasciste. Une pratique courante de l’extrême droite lyonnaise, qui a causé déjà des centaines de traumatismes graves.
Cette bagarre a mal fini pour ceux qui l’ont provoquée.
On peut évidemment critiquer des coups donnés à terre et considérer cela comme une faute éthique. Je ne serai jamais de ceux qui glorifient la mort et la violence, contrairement aux fascistes. Mais c’est justement un mode opératoire utilisé systématiquement par l’extrême droite, et glorifié par les camarades de Quentin Deranque eux-même, puisque l’on peut trouver des dizaines de vidéos de lynchages d’antifascistes sur les boucles Telegram d’extrême droite, qui montrent des coups de pieds donnés dans la tête. Cette escalade de violence, provoquée par les fascistes et que les pouvoirs publics laissait faire sans autre intervention que des dissolutions molles inopérantes, ne pouvait conduire qu’à l’irréparable.
On peut trouver tout cela triste, bête, ou ne rien en penser, mais l’expression "mourir pour des idées" relève d'une formidable hypocrisie, car ce sont bien d’actes dont il est question.
Question subsidiare : à chaque personne tuée par la police pour des "refus d’obtempérer" réels ou supposés, tout ce petit monde politico-médiatique bien pensant estime que les victimes l’ont "bien mérité". A chaque manifestant blessé, mutilé, on entend le même refrain : "il a joué, il a perdu, il n’avait rien à faire dans la rue".
Alors pourquoi Quentin Deranque, qui a organisé un guet-apens armé qui a mal fini, est-il érigé en martyr national ?
"Il n’est pas mort "pour ses idées", mais parce qu’il pensait que l'expression politique de "ses idées" passait nécessairement par des démonstrations de force sur la voie publique, allant jusqu'à intégrer des aggressions sur des personnes commme mode opératoire." On sait que Quentin Deranque militait dans des groupes très à droite . On sait qu'il a participé à des manifestations d'extrême- droite et qu'il se proposait d'assurer le service d'ordre de Némésis ,mais on ne sait rien de son degré de participation à des actions violentes.
"Alors pourquoi Quentin Deranque, qui a organisé un guet-apens armé qui a mal fini, est-il érigé en martyr national ?"
Vous prêtez à Quentin Deranque un rôle d'organisateur qu'il n'a sans doute pas eu .
Aucune responsabilité de ceux qui l'ont tabassé à mort ?
si vous écoutez la gauche, Quentin Deranque est un mélange de Himmler, de Serge Ayoub et de Mussolini. et je vois que les journalistes, Isabelle Kersimon en tête et Elodie Safaris ici, n'ont pas beaucoup plus de hauteur de vue.
Oui exactement . On voudrait faire passer Quentin Deranque pour une sorte de Serge Ayoub , or on ne sait rien de son degré d'engagement .
il a participé en mai 2025 au défilé néonazi du Comité du 9-Mai à Paris.
Vous y étiez vous deux?
Mais c’est justement un mode opératoire utilisé systématiquement par l’extrême droite, et glorifié par les camarades de Quentin Deranque eux-même, puisque l’on peut trouver des dizaines de vidéos de lynchages d’antifascistes sur les boucles Telegram d’extrême droite, qui montrent des coups de pieds donnés dans la tête. Cette escalade de violence, provoquée par les fascistes et que les pouvoirs publics laissait faire sans autre intervention que des dissolutions molles inopérantes, ne pouvait conduire qu’à l’irréparable.
et c'est donc un mode opératoire... repris gaiement par un groupe d'extrême gauche, donc.
le problème de la comparaison avec l'extrême-droite, c'est qu'on sent que vous justifiez tous les dérapages de votre camp par "l'ED fait pire".
certes elle fait pire, mais si vous en êtes rendus là, c'est que quelque chose cloche non?
Avez-vous contacté des journalistes du Figaro ou des Echos pour qu'ils justifient leurs choix, savoir s'ils ont eu comme à l'Huma ou à Médiapart une réflexion à ce sujet ?
Pareil pour les mots utilisés par la presse pour l’assassinat de Khamenei.
On lit : disparition, mort .
Mais assassinat , nenni.
en phase avec mediapart la dessus. ils ont très tôt abandonné le terme d'ultra droite normalisé par les services de renseignements et la police. Il est impératif de continuer a parler d'extrême droite pour tous ces groupuscules car dans les faits ils sont sur la même ligne idéologique que les partis institutionnels que sont le RN et Reconquête. Differencier ultra droite et extreme droite ca reviendrait a considérer qu'il y a le bon et le mauvais suprémaciste. l'un est peut être un peu plus propre sur lui avec son costard cravate mais ils rêvent de ratonnades et de salut fascistes tous les deux.
Réflexion qui a peu à voir avec la presse : depuis un moment je suis plus proche du milieu hospitalier et de la dépendance (ehpad), milieux dans lesquels on a un peu plus souvent à faire à des gens racisés. Au passage on oublie celles et ceux qui viennent nettoyer les bureaux et espaces publics à 5h30 du mat', ceux des usines et des chantiers (ceux là on les oublie allègrement).
Mais au passage, je me demande bien ce que font les "identitaires" et racistes en tous genre d'ED, des gens auxquels ils ont forcément affaire à des moments de leur vie, et de plus en plus en vieillissant...
Cet article est excellent, Madame BARGE. Il est essentiel, exhaustif et ultra précieux dans une vie quotidienne.
Vous êtes une Grande Professionnelle. J'espère ainsi que vous ferez bientôt partie des ASIpros et des Associé.e.s qui les composent, très sérieusement.
Relire LTI , encore et encore !