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"Les communs, ce n'est pas le monde des bisounours !"

L’eau, l’air, les paysages, l’image des œuvres architecturales ou plus généralement des œuvres parvenues dans le domaine public : à qui appartiennent tous ces biens ? Doivent-ils être appropriables ? Doivent-ils appartenir à la collectivité et, dans ce cas, peut-on leur donner un statut… commun ? Ce débat juridico-philosophico-politique a émergé à l’occasion du vote de la loi numérique – sans traduction concrète pour le moment – et nous le menons aujourd’hui avec quatre invités : Benjamin Coriat, économiste et auteur d’un ouvrage collectif intitulé Le retour des communs, La crise de l'idéologie propriétaire (Editions Les liens qui libèrent), Nathalie Martin, directrice exécutive de Wikimedia, Frédéric Sultan, membre de Vecam et responsable du site Remix the Commons, ainsi que Denis Genovese, pêcheur de la prud’homie d’Antibes.

Derniers commentaires

Bonsoir à tous,

"Les communs, c'est pas des bisounours".

La preuve ici :

Repris par l'Obs .

Bonne soirée
Je ne comprends pas bien l'enjeu de l'article sensé permettre aux auteurs de dire "au nom de mon droit d'auteur, je laisse les gens utiliser librement mon oeuvre", c'est déjà possible dans la loi actuelle ! C'est ce que font des milliers d'artistes avec les licences libres qui sont parfaitement légales actuellement.

C'est la SACEM qui fait signer un contrat aux gens qui choisissent de signer chez eux qui les oblige à leur céder la gestion de la totalité de leurs droits d'auteur, et la SACEM décide d'interdire toute utilisation gratuite des oeuvres de son catalogue. Si une loi passait qui disait qu'un artiste peut s'il le souhaite laisser la libre utilisation de son oeuvre (ce qui est déjà possible je le rappelle), ça ne changerait rien ! la SACEM aura toujours le droit de faire signer un contrat aux artistes qui les engage à ne pas utiliser ce droit...
le duo Denis Genovese et DS vaut son pesant d'or !
l'eau bien commun: OUI OUI OUI;
en Auvergne, certains villages ne paient pas l'eau;
l'eau bien commun, c'est possible;
( à noter que si une conduite pète, cela sera aux frais des utilisateurs, parfois);
j'ai du gros sel de Guérande et dessus il y a "coopérative des producteurs";
l'exploitation du sel de Guérande est un succès: il est en vente
en grande distribution, sa qualité et son prix sont très corrects: consommateurs
et producteurs sont satisfaits;
les sectionnaux existent aussi en France: j'ai l'exemple d'un village d'Auvergne où
il y a eu des coupes d'arbres en forêt et les villageois ont eu l'argent de la vente; cela a été
décidé par le maire sauf erreur de ma part; pb: les chutes n'ont pas été déblayées
et je crois que la loi (?) oblige une replantation et personne n'en parle ...
Merci! Ca m'a fait un bien fou :)
Doc trop important que pour rester limité aux abonnés...
Un débat très intéressant et qui me renvoie le souvenir de la gestion des lévadas , à Madère ! Lire l'histoire de ces canaux d'irrigation et les luttes qui l’émaillèrent me semble relever de la même problématique .
L'église catholique vient de se faire exproprier pour cause de patrimoine commun de l'UNESCO. Elle mis la main sur la mosquée cathédrale de Cordoue, rien que cela. L'église devrait toucher à.. à son... à s'occuper quoi !

https://8e-etage.fr/2016/03/14/espagne-la-mosquee-cathedrale-de-cordoue-na-officiellement-pas-de-proprietaire/
Voilà un site qui donne de façon claire les ingrédients nécessaires à la construction d'un commun : http://unisson.co/common
ainsi qu'un recensement des initiatives en France http://encommuns.org/#/p/list
Je ne crois pas qu'on puisse contrer un adversaire en utilisant ses propres armes sur son propre terrain. Les concepts de " non-rivalité" et de " non-exclusion" sont sur-connotés libéraux, ils postulent la légitimité du paradigme de l'homo œconomicus. C'est pourquoi Cécile Clozel et Germain Rital ont raison d'invoquer Marcel Mauss, qui par ses concepts de " fait social total" et de " potlatch" est la manière la plus sobre de réfuter la superstition libérale. Un de ses lecteurs les plus importants, Karl Polanyi, nous donne une vision simple des " commons": La situation dans laquelle l'économie est encore " embedded", non encore autonomisée par rapport aux autres dimensions de la vie sociale. L'éradication des " commons" signifie tout simplement le triomphe de l'économisme https://fr.wikipedia.org/wiki/Gary_Becker .
Cette émission consacrée à l'émergence de la question des "communs" m'apparaît comme la plus importante peut-être des contributions d'@si à l'intelligence de la situation de la pensée et de l'action aujourd'hui. En voici les quatre principales raisons:

1. En tout premier lieu, elle nous permet d'avérer l'énigmatique déclaration de Proudhon: "La propriété c'est le vol". En dévoilant en effet qu'il existe un mode de relation des hommes aux choses, naturelles ou produites, ne passant pas - parce que ne devant pas - passer par la propriété (qu'elle soit individuelle ou collective, publique, étatique, ou privée), elle fait apparaître l'origine de la propriété en tous ses avatars dans la violence confiscatoire par quelques-uns de l'accès à ce qui ne saurait appartenir à personne: à savoir, non seulement les ressources matérielles, mais aussi, sinon surtout, l'apport, "l'aubaine" de la coopération (matérielle et intellectuelle) dans la réalisation des travaux nécessaires à la survie des groupes humains. Ce que l'on appelle les "communs" (est-ce le terme approprié ou seulement un expédient provisoire pour la question à envisager?) désigne(nt) ce mode de relation à la nature et entre les hommes que Mauss a caractérisé dans son Essai sur le don par ces trois verbes: donner, recevoir, rendre dont il faut souligner et dont il faudrait creuser le sens du dernier.

2. D'où, l'importance de la référence aux "enclosures" qui illustrent en quoi, a non seulement historiquement consisté, mais continue en permanence de consister le "mode de production" appelé "capitalisme". Dans la fameuse section du Capital, longtemps fâcheusement traduite en français sous le titre "L'accumulation primitive", Marx dévoile la violente réalité de ce qui était présenté comme "la soi-disant accumulation originelle" (: Die sogenannte ursprüngliche Akkumulation titre allemand de la section): "La base de tout ce processus, c'est l'expropriation hors de sa terre du producteur rural, du paysan", écrit-il. Aujourd'hui, où le capitalisme est devenu "cognitif", ce sont des connaissances apportées par l'ensemble des travailleurs dont ceux-ci doivent être expropriés. D'où la légitimité de l'association des communs "naturels" aux communs "intellectuels" dans l'émergence actuelle de la question.

3. Il y a donc bien une autre naissance, un alter-natif économique à opposer, non seulement au capitalisme qui en est le plus développé, mais à l'ensemble des modes d'existence faussement fondés sur la propriété: à savoir, celui dont Marx nous a fait la promesse et Mauss nous a livré la formule: l'économie du don qui, elle, est la véritable condition humaine d'existence. Elle se retrouve nécessairement dans tous les autres modes économiques: aussi injustes qu'il puissent être. Sans le don devenu extorqué aux défavorisés, qu'adviendrait-il en effet de ces injustes régimes?

4. L'émergence de la question des communs nous rappelle que nous le savons en réalité: soit, pour le préciser, l'alternative du don renouvelée par la déposition de la superstition de la propriété.
Quelles que soient mes affinités avec la démarche et le propos de Benjamin Coriat, je relève dans sa définition des communs le même « point aveugle » que dans celle de Geneviève Azam : on en vient à réduire les communs à une « machine de gestion »… En gommant sa dimension politique.


« Les communs se caractérisent finalement par trois éléments : une ressource, une répartition des droits autour de cette ressource, et des règles de gouvernance pour résoudre, si nécessaire, les conflits. »

Bah, si on s’en tient à cette définition, l’ONF est un commun… et la SACEM aussi.

L’exemple de la prudhommie de pêcheurs permet pourtant, si on écoute ce sur quoi insiste Denis Genovèse, de relever quelques éléments clés qui permettent de distinguer les communs de n’importe quelle structure ad hoc de « gestion d’une ressource ».

— un commun est toujours une intelligence collective, une connaissance partagée, co-construite, non seulement d’une « ressource » mais d’une situation (un territoire, une faune, un champ d’action ou de conceptualisation…). Respecter cette connaissance, comprendre l’importance de son enracinement empirique, sans la réduire à une simple « intelligence pratique » (les communeurs lisent aussi, s’informent, ont accès eux aussi à des « savoirs savants » !), ce n’est pas toujours évident pour les clercs et les technocrates..
— un commun est une organisation démocratique, et sa démocratie est participative. Certes, on peut désigner un représentant pour faire appliquer les règles d’usage : mais ces règles sont le fruit d’une délibération à laquelle tous participent. Le pouvoir d’établir la loi n’est pas délégué. Quant à la loi imposée « du dehors » ou « d’en haut », le commun peut généralement avoir à s’y plier, mais il n’en est pas la courroie de transmission : il « fait avec », comme il fait avec toutes sortes d’autres contraintes/protections. Pour autant que je sache, c’est un caractère général des communs.
— Un commun n’a pas seulement des « règles de fonctionnement », il a/discute/produit des valeurs, une conception autonome (nomos, la loi) de ce qui est équitable ou pas, des visées à terme de son action, des relation entre son intérêt et le « bien public » (bien ici au sens de valeur, non de propriété). Il ne se réduit pas à une gouvernance « utilitaire », finalisée par la gestion des conflits d’usage de la ressource.

Bref, un commun est avant tout une forme particulière d’organisation politique, et pour ma part je retiendrais ces trois caractères :
— Local : spécifique à un territoire matériel ou immatériel, un champ social, un moment (inscrit dans une histoire). Situé et non « en l’air ». Ce qui pose la question de ce que pourrait être (ou ne pourrait pas) un « commun universel », ou autrement dit du passage du local au global…
— Phénomène politique et non simplement économique, fait anthropologique ou « fait social total » (à discuter ?), en tout cas qui ne peut se distinguer de ce qu’il n’est pas à l’aide de seuls critères économiques.
— Processus de connaissance collective autant que d’action commune. Un commun, ce n’est jamais « exécuter sans réfléchir ». Processus et « trésor » de connaissance. Ce qui permet de revenir à l’exemple de brevetage du vivant : attaquer un commun, c’est s’attaquer à la connaissance, avant tout comme processus : c’est l’étouffer. Ce qui, c’est patent dans cet exemple, n’est pas un « effet indésirable », mais bien le but de la manœuvre. Tout pouvoir, politique ou économique, craint qu’une connaissance vivante échappe à son contrôle.
C'est très juste, la co-construction d'un commun par le collectif n'a pas été assez soulignée. On s'approche de la définition ultime... C'est quand on aura une définition complète et partagée d'un commun que les communs pourront vraiment prendre leur envol.
hum. Je ne suis pas sûre que les communs aient tant que ça besoin de "prendre leur envol"... Comme dit A-S Jacques, lorsqu'on commence à s'y intéresser on en voit partout :)
mais partout aussi leur "habitat" est attaqué, parfois dévasté par les avancées de l'étatisme/libéralisme.
Aussi s'agit-il moins, à mon avis, de les "définir" que de les voir, dans leur grande diversité variétale. Moins d'en faire l'élevage que de les protéger.

C'est pourquoi je me méfie des définitions et des réglementations : il se pourrait bien qu'elles aboutissent à privilégier les quelques communs les plus "domesticables", et à piétiner les plus sauvages, les plus libres, les plus indéfinissables.
moi j'ai pas l'impression d'être entouré de communs et j'aimerais comme toi pouvoir les voir... Peux-tu me donner des exemples de ressources naturelles gérées de cette manière?
pour ne prendre que ce cas (trop restrictif à mon avis) de la "gestion de ressources naturelles", l'eau des jardins (dans ma commune) ou les collectifs d'arrosage agricole (nombreux dans le midi), l'entretien des chemins et sentiers, le terrain de boules, les jardins collectifs ou les "incredible edible" urbains, les arbres fruitiers "banaux", le pressoir ambulant qui permet d'utiliser les fruits des haies et des glanes... plus largement, nombre d'associations sont des communs, qu'elles gèrent un patrimoine local naturel ou culturel (voire surnaturel :) ), matériel ou immatériel (recueils de recettes de cuisine, croqueurs de pommes, restauration de bâti ancien...) ou qu'elles développent et partagent les connaissances (fablab, universités du temps libre). Etc.
D'une certaine manière la caisse des dépôts est un bien commun (ensemble des HLM, du foncier routier nationale, de participation des entreprises), ainsi que les domaines publics (forêt, parcelle de l'INRA, le littoral, dans le cas des forêts c'est l'ONF qui gère la ressource), l'eau peut-être gérer par les villes (en général véolia ne fait que de la facturation et de l'entretient) d'ailleurs les zones de captage sont très réglementés, les syndicats électricité gèrent l'entretient des réseaux départementaux, les syndicats fluviaux gère les conflits et l'entretient des cours d'eau, est-ce qu'une bibliothèque municipale n'est pas un bien commun? (en plus de la langue), certaine région ont des fermes (à Annecy y en a une qui fait du reblochon), il y a pas mal de département qui ont des animaux d'entretiens (bon en général ils ont commencés par les laisser mourir, puis ils ont écoutés les éleveurs et on vermifugés les animaux dans les zones humides), enfin si on fait un audit la France doit avoir bien plus de bien public que le Royaume-Uni (je crois que les bâtiments du trésor outre-manche appartiennent à une société basé sur un désert fiscal)
alors là, pour le coup, je ne rangerais pas tous ces exemples dans les communs : ils n'en ont pas la dimension participative, délibérative, autonome, qui à mon sens caractérise les communs. Les décisions sont prises par des "représentants", pas toujours élus, de plus. C'est "le public" et non "le commun", et à quelques exceptions près (dans les petites communes, par exemple, où la palabre des habitants peut s'apparenter à un véritable "shadow governement" pour certaines questions) le public est une dépossession (un vol !) au même titre que le privé (et dans un redoutable pas de deux).
Si on ne ce les réappropries pas, ok, mais savez vous que bien des maires souhaiteraient laisser leurs places, bien des conseils municipaux cherchent des conseillers?, vous faites comme ci tout le monde rêvait de passer ses weekend à une assemblée de copropriétaire et c'est pour cela qu'il y a représentation, avant d'être communs il faut déjà que ce soit public, il y en a bien plus en France qu'ailleurs en Europe si on veut les faire vivre.
Au bout d'un moment il faut ce méfier des concepts innovants (une grève de l'innovation cela ne ferait pas de mal), le problème c'est qu'il n'y a pas cent mains qui ce lèvent pour être trésorier d'un club de foot féminin, que les salles de réunions d'information de l'urbanisme sont toujours trop grande et qu'il n'y a pas tant de personnes à animer une association de parents d'élèves.
Et c'est pour cela que la réflexion sur les pratiques est plus intéressante que la transcendance révolutionnaire de nouvelle institution.
Si on part des comités qu'à incité Jacques Testard pour que le citoyen s'approprie les innovations techno-scientifiques, là c'est intéressant parce que ce sont des machines sociales à transformer des électeurs en citoyens (d'ailleurs beaucoup regrette de ne pas pouvoir renouveler l'expérience, mais cette frustration doit produire une implication plus grande dans les communs), sinon tout le monde fera comme ci l'eau, l’électricité, la voirie, les associations, l'évacuation sont des choses naturelles sauf quand il y a un problème.
Très intéressant cette démarche de comités citoyens tirés au sort. Merci pour l'info.
Dommage qu'il est si peu de relais, mais c'est à cause de sa critique du Téléthon, enfin c'est intéressant d'écouter Testard parler d'un boucher qui interpelle de manière pertinente (après la formation) un biochimiste qui ne sait pas quoi répondre....
Merci pour tous ces exemples. Je comprends mieux ton propos sur le fait de les protéger. Car ces associations ne sont pas reconnus par la loi comme gestionnaires de ces ressources, elles ont besoin de l'accord de principe des autorités qui leur concède le droit de gérer. Elles restent soumises aux aléas politiques qui peuvent très bien décider de raser le terrain de boule ou le jardin partagé. Il est vrai que prendre une telle décision est alors plus risqué car se dresse alors un collectif organisé contre la destruction. Mais il serait bon d'inscrire dans la loi l'existence de ces communs pour qu'ils aient vraiment leur destin en main. Et puis qu'il puisse contrebalancer pour de bon la suprématie des grandes entreprises dans notre vie politique.
...les collectifs d'arrosage agricole (nombreux dans le midi)

Hum, peut-on vraiment parler de communs dans ce cas là, pour les lacs collinaires c'est plus de la mutualisation qu'autre chose et souvent une privatisation de l'espace public, et pour ce qui est des eaux vives et des nappes phréatiques il est rare que les populations non-agricoles aient leur mot à dire sur leur gestion.

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"l est rare que les populations non-agricoles aient leur mot à dire sur leur gestion."


en effet, c'est aussi ça les communs : il y a des gens qui n'en font pas partie, soit parce qu'ils habitent hors limites, soit parce qu'ils ne font pas tel métier, soit parce qu'ils n'ont pas tel statut... c'était déjà le cas au moyen âge, comme je le faisais remarquer dans un autre forum.

C'est une des questions politiques que soulève la "reconnaissance" des communs, mais aussi la subsidiarité dans les responsabilités des collectivités territoriales : Ces entités élaborent des règles permettant (dans le meilleur des cas) de dépasser les conflits à l'interne peuvent se trouver en conflit entre elles, ou avec le "bien public"...
La réponse actuelle de l'idéologie au pouvoir (tous partis confondus), c'est de déposséder les organisations les plus locales au profit de structure "englobantes" et/ou d'un droit public supposé universel. On force les communes à se fondre dans des communautés de communes dotées de pouvoirs de décision de plus en plus vastes (eau, occupation des sols, bientôt les écoles à mon avis...) et on les pousse à se regrouper en communes plus grandes, en "agglo"...

C'est une mauvaise réponse. Elle éloigne des citoyens le pouvoir de décision, de délibération, de réflexion. Elle élimine la participation, instituée ou informelle, au profit de systèmes de représentation de plus en plus indirects, de délégations où la règle est la "multiple casquette" et la confusion des intérêts.
Au lieu de se donner les moyens de traiter des conflits là où ils surgissent, en situation, et de trouver des solutions pertinentes et contingentes, elle confie la résolution des conflits aux jeux de pouvoir et au lobbying.

S'il est question ici de "penser les communs", il est alors essentiel de réfléchir à la façon dont on peut construire des espaces de négociation, d'échange et de délibération entre différents communs impliqués dans un même territoire, un même domaine d'action. Comment penser des "communs de communs", qui ne soient pas des usines à gaz...

Il existait autrefois des "communs de communes", les syndicats intercommunaux, qui avaient l'avantage sur les actuelles comcom de se définir par leur objet, au lieu d'être des institutions définies par leur territoire. Ainsi, une commune pouvait faire partie de tel sivom pour le ramassage des ordures et de tel autre pour l'eau, selon la situation concrète où elle se trouvait (les routes et les sources n'ont pas forcément la même logique de regroupement).
En apparence compliqué, ce fonctionnement avait en fait une simplicité de sens, qui est perdu aujourd'hui avec les intercommunalités.

Nous allons être confrontés à cette même tendance, à cette même idéologie, avec "l'émergence des communs". On voit apparaitre les fausses bonnes solutions, qui consistent à vouloir des lois "surplombantes" pour régler les relations entre les communs et le public, entre les communs et le privé. Lois générales, supposées répondre à toutes les situations particulières, et qui de fait ne correspondront à aucune en particulier : c'est le sens, au fond, du refus de légiférer sur le "commun d'information" et d'en appeler à une réflexion plus générale, de trouver une réponse générale à la question des risques de privatisation des biens communs.

Pour ma part, je pense qu'il n'y a pas de réponse générale, sinon celle-ci : chaque situation est particulière. Régler des conflits d'usage entre chasseurs et promeneurs, ce n'est pas la même chose que de protéger wikipedia de l'appropriation sauvage.
" On voit apparaître les fausses bonnes solutions, qui consistent à vouloir des lois "surplombantes" pour régler les relations entre les communs et le public, entre les communs et le privé".

Encore faut-il que les communs soient reconnus, qu'ils existent dans la loi... Ne penses-tu pas que ne pas légiférer du tout à ce sujet rend les communs existants fragiles et cantonnés à des actions qui ne dérangent pas les intérêts privés ou publics? Il faut que la loi laisse une entière liberté de fonctionnement interne mais des lois générales sont nécessaires pour les protéger, pour qu'ils soient traités de façon équivalente au public et au privé lorsqu'un conflit survient. S'il est impossible de créer une loi générale pour les communs car ils regroupent des choses trop diverses alors cela veut dire que le mot commun est un fourre-tout et qu'il faut élargir le vocabulaire, trouver un mot pour chaque type de commun. Ainsi chaque type pourrait avoir une loi spécifique adaptée.
parfois, il vaut mieux un "vide juridique" qu'une mauvaise loi.
Et mieux vaut une bonne loi qu'un vide juridique (les bonnes lois existent :))
L'incompréhension de Daniel (7' du dernier acte) par rapport à ce que dit le pêcheur est étonnante: le gars dit simplement que les règles imposées de façon indifférenciée posent problème parce qu'elles ne sont pas adaptées aux particularités variées du terrain (du marin devrait on dire). Du coup, les règles nécessaires peuvent être plus restrictives... ou moins, selon les cas. "La question n'est pas là" dit enfin Benjamin Coriat. Et Daniel, toujours dans son ignorance de ce qu'est un commun, raisonne comme s'il s'agissait d'individus libres, comme des brigands, de tout dévaster et de foutre le camp ailleurs après. Le sujet même de l'émission (un commun, ce n'est pas seulement une ressource, mais une communauté qui en use, et qui en use selon des règles. Avec répression, dure si besoin.

Pour les agriculteurs... il commence, en effet à y avoir des tentatives de regroupement pour un bien commun. Mais c'est encore embryonnaire. À suivre.
Quel émerveillement de vous voir tourner autour de la seule vraie question !

Que l’on peut formuler de tant de manières différentes, pour dire la même chose :

• Qui peut prendre le pognon ?
• De quel droit ?
• Au nom de quelle règle ?
• Établie par qui ?
• Avec quel conflit d’intérêt ?
• Quelle part de l’oseille ?
• Pourquoi ?
• Comment ?
• C’est la lutte des classes !
• Ou la lutte finale (qui ne semble pas finie…)

En réalité c’est d’une simplicité renversante :

"Tu vois, le monde se divise en deux catégories, ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi tu creuses. "

L’oligarchie et son administration (pompeusement rebaptisée “Sévices Publics” – eux disent “Services” pour mieux noyer le poisson rouge, la carpe et le lapin à la moutarde de Dijon) tient le pistolet très chargé… Nous, le peuple, on creuse !

Et ça vous étonne ?

Vous êtes vraiment tombés de la dernière averse !

Allez, creusez bien ! Vous allez me rejoindre du côté de la Chine...

Quand on laisse son petit tas d’or, péniblement gagné, sur le trottoir sans le surveiller... on n’est pas une victime.

Mais un simple con !

PG

P.S. : C'est étonnant comme les sujets intéressants suscitent peu de réactions ! On vous a chloroformés ?
Quitte à heurter la modestie de Cécile Clozel, je me permets de citer sa remarquale contribution.

Merci aussi à Anne-Sophie et au lider maximo pour mettre ainsi le poing sur un doigt oh combien sensible.

Le sens (du) commun... Valeur en perdition.
Je découvre tout à fait les communs ( enfin, après l'article d'Anne-Sophie jacques il y a quelques jours), et c'est passionnant.

Est-ce que quelqu'un d'informé sait si cette notion a déjà été interrogée concernant les manuels scolaires ?

Ils sont écrits par des profs et inspecteurs, qui réinvestissement la connaissance acquise dans le cadre de leur exercice professionnel, donc, au départ, cette connaissance est entièrement issue du domaine public, et les gens qui l'ont ont été payés pendant qu'ils l'ont acquise.
Et, alors même que l'Etat dispose de moyens d'impression et de diffusion, ce sont des éditeurs privés qui éditent les manuels.
Ils les vendent majoritairement à des établissements publics.

On a donc un détour par le privé d'un bien issu du public et destiné au public.

N'y aurait-il pas là un domaine qui répondrait très exactement aux Communs ?
Merci pour cette émission remarquable... et attristante...
Bonne introduction à un sujet passionnant, d'urgence absolue. Mais pourquoi faut-il lire dans le texte de présentation une phrase comme "Puisqu’on ne peut pas compter sur les grands labos pour chercher un traitement contre les maladies tropicales, un groupe de chercheurs, étudiants, entreprises et instituts de recherches ont mis en commun leur connaissance afin de trouver un traitement pour la tuberculose. " La première affirmation à l'emporte-pièce est fausse, puis la tuberculose n'est certainement pas une maladie tropicale et enfin des traitements contre elle existent — et un vaccin — depuis des décennies. J'imagine que l'auteure voulait parler des prix voire de la gratuité des traitements, ce qui n'est pas la même chose, et est un autre débat qu'il faut faire connaître davantage auprès du grand public. Le problème est aussi celui des labos qui, sans vergogne, veulent breveter à leur profit des molécule naturelles, auquel se greffe celui, par exemple, de tribus amazoniennes qui, mal conseillées, voudraient que le brevet leur reviennent, ce qui est une vision bien réductrice du commun. Les communs doivent être/rester communs et non pas réservés à une myriade de "collectivités" et autres groupements qui se les approprieraient. On peut leur concéder des droits en contrepartie d'obligations.
Bonjour,
je me demandais si en agriculture, il n'y avait pas eu appropriation de communs (dans les années 60 il me semble) quand les grandes firmes se sont appropriés des graines alors qu'elles étaient le résultat de milliers d'années de sélection. Aujourd'hui un agriculteur ne peut utiliser ses propres graines, il doit acheter celles inscrites dans un répertoire officiel et détenues par des firmes. D'ailleurs cela a réduit la diversité des espèces cultivées.
C'est un sujet passionnant en effet.
Pour Daniel, à propose des des allusions sexistes à l’encontre de Nathalie Martin https://twitter.com/fandoetlis/status/662184500957433856 Pascal Rogard (SACD) est coutumier de ce genre de dérapage, et l'un des plus gros lobbyiste contre les communs/domaine public.
Je suppose que la coiffure de DS est un pied de nez à celle de Donald [s]Duck[/s] Trump ?

Enfin j'espère !

PG
Je vous signale un documentaire qui malgré certains accents hagiographiques mérite d'être vu.
Il relate l'histoire d'Aaron Swartz aujourd'hui décédé , un activiste ayant entre autre été un des contributeurs majeur à la création des créatives commons.
Sa trajectoire permet d'évoquer plusieurs des problématiques traitées dans cette émission .
http://www.bibliobsession.net/2014/08/01/attention-film-documentaire-incontournable/
Y a même des courbes de niveau sur OpenStreetMap maintenant. Ça permet d'estimer que l'altitude du restaurant Schneidermann est de 770 à 780 m au dessus du niveau de la mer.
Daniel découvre internet ces dernières semaines xD : après les vidéastes, les communs matériels et numériques, etc. Malgré son étonnement, ça n'a pas l'air d'entamer son esprit critique (enfin, pas tout le temps), ce qui est bien !
Très bonne émission sur ce trou noir de l'information que sont les communs, en passe d'être redécouverts (grâce aux détecteurs d'ondes gravitationnelles comme le site arrêt sur image entre autres). Benjamin Coriat est très pédagogue et nous donne une définition précise de la notion. Cela permet de faire le tri entre tout ce qui est un commun géré de façon durable et tout ce qui n'est pour le moment qu'un bien commun non géré, donc voué à une destruction probable.

J'aurais juste aimé entendre parler de l'association Terre de Liens (http://www.terredeliens.org/) qui s'inscrit complètement dans cette démarche...

En tout cas cet ancien/nouveau concept est porteur d'espoir pour apporter une alternative au capitalisme sauvage et destructeur, tout en évitant d'en venir à une gestion trop étatique (et donc éloignée du terrain) dans le style du communisme passé. C'est une troisième voie qu'on aimerait voir enseignée et élargie pour être appliquée au plus grand nombre de domaines possible.
Juste un lien à partager vers une conférence (que j'ai vu il y a 3 jours ! comme le hasard fait bien les choses) de Geneviève AZAM (universitaire/ membre du comité ATTAC à propos de la notion des "communs" à distinguer des "biens communs"

https://www.canal-u.tv/video/universite_toulouse_ii_le_mirail/les_communs_quelles_definitions_quels_enjeux_genevieve_azam.13502
La tentative US d'éliminer les" communs" du savoir scientifique n'a, à ma connaissance, pas d'équivalent en philosophie. Certes, la " production de concepts" caractérise pour Deleuze l'activité philosophique, mais sans qu'il parle de brevet ou de copyright.
Les libéraux ( c'est-à-dire les économistes) ont toujours été fascinés par ce qui leur résiste. Ça a commencé avec Adam Smith, qui tente une énumération qu'il croit exhaustive de ce qui échappe à la " main invisible" du Marché : Armée, police, justice, diplomatie, ponts et chaussées, canaux...et ( mais c'est moins clair) l'enseignement. La santé n'existe pas, encore moins la recherche, qui comme l'art relèvent de la charité ou du mécénat . L'idée d'une croissance autonome de ces différents domaines lui est tout aussi étrangère que l'émergence d'un " complexe militaro-industriel" ou d'un " complexe pharmaco-thérapeutique". Bref, Smith ( dont tous les libéraux sont des clones plus ou moins pâles ) essaie vainement de définir un domaine de la liberté ( définie comme " jouissance paisible de l'indépendance privée", selon Benjamin Constant) étranger à toute intervention étatique, l'Etat étant pour lui la monarchie luxueuse, belliciste et anti-économique. Cette tentative vaine est encore la notre.
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