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La "France qui souffre" ou la France qui fantasme ?

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J'aimerais beaucoup avoir l'avis de Judith sur ce papier de Lordon justement. Il est méprisant lui aussi ?
Bonjour,
Je souhaite vous faire part non pas des discriminations ou des injures racistes que j'ai subies depuis que je suis jeune mais des a priori dont je fais l'objet régulièrement depuis bientôt 30 ans. Je suis née en France, je suis française et suis issue d'un couple mixte: ma mère est originellement française et mon père tunisien (naturalisé français depuis de nombreuses années). Mes parents sont instruits, éduqués, ont fait des études supérieures en France et sont cadres dans la fonction publique.
J’ai d’ailleurs suivi le même parcours estudiantin et professionnel qu’eux.
Ma mère est catholique non pratiquante, mon père n’est pas musulman (ni juif ni catholique) et mes parents sont tous deux laïcs. J’ai d'ailleurs reçu une éducation laïque.
Et pourtant le commun des mortels, y compris les citoyens de gauches bien pensants, instruits et ouverts, m’assimilent régulièrement à une musulmane (tout comme mon père alors qu’il existe des maghrébins laïcs, juifs ou chrétiens) : oui je suis donc « musulmane d’apparence » comme dirait Monsieur Sarkozy. On me demande si je mange du porc ou si je bois de l’alcool, on me dit que je dois sûrement être très au fait des culture et religion musulmanes, on veut me poser des questions sur ces sujets en pensant bien faire et se montrer ouvert d’esprit, on me dit que pourtant je devrais comprendre et parler l’arabe, on pense que je dois savoir cuisiner le couscous etc.
Je vis également au quotidien le préjugé que je simplifie ainsi : arabe ou d’origine arabe=moins intelligent, moins instruit et mois cultivé qu’un « français de souche » (façon de parler pour faire plaisir à ceux qui pensent l’être). Quand j’étais à l’école primaire, déjà, des élèves ou leurs parents pensaient que j’étais une mauvaise élève et que j’avais redoublé. C’est l’addition de plein de petites choses dites au quotidien, des comportements issus de ce préjugé et de la lepénisation des esprits qui peut devenir pesant, à la longue.
Je veux juste dire qu’il existe plein de personnes comme moi à qui de nombreux citoyens inventent une appartenance, des pratiques, une histoire. Mes chers concitoyens, laissez de côté vos a priori et vos peurs fantasmatiques s’estomperont. Traitez votre prochain sans préjugés, avec tolérance et respect, d’égal à égal, et la France ira mieux.
Et comme d'habitude, F. Lordon remet brillamment les pendules à l'heure...
vote du FN la France qui souffre! vaste hypocrisie! Dans ma région, beaucoup de petits villages votent FN! et ces électeurs, beaucoup, il faut le dire, sont xénophobes! Appelons un chat un chat! Je ne suis pas toujours fier d'être français!
Un article "extlêmement intélessant" comme me l'a précisé un ami chinois: Eric Fassin dans Rue 89
Et on retrouve ce même genre de phénomène dans les grandes villes de province.
Le problème est que 10e devient un quartier bourgeois et que d'ici peu les immigrés auront disparu.

Voici un extrait d'un travail sur Paris et l'habitat très révélateur et concernant le 10e arrondissement

Les nouvelles manières d’habiter des ménages gentrifieurs. Un exemple parisien

Après avoir tenté de cerner les effets de la gentrification sur l’habitat à Paris, il faut se pencher sur les ménages gentrifieurs eux-mêmes et leur rapport à leur logement. Pour cela, je m’appuierai sur une enquête menée en juin 2004 dans une cour ouvrière réhabilitée par un promoteur, rue du Faubourg du Temple, à la limite entre les 10e et 11e arrondissements (à la hauteur de la rue St-Maur) [5]. La Cour de Bretagne forme un passage fermé d’une centaine de mètres entre la rue du Faubourg du Temple et la rue du Buisson St-Louis et est composée de cinq bâtiments datant de la fin du XVIIIe siècle et du tout début du XXe siècle totalisant environ 10 000 m2 de plancher. Propriété indivise tenue par une famille noble, elle fut rachetée par un marchand de biens en 2000, réhabilitée puis revendue par lots, la réhabilitation divisant par deux la surface des locaux d’activité, augmentant la surface des locaux d’habitation mais en réduisant le nombre de logements, au nombre d’une centaine aujourd’hui.

Une quinzaine d’entretiens approfondis avec les nouveaux habitants a permis de mieux connaître le profil des gentrifieurs. Appartenant aux classes moyennes supérieures voire aux classes aisées, mieux dotées en capital culturel (niveau de diplôme élevé, champ professionnel de la culture au sens large) qu’en capital économique (revenus souvent irréguliers et situés, le plus souvent, dans la tranche des 25% des ménages les plus riches d’Île-de-France), les gentrifieurs font figure de néo-bourgeois en pleine ascension sociale, ne serait-ce que par le patrimoine immobilier dont ils viennent de se porter acquéreurs et dont la valeur a déjà doublé aujourd’hui. Formant un groupe social aux contours flous, ils mettent en œuvre une stratégie de distinction sociale dans laquelle le logement est un élément-clé.

Le choix du logement avant celui du quartier


Pour les nouveaux copropriétaires de la Cour de Bretagne, la recherche et le choix de leur logement n’ont pas été faits au hasard. Certains ont conduit cette recherche à la manière des repérages pour le tournage d’un film, d’autres ont arpenté pendant plusieurs mois toutes les cours environnantes à l’affût d’une bonne affaire, tous ont mobilisé leurs relations, la vente des lots s’étant faite uniquement de bouche-à-oreille dans le milieu des architectes, des photographes, du cinéma, du théâtre...

Présentée comme libre, cette recherche est en fait guidée par une forte contrainte de prix. Habitant souvent des immeubles haussmanniens dans le 9e ou le 12e arrondissement, le Marais ou rêvant du Quartier latin sans pouvoir se l’offrir, les gentrifieurs de la Cour de Bretagne ont d’abord choisi cette localisation en raison des prix encore abordables que leur proposait le promoteur, aux alentours de 2 700- 3 000 € le m2 (soit 18 000 à 20 000 F). Certains artistes arrivés comme locataires dans les années 1980 ont bénéficié de prix très intéressants (autour de 2 100 €, soit 14 000 F). Cette contrainte de prix explique que les gentrifieurs aient dû acquérir un logement dans un quartier encore populaire et immigré qui ne leur a pas plu d’emblée. Plus que le quartier, c’est la localisation et l’accessibilité de leur logement qui les a déterminés : plus proches de la station de métro Belleville que République, c’est pourtant cette dernière qu’ils mettent en avant, comme une garantie de centralité, certains considérant même leur nouvelle localisation comme centrale dans Paris. Leur choix est donc un arbitrage entre la contrainte financière et l’exigence de centralité, tous rejetant vivement la possibilité de s’installer en banlieue, présentée comme un exil insupportable.

Le quartier est d’autant plus supportable que leur nouveau logement se situe dans une cour fermée dont la composition sociale est très homogène, tant par le niveau social que par les domaines professionnels qui y sont représentés. Finalement, le quartier aussi fait partie des critères de choix des gentrifieurs parce qu’il offre la garantie d’y trouver de plus en plus de gens comme eux, leur réseau de sociabilité étant essentiellement concentré dans cette partie de l’Est parisien devenue suffisamment à la mode pour que ceux de leurs amis qui n’y habitent pas se déplacent pour venir les visiter. Peu à peu, même le quartier est valorisé dans ce qu’il a de populaire et d’immigré : on y trouve tout, à toute heure et à des prix défiants toute concurrence pour la vie courante ; on a l’impression d’être en voyage et on apprécie le mélange culturel inédit entre Maghrébins et Asiatiques ; et finalement, quoi de mieux pour prouver son ouverture d’esprit et s’opposer ainsi à la bourgeoisie traditionnelle des Beaux Quartiers ou des immeubles haussmanniens associée à la fermeture et à la réaction ? Le quartier populaire est devenu un élément de distinction sociale pour les gentrifieurs, d’autant plus qu’ils en sont protégés par une cour fermée où règne un entre-soi réconfortant.

Voici le lien de l'étude http://resohab.univ-paris1.fr/jclh05/article.php3?id_article=19
Merci Judith de m'avoir mis les résultats du 93 sous les yeux et d'avoir rappelé que vous habitez dans le 10eme. Ce chemin je l'ai fait en sens inverse pendant quelques années et il y a quelques décennies...Je pensais que la crise en touchant ce territoire aurait accru considérablement le vote FN. Bonne nouvelle donc. Ce qu'il serait interessant de savoir c'est le rapport des inscrits, donc français, au nombre d'habitants majeurs. La proportion je suppose est assez basse, et c'est là qu'il ne faut rien lacher sur le vote des étrangers aux élections locales.
Eh oui, je ne peux m'en défaire , rationnel, imaginaire, planifié, inattendu, étonné sidéré, ainsi va mon esprit et mon existence au gré de mes rencontres et de mes apprentissages.
Bien évidemment, j'essaie de dire au plus vif ce qui m'apparaît comme une raison de l'attrait qu'elle suscite en moi. Le qualificatif "courageux" m'apparaît alors sensé car j'estime son combat difficile voire dangereux pour sa personne tant il m'apparaît de haine, de puissance assise, dans les figures grimaçantes et les mots de ceux qui s'exposent à elle lors de face à face télévisuels. Son sourire, ses silences parfois, et ses résistances farouches face à ce qui m'apparaît une "meute à la curée" cherchant la blessure sanglante pour l'anéantir me la rendent séduisantes.
La raison aussi quand l'expression seule 'sortir de l'euro ou protectionnisme" ne trouve plus aucun autre écho puissant parmi les journalistes et experts conviés à l'interroger, qui en perroquets crient à tue tête yakune solution, yakun chemin, l'euro, l'euro !!!
Je rappelais que la révolution communiste des années 90 avait bouleversé bien des comportements et bien des réflexions, je pense que la révolution intellectuelle à venir qui secouera les sociétés de la globalisation marchande, idéologie barbare qui accapare l'esprit de nos médias et de nos élus puisera ses forces dans les pensées exprimées par cette femme dont l'isolement et la combativité me touchent aujourd'hui.

Marine aura sans doute changé, d'autres femmes et d'autres hommes s'offriront à mes yeux et à mon esprit, certains me séduiront par la diversité et la singularité de leurs pensées, l'une ou l'un d'entre-eux me charmera plus fort encore alors que les girouettes d'hier nourriront mes violences ou mes mépris.

Voyez-vous Yannick, je vous exprime ce que je ressens, ce qui me vient à l'esprit immédiatement et qui passé au crible le plus rapide de la raison m'apparaît constituer le charme, à mes yeux, le plus fort de Marine : elle est une femme combative et courageuse.
Mes arguments ne vous convaincront pas. soit. Je suis séduit par Judith et je ne peux en exprimer l'étendue et la cause et je ne pense pas que la réduction de nos choix électoraux se réduise à un argumentaire structuré et rationnel privé d'affections électives qui nous sont très intimes.
Encore Pascal;
L'attrait immédiat que suscita en moi Judith Bernard lors de la première apparition télévisuelle où j'ai eu le bonheur de l'entendre et de la voir, Arrêt sur images offrait alors au télespectateur du dimanche que j'étais le plaisir de découvrir une dissection éclairée et critique de toutes sortes de messages et de méthodes de communication utilisées par les médias, ne tenait pas seulement à ses analyses très fines du langage. Comme tout individu invité à jouer dans le cadre de la lucarne TV, Judith Bernard a un visage, un sourire, une voix, des expressions du corps, une silhouette qui en plus de ses mots, de ses réflexions et de ses convictions et elle m'a transmis ainsi une multitude de signes parfois contradictoires mais au final qui m'ont séduit.
Nous ne partageons pas les mêmes opinions sur Marine le Pen et sans doute ne partageons nous pas non plus les mêmes opinions politiques.
Mais les opinions sont fruits de tant de facteurs divers déterminant nos existences.
N'était- ce pas plus facile à mes dix ans de prendre fait et cause contre le communisme ici quand les démocraties socialistes s'abritaient derrièrer des fils barbelés, des miradors et des vopos armés. L'influence marxiste était alors omniprésente parmi les intellectuels de France.
L'anti-communiste était alors qualifié de primaire ou de fasciste...
Il y a plus de 20 ans, une révolution a renversé les régimes communistes et imposé une idéologie barbare du marché. Ici, la plupart des hommes politiques marxistes d'autrefois ont mué en petits bourgeois du monde.
Ils ont participé à l'édification de cette barbarie marchande qu'est devenue l'Europe qui nous gouverne et réduit un peu plus chaque jour notre démocratie.
Je suis de formation scientifique, mes expériences proffessionnelles m'ont conduit à partager des moments de vie avec des centaines d'humains qui m'étaient étrangers de moeurs et de coeur, je suis cartésien et j'admire le génie de Pascal, ils m'aident à contenir mes colères et mes emportements quand le manichéisme anéantit ma pensée et réduit mon visage à une figure grimaçante. J'aime Marine pour toutes sortes de choses et particulièrement pour son courage à dire son affection à notre langue, à notre République,à notre projet social face à la meute de bourgeois du monde qui orchestrent l'asphyxie des singularités c'est à dire des diversités.
Quel plaisir à vous lire Judith!
J'avoue que cette extase qui envahit mon corps et mon esprit ne se réduit pas au déchiffrage intellectuel rationnel et posé de votre pensée écrite. Non, Assurément non! Elle se nourrit avant tout à mon imagination où s'impose à moi votre figure animée. Vous êtes alors en pleine rédaction de votre article et votre visage si souvent mutin est en cet instant sévère et fermé. Votre volonté à rédiger un texte définitif sur ce sujet qui vous porte si souvent à prendre partie nuit à votre nature rieuse. Heureusement, je vois qu'un enfant vous tire par la manche et réclame votre affection. Aussitôt votre mine s'est enjouée à sa vue et vous avez souri. Un sourire qui me charme bien au-delà des mots, de la syntaxe, du manichéisme. Le charme plus fort que la raison, des arguments et des contre-arguments qui nous séparent, le charme d'une personnalité et de ses convictions que je respecte sans y adhérer car je dois vous avouer Judith que je trouve aussi du charme à Marine.
Celui de tenir tête face à cette horde médiatique qui s'excite à sa vue, guettant ses faiblesses.
J'ai croisé des sympathisants qui votent FN.
Quatre témoignages (électeurs FN)
Ce que j'ai lu de plus intelligent sur le sujet depuis le 1er tour :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/26/quand-le-front-national-prospere-sur-l-aveuglement-d-une-gauche-bien-pensante_1691757_3232.html
Je ne prétends pas à une analyse des électeurs du front national, mais ceux que je connais, et je ne sais pas comment vous faîtes chère Judith pour ne pas en rencontrer, ceux auxquels je pense ne sont ni franchement racistes, ni fachos, même s'ils sont quand même islamophobes, juste autoritaires, plein de préjugés, antiintellectuels, et pas spécialement souffrants (petits fonctionnaires). Ils ne sont pas cons pour autant.(ou pas toujours, ils jouent simplement parfois aux cons),
Lorsque je m'essaie à discuter avec eux, j'évite de les mépriser et de les enfermer dans cette seule étiquette, électeur de Marine Le Pen.
Je trouve qu'il y a aussi une part de fanfaronnade ou de provocation dans leurs positions. Plus que souffrants, je crois qu'ils sont surtout bousculés par la modernité, par la remise en cause de leurs valeurs qu'on peut certes résumer rapidement en "travail, famille, patrie".
Je n'ai pas l'impression que les médias soient responsables de leurs fantasmes même si effectivement ils les alimentent. Mais leur expérience leur fait aussi rencontrer des profiteurs de systèmes,chômeurs qui ne cherchent pas vraiment de travail (ça existe aussi), et ils sont aussi victimes d'incivilités ou connaissent des gens qui , etc. Ils sont surtout, je crois, bousculés par un monde qui va trop vite, qui relativise leurs croyances, nourrit le scepticisme alors ils se braquent et s'accrochent à des idées simples ou plutôt simplistes et archaïques : le barbare c'est l'autre.
Je ne les excusent aucunement, mais les stigmatiser et se croire tellement meilleurs parce qu'ils servent de repoussoir c'est à mon sens de la courte vue . Démonter leurs préjugés prend du temps, n'avance pas beaucoup et lentement. Les périodes électorales font reculer la réflexion de plusieurs cases.

Scepticus
La préoccupation de l'analyse de l'électorat FN sans que l'électorat des autres partis ne semble devoir poser question, associe à l'évidence le vote FN à un vote "contre nature démocratique". Mais de quelle « Démocratie » s'agit-il ?
Démocratique l'Europe? Renseignez-vous sur qui sont les commissaires européens, où ils ont été formés, dans quels groupes bancaires ils ont travaillé, leur dépendance aux États-Unis... Ils sont les agents du Nouvel Ordre Mondial organisant la répartition de la planète selon les intérêt du grand capital (comme en 1493 l'Espagne et le Portugal s'étaient partagés le monde, sauf qu'aujourd'hui ce sont les transnationales des pays du Nord). Fondée, dans les textes institutionnels, sur la « gouvernance » des élites technocratiques (les vrais, pas Aphatie), cadre juridique de la concurrence libre et non faussée, se prépare l'Europe des régions par une transition par la « gouvernance » des nations (dont la mise en œuvre en Grèce et en Italie a commencé, et la "dérive" du présidentialisme par Sarkozy qui a occupé les fonctions de Premier ministre et de tout le gouvernement, « désacralisant » la fonction ainsi qu'il est dit bêtement, en étant la prémisse en France).
Au niveau national, cela se traduit par la mise œuvre de la « décentralisation » et des « Politiques de la Ville » (curieux comme ces thèmes ont disparu du débat électoral sinon par des "promenades" alibis des candidats dans les « quartiers »).
Nous sommes en plein dans ce processus (auquel certains se confrontent en se battant contre l'implantation d'un aéroport par exemple) qui nous est donc peu lisible (d'autant qu'on nous le masque), soumis à l'état des rapports de force et à la résistance des peuples et de certains de ses représentants (ils ne sont pas « tous pourris »). - Vous pouvez trouver tous les éléments que je viens d'évoquer dans les rapports de la Communauté Européenne, de l'ONU, de l'OMC, du conseil économique et social (par ex.) etc., pas besoin d'aller sur des sites sulfureux de la propagande fasciste, ce n'est pas un complot, c'est de la "gestion" . Voir aussi des auteurs anars comme Jean-Pierre Garnier and co ou la série des « Manières de voir » du Monde diplo sur la mondialisation et d'autres encore -.
Le FN ne se présente donc pas comme opposé à la démocratie, mais au contraire à un système profondément anti-démocratique. C'est cela qu'une partie du "peuple" entend, le subissant de plein fouet notamment dans les entreprises où les « patrons » sont évanescents. Que la gauche intellectuelle bataille sur la démocratie des Lumières relève là du fantasme. La promouvoir, peut-être, mais prétendre qu'on y soit, foutaises.

Le FN est-il un parti démocratique pour autant ? Seule l'amnésie organisée et la propagande massive de dédiabolisation font de ses origines et du passé brutal du para colonial Le Pen un tabou aujourd'hui. Qu'une partie des nouveaux électeurs « populaires » du FN ne soient pas « fachos » ne les exonère pas de cautionner un parti fasciste. Ce n'est pas la première fois que ces catégories se font avoir. Le parti nazi des années 30 promettait la révolution sociale et la « suppression du prolétariat ». Mais là où le peuple entendait la fin de la condition prolétaire, il fallait entendre sa suppression physique dans les combats et dans les camps de travail. Là où les classes moyennes traditionnelles (petits commerçants, artisans, agriculteurs, petits patrons), qui ont constitué le gros de ses électeurs, entendaient les promesses de sauvegarder leurs intérêts, il fallait entendre que le parti nazi, à la solde des grands financiers, les éliminerait au profit des grandes surfaces. Mais il faut comprendre pourquoi ils se font encore abuser alors qu'ils n'ont plus l'excuse de la première fois.

En ce qui concerne notre propos, c'est au niveau de l'aménagement du territoire, réalisation locale du nouvel ordre mondial, que l'on peut trouver des éléments intéressants. Car de quoi les faits évoqués par certains ici sont-ils la conséquence (l'obligation de l'usage de la voiture, la situation des départements comme le Gard, etc.) ? L'aménagement du territoire est l'application des politiques mondiales et européennes dans ce qui concerne la vie quotidienne des citoyens au plus proche : répartition des terres agricoles, de l'urbanisation, des services publics, etc., par le zonage et le plan agissent directement sur les populations, dissolvant les formes sociales anciennes.
Faut-il rappeler que les premières villes conquises par le FN sont des villes de garnison, et que lors du repli des troupes coloniales, une partie a grossi les casernes de quelques villes du Midi ? Quel est l'effet du redéploiement des sites de défense (et donc de la fermeture de certains) sur des villes moyennes qui vivaient principalement de l'apport de ces bases notamment sur les frontières de l'Est jusqu'à la Méditerranée ?
La planification du développement touristique est un des plus importants facteurs de déstructuration de régions entières, de surpeuplement saisonnier et de désertification rurale. Le Sud, justement, l'Hérault et le Gard, terres communistes des vignerons rouges du Midi, a été profondément affecté par le réaménagement du Rhône, la rationalisation agricole par l'irrigation, la défiguration de la côte par les stations balnéaires. La Compagnie du Bas-Rhône (1956) pour l'aménagement de la région du Languedoc-Roussillon, émanation d'une commission de modernisation et d’équipement dépendant du Commissariat au Plan, a mis en place, à partir des années soixante, l'agriculture irriguée, l'aménagement du littoral auparavant livré aux moustiques et au camping sauvage, le verdissement et le reboisement, la rénovation des villages, la construc­tion de grands ensembles péri-urbains, la construction de l’autoroute, le développement du trafic aérien, l'expansion de l’université de Montpellier essaimant à Nîmes et Perpignan, et cela en l'imposant aux populations autochtones, qui trouvent leurs pleins effets aujourd'hui. Elle a été certainement, parmi les grandes sociétés d’après-guerre, celle qui reçut le plus les influences coloniales, en s'appuyant notamment sur les ingénieurs et les colons rapatriés d'Algérie qui bénéficièrent très avantageusement de grandes propriétés issues du remembrement.

Ne peut-on penser que ces mouvements de fond influencent profondément les structures et les mentalités sociales, surgissant sous la forme politique exprimant la rancœur et la dépossession ? Bien sûr s'y ajoutent la casse du tissu industriel, le "néo"-management (toyotisme) appliqué maintenant à la fonction publique, le décervelage des mass-médias, de l'industrie du divertissement et de la consommation (publicité), l'emprise de l'idéologie libérale-libertaire; la défaillance organisée du système éducatif (AGCS) et de la capacité éducative des familles, l'idéologie pavillonnaire, etc., qui se développent sur ce terreau. La désocialisation dans un monde de plus en plus artificiel (virtuel) justifie-t-elle la solution proposée par les militants du Cyberespace : « Le Cyberespace est fait de transactions, de relations, et de la pensée elle-même, formant comme une onde stationnaire dans la toile de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas où vivent les corps. » ?

Propice à la déstabilisation des individus composant les groupes sociaux fragilisés par ces mouvements "tectoniques", faut-il penser qu'ils se tournent pour autant vers le FN ? Le comportement de l'électeur de base de régions conservatrices (ou l'étant devenues par les brassages de population) est-il si différent de l'électeur des banlieues rouges pour lequel le vote PC était une évidence culturelle ? Faut-il vraiment se mêler aux empoignades reposant sur des critères manipulateurs: pourquoi mettre en avant le vote ouvriers/employés qui a progressé de 21 à 23% de 1995 à 2002 (année du « séisme »!), alors que celui des retraités/inactifs a progressé de 11 à 16,8%, et celui des artisans/commerçants, chefs d'entreprise de 13% à 31% ? Voir ce travail sur le sujet .

L'astuce (!) de la propagande du FN (et de la droite sarkozienne) est, « par la désignation de boucs émissaires, de transformer une crise sociale en crise culturelle, de remplacer les conflits sociaux par les conflits en terme culturel », ainsi que l'explique Hervé Le Bras qui démonte les pseudos analyses du vote FN. Mais ce discours (désigner "le" profiteur proche de soi dédouane de ses propres responsabilités), forge des individus fermés (donc têtus) sur leur mensonge à eux-mêmes, que toute explication renforcera dans leur posture (d'où la difficulté de discuter avec eux comme certains l'ont expérimenté), parce qu'il est explicatif de ce que l'on ne comprend pas (les mouvements de fond) et donne des éléments de langage autopersuasifs et justificateurs.
Face à la « peste émotionnelle » que propage ce système destructeur de la terre et des hommes, d'autant que les "partis de gouvernement" ont été ceux qui l'ont mis en œuvre, ce n'est pas le langage de la raison qui est la réponse. C'est la promesse du sauveur à poigne et le régime autoritaire. Ce que Sarko ne peut plus représenter après les pratiques de son quinquennat malgré ses efforts. Mais ce sauveur serait le sauveur du capitalisme (fonction du fascisme de crise), non de ceux qui croiraient en lui.
Nous n'en sommes pas là, mais si le PS reste à la solde de Bruxelles, dans cinq ans la peste se répandra comme ce fut le cas dans les années trente et la propagande menteuse du FN (la « nouvelle droite » paraît-il) nous étouffera.
La suffisance de l'intelligentsia de "gôche"  (formulation paresseuse, j'en conviens) dans sa prétention à porter des valeurs universelles qui n'ont rien à voir avec la réalité (sous les discours enflammés, les pères fondateurs de la constitution des États-Unis et des constitutions européennes n'ont cherché qu'à faire en sorte que la majorité ignorante et non possédante, donc irresponsable, ne puissent accéder au pouvoir que seule l'élite éclairée et possédante devait détenir ) l'amenant à traiter de « gros cons » l'ensemble des électeurs du FN, est une erreur fondamentale, qui pourtant me démange aussi (sont-ils les seuls gros cons parmi les 46 millions d'inscrits ?). Devant un mouvement venant des profondeurs des conditions d'existence des hommes, leur « faire honte » ne peut qu'attiser la haine (et surtout la propager) contre les donneurs de leçon facilement suspectés d'être des profiteurs. L'électorat du FN n'est pas plus homogène que celui des autres partis. Il est significatif que l'on ne parle guère de la bourgeoisie maffieuse et hargneuse qui représente les principaux soutiens de Le Pen mais aussi de la droite extrême de l'UMP, des milices dans lesquelles des militaires ou policiers à la retraite encadrent des troupes constituées en partie d'un lumpen prolétariat que Marx désignait comme la masse sous prolétaire que ses conditions d'existence vouait aux sales besognes de la bourgeoisie contre les ouvriers (et qui ne vote pas, déjà parce qu'elle est massivement non inscrite sur les listes électorales).
Plutôt que débattre sur le fait que les électeurs sont des gros cons abusés ou non, les gens « de gauche » devraient plutôt se préoccuper, à mon avis, du blanc seing laissé à Hollande (qui ne négocie avec personne comme les technocrates de Bruxelles avant de se coucher devant ces derniers), et lui imposer, par la lutte, la résistance au totalitarisme réellement existant.
Merci pour cet article. Voici quelques chiffres et une référence pour compléter l'analyse: http://dormirajamais.org/fn/
Didier Eribon rapporte, dans son ouvrage "D'une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française" (Léo Scheer, 2007), ce que Bourdieu disait de François Hollande (p. 63) : "Ce pur produit de l'ENA qu'est François Hollande se faisant élire à Tulle, c'est la fin de tout ! ça veut dire le Front national à 20% dans dix ans". Et pourquoi ne pas inviter Didier Eribon a évoquer cette trahison de la gauche "de gouvernement" et les conséquences très concrètes de cette révolution conservatrice sur le vote populaire (mais pas seulement ?)
Je vous remercie pour votre article. Il exprime très clairement le semtiment que j'éprouve face au vote FN. Moi aussi je ne suis pas un spécialiste, mais l'explication "vote des gens qui souffrent" m'oripile, et comment expliquer, sans passer pour un populiste que les médias sont les grands responsables de ces Fantasmes.

Que pensent nos amis, collégues de travail, voisins, qui ont une couleur de pau plus bronzé, qui parlent avec un accent, aprés des soirées électorales diffusées par nos médias nationnaux, ou les plus hauts responsables politiques viennent jusque dans leur salon, expliquer que nous les bons français sommes trop bon d'acceuillir ces primitifs dangereux, et qu'il est temps de faire place nette, et de les renvoyer chez eux.

J'ai de nombreux amis et collégues immigrés, ou "issus de l'immigration", comme ils disent. Moi même j'en suis un, mais je ne le porte pas sur mon visage, je suis né du bon côté de la méditérannée. J'ai un grand sentiment de honte vis à vis d'eux.

Heureusement qu'il y a des antidotes, j'étais à Marseille, écoutez le discours de Mélenchon, les 10 premières minutes sur l'immigration. C'est un grand bol d'oxigène :

http://www.placeaupeuple2012.fr/discours-de-jean-luc-melenchon-au-prado/
Bon, reprenons avec sang-froid si possible. De tout ceci il ressort que l'électorat du FN est protéïforme, à l'évidence. Il me semble tout de même qu'en portant leur suffrage vers une candidate qui met "le problème" de l'immigration au premier plan de sa campagne et de son projet politique, ils adhèrent à l'hypothèse selon laquelle l'immigration serait la source principale de leur maux. Cette hypothèse me paraît relever du fantasme.
Est-ce qu'on ne peut pas dire clairement, honnêtement, à ces électeurs, que traiter les immigrés plus durement ne réduira aucune de leurs souffrances ?
Sur l'analyse, je la trouve tout à fait impeccable.

Je pense qu'on peut élargie au-delà de la figure fantasmée de l'immigré.

Il faut noter qu'il y a une légère mais significative variation dans le discours FN : L'ennemi n'est plus l'immigré mais l'islam. Il se rajoute à d'autres ennemis intérieurs imaginaires : "l'assisté", le syndicaliste, le franc-maçon, la "faux travailleur" qui glande alors que moi je me tue au boulot, le complot des banquiers (on y retrouve d'ailleurs à cette occasion un renouveau d'antisémitisme)...
"Cette hypothèse me paraît relever du fantasme.
Est-ce qu'on ne peut pas dire clairement, honnêtement, à ces électeurs, que traiter les immigrés plus durement ne réduira aucune de leurs souffrances ?"
: Judith

Comme dirait DS, la réponse est dans la question, puisqu'il s'agit bel et bien d'un fantasme qui fonde ce vote, il ne sert pas à grand chose d'être rationnel avec eux, hélas. Tout ce que nous pouvons faire, c'est de ne pas y participer et en démocratie, de faire en sorte d'être les plus nombreux à ne pas ainsi fantasmer.

yG
ils adhèrent à l'hypothèse selon laquelle l'immigration serait la source principale de leur maux. Cette hypothèse me paraît relever du fantasme.

il y a ceux qui peuvent fantasmer --> avoir un raisonnement faux sur l'immigration cause de tous les maux.
et peut-être aussi quelque part certains d'entre eux savent que le monde est plus complexe mais qu'il est très difficile à changer.
alors qu'exercer une domination sur les autres (en voulant les exclure, en les disant coupables), ça permet de se défouler. surtout si on se sent "envahi", subissant le monde. j'ai toujours trouvé "fort" le coup de l'immigration "choisie" : inverser la domination.
n'oubliez pas qu'on leur chante qu'il faudra des immigrés pour le renouvellement démographique, pour les systèmes à répartition. alors ils fantasment peut-être, mais ils fantasment peut-être une domination.
mais bien sûr, qu'il faut le leur dire !

est-ce que c'est tout ce qu'il "faut dire", et tout ce qu'il "faut entendre", ça, c'est moins sûr.
chez les électeurs fn que je connais, le "problème de l'immigration" est parfois, et depuis longtemps, le thème central de l'adhésion au fn.

Mais pas tous : certains ont voté fn cette fois, sarko à la dernière présidentielle, socialiste autrefois... et la question de l'immigration tient moins de place, dans leur discours, que celle de l'injustice sociale, du scandale de l'enrichissement sans limite, de l'augmentation des prix des produits courants après le passage à l'euro, des politiques qui semblent vivre sur mars et ignorer tout ça, quand ils ne sont pas franchement corrompus, du merdier de polemploi, de la disparition des services publics...

Pourquoi lapen les a-t-elle séduits, cette fois ? Pour certains, c'est sûr que c'est d'abord par dégoût de la politique de sarko. Je pense qu'il y a aussi quelque chose de rassurant dans son image. Pas encore eu le temps d'en parler (pour comprendre, faut pas arriver les poings faits, mais rentrer dans une conversation de voisins et donner des preuves de sa volonté d'entendre avant de critiquer, ça prend du temps).

en tout cas, ce dont je suis certaine c'est que le FdG est passé complètement à côté du peuple, de ce lumpen-prolétariat que nous sommes devenus, nous les "exclus" de la géographie, et/ou de l'âge, et/ou du travail, et qui sommes désormais la part la plus importante des "classes populaires". À mon avis, s'il n'était pas aussi focalisé sur les travailleurs (influence du PC), il aurait mis l'allocation universelle et le logement au centre de son projet, et ouvert enfin d'autres pistes que le "c'était mieux avant"..
J'aime mieux qu'il passe un peu à côté du peuple, et qu'il prenne bien large pour ne pas frôler quelques idées nauséabondes. J'avoue que la dénomination "front" et le "qu'ils s'en aillent" ambigu m'ont inquiété (à tort). Jouer avec des leurres je sais que ce n'est pas de la compromission pure et dure, mais je dis mon ressenti.
Comment ? Un populiste qui passe à côté du peuple ?

en tout cas, ce dont je suis certaine c'est que le FdG est passé complètement à côté du peuple, de ce lumpen-prolétariat que nous sommes devenus, nous les "exclus" de la géographie, et/ou de l'âge, et/ou du travail, et qui sommes désormais la part la plus importante des "classes populaires".

Je crois qu'il vous faut revoir le concept de Lumpenprolétariat...


À mon avis, s'il n'était pas aussi focalisé sur les travailleurs (influence du PC), il aurait mis l'allocation universelle et le logement au centre de son projet, et ouvert enfin d'autres pistes que le "c'était mieux avant"..

J'ai peur de ne pas comprendre : Mélenchon a fait du "c'était mieux avant" ?
je pensais essentiellement à lapen, mais si vous insistez... oui, je pense que l'invocation du retour au plein emploi relève du cétémieuzavant.

quant au concept de lumpenprolétariat, ah bon ? vous pouvez développer ?
Je pense aussi que la confusion que tu fais entre lumpenprolétariat et précarisation/pauvreté moderne n'aide pas à la compréhension (surtout en citant Marx incomplètement). La notion d'exclusion est à manier avec des pincettes.

Plutôt qu'un long développement: trois textes qui me semblent bien faire le point sur cette question.
A
B
C
"le point sur la question", je ne le partage pas tout à fait.

Je pense qu'après la "prolétarisation" des travailleurs au siècle dernier, est venue, aujourd'hui, leur "sous-prolétarisation" massive, et qu'on ne peut donc plus considérer ce sous-prolétariat comme "marginal", mais comme l'essentiel de la classe populaire.
aussi, faut-il se résoudre à le regarder enfin autrement que comme "la lie", "la canaille", "les bas-fonds", et à prendre en compte ses besoins, ses aspirations, et aussi le fait qu'il ne peut se reconnaitre dans l'identité traditionnelle de "la classe ouvrière".

et du coup, bien sûr, on ne peut le réduire à quelques marginaux violents et quelques mercenaires du grand capital. En gros, je pense que le temps est venu pour les "sans travail, sans terre, sans logement" de revendiquer le droit d'être reconnu comme des citoyens à part entière.
Et un roman pour faire mon péteux. Mais t'es pas obligé de lire, c'est quand même assez chiant pour un des plus grands livres de l'histoire des grands livres..
Dans le cas ou on trouverait ça chiant, et plus encore si c'est pas le cas, l'adaptation monumentale de Fassbinder pour la télévision allemande mérite vraiment d'être vue
Bonne idée.
Je côtoie parfois à mon corps défendant, lors d'activités de loisir, des électeurs du FN. La prochaine fois que je les vois, je leur demande clairement quel est leur problème avec les immigrés, pourquoi ils n'aiment pas les Noirs et les Arabes.
Ils me répondront "gris", "bougnoules", "négros", et on pourra commencer à dialoguer
Je crois qu'on le fait assez souvent, mais ces gens refusent d'écouter! ;-) Comme la plupart d'entre nous sur ce forum refuse d'accepter que l'ensemble des problèmes de nos pays vient de l'immigration et de la mondialisation, ainsi que le proclament haut et fort le FN et ses partisans!

D'une certaine manière, il y a bien un dialogue de sourd, qui se manifeste particulièrement dans ce que l'on appelle souvent "débat" publique et qui ressemble plus à un pugilat verbal, par lequel on essaie alors de réduire l'autre au silence en mettant sa légitimité et sa crédibilité en cause. Pourquoi croyez-vous que les chroniqueurs s'auto-proclamant "anti-politiquement correct" (alors que généralement, ils sont juste brutaux et outranciers dans leur conformisme à une pensée, si ce n'est dominante, du moins très répandue et largement acceptée) puissent avoir autant de succès? Simplement parce qu'ils sont d'excellents gladiateurs médiatiques, pervers, retors, champions du sophisme, de l'amalgame et des raccourcis intellectuels malhonnêtes, souvent malveillants, voir lâches, et ils s'en revendiquent presque! Et que nombre de gens, qui voient la démocratie comme une arène où l'on doit écraser l'autre, adorent ces mercenaires modernes qui font métaphoriquement couler le sang à coup d'humiliations médiatiques de leurs proies! Pour beaucoup d'amateurs de ces chroniqueurs soit disant politiquement incorrects, c'est une manière de répondre à ceux qui leur disent qu'ils sont cons, qu'ils les emmerdent! Et ça repart pour un tour!
J'ai une nouvelle énigme pour vous. Lu aujourd'hui dans un article du Monde concernant une cité de Pantin :

"Moi j'aurais voté Le Pen, si j'avais eu la nationalité française!", lance à ce titre, très sérieux, M. Bittouche, un vieux retraité marocain, de retour de la boulangerie. A 75 ans, cet ancien ouvrier "du métro", dit ne vouloir qu'une chose : "une vie tranquille" entre les siens, et sa prière du vendredi à la mosquée. Il n'a pas le sentiment d'être visé par le discours "anti-immigré" du FN, et face à la délinquance qui mine le quartier, il s'emporte: "Au Maroc, ça ne se passerait pas comme ça!

Un peu comme Wahid, 35 ans, sans diplôme et sans emploi, toujours chez sa mère tunisienne et femme de ménage. Ce grand brun sportif, né à Paris, s'est abstenu, dimanche. Mais s'il avait voté, il l'aurait fait pour "Le Pen, car elle est assez directe dans ses propos et, elle au moins, va appliquer son programme"

Comment l'expliquer ?
Une des raisons de la prolifération des sectes aux USA, c'est le souci, de la part du nouveau-venu, d'afficher sa bonne intégration. D'une manière générale, la droite attire les immigrés de tous les pays, car ils croient y trouver la solidité sociale qui leur fait défaut.
C'est particulièrement frappant en Autriche.
http://www.20minutes.fr/monde/allemagne/922831-mein-kampf-va-etre-publie-allemagne-premiere-fois-depuis-guerre
"Une des raisons de la prolifération des sectes aux USA, c'est le souci, de la part du nouveau-venu, d'afficher sa bonne intégration. D'une manière générale, la droite attire les immigrés de tous les pays, car ils croient y trouver la solidité sociale qui leur fait défaut.": albert-yves Denielou.

Merde, j'suis pas prêt de m'intégrer moi alors.
Pas grave. :)

yG

Il me semble tout de même qu'en portant leur suffrage vers une candidate qui met "le problème" de l'immigration au premier plan de sa campagne et de son projet politique, ils adhèrent à l'hypothèse selon laquelle l'immigration serait la source principale de leur maux.

A mon avis ce constat va déjà trop loin : tous ceux qui votent FN, ne votent pas pour la position du parti sur l'immigration. J'en connais qui en ont ras-le-bol de "l'UMPS" et veulent juste l'alternance par dégoût des politiques "tous pourris et incapables de nous protéger".

Ensuite, dans la part des gens qui votent FN parce qu'ils sont contre l'immigration il y a :
1) des xénophobes (qui se sentent, je cite, "envahis")
2) des racistes (gardons la pureté de la race française, chrétienne et blanche)
3) des déclassés sociaux victimes de la précarité et de la désindustrialisation (smicards, temps partiels, précaires) qui voient les étrangers (même intra UE) comme des concurrents sur les boulots sans qualification qu'ils se partagent. Le FN n'est dans aucune lutte, aucune usine, abhorre les syndicats mais fait pas loin du double du score du FdG chez les ouvriers, n'ya-t-il pas quelque chose qui cloche ? Les ouvriers/employés malmenés par la mondialisation réclament de la protection contre celles-ci. Ils voient (à tort ou à raison) les étrangers comme une concurrence déloyale qui vient leur piquer les emplois peu qualifiés qu'ils occupent. Du coup ils votent pour le protectionnisme + la préférence nationale. Au FdG on défend, un protectionnisme raisonné + un universalisme humaniste ("régularisons tous les clandestins"). Mais beaucoup de ceux que la mondialisation a le plus durement touché vomissent l'universalisme : comment aller les chercher ?

4) des gens qui supportent pas que les derniers arrivés fassent pas l'effort de s'intégrer. Dans les trente glorieuses, l'immigration de travail et surtout leurs enfants ont très vite effacé leurs différences culturelles. Les Français enfants de portugais, italiens, espagnols, polonais, ne portent pas de différence sur eux (à part en période de mondial ou d'euro) : les enfants de siciliens ne pendent pas le linge aux fenêtres et s'adressent pas aux voisins en hurlant par le balcon (ce qu'on voit toujours à Palerme dans les quartiers populaires :-). Ils sont plus qu'intégrés : totalement assimilés.
Dans les immigrés du Maghreb et d'Afrique noire, une partie que je ne sais pas quantifier mais qui sait se rendre visible (ou qu'on aide à rendre visible grâce à l'effet de loupe médiatique), s'est bien intégré, mais refuse de s'assimiler. On est allé à l'école, on a un boulot, mais on veut pouvoir porter son voile, son boubou, sa djellaba le vendredi, éviter à ses filles la mixité et les cours d'éducation sexuelle, etc.
On parle d'intégration, mais le modèle républicain demande plus que ça : il veut l'assimilation. Un vrai bon maghrébin intégré c'est un gars qui boit du pinard, mange du porc et porte pas la barbe. C'est marrant de noter qu'aux USA, on ne demande pas l'assimilation mais l'intégration : connais nos lois, respecte-les, aime le pays, choisis une religion et fais ce que tu veux par ailleurs (vêtements, coutumes, etc. : on te foutra la paix).
Et à cette frange non assimilée se rajoute toute la petite délinquance, qui, si on faisait des stats, sur-représenterait les "arabes et les noirs". Comme les gens de peu nient l'excuse de l'influence sociale sur ce fait (si je suis modeste et que je ne vole pas, pourquoi eux le font ?), ça ajoute encore au rejet.


Je pense que là on a un assez bon spectre (je connais, hélas, tous les profils, et j'essaie de les comprendre et de les faire réfléchir).
"Dans les immigrés du Maghreb et d'Afrique noire, une partie que je ne sais pas quantifier mais qui sait se rendre visible (ou qu'on aide à rendre visible grâce à l'effet de loupe médiatique), s'est bien intégré, mais refuse de s'assimiler. On est allé à l'école, on a un boulot, mais on veut pouvoir porter son voile, son boubou, sa djellaba le vendredi, éviter à ses filles la mixité et les cours d'éducation sexuelle, etc.
On parle d'intégration, mais le modèle républicain demande plus que ça : il veut l'assimilation. Un vrai bon maghrébin intégré c'est un gars qui boit du pinard, mange du porc et porte pas la barbe. C'est marrant de noter qu'aux USA, on ne demande pas l'assimilation mais l'intégration : connais nos lois, respecte-les, aime le pays, choisis une religion et fais ce que tu veux par ailleurs (vêtements, coutumes, etc. : on te foutra la paix). "
: Yamine Guettari

Attention, lutter contre le fait qu'on puisse porter le voile, lutter contre le refus de la mixité et pour les cours d'éducation sexuelle, cela n'a rien à voir l'assimilation que vous fustigez à travers l'obligation qui serait faite de boire du pinard ou de manger du cochon. C'est défendre des principes, l'égalité homme-femme, le non sexisme. Cela ne touche pas que les personnes venant d'ailleurs, mais tout le monde vivant ici.

Du coup, les USA n'apparaissent plus comme un modèle d'intégration par rapport à nous, eux qui tolèrent qu'un parti ouvertement nazi puisse faire du lobbying, qu'on enseigne le créationnisme, j'en passe et des meilleurs, mais juste comme l'expression du libéralisme le plus abjecte où tous les consommateurs sont les bienvenus, du moment qu'ils consomment dans leur coin. Le communautarisme à la mode US n'est pas l'expression d'une liberté ou d'un respect de la différence, juste l'affirmation de la plus totale indifférence du moment qu'on constitue un marché. No thanks.

yG
C'était en effet le point faible du texte de Yamine Guettari, par ailleurs très intéressant.

Attention, lutter contre le fait qu'on puisse porter le voile, lutter contre le refus de la mixité et pour les cours d'éducation sexuelle, cela n'a rien à voir l'assimilation que vous fustigez à travers l'obligation qui serait faite de boire du pinard ou de manger du cochon. C'est défendre des principes, l'égalité homme-femme, le non sexisme. Cela ne touche pas que les personnes venant d'ailleurs, mais tout le monde vivant ici.

Je sais bien, j'explique une vision globale qui mélange un socle républicain qui me paraît le minimum essentiel (mixité, égalité des sexes) et un autre qui me paraît sortir de ce socle mais qui, quand on entre pas dedans, crée de la xénophobie chez certains : le voile pas intégral (pour moi c'est de l'ordre de la liberté de croyance, si une femme choisit en conscience de s'habiller ainsi, la République lui garantit ce droit), les habitudes vestimentaires, les coutumes alimentaires... Exemple : les gars qui prennent comme un envahissement qu'il n'y ait plus que des bouchers hallal dans leur quartier (alors que c'est juste parce que y'a pas de repreneurs). Chacun a le droit de vendre la viande qu'il veut...



Du coup, les USA n'apparaissent plus comme un modèle d'intégration par rapport à nous, eux qui tolèrent qu'un parti ouvertement nazi puisse faire du lobbying, qu'on enseigne le créationnisme, j'en passe et des meilleurs, mais juste comme l'expression du libéralisme le plus abjecte où tous les consommateurs sont les bienvenus, du moment qu'ils consomment dans leur coin. Le communautarisme à la mode US n'est pas l'expression d'une liberté ou d'un respect de la différence, juste l'affirmation de la plus totale indifférence du moment qu'on constitue un marché. No thanks.


Ho les USA ne sont pas mon modèle je vous rassure ! Mais leur vision extrême de la liberté d'expression ne me paraît pas scandaleuse. Et ce qui est marrant, c'est qu'ils sont néanmoins très sourcilleux sur le corpus de valeurs de base qu'on doit adopter.
"le voile pas intégral (pour moi c'est de l'ordre de la liberté de croyance, si une femme choisit en conscience de s'habiller ainsi, la République lui garantit ce droit),": Yamine Guettari

Sur ce point, nous ne sommes pas d'accord, mais vous devez déjà le savoir, j'imagine.

"les USA ne sont pas mon modèle je vous rassure ! Mais leur vision extrême de la liberté d'expression ne me paraît pas scandaleuse. "

Sur ce point également, car, la liberté d'expression n'est qu'une forme d'expression politiquement correcte de l'indifférence à tout ce qui dépasse du corpus de valeurs de base (genre ne pas montrer un sein à la télévision et avoir le droit de tirer le premier) dont vous rappelez implicitement l'existence. Là où tout peut se dire, rien ne se fait entendre... sauf le pire.

yG

"le voile pas intégral (pour moi c'est de l'ordre de la liberté de croyance, si une femme choisit en conscience de s'habiller ainsi, la République lui garantit ce droit),": Yamine Guettari

Sur ce point, nous ne sommes pas d'accord, mais vous devez déjà le savoir, j'imagine.




Aaaaaah le voile... Vaste débat qu'on va pas refaire ici :-)

Va-t-on interdire un jour le port de la barbe, à cause de la mode lancée par les islamistes ? :-)
"Va-t-on interdire un jour le port de la barbe, à cause de la mode lancée par les islamistes ? :-)": Yamine Guettari

On ne pourra le faire que le jour où les femmes n'auront pas le droit de se la laisser pousser.

C'est toute la différence, le voile peut-être sexiste, parce qu'aucunement lié au sexe, un homme peut porter un voile, la barbe ne peut pas l'être, car, hormis quelques spécimens de foire, c'est un élément sexué.

yG
les USA, c'est une fédération d'états très largement autonomes du point de vue d'objets comme l'éducation, objets qui ne sont pas du ressort de l'état fédéral. de fait, le créationnisme est essentiellement enseigné dans les états du "bible belt". mais bon, c'est un micro détail par rapport à l'océan du problème.
je remarque que yamine fait une distinction entre racisme et xénophobie. que je salue !

une question bête que je me pose : combien d'entre nous, asinautes, vivons à l'étranger, et dans des pays culturellement plutôt différents de nos contrées d'origine ? c'est à dire : combien d'entre nous sommes immigrés / résidents permanents à l'étranger ? parce que, pour le vivre quotidiennement, il y a 2 faces à cette histoire : celle du pays d'accueil, de sa capacité à accueillir, intégrer, voire assimiler l'autre, de sa xénophobie ou son racisme plus ou moins visibles, mais aussi le côté de l'immigré(e), et de sa capacité mais aussi de son envie (et j'ai parfois le sentiment que c'est essentiel, ce désir) à être accueilli/e, intégré/e, voire assimilé/e, et, le cas échéant, de sa propre xénophobie ou de son propre racisme...
"je remarque que yamine fait une distinction entre racisme et xénophobie. que je salue ! " cigale zoze

Mais qui ne tient pas davantage que la vôtre, observons :

1) des xénophobes (qui se sentent, je cite, "envahis")
2) des racistes (gardons la pureté de la race française, chrétienne et blanche)
:Yamine Guettari

Comment se sentir envahi, si on n'a pas déjà le sentiment de devoir préserver un modèle, que cela soit culturel ou perceptif ?

Il y a juste des racismes plus ou moins affirmés, explicites, pour le reste, cette distinction entre xénophobie et racisme n'est pas pertinente, elle n'est dû qu'aux choix d'un terme spécifique au lieu de généraliste, mais l'idée reste la même.

yG
yG : vos compétences lexicales sont telles que je n'essaierai pas plus loin d'argumenter sur la question. le fait est que yamine a distingué de manière pertinente ces 2 concepts (si jamais, achetez un dico, ou cherchez sur internet).

à part ça, question racisme, le contrôle au faciès : à lire un article intéressant sur le fonctionnement du gouvernement fédéral face aux états aux USA. c'est ici.
toutefois, si vous avez la flemme, en voilà un extrait, qui montre bien à quel point la mécanique des rapports entre les parties et l'ensemble d'un pays fédéral est chose compliquée.

En question, une loi entrée en vigueur en juillet 2010 en Arizona (sud-ouest), qui compte 400.000 sans-papiers, selon le Pew Hispanic Center.

L'administration Obama l'a immédiatement contestée en justice et obtenu que le texte soit purgé de ses quatre dispositions controversées: le contrôle, même sans motif, du statut migratoire de toute personne soupçonnée d'être illégalement aux Etats-Unis; l'obligation pour tout immigré de pouvoir présenter des papiers à tout moment; l'interdiction de travailler ou de rechercher un emploi en l'absence de papiers; et l'arrestation sans mandat de tout individu soupçonné d'être clandestin.

"La Constitution nous donne autorité exclusive en matière d'immigration", a plaidé l'avocat du gouvernement, Donald Verrilli. Selon lui, l'Arizona empiète avec cette loi sur les prérogatives du gouvernement fédéral. "Ces décisions doivent être prises au niveau national".
"question racisme, le contrôle au faciès ": cigale zoze

Ils en ont parlé au journal d'arte ce soir.

yG

ps: quant aux dictionnaires, prenons le Larousse 2003, racisme : attitude d'hostilité systématique à l'égard d'une catégorie déterminée de personnes (définition plus que sujette à caution, l'hostilité vis-à-vis des électeurs du FN ou de l'UMP seraient ici cataloguée comme raciste, une sacré connerie en soi), et xénophobie, hostilité systématique à l'égard des étrangers. On ne peut qu'en conclure que la xénophobie n'est qu'une catégorie de racisme, alors même que nous n'avons pas défini la notion d'étranger. Pour peu qu'on définisse étranger comme ce qui n'appartient pas à ce à quoi on appartient soi-même, un pays, une entreprise, un sexe, une couleur de peau, tous les racismes deviennent de la xénophobie. Nous voilà bien avancé.
Plus sérieusement, s'il faut partir d'un dictionnaire pour comprendre les relations conceptuelles entre les termes, il est judicieux de ne pas s'arrêter à ce qu'en disent ces derniers. Ou alors, supprimez la philosophie et remplacez-là par le premier dico venu.
[quote=judith]Cette hypothèse me paraît relever du fantasme.

Analyser le phénomène FN au lieu de s'en lamenter ou de le vilipender. Cela suppose de se libérer de l'imaginaire conception de la réalité qui empêche d'en apercevoir la portée: fantasmatique, en effet, mais, pour cette raison même, bien plus réelle que cette prétendue réalité que l'on s'efforce de manière aussi naïve que scientiste de lui opposer, Monsieur Homais, étant, décidément, le penseur français le plus influent, sinon mondialement dominant. Car s'il est un enseignement de la psychanalyse, notamment après Lacan, et de l'analyse politique qui, via Merleau-Ponty, en est, grâce à Lefort, philosophiquement résultée, c'est bien que le fantasme n'est aucunement cette simple élucubration, aussi ridicule que parfois criminelle, à laquelle on aimerait pouvoir "objectivement" opposer "la rationalité du réel". Le fantasme désigne au contraire la véritable dimension: non subjective mais existentielle de l'effectivement réel: lequel, lorsqu'il n'est pas symboliquement:, "intellectuellement" et justement élaboré, n'est plus que souffrance et cruauté en jouissance incessamment renouvelée. Ainsi, au nom d'une'"objectivité" rationalistement réduite, combien de crimes le stalinisme a-t-il aussi commis ? Et combien de nocives aberrations passent-elles encore inaperçues ?..
L'absence de fantasme est encore un fantasme.
C'est une illusion plus pernicieuse (celle de l'absence de fantasme, du tout rationnel)

Dans ces conditions, est-il raisonnable de penser tout ça, à notre échelle d'humain, puisque de toutes façons on n'y échappe pas?
Et si on affichait juste des petits proverbes, ça devrait suffire, cré nom? On en bave des ronds de chapeaux, et puis plof tout revient incessamment sous peu, marre.
Tous les fantasmes ne se valent pas: Le fantasme de l'absence de fantasme, à condition d'être perçu comme tel, est infiniment supérieur aux fantasmes ordinaires. Je reprends du café.
double dose. bien serré
;-)
mal à la tête?
gamma
Le problème du fantasme de l'absence de fantasme qui ne se sait pas fantasme, c'est qu'il dégénère très vite en indigence intellectuelle, comme dans le laïcardisme, version malheureusement majoritaire du laïcisme. Ce café est infect.
La conscience est un être qui a conscience de son être en tant que cet être est un être autre que lui.

Repos !
Bravo Judith pour votre analyse, qui est confirmée par Todd comme je l'ai lu ci-dessus.

Comme beaucoup, je ne connais pas d'électeur FN (dans mes connaissances, il y en a au plus "un" que je suppose de...), ce qui est carrément flippant quand ils représentent 18% de l'électorat. Cependant, j'ai discuté un peu sur les forums. C'est évidemment très partiel, on y trouve surtout des militants. Cependant, la teneur du "fantasme" dans ces discussions est frappante. Il n'est question que de complot sioniste, complot maçonnique, complot des illuminati, complot du nouvel ordre mondial, etc. Leur reproche le plus fréquent, leur argument ultime contre Mélenchon, c'est qu'il était franc-maçon ! (Et ceci arrivait devant "communiste").

Parallèlement j'ai fréquenté les forum front de gauche (pour lequel j'ai milité) : on y voyait fréquemment des gens qui parlaient de leur boulot, le salaire, leur difficulté sociale (le RSA, les enfants à charge, etc.). Il avait aussi quelques complotistes, mais qui se sont fait rabrouer presque chaque fois par les autres militants.

Enfin, j'étais frappé au soir des résultats : comment diable le front de gauche réuni deux fois 120 000 personnes (A Bastille, à Marseille) et fait 11% tandis que le FN qui fait 18% e réunit au maximum 6000 ? Et même le PS et l'UMP réunissent bien moins de gens !
J'ai relu Todd : l'explication que je trouve c'est qu'il y a sous-socialisation de l'électorat FN (loin du centre-ville, renfermé, vivant la réalité par les médias), et sur-socialisation des électeurs front de gauche (dans les associations, les syndicats).

Ceci donne peut-être une piste et même deux :
- les médias (mais il y a un mystère à éclaircir, parce que ces mêmes médias ne sont pas "crus" par les gens)
- Reconstruire des espaces de socialisation (mais il faudrait une politique publique forte).
Tous ceux que je connais qui votent FN ne sont pas ouvertement racistes mais ont un terreau fertile. Ils ont tendance à généraliser sur tel ou tel autre groupe de personnes étiquetée en général d'étranger, ils font facilement des amalgames, leurs plaisanteries sont souvent de très mauvais goût.
Je les fréquente au travail, je suis musicien de jazz et paradoxalement dans ce milieu ils sont très nombreux.
Aujourd'hui, j'ai comme l'impression qu'ils surfent sur une vague ascendante, car je perçois de plus en plus que ces attitudes se banalisent depuis les 5 dernières années. C'est quasiment devenu une mode, ce qui était refoulé par honte avant, se défoule aujourd'hui et si je réagis je passe pour un minable "pas dans le coup", une espèce de gauchiste angélique qui n'a aucune conscience des réalités ...

Les médias sont un miroir, ça ne sert à rien de casser le miroir. Les politiques parlent et agissent et leur idées et actions sont approuvées, on est en démocratie, on ne peut pas empêcher cela sans arrêter la démocratie.
Pourtant tous les efforts ont été fait en vain, depuis les années 80, les éducateurs, les écoles, les messages à destination des enfants ont toujours été dans le sens d'un respect et d'une amitié entre les peuples,

Je pense qu'on est dans une pathologie collective de type schizophrénique, je ne sais pas si vous avez côtoyé des schizophrènes mais tous les symptômes de persécution, de syndrome d'influence, de convictions sur des pensées étranges totalement inventées sont là, avec en plus une chose que le schizophrène ne fait pas : l'amalgame. Et c'est impossible d'inverser la tendance.
Si on fait la liste de tous les films, les livres, les débats, les reportages qui ont été fait par les médias pour avertir, pour éduquer, si on fait la somme de toutes les mises en garde, les actions fait par des associations, des politiques (souvent de gauche) cela n'a pas empêché l'inexorable de s'accomplir.

Il semblerait que seules des actions irrationnelles, impossibles à conceptualiser, puissent répondre et inverser cette tendance, peut-être une catastrophe naturelle, une guerre. Un retour à la croissance aiderait peut-être à revenir à la raison, mais cela ne ferait qu'endormir la bête immonde, je dirais plutôt malade, qui sommeille chez beaucoup de nos concitoyens.

L'esprit humain est complexe, quand on pense que les religions ont été inventé et perpétrées par des schizophrènes qui ont eu des hallucinations visuelles ou auditives, que l'histoire de l'humanité s'est ponctuée d'actes de folie, de guerre, d'atrocité, il n'y a pas de raison que tout d'un coup cela se soit arrêté au XXème siècle !!!

On a eu presque 60 années de paix relative, espéront que cela continue cahin caha, il n'y a pas pire échec politique que la guerre.
Judith je vous aime. Votre texte est l'analyse la plus juste, la plus honnête aussi, que j'ai pu lire sur le vote FN depuis des années. Et pourtant avec votre satanée candeur, vous tendez le bâton pour vous faire battre: une prof du Xeme, fière de son travail dans le 93 (mais qui se garde bien d'y vivre vous reprochera t-on), qui regrette de ne connaître aucun électeur du FN et qui se permet de les renvoyer à leurs fantasmes: aïe aïe aïe. Heureusement qu'on n'est pas sur les forums du Figaro! Et je suis parfaitement placé pour le savoir, puisque je suis comme vous. Il faut dire que j'habite le 19ème, et que pour moi aussi, les immigrés sont mes voisins, mes amis, mes commerçants, ma fiancée. Et qu'on ne vienne pas nous dire qu'on ne connaît pas les difficultés sociales. À plus de 40 % de logements HLM dans notre arrondissement, les Neuilliens, Pieds-Noirs et Alsaciens n'ont aucune leçon à nous donner sur les prétendues difficultés du vivre ensemble. Résultat dans NOTRE France "qui souffre": 6% de FN.

Pourtant à chaque élection c'est toujours la même rengaine: le FN, ses électeurs, leur souffrance, ses fameuses classes populaires. Et j'ai à chaque fois envie de demander: et nous? Et nous les 82%? On compte pour du beurre? Faut il voter FN pour être considéré, analysé, convoité? N'y a t'il que le vote FN qui envoie un message? Moi aussi la prochaine fois je vote FN pour me sentir au coeur de l'attention nationale.

C'est ici tout le système médiatique qui fantasme, non plus sur les immigrés, mais sur le FN: on joue à se faire peur avec ces xénophobes qui font des cartons d'audience. Le bon peuble républicain par l'odeur du sang alléché. Un peu comme on aime annoncer le FN à 20% sur France 2 quand Canal annonçait 18,5% dès 20h. Pour un résultat final à 17,9. Résultat: record d'audience pour France 2, bien devant les autres. Ca faisait marrer Calvi dans C dans l'air aujourd'hui cette petite erreur... Si l'estimation avait été à 17,9%, soit 1,3 point de MOINS que Le Pen + Megret 2002 (16,86 + 2,34), cette soirée électorale aurait elle été la même?

Tous les débats focalisés sur le score du FN. Qui cela arrange t-il? Qui a intérêt à balayer d'un revers de fiche les 82 autres pour cent? Vend t-on plus de journaux en titrant sur "la menace FN" que sur "la victoire du PS" ou "la défaite d'un Sarkozy frontnationalisé"? La piste que donnait DS ce matin est tellement juste: ces électeurs qu'on voit sortir du bois tous les cinq ans, les journalistes ne les connaissent pas. Et ne s'y intéressent que ces soirs là. Il faut dire que l'Alien est vendeur. Daniel est trop fort quand même. Conclure sa chronique par "Et si la sincérité déchirée de cette curiosité cyclique était, en elle-même, une réponse à la question qu'elle pose ?". Comment dire mieux?

Ce système médiatique s'autoalimente en valorisant chaque soir d'élection les fantasmes de ces retraités frileux et péri-urbains paranos. Et c'est vers eux que devraient se concentrer nos recherches de solutions pour l'avenir? À eux d'orienter nos choix pour l'avenir de nos enfants? Plutôt crever. Nous sommes 82%. Minimum. Comme au deuxième tour de 2002. Sans parler de ceux qui ne votent pas, ni de ceux qui ne sont pas Français pour voter. C'est pas rien, on me souffle même que c'est une grosse, très grosse majorité. Et on ne fantasme pas, nous, enfin pas que. On baise aussi. Et tant pis si ça déplait aux retraités du Gard, nos enfants n'auront pas tous les cheveux blonds et les yeux bleus. Mais on ne va quand même pas s'excuser de baiser.

En tous cas c'est un plaisir de vous lire, tous. J'apprends beaucoup de choses de vos commentaires, de Camus à De Gaulle, de Serres à Michéa. Plus que jamais, je suis convaincu que le savoir est la clef de toute liberté. Et ce forum en est une belle illustration. Merci!
Responsabilité médiatique ?

En 2002, on a parlé d'insécurité à longueur de journaux télévisés => 4 millions d'électeurs pour Le Pen.

En 2012, pas un mot sur l'insécurité : 6 millions pour Le Pen.

Cela ne vous interroge-t-il pas ?

Ce sont les politiques, l'UMP en tête, qui ont propagé la haine à des fins électoralistes, en parlant de viande Halal, en parlant de M. Merah, en parlant d'identité... les médias n'ont, pour une fois, fait que relayer. A mon avis ils n'en ont pas rajouté, hélas ç'aurait été bien difficile vu la violence des propos - je rappelle que c'est B. Hortefeux qui a été condamné pour incitation à la haine raciale, pas fr2 ou RTL.

Je précise que c'est sans doute la première fois dans ma vie que je prends la défense de "lémédias".

Sur ce point donc je ne vous rejoins pas, mais tout le reste de l'article est percutant, bravo.
Constat : ceux qui reprochent à Judith d'être caricaturale quand elle parle du Sud sont au moins autant caricaturaux quand ils parlent de Paris.

(je précise "au moins" car dans son article Judith a clairement exprimé ses doutes quant aux "clichés", à la différence de ceux qui la critiquent et n'ont que des certitudes...)
auto-citation :
"bon, à part ça, la fameuse "poussée du fn" se résume à un pet de lapin : en 2002 le total des extrêmes droites fait 13,28% des inscrits, en 2012, 13,95%, soit 0,5% de "poussée"...
comme il semble, de plus, que la proportion d'inscrits par rapport aux électeurs en âge de voter ait augmenté ces dernières années, en gros le fn se maintient, tout au plus."
Et la desindustrialisation, ca vous parle? Et le chômage? Ca ne vous effleure pas?

Melenchon n'a pas proposé de solution crédible contre le ces fléaux, parcequ'il n'y en a pas dans le cadre de l'Union Européenne. Le coup de l'internationalisation de la lutte ne marche pas, parcequ'on est en concurrence qu'on le veuille ou non. Les delocalisations profitent aux prolétaires marocains et roumains, ils viendront pas manifester avec nous pour qu'on ferme les frontières de la France aux produits a bas coût importés. La dure réalité dans laquelle nous baignons n'est pas compatible avec l'idéologie communiste internationaliste. Quand on y a cru toute sa vie, c'est impossible d'accepter la frontiere parmi les concepts de gauche. Je parle d'expérience, ma mere est coco pur jus, elle ne se résoudra jamais a naviguer dans le reel sur cette question.

J'ai hésité entre MLP et JLM, oui. J'ai voté JLM parceque je suis un peu inquiet par le profil vieux-FN de l'entourage de MLP, et aussi parceque mon pere, né Algerien, exerçait mon vote par procuration. Mon vote ne valait pas une dispute familiale.

Mais je conçois qu'on puisse voter MLP. Sur les sujets économiques, qui sont au dessus de tout et de loin en terme d'importance, elle est la plus crédible, malgré son manque de profondeur théorique (vu a la TV). Elle était la seule a parler de la loi de 73 (avec NDA), du protectionnisme faisable (sans l'UE), et elle a enfin lâché le morceau de l'honnêteté la semaine dernière sur France Inter: "je préfère l'inflation et le plein emploi a la déflation et au chômage de masse". C'est la phrase la plus a gauche que j'ai entendue de cette campagne. On peut mettre ca a coté du concept le moins républicain que j'ai entendu de cette campagne qui est le droit de vote des étrangers, et ca nous donne 18% de vote pour le FN.

La faute n'en revient pas aux médias mais aux autres candidats qui n'ont pas offert ces solutions, Melenchon en premier lieu. S'il avait parlé de la sortie de l'euro et du protectionnisme national, plus un discours a peu pres réaliste sur l'immigration, il aurait laissé MLP a moins de 10% et serait allé chatouiller sarko. C'est une belle occasion de perdue.
Une partie du vote FN (majoritaire) n'a rien à voir avec un quelconque racisme, pour le coup fantasmé par Judith et lémédias, il a à voir avec la troisième république, et finalement, la république tout court.

Le vote FN, c'est beaucoup un vote cotre l'Europe.
Je n'ai pas le temps de tout lire, juste maintenant, mais je voulais aussi remercier Judith Bernard pour cette excellente chronique! Je pense d'ailleurs que sa perception, sur la "France qui fantasme" peut totalement s'appliquer à nombre de citoyens d'autres pays qui votent pour des partis d'extrême-droite, notamment en Suisse. Il y a deux ans, nous avons dû voter sur une initiative qui prévoit d'expulser tout étranger qui a dû purger une peine de prison ou a été reconnu coupable d'abus aux assurances sociales. Cette initiative a malheureusement été acceptée, mais ce qui interpelle particulièrement dans ses résultats, c'est qu'elle a obtenu les meilleurs scores dans des régions où il n'y a pratiquement pas d'étranger et très peu de criminalité. Ainsi, la commune qui l'a accepté avec le taux le plus élevé (65% de oui) se trouve....dans la campagne appenzelloise (canton alémanique dans la partie nord-est de la Suisse....si vous vous demandez où sont prises les photos de cartes postales d'une Suisse verdoyante, proprette, avec ses chalets au balcons décorés de géraniums, avec de belles montagnes dans le fond...et bien, c'est en partie là!). Par contre, Genève, qui connaît un des taux de criminalité les plus élevés de Suisse, mais comprend aussi près de 45% d'étranger, l'a largement rejetée (à plus de 55%). D'ailleurs, le canton a aussi rejeté le contre-projet du gouvernement, qui allait dans le même sens, mais tentait d'être plus compatible avec le droit international et les accords de la Suisse avec l'UE. Zürich, plus grande ville de Suisse, qui connaît aussi un des taux les plus élevés de criminalité (et de présence étrangère), l'a accepté du bout des lèvres (à peine 50,7%). Bâles-ville, l'autre grande ville frontalière de Suisse, l'a aussi largement rejetée (à 55%). La même chose lorsqu'il a fallu voter sur l’initiative concernant l'interdiction de construire des minarets en 2009. Elle a été rejetée dans les villes où se trouvent la plupart des musulmans de Suisse, tandis que les communes qui l'ont acceptée avec les taux les plus élevés ne comprennent aucun habitant musulman! Et ainsi de suite!

Je crois aussi que l'idée d'une peur du changement, évoquée plus haut, est à l'origine de ces votes. Les gens voient de loin un certain nombre de phénomènes sociaux, qui ne les concernent pas directement, mais dont ils craignent qu'ils se rapprochent d'eux et finissent par les concerner au premier chef. Leur vote est donc en partie "préventif". Même si, en réfléchissant un peu logiquement, il n'empêche rien du tout. Ainsi, nombre de gens ont voté pour l'interdiction de construire des minarets en Suisse (pas des mosquées, juste les minarets), parce qu'ils voulaient envoyer un signal aux musulmans et leur dire de ne surtout pas trop s'approcher d'eux, ni même de toucher à quoi que ce soit de leur train-train quotidien. Le message était: soit vous vous assimilez au point de vous confondre avec notre majorité, soit vous rasez les murs au point de vous confondre avec!
Votre article me laisse pantois.

Heureusement que votre sous-titre annonce la couleur : attention aux clichés.

Je me demande si votre texte n'est pas une circonvolution autour d'une question rhétorique : "mais qui sont ces gros cons de fachos ?". Réponse: des gros cons et des fachos.
Vous auriez pu vous arrêter là, on aurait compris que c'était un coup de gueule post-dépouillement, quand on constate que son champion s'est mangé le poteau. Pas la peine d'argumenter quand ce sont les tripes qui s'expriment.

Mais pourtant vous le faites, et on ne sent pas votre dialectique au meilleur de sa forme. Au festival des raisonnements foireux, citons-en deux :
- la Seine Saint Denis (alias le fin fond du cratère du désespoir et de la souffrance) ne vote pas FN, donc les électeurs FN ne sont pas « la France qui souffre » (concurrence victimaire sur le thème « je souffre plus que toi ») ;
- a contrario, les régions où le vote FN est fort sont des havres de paix, d'abondance et de félicité monochrome (blanche, pour être précis). Seule explication possible : soit ils sont cons (et là on revient au postulat de départ), soit ils ont une vision déformée de la réalité à cause des médias, bien sûr.

Bien sûr. D’ailleurs s’ils avaient leur libre arbitre, ces gens qui veulent défier le système, ils auraient mieux voté, c'est-à-dire comme vous.

Nous vivons tous plus ou moins dans des vases clos où rencontrons des gens qui nous ressemblent. Ca semble être votre cas, qui ne pouvez opposer à ce chiffre - 18% - que le déni de réalité. Je ne saurais vous dire qu’une chose, à vous qui signez cette chronique à valeur malgré tout informative : voyez d’autres gens que ceux que vous côtoyez d’habitude, posez-leur des questions, élargissez le cercle de votre entourage. Il doit bien se trouver non loin de vous un de ces 18% qui - le croirez-vous ? – risque d’avoir des arguments à vous opposer et pas que des chimères induites par les mass media. Peut-être même trouve-t-il des qualités intrinsèques au programme du FN ? Est-ce si impensable ?

Vous avez l’honnêteté de préciser que vous ne connaissez pas d’électeur FN, soit un Français sur 5. Et si c’était vous qui fantasmiez sur les raisons de ce vote ? En parlant « d’imaginaire » alimenté de peur et de colère par les médias, vous nous rejouez la partition de l’insécurité versus le « sentiment d’insécurité » qui a tant réussi à Jospin.

Les gens qui votent FN ce ne sont pas des petits hommes verts, ce sont votre boulangère, et votre coiffeur, mais aussi paraît-il des étudiants et quelques CSP+. Ceux-ci comme ceux-là ne sont ni des « gros cons » ni des victimes de manipulation. Du moins certainement pas tous.
Il est totalement contre productif de laisser entendre l’inverse, surtout pour la gauche traditionnelle dont le mépris ne fait que se couper un peu plus de son électorat.

Cordialement néanmoins.

Incidemment, et sans lien avec ce qui précède, soyez remerciée de l’adaptation sur scène du texte de F. Lordon, qui le méritait amplement.
Il est rare de voir ainsi contenu au détour d'une phrase une réponse à l'argument défendu dans le titre d'un article. Car c'est le sentiment que j'ai eu en lisant ce papier est très exactement : "j'aime bien Judith, mais là elle parle sans savoir".

Si j'avais eu mon site Internet, j'aurais fait une réponse approfondie dessus (et j'y travaille). Un mot : vous n'avez pas fini de pleurer si vous continuez, encore et encore et encore indéfiniment les mêmes erreurs de compréhension de la domination.
Sans aller chercher Michéa (mais il faudrait, car il était l'un des premiers à comprendre et théoriser le divorce de la Gauche institutionnelle avec le peuple), essayez de regarder cette émission des Matins de France Culture intitulée "la France des invisibles".
Je ne suis qu'un jeune citoyen, je n'ai pas été crier mon amour de la Commune à Bastille parce que je comprenais l'escroquerie à venir (et dont Mélenchon doit certainement être conscient comme moi) mais dans cet article, il y a tous les symptômes de l'échec de Gauche : méconnaissance du sujet ("C’est un raisonnement qui me semble extrêmement bizarre","je n’en comprends pas la logique", "mais il faut dire la vérité, je parle sans savoir"), psychologisation ("je suis tentée de penser qu’il est infléchi par une impulsion raciste irréfléchie", ), bons sentiments ("le FN n’a évidemment pas le monopole de la souffrance", "CLICHÉS, FANTASMES ET INTUITIONS") et l’imparable biais sociologique parisiano-centré...

Car même "pas outillée", en parlant sans savoir, Judith nous dégaine une sociologie du vote qui explicite clairement que grossièrement "le peuple ne vote pas FN" (car la Seine St Denis ne vote pas pour lui) et que "les riches votent FN, surtout dans le Gard". Ce n'est pas dit clairement, c'est suggéré avec légèreté mais c'est l'idée (d'où l'intertitre). Dans l'émission que j'ai mise en lien plus haut, un des auteurs explique en quoi les gens de Gauche ne comprennent plus DOUBLEMENT le peuple. D'abord parce qu'ils n'en font plus que moyennement partie, ensuite parce qu'ils n'en ont pas de définition sérieuse (la Seine St Denis, ce serait pas un tout petit peu parisiano-centré ça ?).

Le plus fabuleux est la dernière partie dont je me suis délecté, vraiment. Il y a tout, sauf l'essentiel. La responsabilité serait incommensurablement à chercher auprès des médias ? Car ils abreuvent ces gens déconnectés du réel (là c'était le top) d'images grossissantes, de déformations...
Mais que n'a t'on alors Marine le Pen au second tour si leur responsabilité est si colossale ? Comment se fait-il encore qu'Hollande arrive en tête hmmm ?

La "France du fantasme", elle en a gros pour reprendre ce que dit Lordon (ironie du sort, c'est votre émission qui m'a décidé à aller lui poser directement la question qui tue, que probablement vous avez tu). Et elle en aura encore plus gros lorsqu'elle découvrira que selon vous, elle fantasme. Bravo pour ce mépris bien de gauche, bien dans le cadre, bien dans le cocon tout chaud du Front de Gauche.

Pour reprendre un intellectuel dissident : "La réalité est injuste, certes mais on peut la comprendre. Il n'y a rien de pire qu'une injustice incompréhensible". Séchez vos larmes Judith et questionnez votre foi. Si ça se trouve, la réponse est "dans le texte" ? ;)
il y a un concept qui ne tourne pas du tout, il me semble, et qui me semblerait utile pour discuter ce vote fhaine, histoire de moins pédaler dans la choucroute "racisme". c'est celui de xénophobie.
j'ai lu ce matin un article (je sais plus où, mais peu importe, on en a tous lu des comme ça), une enquête dans un village qui a voté la peinelahaine à plus de 50%... un village du nord est, donc. un village super tranquille, avec que des gens qui se connaissent. et à la question "pourquoi vous votez fn ?" quelqu'une répond "pour que ça reste tranquille, pour qu'on reste en sécurité". l'entre-soi. je crois pas que le discours identitaire débridé, ce "chez nous" assez hystérique, qui court à droite soit un discours "raciste", mais il me semble que c'est plutôt un discours très très profondément xénophobe (peur/rejet de l'étranger). dans nos efforts à essayer de comprendre cette vague noire, peut-être que réfléchir avec cette clef d'interprétation entre autres pourrait être fructueux.

je lis à l'instant, après avoir posté, une discussion sur le protectionnisme. je pense par exemple que lire le protectionnisme en faisant jouer ce concept de xénophobie pourrait être assez pertinent.
Malheureusement, via Facebook j'ai découvert que pas mal autour de moi ont voté FN (pas des proches mais des connaissances, quoique je soupçonne quelques amis très proches d'avoir voté FN) et ce pour des raisons différentes mais avec un point commun : ils disent tous ne pas être racistes.

Certains ont voté Le Pen parce que selon eux après des décennies d'UMPS inefficaces il FAUT changer de gouvernants. Et quand j'ai essayé de leur montrer que, quand même, le programme économique du FN c'était pas très sérieux, j'ai parlé à un mur. Là on est dans la croyance magique : l'UMP et le PS ça a pas marché donc il faut laisser le FN aux commandes ça sera forcément mieux (ou en tout cas pas pire).

D'autres sont des enfants d'immigrés italiens ou portugais, et ont voté FN parce qu'ils trouvent que les émigrés les plus récents et les français de seconde ou troisième génération d'origine maghrébine ne font pas les efforts d'intégration qu'eux-mêmes et leurs aînés ont consentis. Ils sont plus fiers d'être français que les Français "de souche", complètement assimilés, et ne comprennent pas que les derniers arrivés ne fassent pas comme eux, "alors qu'ils ont été bien mieux reçus".

Moi le franco-algérien, je dois reconnaître que des fois je comprends ce sentiment de "on est plus chez nous" que peut ressentir un Français "de souche". Chez des amis à Lille, on est allé faire le grand marché de Wazemmes un samedi, je me suis cru au bled ! Quasi que des étals tenus par des maghrébins, des femmes voilés et des mecs en djellabas partout, des prédicateurs qui haranguaient les fidèles... Alors autant aux USA, qu'il y ait un Chinatown ou un Little Italy ça choque personne, mais en France républicaine, je crois que ça passe pas.

Mais bon tout cela n'explique pas le vote des villages paumés qu'ont jamais vu la queue d'un barbu...

Bref comme dit plein de fois plus haut, y'a une foule de facteurs qui se mélangent : désillusion, colère, xénophobie, fantasme...
L'ensemble de l'article est réfléchi et méritant, car il aborde les vraies questions. Petits problèmes quand même. Il est tout à fait grotesque de résumer le Gard (dont je suis originaire) à des maisons de villégiature avec piscine. Il n'y a pas qu'en Seine-Saint-Denis qu'il y a des banlieues crades, des barres avec de la délinquance etc. Faites un tour dans les banlieues de Nîmes ou de la voisine Montpellier. Il est donc erroné de concure que "dans les endroits où il y a des immigrés, le FN fait des scores minables." Evidemment qu'il y a des villages où l'on a jamais vu d'immigrés qui votent FN, mais il n'y a pas que ça.
Surtout, il y a un élément essentiel dans l'électorat de Marine Le Pen, plus que la "souffrance" simple, c'est un sentiment de repli, de défense d'un "chez soi". Et c'est là un sentiment que l'on peut déplorer, bien sûr, mais qui est bien réel, et surtout qui est extrêmement répandu, partout dans le monde, à l'heure actuelle. L'heure est à la critique de l'ouverture généralisée, de la mondialisation et des libres circulations. La critique du global, on la retrouve partout dans le champ politique (Le Front de Gauche beugle sur les marchés et la mondialisation, même le PS et l'UMP parlent du "produire français", des relocalisations etc.). Le FN est simplement le seul à pousser la logique jusqu'au bout, en assimilant l'immigration à une certaine tendance à la baisse des salaires (ce qui est en partie vrai, il n'est qu'à voir comment certains secteurs comme le bâtiment emploie énormément de main d'oeuvre flexible et à bas coût), ainsi qu'au sentiment d'insécurité physique et moral. Encore une fois, on peut le regretter, mais il faut faire avec ce sentiment. En soi, d'ailleurs, l'idée d'un "chez soi" et d'un repli n'est pas surprenante en temps de crise, les peuples ont toujours tendance à essayer de "se retrouver". En soi, si l'identité d'un peuple reste ouverte, que la stigmatisation de l'autre n'est pas la règle (c'est bien là que Sarkozy a foiré), la notion d'un "chez soi" n'est pas nécessairement de droite. Il ne sert à rien de dire que les électeurs du FN sont des fascistes ou des gros cons, les deux assertions sont fausses, et faire de la politique c'est essayer de prendre en compte ce que dit le peuple. On ne peut pas s'assoir sur le sentiment de 6 millions de compatriotes. Si Hollande passe, il aura l'énorme responsabilité de prouver que le politique peut encore se faire respecter. Il devra le faire alors même que la France n'a jamais été aussi à droite, mais il devra le faire s'il ne veut pas se faire éjecter dès 2017, et que la gauche reparte pour une dizaine d'années de passage à vide. La gauche doit montrer qu'elle est capable d'être plus intelligente que la droite, et entendre le sentiment profond du pays. S'il faut passer par une redéfinition de son approche de l'immigration et de l'insécurité (les deux sentiments forts à l'heure actuelle), sans que cela n'altère son identité profonde (il ne faut pas crier au fascisme dès que l'on aborde la question de l'insécurité non plus), je ne vois pas où est le problème. Ce sera simplement, encore une fois, la preuve que la gauche est capable de réunifier un pays, là où la droite n'a fait que le diviser.
Moi je connais des gens qui ont voté FN, et ils sont plutôt bêtes déjà dans la vraie vie ...
En admettant que l'analyse est juste, le vote FN est causé en parti par le délire médiatique, la question intéressante est celle des causes du délire médiatique. Le problème principal est probablement que la séparation des pouvoirs, politiques, économiques et médiatiques, n'est pas respectée. De plus, la mécanique de l'élection repose sur la mise en forme de l'esprit des électeurs; c'est a qui parvient a mettre l'esprit de l'électeur dans des dispositions favorables, et les médias sont l'outil de choix pour agir sur l'esprit des électeurs.


Quand vous aurez ainsi formé la chaîne des idées dans la tête de vos citoyens, vous pourrez alors vous vanter de les conduire et d'être leurs maitres. Un despote imbécile peut contraindre des esclaves avec des chaines de fer ; mais un vrai politique les lie bien plus fortement par la chaîne de leurs propres idées ; c'est au plan fixe de la raison qu'il en attache le premier bout ; lien d'autant plus fort que nous en ignorons la texture et que nous le croyons notre ouvrage ; le désespoirs et le temps rongent les liens de fers et d'acier, mais il ne peut rien contre l'union habituelle des idées, il ne fait que la resserrer d'avantage ; et sur les molles fibres du cerveau est la base inébranlable des plus fermes Empires (1767, Discours sur l'administration des la justice criminelle, dans Surveiller et punir)


Voir aussi : http://www.le-message.org/
Non Judith, votre papier est trés bien vu, ceux qui connaissent des electeurs du FN ne peuvent que l'approuver, je connais les gens de mon village natal des vosges avec ses 40% FN sur 85 votants; des gens qui ne souffrent pas du tout, qui n'ont pas de culture politique et qui ne s'informent que par "vosges matin" et "TF1". Sur 120 habitants, seulement 6 ont le Bac, l'immigration là bas, ce sont le Belges, oui c'est un vote de fantasme et donc d'ignorance entretenue par le JT de "TF1" ou "France2"; quelle difference si à la fin de chaque journal tv ils passaient le sketch de Fernand Raynaud..."et depuis au village, on n'a plus de pain...il etait boulangé" ou si les journalistes montraient le vrai visage du FN, le rapprochement entre le discours de Le pen et celui de Hitler etc...En aout, je vais voir mes parents gauchistes ecolos dans ce village ou Le pen Sarkozy ont fait 68%, je vais croiser ces gens et ne leur dirai pas bonjour mais "t'as voté pour qui au premier tour?" en reponse à leur "salut Hervé, t'es venus voir tes parents?", histoire de pouvoir les traiter de fachos pour les faire reflechir.Ces volatils ne sont pas des fachos ni même des racistes profonds pour la plupart, ils sont juste un peu bêtes, mal informés et manipulables.
Bon ; puisque apparemment c'est l'immense faiblesse de mon papier (et de ma réflexion) de ne pas connaître d'électeur FN (d'électeur déclaré, en tout cas), j'ai acheté hier Bienvenue au Front, enquête d'une journaliste infiltrée parmi les sympathisants, adhérents et cadres du FN, parue il y a deux mois chez Jacob-Duvernet. J'ai commencé à le lire, et pour l'instant ça confirme tout à fait mon hypothèse - du fantasme. Et même ça oriente clairement l'interprétation vers une hypothèse névrotique : c'est du fantasme paranoïaque.
Eh bien moi j'en connais des électeurs FN !

J'en connais au moins une qui le soir du 21 Avril se réjouissait de voir Jospin évincé par le FN, c'est ma mère !
J'en connais au moins un qui 2 semaines plus tard a dit : "à quoi ça sert d'aller voter ? De toute façon il passera pas", parlant bien évidemment de le Pen père, c'est mon frère.

Attention, ce ne sont pas de figures de style, mais bien des membres de la famille.
J'ai d'ailleurs aussi souvent entendu : "Ben évidemment t'es de gauche, t'es un littéraire" et plus tard : "Ben bien sûr que t'es de gauche, les profs c'est de gauche !"

Il m'est difficile d'écrire cette réponse et je détesterais qu'elle soit prise pour autre chose que ce qu'elle est : un simple témoignage. Je ne prétends pas ici faire un profil-type de l'électeur FN ou de ses motivations, simplement je connais des gens qui sont susceptibles de voter FN et de le revendiquer.

Alors oui la motivatilon principale de ceux que je connais c'est "y en a marre des Arabes" et "au moins il ne les feront pas rentrer en France". Ne me demandez pas d'où vient cette idée, je ne l'ai jamais su. Par contre, oui, il y a des immigrés et des Arabes dans le sud. Il y en a à Marseille, dans le Gard, dans la Drôme. Le fantasme d'un électeur apeuré votant contre un immigré qui n'existe pas chez lui, je n'y crois pas.

Morceaux choisis :
Conversation entre ma mère et mon frère "- ça c'est bien passé votre match de foot ?
- Ah non ! Y a eu des bagarres entre les deux équipes. Mais comme d'habitude : c'était des Arabes, ils ont perdu, ils commençaient à emmerder l'arbitre alors après ça a dégénéré."

Ma mère " - Moi j'en ai marre d'aller au marché de ***, y a que des Arabes (allez j'ajoute la suite quand même...) mais forcément comme ils bossent pas ils ont du temps pour y aller. Moi je peux y aller que pendant les vacances."
Ma mère et moi, le jour de ma première rentrée " - Alors ça s'est bien passé ta rentrée ? T'as vu tes classes ? T'as beaucoup d'Arabes ?"
Ma soeur découvrant Roubaix où elle met les pieds pour la première fois " - Mais y a des Arabes ici aussi ? Mais il fait froid ! Qu'est-ce qu'ils viennent chercher ?"
Ma soeur regardant par-dessus mon épaule l'article d'ASI qui évoquait Marine le Pen en difficulté face à Anne-Sophie Lapix : "- Mais ils peuvent pas arrêter de l'emmerder ! Tout ça parce que c'est Marine le Pen et qu'elle a raison !"

Je n'ai jamais compris et je ne comprends toujours pas aujourd'hui où est le problème qu'ils perçoivent. Mais c'est comme ça, l'Arabe est un problème et c'est à cause de lui qu'il y a le vote FN, selon ma mère en tout cas. Elle ne vote pas FN directement, elle est plutôt à droite mais elle a toujours clamé qu'on ne pouvait pas voter à gauche "parce qu'ils vont faire rentrer les Arabes". Pour moi cette question de l'immigration a toujours été incompréhensible mais jamais anodine.
Et ma soeur s'y est mise, elle votait pour la première fois dimanche, aucun doute sur la nature de son vote.

Je n'ai pas eu d'éducation politique, nous n'avons dans ma famille aucune culture politique. Aucune réflexion non plus. Lorsque j'ai découvert le fait politique (époque bénie de mes cours de philo), j'ai été frappé par le terrible manque que j'avais. Je ne suis pas à gauche en raison d'une quelconque loi statistique ou corporatiste, je suis à gauche parce que je le suis devenu au fil des années. C'est bête mais on a toujours peur que les autres nous pensent contaminé par l'électeur FN. Il faut toujours s'expliquer, préciser lorsqu'on "connait un votant FN", lui apporter des circonstances atténuantes.

En lisant votre article Judith, j'ai eu tendance à ressentir une véritable coupure Paris/Province. Et j'ai bien peur que le "danger" FN soit une évidence parisienne là où la Province n'en voit pas (ou moins) un. Peut-être pas tant la province d'ailleurs que le monde rural. Chez nous c'est la campagne : plus de moutons et de poules que d'électeurs. Les barres HLM, quoique moins spectaculaires que dans les grandes villes, se trouvent dans les petites villes à côté des villages. Je me demande aussi pourquoi on s'étonne de la puissance du FN dans les régions méditerrannéenes. C'est bien par là qu'elle arrive l'immigration, non ? Le risque est grand, non ? Si tout à coup l'ignoble gauche ouvrait toutes les frontières, voilà le premier endroit à être envahi, converti et défiguré, non ?
C'est ce que j'ai ressenti en travaillant à Nîmes pour le coup. Il est certain que lors de mes années passées à Roubaix là où "l'immigration" s'est retrouvée sans emploi en même temps que la "France Ouvrière", bizarrement, la haine de l'étranger était moins nette. La misère semblait avoir mis beaucoup de monde sur un pied d'égalité... Dommage que ce fusse ce pied-là...

Je crois que je suis en train de me perdre dans cette -trop longue- réponse, mais je crois aussi que cette question de l'immigration est insuffisamment explorée, qu'elle souffre de l'existence de nombreux tabous, qu'elle ne suffit absolument pas à expliquer ou justifier le vote FN mais c'est elle en tout cas qui est invoqué par ceux que je connais lorsqu'ils manifestent leur sympathie ou leur vote à l'endroit de ce parti.

Et dire que j'en souffre ne serait qu'un douloureux euphémisme...
Bravo, ah que cela fait plaisir de lire cette réflexion. Oui c'est aux médias de faire leur travail, mais non la plupart préfère redire pour la millième fois la même chose, répéter jusqu'à plus soif que c'est l'immigration, la sécurité et je te sors un graphique pour expliquer ceci ou cela. Dans le village où je vote, mon voisin, un brave pépé de 86 ans m'a dit qu'il allait voter marine parce qu'il n'aime pas les arabes. Je lui ai demandé où il avait connu des arabes, il n'y a pas d'arabes dans le village, ni dans les environs d'arabes qui posent problème. Je n'en connais pas, mais je lis les journaux et je regarde la télé, je suis abonné à Marianne et je vois bien que c'est eux qui foutent le bordel. Pour l'anecdote, je signal qu'il est catho, qu'il va à la messe tous les dimanche et quand je lui demande s'il pense que ses propos sont dans la ligne de Jésus, il se fâche tout rouge et me dit qu'il n'en n'avait rien à foutre de Jésus.
Cet article a le mérite de rappeler que le vote FN est le résultat d'un fantasme et que le fantasme se nourrit du mystère de son objet. Et tout cela n'aurait pas trouvé ses conditions de possibilité s'il n'y avait pas des épouvantails pour faire peur.
"Il ne faut pas se voiler la face: le FN recueille les suffrages de ceux qui sont en colère contre les élites actuelles ET qui pensent que l’immigration est la clef du problème. C’est un raisonnement qui me semble extrêmement bizarre, je n’en comprends pas la logique, je suis tentée de penser qu’il est infléchi par une impulsion raciste irréfléchie, mais il faut dire la vérité, je parle sans savoir: je ne connais pas personnellement d’électeur FN." En effet je crois que vous parlez sans savoir, et que vous vivez vraiment dans un monde bien "étanche" et pas très représentatif de notre société, si vous ne connaissez pas d'électeur du FN. Tant mieux pour vous, mais de grâce parlez de ce que vous connaissez (la littérature) , ça me va très bien !
Merci Judith
j'ai vraiment bien aimé le début de votre chronique
sans doute que quelque part il fallait mettre des mots sur cet "effroi" dont vous parlez si bien

ps: je suis ravie de savoir que vous êtes professeur de français en Seine-Saint-Denis, nous sommes donc collègues et je rêverais de fréquenter votre salle des profs, de connaître votre avis sur notre drôle de métier
mon email : sokolucamii@gmail.com
mais sans doute que ce message est trop loin et vous ne le verrez pas....

sinan
Bonjour, j'ai parcouru rapidement le forum et j'ai simplement envie de redire ce que j'ai vu sur un message ( pardon pour en avoir oublié l'auteur ) à savoir que les intuitions de Judith, que je partage, sont maintenant confirmées, cartes à l'appui, et à des échelles d'une précision qui permettent d'appréhender la répartition du vote à l'intérieur des départements, par Emmanuel Todd et Hervé le Bras dans la réédition de L'Invention de la France ou un chapitre inédit est consacré au vote F.N.
J'ajoute - car à me relire, j'ai peur d'être mal compris - que ce "quelque chose" qui mettra à bas cette solitude sera soulèvement très libre, égal et fraternel (tout le contraire du FN, donc). Il y a cinq siècles, un jeune homme d'une vingtaine d'années nommé Etienne de La Boëtie en parlait mieux que personne (et surtout pas Onfray) ne le fit depuis. Combien de siècles à attendre encore?
Du solitudisme comme explication

Après l'individualisme qui fit florès dans les années 80/90, je propose, avec ce néologisme, un nouveau concept pour expliquer ce qui fait le succès du FN. Seul, se sent l'agriculteur qui n'arrive pas à gagner le SMIC en travaillant 15 h par jour (tous les jours j'en rencontre, dans cet Est de la France - les Vosges, précisément - dont vous parlez avec une telle perplexité). Seul, se sent l'ouvrier qui ne sait plus quelle tête a le patron qui l'exploite, patron qui ne cherche même plus à s'honorer d'un peu de paternalisme. Seul, se sent le non-diplômé exclu des études, comme la majorité de ses congénères, au bout de deux années de fac. Seul, se sent le diplômé à qui l'hydre nommée "marché du travail" interdit le travail. Seul, se sent le téléspectateur devant des "succes stories", des "stories" tout court, qui n'ont rien à voir avec sa vie, mais qui le fascinent quand même. Etc. Et c'est là que le Front National l'emporte. Car il ne parle pas à tes idées (en ce sens il n'est même pas une idéologie), mais à ta solitude, rendue plus grande que jamais par le spectacle d'une histoire qui n'est pas la tienne. L'individualisme, c'était encore un choix. La solitude, c'est un résultat - provoqué par des marchands qui se rendront compte trop tard, après l'avoir provoqué, qu'il les fera crever.
Un jour peut-être (mais ce ne sera pas demain), quelque chose mettra à bas le solutidisme. Mais ce ne sera pas le collectivisme, ni la religion, ni la télévision, ni grand-messe d'aucune sorte. Quoi, alors?
http://www.slate.fr/story/53897/presidentielle-marine-le-pen-classes-populaires-mossuz-lavau

Voici un autre point de vue que je trouve pour ma part plus pertinent.


Laurent.
je n'ai pas le temps de lire le forum ce soir, mais je tenais à vous remercier, Judith, pour avoir mouché cet imbécile de girouette de onfray, chez

Tadeï.

vous êtes quelqu'un de bien.



Christophe
Judith,

Je devrais "théoriquement" être d'accord avec vous.
Tout d'abord parce que, en général, j'apprécie ce que vous écrivez et, si je n'y adhère pas toujours du premier abord, je trouve souvent dans la qualité de votre analyse des raisons à considérer.
Et aussi parce que, de toute évidence, nous avons glissé le même bulletin dans l'urne.
Mais là, même si comme vous ma soirée d'hier a été toute mêlée de rage brutale et d'incompréhension sidérée, je me sens contraint de vous apporter la contradiction sur deux points fondamentaux :

1) Le vote FN est, aux poussières LO et NPA près, le seul vote qui peut se parer des oripeaux factuels de l'anti-système. JLM, le FdG et le PC, quels que soient le talent, la force subversive et les qualités que l'on peut accorder au candidat comme au programme, sont un rassemblement d'élus, essentiellement issus du système. Cela ne les disqualifie pas (à mes yeux en tous cas), mais il ne s'agit pas de se voiler la face non plus (JLM ne cherchait d'ailleurs pas à s'en cacher). Ils ont fait partie des décideurs, sont perçus comme issus du sérail (ce qui est quelquefois vrai d'ailleurs), et se retrouvent donc de facto comptables de la situation actuelle, et peuvent donc inspirer de la méfiance à ceusses qui souhaitent ouvertement conchier le "système".
Je me permets (sans polémique) de rappeler que c'est très exactement l'argumentaire qui a servi de ligne de fracture avec (au moins) le NPA et (peut-être) LO, et qui a été repris par les représentants de ces mêmes partis.
Au-delà de la conviction que nous en avons, il faut donc ouvrir les yeux sur une possible réalité de la perception du FdG par les électeurs.
Et gare à eux si certains dudit FdG s'aventurent à entrer au gouvernement Hollande : ils seront discrédités pour une génération supplémentaire (au moins). Pour le coup, ce sera mérité d'ailleurs.

2) Le score "minable" du FN dans les 93 est, en partie au moins et à mon humble avis, une forme d'illusion d'optique. Je ne sais pas comment l'exprimer en termes non ambigüs, je vais donc y aller d'une bonne caricature bien franche, sans lien particulier avec une réalité connue de moi. Ne me jetez pas de pierres trop vite svp.

Prenons 100 électeurs, dont 45 enfants d'immigrés maliens (je n'ai rien contre les maliens, hein), les 55 autres étant issus de famille berrichonnes depuis au moins 27 générations (je vous ai prévenus, on est dans la caricature).
Admettons (c'est peut-être schématique mais relativement crédible) que les 45 premiers auront des idées politiques assez diverses, mais qu'aucun n'aura l'idée sotte et grenue d'aller voter FN.
Admettons que sur les 55 autres, 13 se piquent d'un bulletin brun marine, par pure haine du malien, et les 42 autres votent autre chose, pour tout un tas de raisons.
Quel sera le résultat du dépouillement ?
Un score "minable", comme vous dites.

Prenons maintenant une population de 100 personnes en plein coeur de l'Allier. Pas un seul malien à l'horizon. Admettons que 23 personnes votent FN, par le phénomène de fantasme que vous décrivez.
Quel sera le résultat du dépouillement ?
23%, un score qui fait peur.

Eh bien, en fait, le problème du racisme est plus grave dans notre premier échantillon.
Vous avez saisi pourquoi ?
Parce que les 13 racistes sont (en fait) à considérer dans une population plus restreinte des "gens concernés".
C'est un peu comme si vous faisiez un sondage sur l'ISF dans un township : les résultats que vous obtenez sont en quelque sorte un peu biaisés.
Dans la vraie vie, je ne doute évidemment pas que les situations soient beaucoup plus complexes, mais dans mes exemples, retenez bien : les 23% du second ne peuvent être comparés qu'aux 23,6% (=13/55) du premier.
Donc, en l'absence d'une analyse sociologique plus approfondie, je ne crois pas que l'on puisse déduire des scores "minables" que l'intégration est vécue comme une grande fête joyeuse par les populations et que les seuls racistes sont ceux qui sont loin du phénomène.
J'ajouterais même un point qui va compliquer ma caricature : il est possible que les plus gros racistes se soient tirés du ghetto tellement ils ne supportent pas "le mouton dans la baignoire", ce qui fait chuter la mesure du thermomètre là pour la faire monter "artificiellement" ailleurs.

J'ai lu ce matin un article du Monde.fr, dans lequels ils relataient une soirée électorale à Sceaux.
Là-bas, le FN fait moins de 7%, alors qu'ils sont (si j'ai bien compris) isolés des populations immigrés.

Du coup, les 18% font mal, mais ils interrogent.
Peut-être, pour partie, sont-ils là pour ça d'ailleurs.
A l'époque du vieux Le Pen, les caciques disaient volontiers que le FN apportaient de mauvaises réponses à de bonnes questions.
C'était sans doute une espèce de grosse s*******e, mais ça m'inspire quelque chose : il faut déjà trouver la bonne question.
Là, les 18% nous forcent à nous poser une question. Mais laquelle ?

Ne passons pas à côté de la question elle-même, avant d'essayer d'y apporter une réponse...
Entièrement d'accord avec votre article. Le vote Le Pen c'est le buzz facile des médias, dramatiser, faire peur pour l'audience.
Restons sereins. Entre 2002 et 2012 le nombre de suffrages exprimés a augmenté d'environ 25%, le vote d'extrême droite (Le Pen et Megret confondus) de 17% . Un socle s'est installé. Le seul risque c'est l'alliance en sous main dont nous ne saurons rien entre certains UMP et le FN.
Mais le FN seul ne risque pas de prendre le pouvoir. Mais c'est un bon client pour les médias et un puissant moteur pour la déliquescence d'une partie de la classe politique qui croit devoir faire mieux que lui au risque du déshonneur. Comme quoi il n'y a pas toujours besoin de souffrir pour lui courir a près. Merci pour l'analyse qui remet les choses à leur place. Qu'un homme (ou une femme) qui souhaite accéder au pouvoir sache trouver la clé aux problèmes qui assaillent nos sociétés et Le Pen ne sera plus rien.
Merci Judith
la télé est fascisante depuis l'arrivée de la droite au pouvoir. la droite préfere donner le pouvoir à l'extreme droite plustôt que voir gagner la gauche ;Il y a une haine viscérale du communisme à droite .Donc le FN est un pur produit de l'UMP.ils ont nourri le front national qui est venu récolter ce que l'uMp sème depuis cinq ans .Il y a comme les fourmis et les pucerons un bio tops droite et extréme droite depuis 15 ans en france . la gauche reprend la main mais difficilement .il va falloir un niveau de rupture à gauche pour renverser la donne .La faiblesse de l'analyse politiques des électeurs du FN est entretenue par les MEDIA.c'est à dose homéopathique qu'ils manipulent cet electorat manipulable .
Merci, Judith, pour cet article. J'aimerais bien, un de ces jours, voir un D@ns le texte avec, comme invité, Laurent Mauvignier, autour de son magnifique roman "Des hommes", sur les échos de la guerre d'Algérie en France aujourd'hui.
Merci encore.
D'habitude vous avez des textes assez justes.
Mais là, vous écrivez :

"Et ce que je sens, là, dans le vote des Vosges, de l’Alsace et de la Lorraine, ce n’est pas un problème de souffrance, c’est un problème de fantasme. C’est le vote de gens qui ne les vivent ni ne les voient, les immigrés, qui ne les "connaissent" que par voie de médias et de parole politique – l’immigré est pour eux un artefact discursif, ils n’ont, pour en "juger", que ce qu’on leur en a dit.

Tandis que là où l’on vit et travaille mélangés avec les immigrés (en Seine Saint-Denis par exemple, mais aussi, autre exemple, à Paris dans le Xème où je vis, dans le XIXème, dans le XXème), là où l’immigré est une réalité – là où c’est mon voisin, mon buraliste, mon camarade ou mon collègue, Le Pen fait des scores parfaitement minables.
"

et montrez ainsi votre méconnaissance parisienne du reste de la France.

Vous devriez venir faire un tour en Moselle... Par exemple à Behren-lès-Forbach, le jour de marché. En 2008, la ville compte 2 495 immigrés soit 29,3 % de sa population. En 1999, 51 % des jeunes de moins de 18 ans étaient d'ascendance étrangère dont 41 % d'origine maghrébine

J'ai rencontré un jeune de Forbach, d'origine algérienne, dans le train entre Paris et Forbach. Nous avons longuement discuté sur la nationalité, le "bled" où il retourne en été marcher pieds nus en djellaba, la laïcité, le voile, les prénoms des enfants, etc. Il m'a dit qu'il ne connaissait AUCUN Français d'origine française, tous ses copains qui vivaient dans sa cité étaient fils d'Algériens, de Marocains, de Portugais, Italiens, Polonais, etc...

Jamais il n'était entré dans l'appartement d'un "vrai" Français, comme il disait. Il n'y avait jamais été invité. Quand il est descendu à Forbach, il m'a demandé la permission de m'embrasser. "Madame, jamais je n'ai eu l'occasion de parler ainsi avec un Français non issu de l'immigration".

Venez faire un tour en Moselle, dans les anciennes régions minières, où la population est en grande partie au chômage!

Jamais vous n'écrirez plus de tels fantasmes bien-pensants parisiens, comme ceux qui votent Mélenchon avec "bonne conscience", tous bien au chaud, salaire assuré en fin de mois.

Tiens un petit article de 2007 qui retrace un peu la situation...

Il en est plein de villes semblables en Lorraine. On leur a pris les mines de charbon, les casernes, les tribunaux et maintenant l'acier.
Les jeunes n'ont AUCUN espoir, le seul espoir est d'aller bosser en Allemagne ou au Luxembourg.

Merci donc de ne pas écrire sans savoir.
Merci pour votre article, qui résume parfaitement mon état d'inquiétude en découvrant les résultats hier soir. Ce qui me fait le plus peur, c'est la pente glissante sur laquelle nous avançons doucement mais sûrement. Notre société est aujourd'hui le vecteur d'un individualisme absolu. L'homme ne supporte plus de vivre en troupeau, l'animal perd de sa sociabilité et la première réaction à cette mutation est la xénophobie. Mais à mon avis, la peur de l'autre va plus loin que ça. On le voit partout.

Je le vois en particulier au travail où seules les revendications qui valorisent l'individu sont respectées : augmentation de salaire, récupérations d'heures sup', avantages en tout genre. Par contre quand il s'agit de prendre la défense des autres, pour protéger l'intégrité du groupe, il n'y a plus personne, ni même les syndicalistes et autres membres des CE ou délégués du personnel. Nous avons peur de perdre ce qui nous appartient personnellement à cause d'un problème qui "concerne l'autre uniquement" et on se fout de ce qui peut anéantir le groupe, même si nous serons in fine directement impactés par son anéantissement.

Et cet état de misanthropie générale est favorisé par nos élites (je parle des élites définies par Mélenchon, ceux qui se réunissent au diner du siècle tous les mois par exemple...).
En politique d'abord, le personnage passe avant les idées. La preuve : on ne vote pas contre l'exploitation au travail, on vote contre "Sarkozy"... Or Sarkozy n'est qu'un pion de l'échiquier, il faut le dire, il n'agit pas seul.
A l'école ensuite, la méritocratie nous pousse dans un système qui n'évalue plus que la performance individuelle (il faut voir ces pauvres gamins de 3 ans qui vivent l'évaluation de la performance individuelle dès la maternelle, bientôt à la crèche, voire pourquoi pas prénatale ??...). Et par un renforcement des contraintes dites de sécurité et un manque de budget, ce système limite de plus en plus toutes les activités en groupe et d'ouverture à l'extérieure... Il faut en discuter avec les profs et instit' pour le croire : c'est un vrai calvaire rien que d'organiser une simple sortie scolaire en forêt....
Au travail, je l'expliquai quelques lignes avant, l'individualisme est au cœur des méthodes modernes de management. J'entends de plus en plus de témoignage où la direction pousse les salariés à la délation... incroyable, mais pourtant vrai. Qui n'est jamais allé voir son chef pour exprimer ces inquiétudes face à une rumeur circulant dans l'entreprise et n'a pas reçu comme première réaction : "qui vous a dit ça?".
Et le symbole absolu de cette montée de l'individualisme est sûrement l'explosion de cette mode de l'affichage obscène de sa vie sur les fameux "RéseauxSociaux".... pas besoin d'en dire plus, les articles d'asi en témoignent suffisamment.

Bref... Des constats en vrac, qui me poussent aujourd'hui à croire que le vote le Pen est le reflet de cet état social et que le vote Mélenchon est le contre feu qui donne espoir à la naissance d'un groupe qui refuse cette évolution sociale. Mais face à l'horreur que représente 20% d'extrémistes de droite (voire plus si l'on se permet d'y associer une bonne partie de l'électorat de l'UMP) les 12% du Front de Gauche semblent ne peser rien. Pire que ça, ces 12% sont maintenant eux aussi envahit par la peur... Voilà pourquoi je pense que la situation est grave : deux groupes conséquents, revendiquant une idéologie totalement opposée et étant animés par la peur, ont des chances non négligeables d'en arriver à user de la force et de la violence pour faire valoir leur point de vue (l'histoire en a témoigné bien trop souvent). D'autant plus quand, comme vous l'écrivez si bien Judith, ces deux groupes ne se comprennent pas et ne peuvent apparemment pas communiquer ensembles.

La question aujourd'hui est donc simple mais semble insoluble : Que faire pour rétablir la communication entre ces deux groupes ?
Comment faire réaliser aux votants du FN qu'ils votent pour un parti qui a toujours assumé sa xénophobie sous le régime de Le Pen père et dont le noyau comporte (ou du moins a comporté) des sympathisants des néo-nazis (rappelez vous de ce membre de la direction du FN viré avant les élections après avoir été pris en plein délit de fanatisme Hitlérien...) ? Comment leur faire comprendre que voter FN ce n'est pas voter pour "virer les arabes" mais pour établir une société fermée sur elle-même, anti progressiste, valorisant la morale catholique aussi facilement qu'elle fustige les gouvernements appliquant la charia?... Comment leur faire comprendre que ceux qu'ils nomment "les arabes responsables" sont bien souvent aussi français qu'eux et les premières victimes du système actuel? Comment leur faire réaliser leurs contradictions, le non sens du programme du FN qui crie à la mort des privilèges tout en étant dirigé par une des familles les plus riches de France, et dont le leader actuel est le fruit du népotisme le plus flagrant ?

Une première question qui en amène d'autres... qui ne font que nous enfoncer dans le désarroi absolu. Car à mon avis, seul un journalisme de qualité pourrait assurer ce travail de mise en communication mais les journalistes capables de ce travail ne sont malheureusement pas présents dans les médias les plus vus et écoutés. Que faire dès lors à part agir à notre échelle de petits citoyens qui essaie tous les jours de pousser son entourage à surfer sur ASI et médiapart, écouter France Culture, lire le canard et siné mensuel, regarder les nouveaux chiens de garde, les films de Pierre Carles... tout en continuant de consulter les médias plus classiques pour pouvoir réellement comparer, critiquer et se faire sa propre idée du système sans tomber dans le populisme primaire ?

Si vous avez la réponse à ces questions, j’en suis preneur…. de toute urgence ! Merci
Commencez déjà par reprendre contact avec la réalité si vous voulez comprendre quelque chose. Cette image de villégiature que vous associez aux départements du Sud lepénisés montre bien que le parisianisme indécrottable en est une de réalité. Les plus forts taux de chômage et de criminalité se trouvent dans cette région du Sud-Est. Un fort taux de population étrangère aussi, mais il n'y a pas que les vieux racistes souvent pieds-noirs, il y a aussi le sentiment de dépossession causé par des étrangers qui ont la particularité d'être des Français "de souche" : de riches retraités ou bobos qui font grimper l'immobilier en s'installant au soleil. Ces éléments sont à prendre en compte parmi beaucoup d'autres, votre vision est tout aussi simpliste que celles que vous prétendez dénoncer. Vous partez de cas particuliers pour en faire des généralités : vous citez la Seine-St-Denis comme preuve qu'une forte mixité n'engendre pas de vote FN. En d'autres lieux, l'inverse se vérifie également, par exemple dans les principales agglomérations du littoral méditerranéen.
[quote=Judith]je parle évidemment du Front de Gauche, dont le score à deux chiffres signale l’importance désormais décisive

[quote=Judith]Comment vote-t-elle, la Seine-Saint-Denis? A 38,7% pour Hollande, à 19,5% pour Sarkozy, à 17% pour Mélenchon, et à 13,5% pour Le Pen.

[quote=Judith]là où l’immigré est une réalité – là où c’est mon voisin, mon buraliste, mon camarade ou mon collègue, Le Pen fait des scores parfaitement minables.

Je m'y perds : est-ce à dire que le score du Front de Gauche est d'une importance minable? Pour un score sensiblement identique, l'interprétation en est diamétralement opposée, minable pour le FN, considérable pour le Front de Gauche. Peut-être que les attentes ne sont pas les mêmes.

Quant à la responsabilité des médias, elle me semble indéniable mais pour une raison inverse à celle avancée : la grande classe médiatique, les éditocrates et une bonne partie des politiques (de l'extrême gauche jusqu'au centre de l'UMP) ont diabolisé le FN depuis des années. Il suffit de se rappeler l'entre deux tours de 2002. Or cette classe médiatico-politique qui a montré son mépris mais également son incompréhension et son éloignement du peuple avec le référendum de 2005, cette classe médiatico-politique pointe un ennemi à "leur démocratie", le FN. Selon l'adage "les ennemis de mes ennemis sont mes amis", ne peut-on voir dans le vote FN un ralliement à celui qui se présente comme l'ennemi de cette classe dominante, ce Parti du pouvoir et de l'argent mais qui est également présenté comme tel par la dite classe?

Quant à l'immigration, la considérer comme un non-problème ou une non-question est à mon sens une erreur qui peut justement expliquer une partie du vote FN. Etre contre l'immigration (comme peut l'être NDA) revient à être vilipendé comme raciste. Je ne pense pas que les 20% d'électeurs FN soient tous racistes (mais s'il est indéniable qu'une part l'est) : les traiter comme tels, les diaboliser in fine, réitère l'éloignement et l'incompréhension qu'ils doivent ressentir probablement.
"Ah ! L’Est de la France! Ces Vosges où Le Pen a reçu 24,1% de suffrages, où se fait entendre si fort que le problème de la France serait celui des immigrés… Combien d’immigrés, dans les Vosges? Allons, combien?"

C'est bien connu, y'a jamais eu une seule entreprise dans les Vosges et l'Est en général, aucune demande massive de main d'oeuvre auquel on a répondu par l'immigration, aucune désindustrialisation suite au libre-échangisme...

Amusez-vous à superposer une carte du vote FN et une carte des grandes régions d'immigration avant la désindustrialisation du pays ou d'une carte de la présence musulmane.

Exceptées les régions parisiennes et lyonnaises (qui font parties des métropoles mondiales profitant de la mondialisation), ça correspond assez bien (quart Nord-Est, vallée du Rhône et rives de la Méditerrannée). Alors que dans le Grand Ouest, qui n'a jamais été une terre d'immigration, le FN fait ses moins bons scores.

Au bout d'un moment, il faut ouvrir les yeux et arrêter de croire que l'électeur du FN n'a jamais vu un immigré et qu'il regarde TF1 toute la journée... Et se poser les bonnes questions, au lieu de traiter des gens de "cons" (pour pas mal d'asinautes apparemment) ou de "manipulés par les médias" c'est-à-dire de cons (pour Judith).
Devinette: Qui a dit: "Il y a des Français qu'on n'entend jamais parce qu'ils ne manifestent pas et ils ne cassent pas" et "les Français se sentent menacés dans leur mode de vie"et "Les socialistes préfèrent fréquenter les dîners en ville que les ouvriers, se rencontrer dans les restaurants de luxe".

Le Pen ou Sarkozy?
http://lmsi.net/Un-racisme-qui-vient-d-en-haut
Un article complétant et enrichissant le texte de Judith Bernard.
peur, colère, souffrance
immigrés

je vais ajouter à nos perplexités. s'il y a actuellement une population qui a peur, qui souffre, qui est en colère, et où il y a beaucoup d'immigrés, c'est bien la grèce. comparaison n'est pas raison et trucs de con, mais quand même, vous n'imaginez pas à l'aune de ce que vous vivez ce que vivent les grecs. donc si ce cocktail était bien le terreau idéal pour faire fructifier le vote facho, on l'aurait très très massivement ici. je rappelle que nos législatives ont lieu le 6 mai, dans 2 semaines... eh bien, les sondages, depuis qu'ils ont commencé à sonder à ce propos, montrent une chose : que ça sera le diable si l'extrême droite (laos et chrisi avgi, on en a 2 !!) atteint les 10%. et pourtant l'extrême droite est maintenant arc-boutée contre les mesures d'austérité, contre les immigrés, etc. mais non, ça ne prend pas, ou pas beaucoup. beaucoup plus qu'avant la crise toutefois, mais bon, actuellement on est à 8,5%... les sondeurs peuvent se planter, on l'a vu (je signale que les bookmakers avaient vu juste la veille du scrutin, donc la prochaine fois, allez voir les sites de bookmakers anglais !). il est vrai que les grecs, côté facho et colonels, ont déjà bien donné. ils pourraient ne pas avoir envie d'en reprendre... donc vaccinés, en quelque sorte. et pourtant les hongrois, tout de même assez vaccinés aussi (même si dans les dernières années, le "joug communiste" était vraiment léger léger), se tapent un facho de première bourre.

perplexité

l'extrême-droite, cette hydre immonde, reprend du poil de la bête un peu partout, il faut bien dire. alors vote protestaire de gens en souffrance, j'y crois pas.

et si 18% des gens, quasi 1/5 des gens que vous croisez dans la rue, se foutait réellement, sincèrement, consciemment de l'humain, de la liberté égalité fraternité, et si tout ce "rousseauisme", ces jolies pensées révolutionnaires, les faisait simplement gerber ? et si, quant à eux, ils avaient tourné la page de la révolution, justement ?

quelle déprime !
bonsoir
Je pense que comme tout le monde je cötoie des gens qui votent Front National.

Dans l'école où j'enseigne, nous sommes en lien proche avec le personnel municipal de la cantine et du ménage qui votent pour plusieurs au FN alors que nous, enseignantes, sommes marquées à gauche.

Nous partageons notre café du midi et nous discutons facilement de sujets plus ou moins anodins ou profonds.

Si certaines ont voulu nous interdire le débat politique comme "leur chef" de la mairie leur conseillait. Je suis intervenue pour dire que pendant notre temps de pause, personne ne devait nous imposer ou nous interdire nos sujets de conversation.
Mais depuis le début de la campagne présidentielle, qui a commencé très tôt dans nos discussions, elles ont écouté nos débats politiques amusants et animés mais là, aucune d'entre elles ne laisait transparaître leurs opinions et leur absence de prise de parole m'inquiètait.
Ce midi, l'une d'entre elles a simplement dit: "moi au deuxième tour je m'abstiendrai et ça faisait bien longtemps que je n'avais pas voté."
Impossible de discuter plus loin. "On risquerait de se disputer et ce serait dommage."
Je crois vraiment que je connais des gens sympathiques avec qui je ne souhaite pas me disputer mais discuter mais comment arriver à ouvrir le débat.
Vous oubliez une raison profonde du vote lepeniste : le choix de la sortie de l'euro et du retour au protectionnisme. Ce parti est plus crédible que jamais sur ce programme : il porte ce discours depuis ses origines, d'autres partis viennent au protectionnisme et l'éclatement probable de zone Euro semble donner raison au FN.
Je voudrais réagir aux propos de ceux qui rapprochent le vote FN et les faiblesses évidente de l'éducation nationale...

Tout d'abords, et je dis cela avec beaucoup de cynisme, on à l'école qu'on mérite... ou du moins celle qu'on est prêt à se payer...

Mais si ce que dit cette chronique sur l'influence des médias est juste, je crois que c incomplet... le mal est déjà fait

Forcement donner la responsabilité de 30 élèves à un prof!!!!!

certains élèves sont complètement coupés du groupe, n’apprennent pas à communiquer, ne tissent pas de liens... ils ont le sentiment d'être méprisés, ignorés, jugés....

on peut imaginer que au sortir de leur scolarité, qui pourrait être considérée comme le passage à l'âge adulte, ils sont animés par la colère, la rancune
c dans cet esprit qu'il vote FN il me semble.... pour faire chier
Avec Judith c'est toujours pareil, je trouve l'article génial mais y a toujours un petit passage qui me chiffonne. ici ce qui me chiffonne, c'est l'hypothèse étayée par des exemples : Seine Saint Denis, Alsace et Vosges.
Oui mais justement Marine est en tête dans le Gard qui est le département de métropole le plus fortement touché par le chômage, l'endroit où il y a le moins de gens qui sont propriétaires de leur logement. Evidemment, vous, depuis Paris ce que vous voyez ce sont les résidences secondaires ou les retraités qui descendent dans le sud pour se dorer la pilule au bord de leur piscine mais ça vous est venu à l'idée qu'ici il y a aussi des gens qui y sont nés et qui y ont vécu toute leur vie de misère, vous croyez que les retraités qui débarquent ici sont majoritaires ?

bien sur cela n'exclut pas qu'une partie importante de l'électorat du FN est constituée de cette France qui fantasme, mais on ne peut pas totalement exclure l'hypothèse d'une France qui souffre et qui croit trouver une issue par le vote FN.

j'ai des électeurs du FN dans ma famille, ils se divisent en 2 catégories : les racistes et ceux qui n'ont aucune foi en l'homme et qui croient vivre au milieu des loups. Si les premiers ont incontestablement tort d'être xénophobes, d'avoir peur de l'étranger ou du musulman, il est totalement impossible d'affirmer que les seconds ont tort de penser ce qu'ils pensent et que nous avons raison de penser qu'on peut vivre une fraternité à l'échelle mondiale.
Dans ma famille je n'ai aucun électeur du FN qui souffre ou qui fantasme car tous ceux qui sont xénophobes vivent effectivement au milieu des étrangers.
Comprenez qu'un marseillais qui voit 80% de gens en djellaba sur la canebière peut se sentir effectivement envahi. Il ne sait peut-être pas pourquoi historiquement il y a une telle proportion de commoriens à Marseille (je sais plus c'est 10% ou 20% de la population marseillaise).
Un Montpellierain qui va faire son marché sur le boulevard Gambetta comme un parisien qui se promène à Barbès aura l'impression de ne pas vraiment être en France, pour peu qu'en plus un jour il se soit fait tirer son ordi portable à l'arrachée par 2 arabes en scooter et pouf... on peut devenir raciste, on a tort, mais ça peut s'expliquer, on peut comprendre la genèse de ce racisme autrement que par du fantasme produit par les médias....des fois c'est con, mais supposons que fortuitement j'ai quelqu'un qui soit marseillais dans ma famille, que ce quelqu'un rale régulièrement à cause de "l'invasion" sur la canebière, que ce quelqu'un se soit fait tirer son portable par 2 arabes en scooter, et supposons que le fisl de cette personne soit tombé amoureux il y a 3 ans d'une tunisienne, imaginons que cette personne soit devenue la grand mère de 2 enfants moitié français moitié tunisiens....et bien alors figurez-vous que d'un coup cette personne déclare qu'elle ne votera plus jamais FN parce que par rapport à ses 2 petits enfants, c'est devenu impossible....cette personne supposée existe....A quoi ça peut tenir parfois le vote FN....
Merci Judith pour votre analyse à chaud avec des larmes dans le clavier.

La peur et l'ignorance sont le fumier sur lequel l'extrême droite s'épanouit (merci Desproges). Nous sommes là dans le champ de l'irrationnel.
On peut avoir fait des études supérieures comme le remarquent beaucoup de participants à ce forum, tout en ayant des croyances et étant très mal informé .

Sur la responsabilté des médias, je suis bien sûr d'accord avec vous, sauf qu'il ne faut pas oublier que les médias sont maintenant la propriété des puissants comme ça n'a jamais été le cas auparavant.
Le rôle de leurs employés n'est pas d'informer mais de faire de la propagande pour donner encore plus de pouvoir et d'argent à ceux qui en jouissent déjà, propriétaires de médias inclus.C'est grâce à eux que Berlusconi a gardé le pouvoir si longtemps en Italie.

Reste pour moi des questions : pourquoi choisir de regarder des insanités sur telle ou telle chaîne de télévision, plutôt qu'un film ou un reportage d'information . Et d'ailleurs pourquoi regarder la télé plutôt que lire un roman ou écouter un disque?
Pourquoi lire les inepties de la presse régionale (rachétée récemment par le Crédit Mutuel dans l'est de la France) ? Pourquoi continuer à croire que Libération ou Le Monde sont les mêmes journaux qu'il y a 30 ans, ou que Le Nouvel Observateur est un magazine de gauche?
En dehors d'internet il existe de vrais journaux d'information ( Le Monde diplomatique pour n'en citer qu'un) pourquoi n'ont-ils pas un lectorat plus important?
J'aimerais bien savoir pourquoi vous n'appliquez pas la théorie du rasoir d'Okham, et ne voyez pas ce qui est le plus simple et qui crève les yeux.

Qu'en fait ces gens votent pour un parti d'extrême-droite parce qu'ils ont des idées d'extrême-droite ? Peut-être qu'après tout, ils ne s'égarent pas du tout.

Je sais que ce que je dis semble révolutionnaire, vues les questions que vous vous posez. Mais en quoi ça pourrait ne pas être la bonne explication ?

Je ne vois absolument pourquoi on devrait se poser des questions à la mords-moi le noeud.

Parce qu'ils sont des ouvriers ? Mais les ouvriers sont des gens qui sont totalement inféodés aux moyens de production, et à des hiérarchies très strictes. Certains cherchent à s'en libérer, mais sur le nombre, il y en a forcément qui, n'étant pas habitués à se prendre en main, cherchent à vivre dans des types de société semblables à leur travail, où tout le monde marcherait au pas, dans un bel ensemble. Je ne vois pas ailleurs le fait que certains aient écouté Mélenchon le tribun un instant, jusqu'au moment où il a exposé sa conception du combat qui n'est pas l'obéissance au chef politique. Ils s'en sont alors détournés.

Et le supplément de gens qui ont voté FN cette fois-ci, ce sont les déçus du sarkozysme qui ont regretté que Sarko ne mène pas tout le monde à la baguette.
C'est la démocratie qu'ils détestent, tout bêtement. C'est trop compliqué, trop lent, tous les émancipés vous passent devant.

Ah ! Le plaisir de s'oublier individuellement parmi tous ces gens semblables qui marchent au pas ! D'ailleurs, que font ces gens différents de nous, ces gens d'origine étrangère, qui n'ont pas la même tête que nous, qui ont des habitudes différentes de nous ?
Quelle idée insupportable !

Lisez donc, ou relisez donc "Eichmann à Jérusalem" de Hannah Arendt, et sa théorie de l'homme totalitaire.
Merci pour cette analyse. Je fais parti d'une autre France qui souffre : celle qui voit que 20% de la population vote pour le FN. Comme vous, je ne connais à priori personne qui vote pour le FN. Je n'ai aucune possibilité de mieux comprendre ce choix qui me paraît ahurissant. J'espère qu'une émission d'@si se penchera sur cela. Merci encore à @si de toutes les analyses données durant la campagne. Continuez.
Le champion toutes catégories du cynisme a inventé pour le premier mai,"la fête du vrai travail". Lui,en même temps médaille d'or de l'accroissement du chômage et des inégalités va -t-il nous faire un meeting à Neuilly,pour tous ceux qui gagnent des fortunes sans bouger leurs fesses du canapé. Est-ce là,le travail VRAI ?
Merci Judith pour votre article. Deja si dans les media on interdisait de donner l'origine des parents d'un supposé délinquant.
Virer Zeimmour et tous les journaliste qui se permettent d'avoir un discours raciste alors que c'est interdit.

Retourner expliquer a ceux qui votent FN (comme l'a fait MElanchon) qu'il y a d'autres solutions que le repli sur soi et la xénophobie . Améliorer l'école , l'instruction est l'apprentissage de la réflexion ,la critique , qui permet de prendre du recul ...

Le PS en 2007 a préféré perdre plutôt que de soutenir Segoléne alors la France il vaut mieux la perdre plutot que de prendre des risques et de déplaire aux gens..
Merci pour cet article d'utilité publique. Je confirme, ce sont dans les petites communes, où il n'y a pas d'immigré, que les alsaciens votent FN. Il n'y a pas de rapport avec la France qui souffre. Par curiosité, cherchez "village alsacien" puis "images" dans Google, vous pourrez vous rendre compte de la pauvreté ambiante.
Merci infiniment pour ce point de vue qui met des mots sur ce que je crois profondément!
Merci Judith ! Je ne peux qu'applaudir à votre raisonnement. J'habite un gros bourg situé sur le bassin d'arcachon. Ils n'ont jamais vu l'ombre d'un "dangereux émigré" et il faut voir les scores de Sarko et Le Pen ! c'est à faire peur. Il en est d'ailleurs ainsi tout autour du bassin mais en regardant les résultats de Bordeaux en particulier et de la Gironde en général cela change fort heureusement. Cependant je suis très inquiète et furieuse de mon impuissance ! J'ai 67 ans et le cœur à gauche depuis toujours et de + en + de mal à comprendre mes concitoyens.....comment leur expliquer que lorsqu'on coupe la queue d'un renard, c'est toujours et encore un renard.
Lire aussi:" LA FORCE DE L'ORDRE" de DIDIER FASSIN.
Modestes remarques

Je pense qu'il faut en finir avec l'argument : les Vosges, pas d'immigrés, pourquoi votent-ils FN ? Aussi amer cela soit-il, il faut se faire à l'idée (pour mieux tenter de la combattre) que le discours FN s'enracine et que les électeurs du FN votent aussi en fonction de ce qu'ils estiment être un situation nationale, même fantasmée. Les assigner à voter sur la base de ce qu'ils voient autour d'eux, c'est encore une fois les prendre pour des demeurés incapables de se forger une opinion, fût-elle fausse (je ne dis pas ça pour être provocateur, je schématise, j'ai bien compris que vous cherchez justement à aller au-delà des clichés).

Sur l'amertume, que vous ressentez, que les électeurs en colère n'aient pas saisi l'opportunité d'autres colères plus constructives, comme le Front de Gauche : on peut aussi un peu dédramatiser et se dire que la "marque" (mouais, le terme est bof) Mélenchon n'est pas encore bien installée, et que dans l'imaginaire collectif, le vote le plus immédiatement à la colère reste le vote FN. Je n'ose même pas imaginer la situation si le FdG n'avait pas été là. L'ouvrier qui vote FN et qui est épuisé d'une vie de travail, on peut imaginer qu'il n'a pas eu l'esprit aussi tranquille que d'autres pour comparer les programmes de Mélenchon et de le Pen.

Donc oui, tristesse pour ceux qui ont grosso modo vos idées (en l'occurence je les partage), mais maintenant : combattivité, courage, travail, opiniâtreté. Paradoxalement, je pense qu'une campagne électorale est le pire moment pour faire de la politique, c'est déjà "trop tard". C'est entre deux élections qu'il faut y aller, faire infuser les idées, tenter de convaincre les partenaires, l'opinion, tordre le bras du PS quand il est trop frileux, etc. La campagne, c'est juste un moment pour arracher les derniers trucs.
Je suis là encore peut-être un peu schématique, mais je crois que c'est pas complètement faux.

La politique, c'est tectonique : longs mouvements souterrains, et séismes le jour des élections. Structurellement.

Cordialement
Surtout la FRANCE qui manque de culture , de màturité en politique et en plus de mémoire, cet ensemble associé à une indifférence coupable des politiques et médias vis-à-vis du FN , permet cette potion peu ragoutante . Mélanchon fut bien seul a lutter ...hélas !
"Avril 2002, conversation de cuisine après un repas de famille :
-Pourquoi tu as voté FN ?
-Tu sais avec tout ce que l'on voit à la télé...."


Bon juste une petite question :
Quelqu'un peut m'expliquer pourquoi le vote Le Pen a été sous-estimé par les instituts de sondages avant le premier tour ?
Pourquoi leurs modèles n'ont pas fonctionné ?



Merci d'avance
http://www.lexpress.fr/actualite/politique/presidentielle-comment-le-ps-va-parler-aux-electeurs-fn_1107494.html

Des propositions intéressantes pour détacher les électeurs du FN des Lepen.
http://www.mediapart.fr/journal/france/230412/les-dossiers-de-mediapart-lump-en-droite-extreme-la-france-et-ses-crises
Merci à Judith Bernard pour la transcription de ce sentiment de frustration face à cette envolée de l'irrationnel entretenu et désormais orchestré.
J'ajouterai que j'y vois essentiellement une régression (petite pensée sur le livre de Jacques Généreux "La grande réfression") ayant pour conséquence l'attrait de la simplicité.
Si au front de gauche l'électeur est très militant et présent dans les grands mouvements, au front national, or le militantisme de base (comme pour les autres partis habituels) le vote équivaut à appuyer sur le bouton de buzz avec une distance relative dont l'exécution vaut comme mise à exécution de cette menace : "Si blabla ... tous pourris ... je vais pas voter ou... alors je vote Lepen". Analyse déjà simpliste en soi, mais il y a encore plus simple.
Je croise mon voisin dans la rue et il me raconte que son épouse attend son courrier de confirmation de départ à la retraite. "Tu te rends compte" me dit-il "je connais un mec qui n'a jamais travaillé de sa vie et il touche 600 € par mois à sa retraite !". "Avec 600 € tu vas pas loin !" ai-je répondu !
"Ma femme qui a bossé toute sa vie ne gagne que 1200 € à sa retraite, c'est injuste ! Et l'autre qui ne fout rien gagne 600 € !".
Que dire ensuite sans partir dans une réflexion économique approfondie rappelant que même si Mr X ne touchait rien la pension de l'épouse du voisin n'augmenterait pas ou tant d'autres réponses humaines mais éléborées! Les petites gens sont prêts à s'étriper pour des miettes tant qu'on les persuade de la simplicité de ce type d'injustice maintenue par l'Etat-Providence ! Alors si vous ajoutez que le fainéant a en moyenne 5 gosses, se laisse pousser la barbe et emballe les femmes de son foyer fiscal défiscalisé ! C'est tellement simple de voter pour Madame Lepen !
Conclusion : Au bout de 2 années d'économie sur la dette, la finance et les joies du LBO, la création monétaire et le protectionnisme ou le libre échange, la remise en cause du concept de chômage volontaire, le détricotage du triangle des incompatibilités de Mundell abusivement utilisé pour imposer l'Euro sur la base de la libéralisation sacro-sainte des capitaux , 20% de mes élèves, oui 20% et bien plus sont capables d'écrire sans complexe que les immigrés abusent des aides de l'Etat-providence et tout aussi clairement que Marine la bleue car les parents l'ont entendu à la télé et l'ont répété en se le faisant assez souvent répéter pour y croire ! Etant un vosgien de souche exaspéré par l'entreprise de conquête lepéniste et médiocratique des esprits simples je pleure au fond de moi-même que soit défigurée la ligne bleue des Vosges !
PS : Je retiens votre prestation courageuse sur le plateau de "Ce soir ou jamais" aux cotés d'un Michel Onfray que je ne savais pas si consternant. Vous y avez dit l'essentiel : le vote Mélenchon n'est pas, lui, un vote de gros con énervé !
Je viens de survoler les commentaires, en lire une partie, ... fantasmes infantiles, ignorant, cons
Je vis entourer d'électeurs FN, je mange tous les midis, depuis tant année, avec certains d'entre eux.
En ce moment je me demande ce qui est le plus désespérant, m'acharner jour après jour à leur parlé de "l'humain d'abord" et voir leur scepticisme entre-coupé de quelques secondes d'attention, ou lire ces commentaires.

Il y aurait tant de chose à dire que je ne sais par où commencé... Je les entends d'ici vous répondre, qu'ils n'ont pas honte d'être traitée de facho, ils trouvent juste ça ridicule. Ce qui personnellement me semble pas si injuste que ça, mais bon peu importe. Insulté-les ils se renforcent, les soutiens du Fdg devraient pourtant bien comprendre ça !

La seule porte que j'ai trouvée, est de ne plus chercher à les comprendre/ni à les convaincre, il n'y a rien à comprendre et ils sont plus têtus que des mule, mais juste leur faire entrevoir qu'il y a une autre voie, que nos "solution" mérite d'être essayé, titiller leurs curiosités (eh oui :) les fachos aussi peuvent espérer en l'humanité, au moins quelques seconde).
Travaillent de longue haleine, mais fortement facilité par la création du Fdg, encore un effort et je pourrais parler de planification écologique sans déclencher de rire moqueur. Encore un effort et on pourra leur parler de partage sans qu'ils répondent injustice, encore un effort et on pourra leur parler d'Europe et concillier dans la même phrase service public.

Nb : Je vis sur le plateau du Haut-doub, peut-être le "facho" doubiste n'est pas comparable au "facho" pastis ni aux facho choucroutes.
Nb 2 : pour ce qui est de la générosité et de l'humanité, que dire, venait ici, ça se passe de commentaire.
Nb 3 : J'ai mal au cœur de me sentir obliger de le préciser, mais afin de vous aider Judith, il y a des "Turcs" et des "Marocains" dans ce village de 497 habitants, ils font "corps" avec le village (en tout cas bien plus que moi) , et ils sont tout aussi conservateurs (ou presque).
Je le vois à Saint-Denis.

Les gens commencent par un discours défaististe, ayant introjeté l'image négative que TF1 propage. Vous contrecarrez, les gens vous regardent surpris, puis vous argumentez, et au bout de 5 minutes, les gens se mettent à parler de ce qu'il y a de sympa autour d'eux.

Ce sont des gens qui se laissent influencer par la télé, qui ramènent le moindre événement à l'hashtag #toutvamalenbanlieue.

Depuis que je vis à Saint-Denis, je n'ai pas vu un seul DAB de banque défoncé, alors que j'ai vu ça au moins 8 fois lors de ma dernière année à Paris.

C'est dans la tête, pas un fantasme, mais un faisceau de faits que le rabachage environnant a amalgamé dans un même noeud de sens.

A déconstruire, en permanence et avec le sourire. #jourstranquillesàSaint-Denis

http://anthropia.blogg.org
[Pour les feignasses de la lecture voir PS merci]

Chère Judith,

Je n'ai ni analyse ni critique, juste un échange de tweet qui illustre votre propos.

Entre moi et une "militante" qui doit probablement errer sur ce site:

Tweet en réaction à un témoignage d'un frontiste "chez Mermet" (comme disent les résistants résistants)

Elle: "Le FN est le parti le plus démocratique". Militant FN. #connard #Mermet

Moi: Moi j'ai envie de les faire parler tous ces gens qui prétendent avoir la solution, venez le prendre le pouvoir qu'on rigole
Faisons les parler pour qu'ils montrent à quel point ils sont dangereux. Ils font les pleureuses et on fait "comme si"
"comme si" le FN n'existait que tous les 4 ans. A chaque fois c'est pareil. Donc comme Mermet faisons les parler

Elle: Hein?

Moi: c'est la meilleure façon de les confondre. Ils n'auront plus l'alibi de la victimisation. Capiche?

Elle: Le FN a été dégagée de toutes les villes qu'ils ont eu. Soit par les électeurs soit par la justice. On a déjà vu.


Moi (faux derche): Ah. C'est pour ça qu'ils n'ont jamais été aussi puissant?

Elle: Ils ont la puissance qu'on veut bien leur accorder. Il faut combattre leurs idées pas leur filer des responsabilités.

Moi: Okay donc si je te suis, si il y'a 17% de gens qui votent FN c'est à cause de nous c'est ça? "puissance qu'on leur accorde"

Elle: Qui a combattu le FN dans cette campagne ?????? Qui ??

Moi: Tu ne réponds pas à ma question, tu dis qu'ils ont la puissance qu'on leur accorde, donc je demande les 17% c'est nous?
Combattre leurs idées? Ca se combat comment une idée? Tu peux faire disparaître une idée? Genre par l'hypnose?

Elle: Non par son absurdité et son programme en est blindé

Moi: Et comment il le sait le gars qui a voté FN qu'il se trompe. Tu vas lui expliquer comment?Je pose juste des questions hein

Elle: je te réponds après Mermet. #sensdespriorités. Mais je te répondrai.

Je t'épargne ma réponse narquoise...

Plus tard (inspire):

Si le combat des idées contre le FN existait dans ce pays, il serait à 10%. Aujourd'hui, il est la poubelle des imbéciles…
c'est comme ça qu'il arrive à 17%. Parce qu'on ne parle que d'eux. Les désespérés, les victimes, des conneries quoi…
Alors oui cette puissance, cette omniprésence c'est un kdo. Ds cet electorat il y a un conglomérat d'imbéciles même pas heureux…
…qui ne comprennent rien à rien, qui vote FN comme ils voteraient pour une chèvre. S'ils en arrivent là, c'est parce que…
…ont leur fait croire qu'ils nous font peur, qu'ils sont une force. Alors que tout ce qu'ils véhiculent est à jeter…
…alors, pour ces 7/8/9 % d'idiots utiles, ils leur manquent jus