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La mort d'Emmett Till : autres temps, autres moeurs

Le 24 août 1955, une femme blanche nommée Carolyn Bryant accusa Emmett Till, un adolescent noir de quatorze ans originaire de Chicago en vacances dans l'État du Mississippi, de l'avoir sifflée et draguée dans l'épicerie où elle travaillait. Trois jours plus tard, le mari de la femme et son demi-frère frappèrent sauvagement le garçon au visage, l'abattirent d'un coup de pistolet dans la tête et jetèrent son corps dans la Tallahatchie River.

Derniers commentaires

Je ne pense pas qu'il y ait des barrières indépassables qui font que la douleur de la mère d'Emmet Till soit incompréhensible pour une personne qui ne subit pas le racisme de par sa couleur de peau. L'injustice et la violence dans l'arbitraire, tout le monde peut s'en saisir et s'en émouvoir. Enfin peut-être pas tout le monde justement, mais il ne s'agit certainement pas de sentiments et d'expériences qui ne se vivent qu'à l'aune d'une couleur de peau.

Ceci étant, je comprends que la démarche de Dana Schutz choque. Il s'agit d'une artiste blanche, établie, qui n'a jamais abordé la question du racisme dans son oeuvre, qui fait une thune complètement dingue avec une toile qui prend pour sujet un événement icônique du mouvement des droits civiques qu'elle traite avec une non-challence incroyable. Sa réponse aux critiques est parlante : "I don’t know what it is like to be black in America, but I do know what it is like to be a mother. Emmett was Mamie Till’s only son. The thought of anything happening to your child is beyond comprehension." (J'ai trouvé ça sur Wikipedia)

Donc voilà. C'est une histoire de douleur maternelle. Du coup, la dimension raciste du crime et la colère d'une mère qui traîne le cercueil de son fils à travers tous les US pour le rouvrir à Chicago, à la face de la nation, ben ça passe à la trappe. Le gamin, il serait mort d'une chute dans les escaliers, tombé d'un pont ou électrocuté avec la prise du salon, on aurait compris la démarche. Là c'est un peu court. On peut se dire aussi que ça aurait fait moins de bruit, moins de thune. Ca pue le détour exoticisant d'une artiste blanche qui est bien consciente de l'accueil compassé et de la prime à la bien-pensance que recevra son travail.
En dépit de mes cheveux blonds
Mes frères
En dépit de mes cheveux blonds
Je suis Asiatique.
En dépit de mes yeux bleus
Je suis Africain.
Chez moi, là-bas, les arbres n’ont pas d’ombre à leur pied
Tout comme les vôtres, là-bas.
Chez moi, là-bas, le pain quotidien est dans la gueule du lion.
Et les dragons sont couchés devant les fontaines
Et l’on meurt chez moi avant la cinquantaine
Tout comme chez vous là-bas.
En dépit de mes cheveux blonds
Je suis Asiatique.
En dépit de mes yeux bleus
Je suis Africain.
Quatre-vingts pour cent des miens ne savent ni lire
ni écrire
Et cheminant de bouche en bouche les poèmes deviennent chansons.
Là-bas, chez moi, les poèmes deviennent drapeaux
Tout comme chez vous, là-bas.

Nazim Hikmet
LE LEVER DU JOUR EN ALABAMA

Quand je serai devenu compositeur
J’écrirai pour moi de la musique sur
Le lever du jour en Alabama
J’y mettrai les airs les plus jolis
Ceux qui montent du sol comme la brume des marécages
Et qui tombent du ciel comme des rosées douces
J’y mettrai des arbres très hauts très hauts
Et le parfum des aiguilles de pin
Et l’odeur de l’argile rouge après la plume
Et les longs cous rouges
Et les visages de couleur de coquelicots
Et les gros bras bien bruns
Et les yeux pâquerettes
Des Noirs et des Blancs des Noirs des Blancs et des
Noirs
Et j’y mettrai des mains blanches
Et des mains noires des mains brunes et des mains jaunes
Et des mains d’argile rouge
Qui toucheront tout le monde avec des doigts amis
Qui se toucheront entre elles ainsi que des rosées
Dans cette aube harmonieuse
Quand je serai devenu compositeur
Et que j’écrirai sur le lever du jour
En Alabama.

Langston Hughes
Je ne comprends pas ces protestations contre cette œuvre. Un être humain a fait une peinture pour exprimer la souffrance d'un autre être humain. En quoi un être humain de la même couleur de peau que la victime serait il plus légitime pour faire cette œuvre ?
Ne va t on autoriser que les ados noirs américain de sexe masculin et nés en 1950 à faire une peinture sur le thème ?

Je ne me sens ni noir ni blanc ni vert. Je me sens humain. Un autre humain est mort, assassiné par des humains fous qui croyaient que votre couleur de peau définie ce que vous êtes. Cela m'attriste profondément. Et je trouve terrible que d'autres fous m'interdisent de m'attrister parce qu'ils croient que la couleur de la peau définie ce que l'on est.
Les partisans du concept d'appropriation culturelle devraient avoir honte: ils ne sont ni anglo-saxons, ni nord-américains, mais pillent avec toute l'impudence qui caractérise les européens colonialistes, l'un des marqueurs culturels états-uniens les plus foireux.
Profitons d'une des dernières chroniques pour un lien musical.
Content, cher Alain Korkos, d'apprendre que "tous les artistes noirs ne sont pas forcément des crétins bornés ethnocentrés". Pas forcément ?
Et, contrairement aux commissaires du Whitney Museum, ne peut-on penser que certaines questions devraient être "explorées" prioritairement ailleurs que dans des musées ?
Puisque un blanc ne peut décemment écrire sur tout ce qui touche de près ou de loin à tout ce qui touche au racisme, colonialisme et autres massacres, pas plus que sur une culture qui ne lui serait pas liée "biologiquement"," écologiquement", je me dis qu'il va lui être difficile de se saisir de certaines matières.
A la rigueur il lui reste le Moyen-Age mais sans les croisades comme de bien entendu. La légende arthurienne il peut, les légendes et histoires vikings c'est bon.
Il y a bien également la mythologie grecque et romaine, ainsi que l'histoire ancienne (vivent les péplums! ça ne sera pas pour me déplaire). Même s'il y a toujours la problématique de l’hellénisme.
Par exemple, si un blanc veut adapter Les Ethiopiques d'Héliodore, comment va-t-il s'y prendre ? Héliodore serait, d'après les dernières études(cf Les Belles-Lettres), un prêtre, ou fils de prêtre d'Hélios, vivant en actuelle Syrie, de langue et culture grecques au III° siècle. Seul un moyen-oriental aurait le droit moral d'écrire et/réaliser un tel film ?
L'histoire du roman, elle-même, pose d'autres épineuses questions. En Ethiopie (pas l'actuelle, mais un territoire/royaume situé au sud de l'Egypte+Soudan), un couple royal noir enfante une petite fille blanche (sosie conforme d'une lointaine ancêtre blanche). La reine, craignant d'être accusée d'adultère et sa fille de bâtardise). L'enfant est déclarée morte, élevée dans sa prime enfance par un prêtre noir qui lui-même la confie à un prêtre grec qui l'adopte. Elle s'enfuie avec son amoureux blanc avec l'aide d'un prêtre égyptien et après moults péripéties retrouve sa famille biologique qui la reconnait comme leur enfant unique et la place sur le trône (après l'avoir mariée à son amant)
Mince ! Cette histoire d'un jeune couple blanc écrite par un syrien, et dont une grosse partie de l'action se passe en Afrique au milieu de "racisés" et, qui va prendre la suite d'un couple royal noir ne sera-t-elle pas ressentie comme profondément raciste ? Sans compter qu'on ne sait pas qui aurait le droit d'écrire les répliques des personnages égyptiens, éthiopiens et perses ?
Non, l'antiquité c'est vraiment compliquée; on risque de blesser quelqu'un dans son identité.
Bon, bah, on en revient donc au Moyen-age...ah non ! ça ne marche pas non plus, si l'action est méditerranéenne, il risque d'y avoir des noirs, des arabes, des kabyles (liste non exhaustive).
On ne s'en sort plus, dîtes donc !
P'tête la SF...à creuser...

Plus sérieusement, je ne savais pas que l'anti-racisme en était là, qu'il avait repris à son compte, et à ce point le différentialisme de certains courants d'extrême droite, et qu'il avait fait sienne la citation de Joseph de Maistre "Or, il n'y a point d'homme dans le monde.J'ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes, etc. Je sais même, grâce à Montesquieu, qu'on peut être Persan; mais quant à l'homme, je déclare ne l'avoir jamais rencontré de ma vie; s'il existe c'est bien à mon insu."
Esthétiser le visage massacré d'Emmet Till, c'est comme esthétiser un corps de juif gazé à Auschwitz - est-ce que des artistes allemands contemporains l'ont essayé ?

Begnini a fait quelque chose qui s'en rapproche mais sur un mode comique en 1997. Je crois et cela a suscité la polémique.

Des patineurs russes ont adapté le film en mode "holocauste on ice" il y a peu et la ça a été la légitime consternation.

Dont celle de maître Korkos.
Je comprends M. Korkos que vous soyez piqué au vif par la polémique où est évoquée la destruction d'une oeuvre d'art, mais cette réaction que l'on peut estimer outrancière ne peut être instrumentalisée pour disqualifier tous les enjeux légitimes liés à l'appropriation culturelle pour lesquels je pensais pourtant que vous étiez particulièrement bien placé pour nous apporter un regard distancié et érudit. Je serai curieux de savoir comment quelqu'un comme Marwan Mohammed, que vous aviez cité lors de l'inique procès que vous avait intenté Le Point, interpréterait la polémique.

Beaucoup de choses ont été déjà dites à juste titre par Hakim, Olivier et Makno, mais je me sens obligé d'en rajouter encore une couche par rapport à la comparaison que fait AK entre Emmett Till d'une part et Sacco/Vanzetti d'autre part.

Il y a un fossé entre les deux car même si le fait que Sacco et Vanzetti aient été italiens aient joué incontestablement, ils ont été d'abord condamnés en tant que militants, militants anarchistes dans un contexte où au tournant du XXème siècle, le Président Français, le Président du Conseil Espagnol et le roi d'Italie ont été tués par des militants anarchistes italiens; et que la même année en 1920, l'attentat de Wall Street a fait 38 morts et un groupe anarchiste italien est aussi soupçonné. Sacco et Vanzetti, même si innoncents du crime dont ils sont accusés, sont poursuivis comme étant des militants engagés dans la mouvance anarchiste radicale, et non parce qu'ils sont des immigrés italiens lambda.

Rien à voir avec Emmet Till qui est un garçon sans histoire de 15 ans, dont le seul tort est d'être né noir et de le porter sur son visage. A la différence de Sacco et Vanzetti, il n'a pas droit à un procès puisqu'il se fait massacrer. Il se fait massacrer pour ce qu'il est, comme les juifs pendant la Shoah, et pas pour ce qu'il fait, comme Sacco et Vanzetti, et ça fait une sacrée différence.

Et en conséquence c'est tout aussi hors de propos de comparer le fait qu'un américain d'origine juive et russe aient fait le portrait des cercueils de Sacco et Vanzetti, parce que c'étaient des militants (indépendamment de leur origine), que les Italiens comme les Juifs et les Russes n'ont jamais subi aux Etats-Unis de lois esclavagistes ou discriminatoires qui les aient privés de l'essentiel de leurs droits voire de leur humanité sur la base de leur physique ou de leur origine, et parce que l'enjeu de représentation du visage torturé d'Emmett Till n'a rien à voir avec celui de Sacco et Vanzetti (les autorités à l'époque voulaient enterrer immédiatement le cadavre du garçon pour éviter qu'on voit l'état de son visage). Esthétiser le visage massacré d'Emmet Till, c'est comme esthétiser un corps de juif gazé à Auschwitz - est-ce que des artistes allemands contemporains l'ont essayé ?

Enfin un dernier mot par rapport à l'expérience de mère que vous évoquez également. Dans les articles liées à la polémique, Dana Schutz a indiqué que certes elle n'avait pas l'expérience de vivre en tant que noir aux Etats-Unis, mais qu'elle avait l'expérience d'être mère, et que c'est en se projetant à partir de cette expérience qu'elle s'est impliquée émotionnellement dans la réalisation du tableau.

Et bien ça... c'est exactement le début de la négation de l'expérience propre aux noirs en mettant sur le même plan la douleur de toute mère qui perd son enfant qu'elle qu'en soit la raison, et celle de la mère noire qui perd son enfant parce qu'il est noir comme elle (et qu'il n'a pas les mêmes droits que les blancs). Est-ce la même émotion que celle de perdre son enfant dans un accident de la route? Le suggérer, consciemment ou non, c'est aller vers une dépossession qui vise à priver d'une histoire et d'une conscience collective, pour les noyer dans l'ordre dominant des choses, et ainsi désarmer politiquement.
Pour un manichéisme nuancé : Sachons comprendre les racistes, qui comme les électeurs de la Pen, sont des souffrants comme les " petits blancs" ( fonds électoral de Godwin en 1933) Votons Macron, seule synthèse du bien et du mal. Méluche est trop philosophe pour être président.
Whaaa, on lit des choses qui font mal ici...

Autant on peut se poser des questions sur la stratégie d'Hannah Black, essayer de comprendre ses motivations et s'intéresser aux questions d'appropriation culturelle et de comment lutter pour l'émancipation, autant la réaction d'Alain Korkos est révélatrice de truc carrément pas cool...

[quote=Alain Korkos]Hannah Black, en revanche, pourra continuer de pratiquer son art qui consiste notamment à utiliser des visages de Blancs.

Et ? C'est quoi le problème ? Est-ce que vous pensez sincèrement que des blancs qui s'approprient une culture d'un groupe qu'ils ont colonisé/réduit en esclavage/discriminé ça revient au même que des noirs qui s'approprient une culture blanche ?

[quote=Alain Korkos]fuck l'article premier de la déclaration universelle des droits de l'homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » Liberté, égalité, fraternité, tout ça, bullshit, comme on dit à Limoges quand on a des lettres.

Bah ouais, bullshit, c'est beau en théorie mais allez expliquer au noir que le racisme c'est dépassé, qu'on est tous et toutes égaux, et fraternel par dessus ça !


[quote=Alain Korkos]Que chacun reste dans sa communauté ceinte de hauts murs surmontés de barbelés, les moutons noirs ou blancs seront bien gardés

[quote=Faab]communautaro-sectaire

C'est fou, dès que des personnes opprimés se regroupent entre elles pour se renforcer, se protéger, se sécuriser on les taxe de "communautaire" ou pire de "sectaire", c'est vrai que les hommes blancs hétéro n'ont pas besoin de ça, le monde est à eux... alors dès qu'un espace se crée sans qu'ils soient les bienvenus ça pose un problème...

[quote=Alain Korkos]l'histoire de l'esclavage et de la ségrégation est commune aux Noirs et aux Blancs américains, et que la souffrance est universelle

"La souffrance est universelle", là je dois pas comprendre, le colon partagerait la souffrance du colonisé ? Le flic blanc meurtrier partage sans doute la souffrance de la famille et de toutes les personnes qui s'identifie à la victime ? Sérieusement ?

Et je passe sur les "crétins bornés ethno-centrés", Olivier l'a déjà évoqué...
Joli chronique, mais...

"Cela dit, tous les artistes noirs ne sont pas forcément des crétins bornés ethnocentrés"...

Ca dégaine un peu violemment, là.

Vos "crétins bornés ethno-centrés" vivent dans un pays on ne leur fait aucun cadeau et ça ne va pas en s'arrangeant. Le "crétin" a toute latitude sociale politique et sociétale pour ne pas l'être, c'est la définition que je me fais du mot. Ici, on ne peut pas parler de "crétins bornés ethno-centrés". Ce n'est pas du black power, c'est bien plus désespéré que ça. Ce sont des mots durs dans un pays où chaque mois des policiers blancs sont blanchis d'avoir tué des enfants noirs. A défaut d'accepter, comprenez que l'on suggère des solutions radicales de règles dans la lutte, ça n'a rien de crétin.

Je pourrais dire de mon point de vue de Français, mec, blanc, de gauche gauche, que je les désapprouve, ces paroles de séparation. Mais ce serait ne pas comprendre la moitié de l'histoire.
Que cette peinture d'une grande beauté puisse être tenue pour de la condescendance du Blanc, c'est comme ça, c'est compréhensible. Et si je dis que c'est regrettable, même si je le pense, j'ai l'impression de perdre mon temps et d'en faire perdre aux autres.

Je ne suis pas sûr que les "crétins bornés ethno-centrés" soient contre l'aide des blancs. Des lois réprimant le racisme institutionnel et une marche de millions de WASP contre les crimes racistes policiers ne devraient pas susciter de Tweets énervés de la part de Hannah Black.

En France aussi, on voit des "crétins bornés ethno-centrés" là où il n'y a que des militants qui ont trois réflexions d'avance sur les blancs de gauche comme moi. Le "Camp d'été «décolonial» interdit aux blancs - Le Figaro" alors qu'il n'était question de parler que du racisme des institutions contre les minorités en est le meilleurs exemple. Serais-je alors victime de mon angélisme, de la haine de soi ? Là aussi, ne perdez pas votre temps avec moi, les gars...

Il faut dépasser la provocation contenue dans les propos de Hannah Black ou Houria Boutedjla pour comprendre de quoi elles parlent exactement. De nous, elles parlent de nous. Pas uniquement de l'État, de Zemmour et des flics, mais aussi de nous, simples citoyens, fans de funk, lecteurs de James Baldwin, fondu de Public Enemy. Et elles nous disent que nous les honkey, on n'y est pas encore. Sûr que ce n'est jamais plaisant à entendre.

Mais si on veut rester dans sa zone de confort, alors "crétins bornés ethno-centrés" est parfait.
ouch la conclusion, dans la même phrase
"l'histoire de l'esclavage et de la ségrégation est commune aux Noirs et aux Blancs américains" et "la souffrance est universelle"
c'est un peu la porte ouverte à des trucs comme "All lives Matters"
Le sujet n'est pas si simple en fait.
Autant appeler à la censure, à la destruction de l'oeuvre et nier la liberté de l'artiste, ça me fait franchement violence (mais est-ce que ce serait autant le cas si la peinture était raciste?); autant on ne peut pas nier la part de légitimité du malaise que ça a provoqué, l'appropriation culturelle et sa dimension oppressive n'étant pas un fantasme.
Ce qui est gênant dans la lutte des blancs contre le racisme (et le machisme) c'est qu'ils ne savent mettent en scène que la souffrance, que de victimiser les gens, et d'oublier le courage, la lutte. Mettre en scène les luttes est bien plus dangereux pour l'ordre sociale patriarcale et blanc, que de mettre en scène la mort, l'humiliation, comme cette pièce de théâtre ou l'esclavage etait vu seulement sous le prisme de la victimisation pas du courage de la lutte libératoire .
Une fois de plus, Alain Korkos est lumineux d'intelligence.

Merci, mille mercis!
En tant que Limousine (comme Pierre Desproges), je ne vous permets pas de nous dénommer Limougeauds.
Ma lutte et ma souffrance sont réelles ainsi qu'universelles mais c'est " A moi, à moi, à moi ! "
Si c'est uniquement " A toi, à toi, à toi ! ", tu peux crever, tout seul, dans ton coin à toi !
En très bref : pas loin du stade du miroir chez l'enfant entre 18 et 24 mois, l'enfant évite parfois ce miroir qui l'attire pourtant.
Belle chronique .Il y quelques années , certains avaient dit qu' Othello ( " Le Maure de Venise") ne pouvait être interprété que par un acteur arabe .Belle absurdité et incompréhension de ce qu'est un acteur.
Je n'ai pas pris le temps de chercher mais il faudrait voir de quels cercles militants vient cette histoire. La période Black Panthers a aussi eu ce genre d'attitudes et il faudrait voir où ça en est aux USA avec l'exacerbation identitaire d'autant plus que des milieux militants en France "s'américanisent", tendent à reproduire ces schémas même si ça aura plus de mal à prendre chez nous où le fond culturel s'oppose au communautaro-sectaire qui est commun là-bas.
Très belle chronique, merci monsieur Korkos.
Que je trouve la mort du père d'un ami triste et que j'exprime toute ma compassion c'est chose naturelle, mais je m'incruste dans son cercle familiale pour pleurer avec ses proches, c'est ce que veut dénoncer Hannah Black. Permettez juste aux raciséEs de définir eux mêmes les modalités de LEUR lutte, je ne suis pas noir, ni rom ni femme, ni...et je suis de toutes les luttes pour la légalité et la dignité humaine. Mais c'est à chacune des ces catégories que je viens de citer de me définir et de mener leur combat, ce n'est à moi de mener ce combat, et si un noir (un seul) me dit que ta façon de nous soutenir nous dérange, je cesserai d'agir de la sorte, question de respect. Oui, tout les hommes sont égaux, mon ami ressent la même douleur que moi lors de la perte d'un parent, mais cette douleur identique, ne s'extériorise pas de même façon d'une famille à une autre, mon ami me demande juste de s'abstenir de mettre en scène ma compassion. Il me demande de rester en retrait et c'est chose compréhensible.
"luttes pour la légalité" dit hakim. J'ai cru à une correction abusive d'une machine, mais non c'est clair que "luttes pour l'égalité" serait très éloigné de ce que prone hakim.
[quote=si un noir (un seul) me dit que ta façon de nous soutenir nous dérange, je cesserai d'agir de la sorte, question de respect]

Mais justement, j'ai l'impression que là est tout le problème : ce n'est pas la façon qui est critiquée, mais la personne.

Je vais prendre mon exemple, je suis homo.

Si un hétéro vient soutenir les homos en disant "laissez les libres, c'est un choix de vie !", je serais gêné car non, l'orientation sexuelle n'est pas du tout un choix, et je pourrais alors être amené à protester. Mais ce serait alors parce que son message est foireux ; et non parce que celui qui l'a exprimé est hétéro ! Par ailleurs, je m'exprimerais alors certainement pas en tant que représentant d'une communauté, qui à ce que je sache n'est pas un groupe homogène de gens pensant automatiquement tous la même chose : si "un homo, un seul" dit qu'il est touché, ça ne regarde que lui, il n'a pas été élu par ses pairs.

Par contre, JAMAIS il ne me viendrait à l'idée d'aller chercher des noises à Ang Lee parce que lui, hétéro, a fait avec Brokeback Moutain un film sur la souffrance homo. Ca ne me traverserais même pas la tête : c'est totalement absurde, c'est reproduire les lignes de partage qu'on dénonce. Ce n'est même un élan en moi que je refuse par principes idéologiques : c'est juste quelque chose que je ne ressens pas. Quand je regarde son œuvre, je partage d'abord une indignation et une compassion humaine, au-delà de ceux qui il regarde.

Alors l'exemple à ses limites sans doute : la souffrance historique des personnes noires est trop géante pour être comparable, le racisme est bien plus systémique et implanté. Il n'empêche : ce garçon qui est mort n'appartient à personne. Il n'est pas la propriété des gens qui ont la même couleur de peau que lui. Et personne n'a a dicter les formes de notre émoi, surtout si c'est pour reproduire, en creux, et par la forme que prend leur combat, l'essentialisation ethnique qu'ils prétendent attaquer.
J'apprécie votre réponse, et je comprend parfaitement votre démarche inclusive, qui consiste à implique tout le monde dans la lutte pour l'égalité (et non la légalité comme ça m'a été gentillement signalé) et la dignité. D'autres peuvent choisir à des moments précis de la lutte, une démarche qui semble inverse de la votre, et qui est autant respectable que la votre. je m'explique :

La question de fond ici c'est : "Qui doit mener (guider) la lutte", "Qui doit en définir les modalités". A mon sens, c'est les premiers concernés : Les raciséEs. Si unE raciséE me dit : "T'es gentille, laisse-moi faire", je ne me vois pas lui rétorquer : " T'es unE raciste, tu ne me laisses pas te guider vers ton émancipation".

Le propos de Hannah Black ce n'est pas que Dana Schutz soit Blanche ou Beige, C'est le fait qu'elle "mène un combat" pour les noirs sans les noirs. Si la personne hétéro persiste à dire que l'orientation sexuelle est un choix, vous ne cesserai de contredire son propos, sans que personne ne vienne vous accuser à votre tour d'hétérophobie!

Que les femmes veulent ou non impliquer les hommes dans leur lutte, c'est leur choix, et c'est à elles seules de définir les modalités d'implication des hommes ou autres groupes. Si une femme me dit :"t'es gentil, on ne veut pas d'homme dans notre réunion ou manifestation", je n'ai d'autre choix que de m'incliner. Mais je ne cesserai pas pour autant de lutter pour l'émancipation de tous les êtres humains.
Je crois ne pas être d'accord sur deux de vos points, ici.
Je vais essayer de m'en expliquer (en longues tartines pas très claires, désolé) :


- Comme je le disais, le problème de ce que répèterait cet hétéro, ce serait son propos, et non le fait qu'il soit hétéro. La vraie question, ramenée au cas de Schutz, serait donc : est-ce qu'il y a quelque chose dans cette œuvre d'art qui énonce un propos discutable ? Le paternalisme dont on l'accuse, est-il inscrit dans la forme-même de l’œuvre, ou dans la manière dont elle a été promue ? Ou bien est-ce quelque chose qu'on suppute à vide sur n'importe quelle expression blanche sur un sujet noir ?

À ce titre, la photo de l'artiste souriante devant son tableau est terrible (artificiellement, car sortie de tout contexte, mais fatalement terrible), car elle semble parfaitement illustrer l'exploitation d'un évènement de souffrance au profit d'un bénéfice personnel : mais cette photo le serait tout autant, terrible, si on la voyait poser souriante devant un tableau représentant la mort réelle d'un enfant blanc. Ça titille des questions d'éthique personnelle, pas de lutte.


- Mon deuxième désaccord : Le tableau de Dana Schutz est-il vraiment un instrument de lutte ? Se conçoit-il seulement ainsi ?
Les groupes féministes non inclusifs dont vous parlez sont à mon sens très discutables, au moins ont-ils cette spécificité d'être de purs instruments de combat, pensés à cette unique fin, et impliquant de ce fait des questions de stratégie. Mais ramenés à l'art, ces principes me semblent beaucoup plus bancals.

J'aurais bien du mal, par exemple, à considérer le film d'Ang Lee comme un instrument de lutte - ce qu'il est férocement devenu, pourtant, de par sa large exposition hollywoodienne. Et si je n'arrive pas à le concevoir comme un instrument de lutte, c'est justement parce que le regard que ce film pose sur l'homosexualité est d'abord propre à Ang Lee "l'individu", aux névroses qui lui sont propres : cette étrange pudeur dans l'expression du sentiment amoureux, et ses conséquence terrible ; ou bien cette vision des rapports intimes qui sont fatalement la caisse de résonance des crises sociales de l'époque, etc. Ce qui me parle ici, alors, c'est Ang Lee en tant que personne : et sa personnalité ne saurait se résumer au fait qu'il soit hétéro.

Si j'accepte son regard sur l'homosexualité, quand bien même il n'est pas le mien, c'est parce que c'est un regard personnel, qui en devient paradoxalement beaucoup plus universel, car je pourrai toujours entendre ce qu'il me dit à "moi", et non à "moi, homosexuel" ; parce que son film, justement, n'est pas fait "en mon nom". C'est d'ailleurs la condition de base de tout film réellement politique, ne pas se faire "au nom de" : pour déranger les lignes, à commencer par son spectateur, il faut exprimer quelque chose de singulièrement intime ; sinon on ne fait qu'illustrer les tracts, qui sont un catéchisme comme un autre, aussi noble soit la lutte.

Tout ça pour dire que la seule question qui vaille dans le cas Dana Schutz, avant même d'ouvrir un débat, serait celle de l’œuvre elle-même : il faudrait l'observer, l'analyser, voir ce qu'elle représente et comment, et voir si elle se conçoit comme un instrument de lutte, où l'art ne serait plus qu'un intermédiaire (une œuvre qui parlerait alors surtout "au nom de" ; auquel cas ce débat peut s'ouvrir, sans préjuger de ses conclusions) ; ou alors si elle y exprime un point de vue personnel et intime sur ce qui s'est passé, auquel cas son œuvre est aussi légitime qu'une autre.
Le propos de Hannah Black ce n'est pas que Dana Schutz soit Blanche ou Beige,

Bien sûr que si !
Hannah Black demande rien moins que la destruction d'une oeuvre, sous le seul prétexte que l'artiste est une blanche : si l'artiste avait été noire, Hannah Black n'aurait pas ramené sa fraise.

"Hannah Black et ses compères se placent du mauvais côté de l’Histoire, du côté des phalangistes qui brûlent les livres, des régimes autoritaires qui censurent et emprisonnent les artistes, des fondamentalistes religieux qui interdisent des œuvres au nom de Dieu." estime à juste titre une autre artiste noire, Coco Fusco.
Oui, tout les hommes sont égaux, mon ami ressent la même douleur que moi lors de la perte d'un parent, mais cette douleur identique, ne s'extériorise pas de même façon d'une famille à une autre, mon ami me demande juste de s'abstenir de mettre en scène ma compassion. Il me demande de rester en retrait et c'est chose compréhensible.

Je suis d'accord avec la critique d'Alain Korkos elle est pleine de bon sens et met en exergue la bêtise et la prétention d'Hanna Black à s'approprier la mémoire d'Emmet Till . Qu'en pense la famille d'Emmet Till? Que dire de tous ceux qui ont contribué a en faire une icône de l’oppression sans être noirs?

Je me souviens avoir trouvé maître Korkos moins inspiré lorsqu'il chroniquait un spectacle de danse sur glace adapté de la vie est belle de Benigni.
Ce spectacle était d'un tel mauvais gout consensuel qu'il en devenait irrespectueux des victimes de la Shoah mais l'accusation d'antisémitisme à son encontre me semblait inappropriée et je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec Hanna Black.

Et les pas d'accord du forum (dont je faisait partie) avaient été traité de nazis.

Les US sont un espace ou la symbolique raciale est exacerbée et on peut comprendre que des afro américains luttent contre l'appropriation culturelle ( le syndrome Elvis Presley) mais qu'ils le fassent avec intelligence j'ai l'impression qu'Hanna Black manque d'inspiration en tant qu'artiste ( l'artiste blanche qu'elle attaque aussi visiblement)

Il faut cependant être compréhensif vis a vis des personnes descendants d'esclaves déportés. La question culturelle est un profond traumatisme chez des gens dont les ancêtres ont longtemps été assignés à une identité construite sur la dépréciation et la haine de soi.

Les chemins vers la réappropriation culturelle passent pas des polémiques de ce type mais sur ce coup c'est le dégré zéro de la réflexion.

Et j'ai l'intime conviction que les artistes qui ont connu l'oppression dans leur chair (et pas sur les banc des beaux arts dans les expos et les livres d'histoire) produisent des œuvres plus percutantes. Les petits bourgeois qui se réclament de leur héritage essayent de les singer sans y arriver.

Et pour finir je vais dégainer l'arme favorite a destination de ceux qui s'enferment dans les schéma de pensée d'Hanna Black je peut donner mon avis car je suis racisé ;-)
Black me répondra que les mulâtres dans mon genre ont toujours été de bon nègres de maison.
Sauf qu' Hanna Machin est pas de la famille: c' est juste une raciste...D' une couleur différente des assassins d Emmet Till, c' est tout!
Derrière toute cette merde auto-valorisante, il n' y a, en fait, que la même volonté de hiérarchiser l' objet de sa haine..." Ok je l' égorge, mais c' est un infidèle, un fils de Sion, même pas crêpu, d' une couleur infâme, athée, fiotte, " bitch "...".
Tout est dit, quoi!
C' est le problème des presse-livres: t' en enlèves un, et l' autre sert plus à rien...À mon humble avis, c' est pas prêt, ni près, d' arriver!
Comme on dit, " Si t' es pas pour, c' est que t' es contre ": 10 milliards de connections synaptiques...C' est dingue comme il y a des jours où je me sens affreusement vieux!
Carpe diem...
Meme si je ne suis pas forcement d'accord avec Hannah Black.
Le probleme des analyses "on est tous pareil, citoyen du monde", degoulinante de mievrerie, nie une realité celle des communautés dominantes sur celle des communautés minoritaires, que ce soit culturel, politique, economique and co et cette difference de traitement apparait aussi dans l'expression selon d'ou on parle, il y'a le "gentil negre" et le "mechant negre", il y'a le "maitre ouvert, philanthrope".

Tandis que celui qui fait parti de la communauté dominante verra ses prises de positions sur un meme sujet, pris plutot comme quelque chose de positif, on voit souvent que les prises de positions des minoritaires sont accuses d'etre revenchardes, aggressives, haineuses.

Dana Schutz, "prend la pose", le militant qui vit subit ces pressions, lui, lutte pour faire evoluer sa situation, c'est toute la difference entre le ressenti et le ressentiment exprimé, par les uns et les autres.
On est sensé voir quelque chose de "superieur" dans l'art, mais l'art est un produit de consommation avec ses marchés, et hautement speculatif, sauf que l'art est un produit de consommation pour les riches, qui s'admire et donne a admirer leur domination culturelle, c'est les dominants qui decident si, par exemple un tag est de la degradation de bien ou quelque chose de superieur... de l'art... on est dans de la distinction culturelle comme dirait l'autre...
Prenons, je ne sais pas... au hasard une pub pepsi qui exploiterait cette imagerie, et la, l'aspect exploitation apparaitrait a beaucoup...

On peut aussi faire le parallele avec la culture amerindienne, aux USA, qui semble etre le modele revendicatif qui inspire la demarche de Hannah Black. Pour rappelle, apres le genocide de nombreux peuples amerindiens, et l'oppressions sur ceux qui ont survecus, la culture dominante s'est reapproprie les elements culturels pour son "loisir" et cree ses stereotypes qui deforment une culture et s'imposent dans les representations. Par exemple, je pense que beaucoup de juifs, et autres prendraient mal que l'on fasse jouer aux gamins "aux nazis et aux juifs" un peu de la meme maniere qu'aux "cowboy et indiens".
Le contexte aux USA peut expliquer la sensibilité d'une Hannah Black, les manifestations "black live matter" and co... tourne a l'etat d'urgence et a la militarisation de l'encadrement de manifestations sur ce genre de revendication. Des noirs qui manifestent, c'est forcement des "emeutes"....
L'une des differences entre l'epoque d'un Sacco et Vanzetti et autres, c'est qu'on est a une epoque ou aux USA, la notion de lutte des classes structuraient beaucoup (la plupart ?) de luttes. La difference aussi c'est qu'a cette epoque on se donnait pas l'illusion d'une societe ou tous sont egaux, on l'on se gargarisait de mots et symboles a la maniere d'un obama... Et c'est ce contexte d'hypocrisie, de deni qu'apparait la question de l'appropriation.
Il faut aussi rappeler que les processus de communautarisations tel qu'aux USA ou autres, ne se sont pas le fait des domines, les domines ont du faire avec et se sont construit en consequence.

Toute ces reflexions influencent la reflexion sur les luttes des differentes minorites/domines, et comme le disait Faab (je crois), il faut s'attendre a ce que ce genre de lecture apparaisse de plus en plus.


Je me serais pas fendu de ce billet, si l'analyse de AK, ne s'etait pas contenté de juste exprimé un point de vu theorique de blanc dominant, parlant essentiellement de choses symboliques sans grand chose sur une certaine realite ou le contexte.
Le dominant reproche aux dominés ses manieres, son aggressivité, sa susceptibilité et oui le dominé aggresse forcement la representation d'aujourd'hui du dominant qu'il a de lui-meme, il ne vit pas dans ce monde fantasmé ou tout le monde il est gentil, ou tout le monde est egal, a les memes chances. l'expression du dominé restera toujours transgressif pour le dominant quelque soit sa maniere de s'exprimer.
Le tout est de savoir si on comprend d'ou parle les gens et ce que ca dit sur nos societes, au lieu de se contenter de "monter sur ses grands chevaux" et jouer la "vierge effarouchée".
Il ne s'agit pas de forcement approuvé, mais avant tout de comprendre.
J'ai oublié d'evoquer comment la musique "vulgaire/primitive des negres" a ete finalement accepté par les blancs dominants aux usa, et ca passe d'abord par une periode transitoire ou l'on fait aussi jouer/chanter de la "musique noire" par des blancs, alors que d'immenses "genies" musicales noires de l'epoque gagneront quasiment que dalle, dans un contexte ou le noir etait un "negre" et traite comme tel... Aujourd'hui la musique "noire" fait un "tabac" chez les blancs, mais les noirs peinent a voir leur situation se hisser au meme niveau que celle des blancs.

La question de l'appropriation peut se poser.
globalement d'accord, juste, ne pas confondre "l'art" (seul l'artiste est compétent pour décider de donner une valeur "artistique" à son travail, de le qualifier en tant que tel) et "la valeur de l'art" (construction sociale de la valeur complexe, fortement liée au marché de l'art et au capitalisme; au capital culturelle, mais pas que, et il n'y a pas qu'une valeur mais une multitude)
Je ne sais pas ce que vous entendez par "valeur artistique", mais je pense que ce qui est qualifié d'art se fait non pas par l'artiste mais celui/ceux qui regardent l'oeuvre, je ne crois pas que l'artiste est forcement conscient qu'il fait une oeuvre d'art.
Ce qui est considere de l'art est de l'ordre de la construction sociale et subit, peu ou prou, les memes conditions/contraintes que toutes les autres constructions sociales.
je dis tout simplement que, de mon point de vue, seul l'artiste peut qualifier la nature de son travail ou de sa démarche comme étant "de l'art" (après il peut l'avoir plus ou moins intellectualisé). Pour le dire de manière plus universelle seul lui peut connaitre la nature de son geste et pourquoi il le fait (qu'il l'appelle oeuvre d'art, peinture, graffiti, chanson, concerto...). Et ça indépendamment de comment c'est perçu, et de la valeur subjective et construite qui est donnée au résultat (et bien evidemment que tout ça va influencer son geste)
Vous êtes dur là... Oui, l'artiste voit de l'art ou pas sortir de ses mimines, mais nous autres aussi.

Le coupé Lancie Fulvia, c'est de l'art. Pourtant, je jure que ce n'est pas moi qui l'ai dessinée.
c'est juste la qualification d'un objet, sans y mettre un jugement de valeur justement. Quand on dit "c'est de l'art" ou "c'est une oeuvre" on ne dit rien de la valeur, on émet pas un jugement on qualifie un objet, comme on dirait "c'est un tabouret".
(et votre coupé c'est un objet de consommation utilitaire, en l’occurrence une voiture; et le travail esthétique qui est fait dessus, on appelle plutôt ça du design. ça ferait peut-être une belle oeuvre d'art, mais ce n'est pas sur ce critère là qu'elle est jugée). C'est pour ça que pour moi le seul critère opérant pour dire d'un objet que 'c'est de l'art' c'est le geste de l'artiste et l'intention qu'il y a derrière ce geste. Ensuite cet objet (pas forcememt un objet physique); est reçu, perçu, evalué, ou pas du tout, par d'autres, et cette reception ou sa qualité ne change rien à la qualification de l'objet en tant qu'oeuvre; et d'ailleurs cette reception est aussi une démarche active, à divers degrés.
(pour prendre un exemple évident d'une démarche active du public, cette célèbre pièce:
http://www.tate.org.uk/art/artworks/abramovic-rhythm-0-l03651
et pour reprendre le fil de la discussion, non, ce n'est pas le contexte d'une prestigieuse institution qui en fait une oeuvre)
Du bonheur à lire, Makno .
C'est bien dit Makno.

Je pense à peu près comme vous.

Pas d'accord du tout avec Hannah Black mais refuser de prendre en compte le contexte qui est celui ci https://www.youtube.com/watch?v=ArHhMabjWwg c'est s'interdire de comprendre.
C'est une scène géniale.

Cela dit, c'est toujours aussi problématique : un jour, il sera reproché au blanc de s'immiscer dans des combats qui ne sont pas les siens (au nom d'une vision particulière de la lutte contre le racisme, où cette question concernerait seulement ceux qui le subissent, et non le citoyen de manière générale). Et un autre jour, il lui sera reproché de ne pas descendre dans la rue en masse pour protester contre l'affaire Théo.

Les deux points de vue se valent et sont justifiables, mais je ne vois pas comment on sort de cette impasse.
Vous avez suggéré la chose. On reproche AU blanc de s'immiscer, mais pas AUX blancs de s'impliquer. C'est le nombre qui fait tout.
J'avoue ne pas vraiment saisir l'énormité de la différence (ok pour le cas de la peintre, si tant est qu'on le juge problématique, ok, car ça va avec une exposition médiatique de sa personne ; mais il existe peu de formes d'engagement qui ne soient pas collectives).
Les militants noirs n'ont que faire d'une artiste peintre blanche. Ils adoreraient par contre une manifestation de masse avec des millions de blancs en leur faveur. Expliqué simplement.
Soit pour des manifestations de masse, mélangées, contre un but commun qui est la lutte contre le racisme - racisme qui, s'il n'est pas subi par tout le monde, est l'affaire sociale de tous.

Une manifestation de blancs en faveur des noirs (je ne sais pas si c'est que votre expressions sous-entendait ?), qui protesteraient contre le racisme en tant que blancs, et non en tant que citoyens, c'est une vision de la société que j’exècre, qui essentialise un peu plus chacun à sa couleur, et que je n'approuverai jamais de ma présence.

(et au cas où certains m'objecteraient que c'est naïf, je reprendrais la comparaison filée plus haut avec l'exemple de la gay pride : c'est un mouvement de lutte sur lequel j'aurais bien à redire, mais qui inclut tout le monde en son sein sans même se poser la question, sans jouer les videurs, de ceux qui subissent les discriminations à ceux qui simplement s'en indignent, et qui a hautement profité de ce brouillage des lignes : on peut juger, après 50 ans, que ses résultats sont autrement plus efficaces que ceux de bien d'autres luttes).
Dans le Life du 5 mars 1965 évoquant la mort de Malcom X, extraits de cet article de Gordon Parks évoquant son rapport aux Black Muslims et où Malcom X évoque notamment l'événement en le regrettant :

"Now he was sounding like the old Malcom : "Strangely enough, listening to leaders like Nasser, Ben Bella and Nkrumah awakened me to the danger of racism. I realized racism isn't just a black and white problem. It's brought blood baths to about every nation on earth at one time or another."
He stopped and remained silent for a few moments. "Brother", he said finally, "remember the time that white college girl came into the restaurant - the one who wanted to help the Muslims and the whites get together – and I told her there wasn’t a ghost of a chance and she went away crying ?”
“Yes.”
“Well, I’ve lived to regret that incident. In many parts of the African continent I saw white students helping black people. Something like this kills a lot of argument. I did many things as a Muslim that I’m sorry for now. I was a zombie then – like all Muslims – I was hypnotized, pointed in a certain direction and told to march. Well, I guess a man’s entitled to make a fool of himself if he’s ready to pay the cost me 12 years.”

As we parted the laid his hand on my shoulder, looked into my eyes and said. “A salaam alaikem, brother”.
“And may peace be with you, Malcom” I answered.
Driving home from that last meeting with Malcolm, I realized once more that, despite his extremism and inconsistencies, I liked and admired him. A certain humility was wed to his arrogance. I assumed that his bitternesss must have come from his tragic early life. His home in East Lansing, Michigan, was burned to the ground by white racists. He had lived for many years with the belief that whites had bludgeoned his father to death and left his body on the tracks to be run over by a streetcar.

Malcom’s years of ranting against the “white devils” helped create the climate of violence that finally killed him, but the private man was not a violent one."


P.S. : quand ça dit "Muslims", ça parle bien sûr des "Black Muslims", Nation of Islam de cette période. Je précise au cas où certains trouveraient avantageux d'associer muslim et zombie par les mots de Malcom X...
P.P.S. : même si Malcom X a évolué, faut peut-être faire gaffe au compte-rendu de Gordon Parks, pas sûr qu'il n'ait pas mis un peu de ses conceptions pour calmer les choses.
Vous avez remarqué ? Non.

Il dit ça à une femme.

Comme si elle n’était pas dominée, elle, particulièrement.
Vous avez remarqué ? Non.

Il dit ça à une femme.

Comme si elle n’était pas dominée, elle, particulièrement.

Et oui j'ai remarqué oblivion Malcom X le black muslim ne se préoccuppait pas du patriarcat et du féminisme.

Les dominations se recoupent parfois et les groupes dominés peuvent s'allier mais pas toujours... Oblivion je ne sais pas ce que vous pensez du féminisme intersectionnel mais c'est une tentative pour accepter et dépasser ces impasses.

La génération d'après Malcolm X au US (les années 70) a clairement vu un rapprochement entre féministes blanches et mouvement des black panthers mais pour les noirs ayant subi la ségrégation ( Malcolm X a vu son père se faire tuer par le KKK ) c'était impossible.

Le cas Emmett Till est exemplaire à ce titre à l'époque de Malcolm X une femme blanche qui vous accusait de la draguer pouvait vous conduire au lynchage. C'est différent du schéma classique de la domination patriarcale qui d'habitude culpabilise la parole des femmes quand c'est un noir qui était accusé cette parole était sanctifiée on ne peut pas faire comme si les formes de domination étaient universelles. (d'où mon antipathie à l'égard des féministes "universalistes" même si je ne sais pas si c'est une marque déposée)

On aurai jamais entendu parler d'Emmett Till si ce dernier avait était accusé de harceler une femme noire.
Ce type de réaction était inévitable

Vous pouvez le regretter mais ce sont les femmes noires, les black féminists qui avaient la légitimité et la capacité à défoncer la porte du patriarcat au sein de la communauté noire elles ont eu la même réaction que Malcolm X vis à vis des femmes blanches qui souhaiter s'immiscer dans leur leur combat .

Tout comme les femmes blanches ont eu besoin de groupes de discussion et de combat réservés aux femmes pour éviter de se faire "paternaliser" par des hommes.

Il faudra bien accepter que tout individu peut être à la fois dominé et dominant en fonction de tout un tas de critère par uniquement le genre ou la "race".
C'est la prétention à être uniquement dominé qui est source de tous les malentendus et Malcom X avait cette prétention alors qu'il était aussi sexiste que la plupart des figures masculines d'émancipation de l'époque ( les Ghandi les Mandela les pasteur king y compris. )

De la même façon les afro américains constituent un groupe dominant au sein du monde des afro descendants par le biais de la domination culturelle étasunienne ils ne sont pas immunisé contre l'impérialisme et le paternalisme.
@si avait, je crois, plutot bien traité du contexte autour de ce sujet.
(taper ferguson dans le moteur de recherche d'@si) et en avait fait l'objet d'une emission.
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