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"universalistes" contre "intersectionnelles" : à chaque media ses féministes

Depuis plusieurs années, deux courants du féminisme s'écharpent sur les réseaux sociaux et dans les médias : l'universaliste et l'intersectionnel. Arrêt sur images a cherché à savoir quelle place était réservée aux deux camps dans les médias, et quel était le sentiment des militantes elles-mêmes sur leur médiatisation. Bilan : les deux courants se sentent... lésés.

Commentaires préférés des abonnés

Pas bravo pour cet article Asi. Ou quand l'idéal journalistique d'objectivité se transforme en fausse neutralité et conduit à mettre dos à dos (balle au centre) deux camps qui mériteraient surtout que vous en expliquiez l'origine et les ressorts.

Eliz(...)

Merci pour cet article.


L'intersectionnel est probablement plus en phase avec les valeurs de la société Américaine, d'où il me semble qu'il émane, que de l'universalisme de la société Française. Après, je trouve ça frappant qu'on soit sommé de choisir(...)

une petite faute d'orthographe; il fallait bien sur lire "racistes" et pas "universalistes"; ce qui explique d'ailleurs pourquoi on les accueille à bras ouverts chez "Valeurs actuelles".

(sérieusement voir Bouvet et Peggy Sastre associés au féminisme (...)

Derniers commentaires

Suite aux inquiétudes concernant le Planning familial qui se laisse dangereusement séduire par les thèses intersectionnelles et communautarismes, et s'en est défendu dans Libération, un éclairage édifiant (probablement "raciste" et "sexiste" évidemment) : Par une tribune publiée dans Libération, le Planning Familial confirme sa dérive sans pleinement l'assumer

"Universaliste", ça sonne sympa, "Intersectiotrucfluk", ça ne sonne pas. Le, la maître.sse des intitulés truque le match, comme toujours.

Au commencement de la Civilisation, il y a eu les citoyens, et les autres: esclaves, femmes, métèques divers et rastaquouères innommables, et les croyants, et la racaille païenne, athées apatrides, sans foi ni dieu(x), puis sont venus les blancs, et les nègres anthropophages, sans âmes, et sans goûts gastronomiques décents, et puis les patriotes, et les traitres...Avant de culminer dans la "race", et le "genre": les antisémites et les juifs, les rouquins et les blonds, les maigres anorexiques (donc malades, pouah!), et les gros obèses ( tout aussi malades...Re-pouah!), et les femmes (des connes, si on en croyait la Faculté), et les hommes (une femme dans chaque port, et un porc dans chaque homme, suivant la nouvelle évangile du différentialisme branchouille)!

Le manichéisme dans ses œuvres, la différence sans éloges, la hiérarchisation, politiquement correcte, des "autres", la cousine plutôt que le frangin...Ce goût immodéré du con à se trouver des semblables: même taux de mélanine, même bite, même chatte: " nous vaincrons parce que nous sommes pareils!", terrifiant!

Un nègre est un nègre et une femme est une femme…Et le fantôme de James Baldwin se fond dans celui d' Idi Amin Dada, et "Madame" Thatcher éponge, tendrement, n' en doutons pas, les larmes de désespoir de Simone de Beauvoir!

Tiens, ça me donne presque envie de relire " L' Unique et sa propriété " du père Stirner (un pavé affreux, pour les twittos!)...Juste histoire de me rassurer, quoi!

Carpe diem...

L'universalisme. Le mot est beau, il m'a fait rêver. Mais on sait que cela n'existe pas, notre monde est divers. On lutte pour la liberté et l’émancipation, mais à l'échelle de notre aventure collective, et cette  aventure collective dépasse rarement une ou deux nations.

"Les médias "de gauche", donnent-ils donc particulièrement la parole aux intersectionnelles ? Sans trop de surprise, la militante féministe et antiraciste Rokhaya Diallo n'est pas d'accord.  "

Ce Sans trop de surprise, ça n'a l'air de rien, comme ça, mais c'est too much ; on peut affronter la complexité des choses, vous savez ?
Après, je rejoins certains asinautes qui demandent l'utilité de ce tableau Excel de la prise de temps de parole.


Comment ne pas se rendre compte qu'il s'agit toujours d'une affaire de Bobo30%?

Les 70% - le reste de la population - se contrefoutent du féminisme militant, ayant vraiment autre chose à faire...

Égalité EN DROIT, pour tous.

Merci pour cet article qui se pose la bonne question en tant qu'observateur des médias :"...qu'en est-il réellement des temps de parole offerts aux deux camps dans les médias français? "

Dommage qu'il n'y réponde pas.

Les points d'accord et les points de désaccord sont assez flous.


Mais manifestement, il se joue la même chose entre les féministes universelles et les féministes intersectionnelles qu'entre les anti-racistes universels et les anti-racistes racisants. Et j'émets l'hypothèse que les groupes sont superposables; autrement dit, je pense qu'il serait difficile voire impossible de trouver une personne se revendiquant d'un féminisme intersectionnel tout en se revendiquant d'un anti-racisme universel.


Pour l'origine de ces idées, je pense que l'on peut remonter dans les archives d'@si, à l'heure où Judith Bernard avait invité Patrick Chamoiseau. Ces derniers s'étaient entretenus du concept de "diversalité", en opposition à "universalité". Levées de bouclier de la part de Judith Bernard et des asinautes, aussi arcboutés et souples d'esprit que ne le sont les militants politiques. Et maintenant, une grande partie des @sinautes ne jure que par la science sociale racialisante ! C'est marrant un asinaute, c'est un peu comme un mouton, mais bêlant dans le sens du vent qu'il réfléchit par lui-même.


On peut même remonter plus en amont: la question des quotas et de la discrimination positive mobilisent des raisonnements proches et les mêmes principes philosophiques fondamentaux.


Une belle idée, souvent, est gâchée par celles et ceux qui la déforment en se l'appropriant. De mon point de vue, il en est ainsi de la diversalité. Patrick Chamoiseau avait à coeur de reconnaître la différence chez les autres. Mais en l'espace d'une décennie de sur-consommation et de réseaux sociaux, la diversalité a été fondue dans le creuset du nombrilisme. Il ne s'agit plus de reconnaître la différence des autres, mais de promouvoir sa propre individualité et de célébrer le plus reptilien des communautarismes. "Quiffe ta race" et "Interdisons le Voile" ! C'est effarant !

C'est aujourd'hui, la journée mondiale du droit des femmes . Hier, ce n'était pas, demain ce ne sera plus.


J'éprouve comme une gêne, le mot est faible, quand le 8 mars et comme par hasard, reviennent des sujets s'interrogeant avec condescendance sur "les femmes". 


Il y a la journée Tintin, la Journée de la Corse (si !) la journée sans pantalon, la journée des câlins, la journée du pop corn, la journée de la Douane (avec majuscule)...


Voici donc celles, sans qui il n'y aurait pas d'hommes, rangées au rayons des accessoires auxquels il convient de penser une fois par an. 

Non, pas une fois, deux fois. 

L'autre fois étant pour une partie (méritante bien sûr) des femmes qui sont devenues mères. 

C'est le dernier dimanche du mois de mai, remis en selle par le regretté Maréchal Pétain . 

C'est la fête de mères, alias Saimt Moulinex, Saint Séphora, Saint Aubade.


Pour paraphraser Blaise Cendras, même la Patagonie ne peut contenir mon immense détresse.


Qui est satisfait de sa médiatisation ? Même Trump prétend avoir été élu en dépit des médias.

Bonjour,

Soutien à Rokhaya Diallo dans Le Monde vous dites ? C'est bel et bien dans le Monde Afrique, je ne vois pas bien quel est le lien entre le continent africain et Rokhaya Diallo, ni même avec le soutien qui lui est apporté. Cela illustre bien cette ambivalence de médiatisation et les critiques qui sont faites à votre article dans les autres commentaires. Il y a bien une différence, et une différence raciste, à donner la parole (ou à porter la parole de) à Rokhaya Diallo dans le "journal de référence" ou bien dans ses pages Afrique.


Pas bravo pour cet article Asi. Ou quand l'idéal journalistique d'objectivité se transforme en fausse neutralité et conduit à mettre dos à dos (balle au centre) deux camps qui mériteraient surtout que vous en expliquiez l'origine et les ressorts.

Elizabeth Badinter est effectivement emblématique du camp "universaliste" : actionnaire majoritaire de Publicis contre les femmes, féministe contre les arabes, et en définitive tout simplement une bourgeoise raciste (islamophobe revendiquée hein) qui est à peu près autant féministe que le pape.


Les "universalistes" (reprendre cette terminologie est déjà en soi un problème, car les intersectionnelles ne sont ni particularistes ni relativistes : philosophiquement, elles sont bien universalistes) partent du point de vue suivant, tout simple : en France, les femmes sont libres. La lutte féministe est gagnée. Les femmes qui doivent être libérées (éventuellement contre leur gré) sont à chercher parmi les pays arriérés de la péninsule arabique et de l'Afrique, et parmi l'ennemi intérieur proliférant que sont les musulmans de France. C'est antiféministe. C'est paranoïaque. C'est raciste. Ca rejoint un agenda d'extrême-droite national-sécuritaire qui a constitué (Merci Sarko, Merci Valls, Merci d'autres...) les musulmans en cinquième colonne inassimilable et qui mène des campagnes islamophobes régulières par l'intermédiaire de diverses officines réactionnaires comme le Printemps républicain et Riposte laïque.


En face, les intersectionnelles s'appuient sur la recherche en sciences sociales, le féminisme matérialiste et radical. Ce sont des féministes qui tentent de réfléchir ensemble la question féministe avec la question antiraciste et la question sociale. Elles font avancer la recherche en sciences sociales et les mobilisations féministes.


Voilà une présentation réaliste de la situation. Mais pour Asi, donc, balle au centre, on ne prend pas position, et c'est un faux équilibre parfaitement artificiel qui prime.

En tant que féministe universaliste, je suis pour l'interdiction du haut de maillot de bain pour les femmes ! c'est une forme d'asservissement, une manière pour le patriarcat d'investir le corps de la femme d'une sexualité que le corps de l'homme ne représente pas, et un résidu de culture occidentale vu le nombre de cultures qui ne cachent pas la poitrine des femmes !

Excellent article, très fouillé, avec un vrai travail de fond !

Merci !

Difficile pour moi d'avoir un avis tranché sur la question. L'intersectionalisme a l'intérêt de coller à la réalité, mais ça vire parfois à l'excès (selon mon point de vue). Notamment avec la multiplication des identités de genre qui me paraissent être plus un malaise dans la construction de sa propre identité au regard de l'image donnée de l'homme ou de la femme dans la société, et pas une vraie identité à part entière ou à laquelle on serait renvoyée (différent donc du fait d'être femme ou noir). J'associe un peu les 2 car j'ai l'impression que ça se rejoint par moment.

Parfois l'excès tient dans le fait de voir du sexisme ou du racisme partout et d'altérer sa vision du monde par une sorte de biais de confirmation.


Dans l'absolu je serais plutôt universaliste (toutefois je ne me comparerais pas aux zélotes citées dans l'article), mais force est de constater que l'intersectionel permet de combler les angles morts de l'universalisme. Je le vois donc comme une approche pratique dans le débat, tant que ça n'est pas un modèle de société.

bel article équilibré qui a le mérite de clarifier les éléments souvent tronqués du débat. A signaler que vous avez masculinisé le prénom de madame Vergès... Une coquille ??? ou une façon, sans doute inconsciente, de coller du mâle à ses positions:-))

Tant que les féministes médiatiques obsédées par l'Islam et les féministes médiatiques obsédées par l'Islamophobie sont d'accord pour se plaindre dans la presse de leur faible accès aux médias, l'essentiel est sauf.

une petite faute d'orthographe; il fallait bien sur lire "racistes" et pas "universalistes"; ce qui explique d'ailleurs pourquoi on les accueille à bras ouverts chez "Valeurs actuelles".

(sérieusement voir Bouvet et Peggy Sastre associés au féminisme ça fait un peu mal)

sinon déconstruire le mythe de l'"universalisme" à la française ce serait pas mal; l'universalisme depuis le début c'est l'"universel des gens comme moi" (les hommes blancs un peu bourgeois quoi).

http://www.communistesunitaires.net/articles/universalisme-et-colonialisme-deux-mamelles-du-racisme

http://lmsi.net/Universalisme-ou-ethnocentrisme

et après on peut aussi discuter du féminisme de gens qui pensent que certaines femmes valent moins que d'autres (et ça vaut aussi pour les TERF / les SWERF)

Bonsoir,


Je me permets quelques réflexions concernant le féminisme universaliste que vous nommez dans cet article. De mon point de vue, les signataires de la tribune de libé ne sont que rarement des féministes universalistes (Laurent Bouvet, really?) mais plutôt des personnes sensibles au port du voile ainsi qu'au penchant identitaire de la laïcité.


 Féministe moi-même, me sentant plutôt universaliste (le fait d'être femme et de subir des oppressions parce que nous sommes des femmes telles que le viol m'oblige à penser ainsi) tout en comprenant les enjeux intersectionnels (jamais je ne mettrais en cause les femmes voilées qui peuvent porter le voile comme elles le souhaitent plutôt que d'être stigmatisées comme elles le sont depuis tant d'années, cf FFanon et JCKauffman) je cotois donc les milieux militants féministes de tout bord, et je dirais que certaines des universalistes (qui me semblent tout de même n'avoir rien à voir avec des personnes proches du puant printemps républicain) n'ont par exemple pas de difficultés à admettre le port du voile comprenant ainsi combien la liberté des femmes précède leur stigmatisation. Si je concède volontiers qu'une tranche encore du féminisme universaliste  a bien du mal à s'exprimer sur le port du voile, je dirais que la situation a tout de même foncièrement évolué depuis notamment l'apparition du féminisme intersectionnel.

Merci pour cet article.


L'intersectionnel est probablement plus en phase avec les valeurs de la société Américaine, d'où il me semble qu'il émane, que de l'universalisme de la société Française. Après, je trouve ça frappant qu'on soit sommé de choisir. Comme si on ne pouvait pas faire fonctionner ensemble une universalité au fait d'être humain, et une particularité des expériences de chacun.e.s. Après tout, on voit bien comment deux enfants de mêmes parents peuvent être différents malgré une position sociologique similaire, tout en partageant tous les deux une expérience sensible partageable propre à leur qualité d'être humains.


Il me semble qu'un des problèmes structurels de l'intersectionnel est qu'à force de vouloir reconnaître ou nommer une particularité on finit par mettre les gens dans des boites étanches et préconçues rendant tout échange et partage impossible (une façon sans nuance de dire que si tu es ceci tu ne peux pas comprendre cela, voire discuter de cela), et déniant finalement la particularité des expériences au-delà de classifications sociales. Et puis, cette façon d'utiliser des termes de façon complètement déconnectée de leur étymologie, ça empêche de penser. Par exemple, utiliser le terme de racisme comme un équivalent de l'oppression nie complètement le fait que tout un chacun peut être raciste, même si ce racisme aura plus de poids dans le fonctionnement d'une société quand il sera exprimé ou agi par une personne ou un groupe qui a le pouvoir (ce qui varie en fonction des contextes).


Il me semble que le problème de l'universalisme est de ne pas entendre que chacun.e peut vivre une situation à sa façon. Par exemple, toutes les femmes qui portent un voile ne sont pas soumises comme décrites par ces personnes, sans pour autant enlevé que de façon générale c'est un marqueur d'oppression.


En gros, interdire ou dénier aux gens la capacité de penser, c'est emmerdant.


Et pour finir, il me semble que parler de racisme anti-blanc c'est comme mettre du sucre sur un gâteau au sucre. C'est simplement du racisme. Pas la peine de rajouter une nouvelle couche de raisonnement raciste en pointant l'anti-blanc. Pouvoir être raciste, c'est comme pouvoir être con, c'est universellement partagé.


Vous m'avez lu jusqu'au bout ? Merci.

Il me semble qu'un des problèmes structurels de l'intersectionnel est qu'à force de vouloir reconnaître ou nommer une particularité on finit par mettre les gens dans des boites étanches et préconçues rendant tout échange et partage impossible (une façon sans nuance de dire que si tu es ceci tu ne peux pas comprendre cela, voire discuter de cela), et déniant finalement la particularité des expériences au-delà de classifications sociales. 


parler des structures de dominations et de leurs effets matériels (ça peut être au sens strictement matérialiste puisque Guillaumin par exemple parle de la "classe des femmes") ça permet de trouver des motifs récurrents dans les expériences individuelles et d'en distinguer des causes communes dans les rapports sociaux; et ça permet aussi de sortir justement de la "naturalisation" (les femmes sont comme ça, c'est la nature; les noirs sont comme ça; c'est la nature, etc..). A mon sens en tout cas ça ne veut pas dire qu'ils faut concevoir l'intégralité des rapports humains et sociaux sous cette grille de lecture; ni considérer tous les humains définis comme une simple somme des dominations qu'ils subissent (et encore heureux); ou de leurs déterminisme; ce qui reviendrait à une forme d'essentialisation. (il est tard je sais pas si c'est clair ou cohérent ce que je dis)

Je ne parlais pas des structures de dominations, mais d'une des conséquences pratiques de l'intersectionnel qui est, il me semble, de finir par créer des catégories irréconciliables, soit on est dedans soit on est dehors. Et lorsque vous entendez que "ça ne veut pas dire  qu'ils faut concevoir l'intégralité des rapports humains et sociaux sous cette grille de lecture" le problème c'est que, dans la pratique, ça finit par se limiter à ça, et à oublier que ces outils sont là pour nous aider à penser, et pas pour limiter notre pensé. L'idée même qu'un "blanc" ne puisse pas subir de racisme en est une expression.

"L'idée même qu'un blanc ne puisse pas subir de racisme" est une conséquence logique de la définition même du racisme qui est d'être, non pas une violence d'individu à individu, mais un système de domination. Cela a été expliqué mainte et mainte fois. Par exemple ici :

http://lmsi.net/De-l-urgence-d-en-finir-avec-le


Mais il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre surtout quand cela lui permet de préserver ses privilèges.

Ce que je trouve intéressant dans ce genre de commentaire, c'est comment il porte une dynamique d'exclusion qu'il semble chercher à dénoncer. Il existe un racisme institutionnalisé, dont je crois vous parlez, et il existe un racisme au sens de raciser des gens ou des populations, c'est à dire de leur attribuer certaines caractéristiques en fonction d'un critère qui serait racial. En l'occurrence, ça peut s'exprimer dans des commentaires, au hasard, comme celui-là : "Mais il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre surtout quand cela lui permet de préserver ses privilèges. "


J'insiste sur le fait que de dire que le racisme ne peut venir que du groupe dominant revient à dire à toute une population qu'elle est incapable de produire quelque chose de pourtant bien humain, et à une autre population que leur expérience d'être l'objet de racisme est une illusion. Cela me semble reproduire le processus condamné.

Vous avez tout à fait raison. Le procédé constant à redéfinir le terme de racisme pour ensuite démontrer que cette idéologie ne peut pas s'appliquer à tout le monde est un procédé intellectuellement fallacieux qui ruine toute possibilité de débat, et conduit au même résultat d'exclusion et d'intolérance qu'il affirme pourtant dénoncer. C'est le même procédé qui vise à disqualifier l'universalisme républicain en le confondant avec les anciennes entreprises de colonisation :

https://www.marianne.net/debattons/tribunes/cessons-de-caricaturer-l-universalisme-republicain

https://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/18/l-universalisme-sans-esprit-colonial_1703860_3232.html


L'universalisme républicain, qu'il s'applique au genre, à la couleur de peau, à la religion ou aux orientations sexuelles, vise à rassembler tout le monde sous la même étiquette d'être humain, et bannir les communautarismes, les divisions, les abus de pouvoir. Les dérives du féminisme intersectionnel font que plutôt d'être porté par l'égalité des droits et la réductions des injustices (tout comme les dérives de "l'antiracisme communautaire"), il l'est par un esprit de revanche, de vengeance et de prise de pouvoir. Nous avons tous, absolument tous, à y perdre. Préjuger de l'autre selon sa couleur de peau (et autres caractéristiques apparentes ou supposées), voilà le péril qui n'est pas exclusif à l'extrême droite, aux  racistes, sexistes, etc. "old school" que l'on connait bien : cette idéologie est en train d'envahir dangereusement la plupart des causes les plus nobles, avec entre autres le voile islamisme comme porte drapeau (parmi d'autres choses).


Je termine pour le moment par un exemple anecdotique mais significatif : voilà comment la personne tolérante, ouverte (et "de gauche" si cela a encore un sens) que je crois être se fait insulter au bout de quelques tweets par André Gunthert lors d'une discussion que je souhaitais courtoise et constructive : https://twitter.com/gunthert/status/1100962065290874880

Pour André Gunthert ne vous inquiétez pas, il a tendance à être un peu à fond sur la défensive (ou dans la contre-attaque virulente) dès qu'on le contredit, comme déjà constaté x fois en ces forums, ça doit être son caractère.

Alors si en plus vous utilisez comme argument des articles de la tendance juste inverse au discours qu'il tient...

C’est donc a priori une forme d’intolérance marquée et une incapacité à débattre. Très regrettable...

Le procédé constant à redéfinir le terme de racisme pour ensuite démontrer que cette idéologie ne peut pas s'appliquer à tout le monde est un procédé intellectuellement fallacieux qui ruine toute possibilité de débat, et conduit au même résultat d'exclusion et d'intolérance qu'il affirme pourtant dénoncer.


et pourtant, on se demande bien qui cherche à redéfinir le terme "racisme"; puisque le racisme; à l'origine; c'est quand même une idéologie bien définie; une théorie pseudo scientifique du XIXe siècle qui entend s'appuyer sur les théories de Darwin pour les appliquer aux humains. Tout ça évidemment est mis au service d'un projet colonial; esclavagiste et ségrégationniste mis en pratique dans le monde entier. c'est à partir de cette construction idéologique qu'on parle de racisme (donc systémique; même au delà d'institutionnel). Parler de "racisme anti-blanc" ou "inversé" est donc un non-sens parce que ces rapports d'hostilité se font toujours dans le cadre du même rapport de force qui met les "blancs" au sommet d'échelle social.

Ensuite on peut discuter de la pertinence de parler de racisme pour d'autres contextes non-centrés sur l'Europe et la domination blanche. (par exemple en Asie; les pérsecutions dont sont victimes les muslmans en Birmanie par les boudhistes; les discriminations (et persecutions) des Ouighours; et dans une autre mesure des noirs et autres minorités chinoises par les Hans en Chine). Faute d'une autre terminologie j'aurais tendance à parler de racisme; mais c'est peut-être déja de l'abus de langage.

*au sujet de l'Asie; intéressant de noter d'ailleurs que dans la encore très britannique Singapour on a recours au concept de "chinese privilege" pour parler de la domination des chinois Han dans la sphère économique en Asie du sud-est (notion d'ailleurs politiquement dangereuse voire illégale puisque la cité-état défend une égalité parfaite entre les "ethnies" avec par exemple des politiques de logement avec des quotas).

Pas vu d'insulte dans le tweet d'André Gunther. J'admire même sa patience.

Étant mieux placé que lui pour connaitre mes propres valeurs, je peux vous dire que se prendre du "islamophobe" et me voir mis dans le sac du racisme d'extrême droite, ça ne passe pas du tout. De la patience ? Où ça ?

Ce n'est pas agréable l'essentialisation? Je suis d'accord et ne soutiens pas André Gunther là-dessus, on ne devrait jamais tomber dans les travers que l'on dénonce.


«Étant mieux placé que lui pour connaitre mes propres valeurs»


On pourrait par exemple pratiquer cette phrase pour les femmes portant le voile, qui se voient être considérée par exemple comme «participant à un projet voulant détruire la république» ou juste comme objet sexuel par Quatremer.



On peut participer aux pires projets avec les meilleures intentions et la meilleure bonne foi du monde. Je peux donner comme illustration un exemple très personnel : une personne proche atteinte d'un cancer qui par désespoir et faiblesse a fini par adhérer à une fake médecine aux origines sectaires. Et qui elle même souhaite "guérir" les autres en se formant à ces principes. Inutile de préciser que la première victime c'est elle et les malades en général (dépenses financières excessives en séances de "soins" et de "formation" et mise en danger si ces "alternatives" finissent par convaincre de lâcher les véritables traitements), et que les gourous à la tête de ces organisations y gagnent énormément...


Au sujet du tweet de Quatremer il a été très mal interprété, le sens réel qu'il a voulu lui donner me parait assez évident. Probablement aurait-il du le formuler autrement pour être mieux compris.

Ah oui, les femmes voilée ne souhaitent pas «détruire la république», elles le font sans le savoir par faiblesse, en étant les premières victimes d'elles-mêmes.


Ce qui est amusant (bien que dramatique), c'est qu'étant quelque peu anarchiste, c'est un projet que je nourris probablement bien plus que la plupart des femmes voilées. Pourtant, je doute fortement que porter un hijab pour aller faire mon footing ne fasse avancer ce projet.


Quant au tweet il me parait aussi très évident. Un mélange navrant de sexisme larvé et de xénophobie assumée. Dans ces mécaniques qui rappellent des heures sombres de l'histoire et l'antisémitisme: Si vous vous affichez on vous reproche mal vous intégrer, si vous vous cachez pour mieux vous intégrer on vous accuse d'avancer masquer.

Il y a des questions qui mériteraient d'être examinées en même temps.


La question du voile est de savoir si les femmes sont capables de s'auto-déterminer en âme et conscience. C'est la question du libre-arbitre et de ce qu'il s'agirait toujours d'un asservissement ou non.


Or ce sont exactement les mêmes questions, et dans les mêmes termes, pour la prostitution.


Dès lors, il apparaîtrait totalement incohérent d'être contre la prostitution et pour le voile.

Oui et cette question du libre-arbitre dépend tellement de la sensibilité de chacun, de sa nature plus ou moins influençable, qu'il est difficile de tirer des règles générales. Si on se base sur des faits solides et établis par contre, difficile d'ignorer que ce voile est bien le symbole politique de la servitude de la femme, ce qui ne veut pas dire qu'il est porté forcément avec cette intention là.

C'est ça qui est génial avec les racistes qui s'ignorent. Ce qui les défrise, c'est qu'on puisse les traiter de raciste, pas qu'ils puissent l'être sans s'en rendre compte.

Message insultant et vision consternante du débat d'opinion, signalé...

quelque soit votre définition du racisme; si vous acceptez l'existence d'un système de domination raciste (disons, centré sur l'Europe); et que dans ce système les blancs sont dominants; vous devez aussi accepter que les manifestations d'hostilité que certains appellent "racisme anti-blancs"; se font dans le cadre de ce même système de domination; et donc que cette symétrisation n'as aucun sens. (voir mon autre réponse à Stéphane Portier).

Il me semble que votre raisonnement opère le glissement que je critique. On peut entendre le racisme institutionnalisé ET le racisme individuel, les deux n'étant pas étanches. Le racisme  institutionnalisé est une des expressions d'un système de domination en partie raciste (le genre et la classe sociale et culturelle en sont d'autres variantes non exclusives). Le racisme individuel est produit individuellement avec des effets moins voire non systématiques. Dire que l'existence de l'une implique que l'autre serait un non-sens me semble problématique.

Ce que j'en dirais aussi.


Enfin ça dépend ce qu'on veut dire par "non sens", s'il s'agit de dire "n'a pas du tout le même sens" ou "a une gravité un peu moindre", à la limite. 

Le problème est plus dans la terrible expression "n'existe pas" parfois employée à ce sujet (qui est juste une négation de réalités vécues sans autre justification qu'elles contredisent une idéologie), mais que grrz évite ici.


Sinon perso j'aime bien "racisme inversé" comme manière d'en parler, qui tout en reconnaissant son existence me semble bien exprimer que le racisme vient essentiellement des dominants, celui que peuvent leur rendre les dominés en étant généralement une conséquence. Autant je comprend le rejet que peut susciter "racisme anti-blancs", autant je ne vois pas pourquoi certains prennent mal cette expression, qui me semble découler justement de leurs idées.

ps : enfin c'est vrai que ce n'est pas la signification de racisme qui est "inversée" mais son sens (sa direction) habituelle, et qu'un terme encore plus clair pourrait peut être être trouvé (racisme répercuté/réfléchi ou un truc comme ça ?). 

Et par ailleurs ça ne couvre pas le racisme "instinctif/psychologique" (rejet de gens différents indépendamment des mécanismes de domination), qui me semble tout autant exister et potentiellement dans tous les sens (mais pourrait être rebaptisé, je ne sais pas, "alterophobie", ou un truc comme ça, pour ne pas justement être confondu avec les diverses catégories de racisme découlant des mécanismes de domination).

Je crois que vous parlez de xénophobie. A mon avis, on peut penser le racisme comme une des expression de la xénophobie, c'est à dire en français la peur de l'étranger (au sens large "étranger") qui me semble présente chez tout le monde (mais à des degrés différents). Le racisme étant une variante qui se particularise par le critère qui définit l'étranger. Dans le cas du racisme, ça serait le concept de race. Pour le sexisme, ça serait le sexe, etc. D'ailleurs, tout comme pour le racisme, il y a des expressions individuelles et systématisées du sexisme.

On ne choisit pas plus d'être une femme racisée. L'universalisme a une grosse épine dans le pied qui est l'expérience (toujours en cours) de la colonisation, non pas qui l'ignore mais qu'il en est le moteur le plus dynamique. On a assez de recule pour savoir où cela mène. Rajouter féminisme dedans et vous satisferez les bourgeoises blanches. (oui, oui il y a toujours des racisé.es cautions qui tire un avantage à défendre cela : satisfaire leurs croyances que le racisme est bête et vulgaire, une position médiatique ou un sentiment d'appartenance à une catégorie plus grande. 



Les femmes racisées cautions d'un racisme qui ne dit pas son nom et d'un feminisme faussement laïque à volonté hégémonique et autoritaire. 

La "boite étanche et préconçue" est en effet probablement le plus grand danger causé par ce système de pensée. Quant à l'immense majorité des universalistes français que j'ai lu en France, ils ne souhaitent pas interdire le voile et sont bien favorable au libre arbitre de chacun. Ce que je ressens de leur part c'est un vrai amour de la liberté, et la peur de les voir se restreindre pour tous. Toutes les femmes voilées ne sont pas directement soumises en effet, mais il reste que lorsque l'on met en pratique une action liée à la foi en laquelle on croit, il y a bien une part d'obéissance (plus ou moins consciente) visant à valider cette foi, s'assurer de ne pas subir de conséquences défavorables, etc. J'insiste sur le fait que cela est valable pour toute croyance, au delà des religions. Je pourrai même être un peu provocateur en rappelant l'existence du syndrome de Stockholm. Quand l'origine de l'acte (comportement à adopter, signe à porter) est anecdotique et que ses conséquences le sont aussi ce n'est pas un problème. Par contre quand des drames et des privations de libertés se cachent derrière, on ne peut plus être léger avec ces sujets. Au final les victimes sont vous et moi, quelles que soient les croyances et les origines, pendant que de véritables puissants affirment leur pouvoir et leur domination.

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