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Invisibles : le "parlement" contesté de Rosanvallon

Raconter la vie, et éventuellement les souffrances, des simples Français invisibles : le dessein de Pierre Rosanvallon, historien et professeur au Collège de France, décliné sur un site et une collection de livres, est salué par les médias. Il suscite néanmoins quelques critiques : sur quel projet politique pourrait déboucher l'entreprise ? Et surtout, comment se fait-il que l’historien, fondateur de la Fondation Saint-Simon, naguère creuset de la pensée unique, entende dénoncer aujourd’hui des maux en partie causés par ce courant néolibéral ?

Derniers commentaires

Il disait même pire, qu'il s'agissait d'un déficit de "compréhension".

Chanson qu'on a beaucoup entendue à cette époque: on n'avait pas bien compris ce qu'ils nous proposaient, c'est pour ça qu'on disait non. Plus tard, ils ont amélioré la formule (zont vu qu'on n'aimait pas être pris pour des mal-comprenants) zont dit que c'était de leur faute, qu'ils avaient pas bien expliqué. Chanson reprise récemment sur @si par une certaine Juliette Méadel.

On dirait que désormais PR nous dit "bon, d'accord, c'est vrai que vous avez pas tellement eu la parole. On va la donner à quelques-uns d'entre vous. Un peu triés avant, quand même. D'où les absents, comme le fait remarquer Anne Sophie. Les "tutte bianche", les stagiaires masqués de blanc, les précaires, les gens de jeudi noir, les indignés, les anonymous... En gros, ceux qui se battent collectivement.
Pour ceux qui veulent rigoler un bon coup:

P. Rosanvallon, "Le parlement des invisibles", 2013:

"Une impression d’abandon exaspère aujourd’hui de nombreux Français. Ils se trouvent oubliés, incompris, pas écoutés. Le pays, en un mot, ne se sent pas représenté. Le projet « Raconter la vie », dont cet essai constitue le manifeste, a l’ambition de contribuer à le sortir de cet état inquiétant, qui mine la démocratie et décourage les individus. Pour remédier à cette mal-représentation, il veut former, par le biais d’une collection de livres et d’un site internet participatif, l’équivalent d’un Parlement des invisibles. Il répond ainsi au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, la réalité quotidienne prise en compte."
http://raconterlavie.fr/collection/le-parlement-des-invisibles/#.UtbG6nJTC9F

P. Rosanvallon, France Culture en mai 2003:

« Que des intellectuels soient des vigilants, qu’ils alertent, qu’ils interviennent dans le forum, c’était fondamental dans des sociétés au XVIIIe et au XIXe siècle quand le forum était tout petit, quand la liberté de la presse était très réduite. Le fait qu’un Voltaire prenne haut la parole, c’était décisif. Quand le suffrage universel n’était pas réalisé, qu’un écrivain de renom parle au nom des oubliés, des sans-voix, c’était décisif. Mais aujourd’hui, toutes les voix sont multipliées dans la société : quand on voit par exemple les problèmes posés dans la discussion sur les transformations du RMI, eh bien, tout de suite, on voit la fondation Emmaüs, l’association ATD Quart Monde ; il y a des tas de groupes qui prennent la parole. Il n’y a pas de déficit de prise de parole dans notre société. "
http://www.monde-diplomatique.fr/2006/05/BONELLI/13430

???....j'ai dû louper un épisode.
"Raconter la vie et rendre visibles les invisibles à travers des récits..."

Ces "invisibles" le sont sans doute beaucoup moins que ne le croit P. Rosanvallon et tant d'autres. Ceux qui regardent et écoutent autour d'eux, réfléchissent encore par eux-même sans se laisser formater en permanence par les médias dominants, ceux qui ont encore une véritable conscience collective et s'intéressent vraiment aux autres, et n'ont pas cèdé à l'excès d'individualisme, au néo-libéralisme, et à la crétinerie ambiants depuis 30 ans, n'ont pas besoin de ces récits pour comprendre, sentir, et se mettre à la place des autres. Qu'ils soient plutôt de droite ou de gauche d'ailleurs, si tant est que ces notions aient jamais eu un grand sens (l'existance étant un mix ambigü entre l'individuel et le collectif)...Même si bien sûr ces récits sont toujours intéressants et éclairants, s'ils traduisent fidèlement les réalités de beaucoup de personnes.

Ces gens là sont certainement bien plus nombreux qu'on ne le pense en général, en particulier dans l'Intelligentsia traditionnelle. Le vrai problème, ce sont la plupart de ces grands décideurs politiques (gouvernement, parlement), et beaucoup de ces "élites" (économiques, culturelles), dévoyés, sous influence, et finalement, quoi qu'on en dise, plus ou moins corrompus et aliènés par ce système néfaste et très dangereux à terme.

On saisit donc mal le réel intérêt de cette initiative pour remèdier à la crise de la démocratie représentative, dans notre pays et ailleurs. Si ce n'est effectivement pour se dédouaner d'avoir été bien aveugle et replié sur son microcosme intello-médiatique pendant longtemps. Comme l'insinue Anne-Sophie, et d'autres, dans son artcile...
[large]le projet de regarder la société par le petit bout de la lorgnette, c'est à dire scruter le destin de chaque individu, ressemble furieusement à de la psychanalyse, qui fouille inlassablement le même sujet, jusqu'à écoeurement. C'est, je crois, un excellent moyen d'éviter de s'affronter au déterminisme qui conditionne la plupart de nos vies, c'est à dire le politique. Et donc voilà une démarche qui sans exprimer la moindre idéologie, fera une apologie de l'individualisme chère à nos réactionnaires depuis le XIXème.[/large]
Bon c'est le bon article pour parler d'une petite boîte d'édition qui parle de la précarité fait pas des "invisibles" (c'est plus punk que ce qui est fait par quelqu'un du collège de France par contre)

[Editions terrenoire]
Merci à Anne-Sophie pour cette chronique qui apporte aux abonnés d'@SI une mise en lumière du mouvement des idées et des connaissances sur les changements de notre société et par de la même sur notre propre regard critique.

Pierre ROSANVALLON a été l'invité du LEM, en décembre dernier et son intervention y a été particulièrement remarqué.
Pour la prise de position favorable de Plenel envers Rossanvallon, il ne faut pas oublier que ses messieurs sont du même milieu social , ce qui n'est pas forcement le cas des personnes qui commentent les articles . Plenel dont j'aime la plupart des idées et surtout son style d'écriture est assez soumis a ses propres valeurs , jamais il ne s'est excusé auprès de Denis Robert , étrange non ?
Plenel est comme tout les intello (ceux qui on poussé a voter Hollande, comme Todd) , ils veulent bien de la démocratie mais pour les hommes blancs bac + 10 de 50 ans ....

Ce message a été supprimé suite à la suppression du compte de son auteur

[quote=Anne Sophie]Mais une critique semble d’emblée écartée : comment se fait-il que l’historien, fondateur de la Fondation Saint-Simon, naguère creuset de la pensée unique, entende dénoncer aujourd’hui des maux en partie causés par ce courant néolibéral ?

C'est toujours intéressant de pointer les zones de silence. Cette zone de silence dans ce que disent les journaux de l'initiative Rosanvallon fait écho à une autre zone de silence de cette même initiative: les six catégories ciblées (changement de vie, impossible séparation, être au service des riches, manque de respect, être entre deux mondes et vivre low-cost) sont en effet les moins offensives, même si elles ne sont pas inintéressantes. Dans les deux cas, ce qui est important, c'est "de quoi on ne parle pas"

Contrairement à mollows, je pense que l'angle choisi est très judicieux. Je vais relire "La misère du monde" et me procurer "La France des Invisibles".
Très bonne recension, Anne-Sophie.
Une seule question : les gens dont Rosanvallon publie les récits, sont-ils payés ?

http://harmoniques-nuances.blogspot.fr/
Pour revenir sur la question du manque de méthodologie dans ces récits à la première personne, n'y a-t-il pas une voie à trouver dans un questionnement suivi d'une analyse des réponses (plutôt qu'un simple appel à récits bruts) et un resserrement des sujets?
Comme par exemple dans ce genre d'initiatives, intitulé Reading the Riots, dont la méthode est expliquée ici (en anglais):

http://www.theguardian.com/uk/2011/dec/05/reading-the-riots-methodology-explained
Bonjour,

Un petit peu surpris par l'angle de ce texte. Est-ce que l'écart que vous mettez essentiellement en avant (l'ex Saint-Simonien) et le parcours de Pierre Rosanvallon depuis ne sont pas renseignés depuis déjà un bon moment. Je ressents comme un petit décalage ou un contre-temps du coup ;-).
Les interventions médiatiques de P. Rosanvallon portent bcp ces dernières années sur le fonctionnement de la démocratie, les modes de représentation des citoyens (critique du poids du rdv quinquenal...)... Le projet Raconter la vie devrait notamment permettre d'apporter "de l'incarnation" (directe ou indirecte) à une somme déjà conséquente (je dis ça je dis rien), et dans la mesure de la participation au projet, de l'échange sur ces points. On est dans un prolongement assez logique, somme toute.

Bon week-end.
"deuxième gauche"...!
moi j'en n'ai qu'une à gauche...
quel enfumage ce type,il ne pourrait pas être de gauche "tout simplement"!
merci Anne-Sophie pour ce décorticage,c'est le mot.
Merci merci merci pour la présentation, la synthèse, le décorticage... et le changement de sujet en une!
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