100
Commentaires

Autour des enfants autistes, une bataille de bac à sable

Faut-il stimuler un enfant autiste par des exercices éducatifs, ou attendre qu'il s'exprime de lui-même? C'est en ces termes que s'opposent deux écoles, celle des psychanalystes, contre celle des théories comportementalistes et éducatives. La bataille qui dure depuis plusieurs années, semble depuis quelques semaines repartir de plus belle. Selon Libé ce lundi, un rapport de la Haute autorité de santé, à paraître le 6 mars, devrait mettre en garde officiellement contre l'approche psychanalytique.

Derniers commentaires

Suite à la diffusion par la Ligue des Droits de L'homme du film "A ciel ouvert" de Marianne Otero, Autisme France diffuse une lettre ouverte à la LDH.

Voir :
http://desmotsgrattent.blogspot.fr/2014/03/lettre-ligue-des-droits-de-lhomme.html
ou
http://www.autisme-france.fr/offres/file_inline_src/577/577_A_19441_1.pdf

Autres liens :
http://desmotsgrattent.blogspot.be/2014/02/ca-fait-peur.html

Le témoignage édifiant d’une famille dont le fils Césaire a passé un an et demi au Courtil :
http://larbre-aux-bullesdereves.over-blog.com/article-cesaire-au-courtil-l-histoire-d-un-gachis-122745005.html

Comme lui disait son pédopsychiatre : "Tu es le Golem, Césaire"
http://larbre-aux-bullesdereves.over-blog.com/article-tu-es-le-golem-cesaire-dit-le-psychiatre-fou-122815099.html

A approcher des propos de Charles Melman dans "Le Télégramme" :
http://www.letelegramme.fr/france/autisme-un-plan-catastrophique-21-02-2014-10045201.php
[quote=Charles Melman]Ces enfants autistes sont vides comme un golem au sens où leur capacité combinatoire n'a pas de maître ni de limites. Ils ont des capacités de calcul souvent stériles, comme un ordinateur laissé à lui-même. Il n'y a pas d'instance morale ni réflexive venant leur donner une identité.

Et dire que le film a été réalisé quand le responsable du Courtil, A. Stevens, avait réussi à faire interdire "Le Mur" ! La LDH sait vraiement bine choisir ses sujets.
La censure du film de Sophie Robert vient d'être levée en Appel.

Je rappelle le nom du film: "Le Mur" !!

Il est visible là : http://www.dragonbleutv.com/documentaires/2-le-mur-ou-la-psychanalyse-a-l-epreuve-de-l-autisme

Ce qui y est montré est édifiant !

J'espère qu'ASI se réjouira de la levée d'une censure injustifiée, injustifiable, scandaleuse.
l'HAS a rendu son verdict,

la psychanalyse et ses dérivés ne sont pas conseillés dans le traitement de l'autisme car il n'existe aucune données permettant de justifier de son efficacité. Par contre d’autres méthodes thérapeutiques sont conseillées (TCC par exemple).

On se trouve donc dans un cas malheureusement classique maintenant ou un produit thérapeutique inefficace et/ou dangereux doit être retiré du marché. Cela a été le cas du Mediator et des prothèses PIP, c'est maintenant le cas de la psychanalyse.

Mais il est intéressant de constater que dans les deux premiers cas on a vu la machine juridique et l'état se mettre en branle pour que les malades soient indemnisés. Pour l'autisme rien.

Des dizaines de milliers de malades ont subit depuis 30 ans une perte de chances importante car ils n'ont pas eu accès à des thérapies efficaces, des parents ont été traumatisés par les reproches formulés par les psyK mais rien, ni excuse, ni dédommagement, ni poursuite.

Pourquoi ? Les malades mentaux sont ils considérés comme des sous-hommes ? Les psyK comme étant intouchables?
au même moment , je reçois ce mail d une amie belge , travaillant comme psychologue et psychanalyste , dans un centre d accueil d enfants autistes . Je n ai pas d opinion manquant de compétences pour les argumenter . Par contre , pour ceux intéressés par l apport d autres témoignages , voici la copie de son mail .

Une fois n'est pas coutume, je vous envoie une pétition.

Il ne s'agit pas de défendre une chapelle, une corporation ou un quelconque groupuscule professionnel mais la dignité de ces enfants dit autistes et au delà la qualité d'être humain. Ces enfants ont tant de choses à nous dire ! Encore faut-il accepter de les entendre et non vouloir les traiter "pour leur bien". Un "bien" qu'il n'auraient pas le droit de choisir. Un "bien" en référence à quoi?

La psychanalyse ce n'est pas une méthode mais une écoute, un respect, une éthique, un accompagnement de chacun vers le bien qui est le sien; singulier non résorbalble dans la norme ni dans l'universel.
Est-ce ça qu'on veut interdire par un projet de loi !? Que veut-on faire taire? Au profit de quoi? A qui, à quoi profiterait la standardisation des humains?
Comme le dit si bien Anne-Claire Damaggio : "La normalité n'est pas le sommet de ce qui peut s'atteindre."

Informez-vous et prenez position :

Une vidéo RTBF sur le centre Grandir à Bruxelles orienté par la psychanalyse : http://www.rtbf.be/video/v_ca-bouge-cap-48-sous-titre?id=1012823

Un témoignage de parents en espagne : http://www.youtube.com/watch?v=fXPpj8d4b8Q

Un texte éclairant de Jean-Claude Maleval en attaché ou : http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2012/02/LQ-155.pdf

Pour d'autres liens "LACAN QUOTIDIEN": http://www.lacanquotidien.fr/blog/

Si cela vous semble comme à moi une cause à défendre, signez la pétition (lien ci-dssous) et transmettez l'info à vos contacts.

Amicalement

Ecoutez les autistes.pdf
- 1 -
Mardi 14 février 2012 ? 20h45 [GMT+ 1]
NUMÉRO 155
Je n’aurais manqué un Séminaire pour rien au monde— PHILIPPE SOLLERS
Nous gagnerons parce que nous n’avons pas d’autre choix — AGNÈS AFLALO
www.lacanquotidien.fr
? CONTRIBUTION AU DÉBAT SUR L’AUTISME?
14 FÉVRIER 2012
ÉCOUTEZ LES AUTISTES !
par Jean-Claude Maleval
es autistes qui écrivent ne sont pas des fous littéraires. Ils ne croient pas comme ces derniers avoir fait une grande découverte. Ce sont des sujets à prendre au sérieux. Ils s’expriment pour faire savoir qu’ils sont des êtres intelligents, pour être traités avec plus de considération, et pour appeler à un respect de leurs inventions élaborées pour contenir l’angoisse. Souhaitent-ils qu’on interdise légalement leur écoute pour les soumettre, le plus souvent sans leur consentement, à des méthodes d’apprentissage ? Faut-il prendre le parti de les écouter ou celui de les contraindre ? Choisir de les écouter expose à se confronter à des opinions dérangeantes.
Une des autistes de haut niveau parmi les plus connues, Donna Williams, n’hésite pas, à l’égard du traitement de l’autisme, à s’engager fortement : « la meilleure approche », écrit-elle, ce serait « celle qui ne sacrifierait pas l’individualité et la liberté de l’enfant à l’idée que se font de la respectabilité et de leurs propres valeurs les parents, les professeurs comme leurs conseillers1 ». Une autre confirme : « … les personnes qui m’ont le plus aidée ont toujours été les plus créatives et les moins attachées aux conventions 2» La psychanalyse n’est pas une, elle est multiple, comme le sont les pratiques psychanalytiques ; elles ont pourtant toutes un point commun : elles sont fondées sur l’écoute de l’autre. Songer à interdire légalement l’écoute d’un groupe humain révèle une idéologie politique sous-jacente des plus inquiétantes. Certes, toute écoute n’est pas psychanalytique, mais comment le législateur fera-t-il la différence entre la pratique psychanalytique nocive de l’écoute et celle bénéfique autorisée? Est-il de surcroît de son rôle de prôner des approches sourdes à l’écoute des singularités du sujet autiste? Cela parait en rupture avec la Déclaration des droits des personnes autistes, proposée par Autisme Europe et adoptée par le Parlement Européen le 9 mai 1996. En cette dernière, il est demandé de reconnaître et de respecter les désirs des individus, de sorte que les autistes devraient avoir « le droit de ne pas être exposé à l’angoisse, aux menaces et aux traitements abusifs ». Comment cela pourrait-il se faire sans être à leur écoute ?
Toutes les pratiques psychanalytiques ont en commun de prôner le respect du singulier et sa non résorption dans l’universel. C’est ce que souhaitent unanimement les autistes qui s’expriment. Ce n’est pas aux études randomisées permettant une évaluation scientifique impeccable auxquelles il convient de demander en premier lieu comment y faire pour traiter l’autisme ; ce sont les sujets concernés qui ont le plus à nous apprendre. Ils possèdent un savoir précieux sur eux-mêmes. Prenons au sérieux les conseils donnés par Jim Sinclair aux parents, tout aussi pertinents pour les éducateurs et les cliniciens : « nos manières d'entrer en relation, affirme-t-il au nom des autistes, sont différentes. Insistez sur les choses que vos attentes considèrent comme normales, et vous rencontrerez de la frustration, de la déception, du ressentiment, peut-être même de la rage et de la haine. Approchez respectueusement, sans préjugés, et ouverts à apprendre de nouvelles choses, et vous trouverez un monde que vous n'auriez jamais pu imaginer 3». Une autiste mutique cultivée telle que Annick Deshays se montre tout aussi véhémente pour revendiquer une prise en charge des autistes qui ne fasse pas l’impasse sur leur singularité : « Pourquoi faire des palabres sur des écrits officiels concernant la prise en charge des personnes autistes si les intéressées elles-mêmes n’ont pas droit aux informations, encore moins à la parole ?4 » écrit-elle sur son ordinateur. Elle s’oppose aux méthodes éducatives qui dressent a priori le programme des étapes du développement à franchir : « Dresser un plan scientifique d’éducation avec les autistes, de manière uniforme et unilatérale, dispense un régime de protectrice dictature, affirme-t-elle. […+ Il
Songer à interdire légalement l’écoute d’un groupe humain révèle une idéologie politique sous-jacente des plus inquiétantes
- 3 -
prime d’abord de trouver la faculté (ou les facultés) de chaque personne autiste avant d’établir une démarche éducative ». Elle considère que « Faire du comportementalisme c’est inciter à nous rendre « facile » par un formatage réduisant notre liberté d’expression ; c’est durcir notre grave problème d’identification et d’humanisation ». Elle cherche à se faire entendre auprès des spécialistes pour faire passer le message suivant : « Dire aux décideurs, dès aujourd’hui, que penser pour nous risque de vider la « substantifique moelle » de notre raison d’exister 5» À l’encontre de ces méthodes, elle prône « le risque d’un dialogue », la volonté d’ « apprivoiser la peur isolante », elle invite même à chercher à « goûter les traits humoristiques propres » à la manière des autistes de « visionner la vie », tout cela, ajoute-t-elle, « oblige à travailler plus en unicité qu’en uniformité, plus en relation duelle qu’en propos unilatéraux ». À l’instar de la plupart des autistes, elle demande à être considérée comme un sujet capable d’une créativité qu’il convient de prendre en compte : « Hisser nos connaissances selon notre bon vouloir, souligne-t-elle, déploie un potentiel qui nous est propre ». « Plus je prends part aux décisions me concernant, ajoute-t-elle, plus j’ai l’impression d’exister tout entièrement 6».
Faute d’être entendus, beaucoup d’autistes finissent par se résigner à ce qu’on leur impose ; en revanche, quand le sujet possède les moyens de s’exprimer, il s’en insurge. Ainsi Williams ne cache pas sa révolte en présence de certaines techniques éducatives. Dans les années 1990, elle fit un stage en Australie dans une maison spécialisée pour enfants en difficulté. Elle y observa deux éducateurs zélés dans leur travail avec une autiste. Elle fut frappée par leur méconnaissance du monde intérieur de l’enfant. « J’étais malade, écrit-elle, de les voir envahir son espace personnel avec leur corps, leur haleine, leurs odeurs, leurs rires, leurs mouvements et leurs bruits. Quasiment fous, ils agitaient des hochets et des objets devant elle comme deux sorciers trop zélés espérant exorciser l’autisme. Selon eux, apparemment, il lui fallait une overdose d’expériences que leur infinie sagesse « du monde » savait lui apporter. S’ils avaient pu utiliser un levier pour forcer l’ouverture de son âme et la gaver « du monde », ils l’auraient sans doute fait sans même remarquer la mort de leur patient sur la table d’opération. La petite fille criait et se balançait, se bouchant les oreilles avec ses bras pour amortir le bruit et louchant pour occulter le matraquage de la détonation visuelle. J’observais ces gens, souhaitant qu’ils connaissent eux aussi l’enfer des sens.
Donna Williams, « la meilleure approche », « celle qui ne sacrifierait pas l’individualité et la liberté de l’enfant à l’idée que se font de la respectabilité et de leurs propres valeurs les parents, les professeurs comme leurs conseillers »
- 4 -
J’observais la torture d’une victime qui ne pouvait pas se défendre dans un langage compréhensible. […] Ces chirurgiens opéraient avec des outils de jardinage et sans anesthésie 7» Sans doute s’inspiraient-ils d’une méthode classique d’apprentissage, qui consiste à présenter un stimulus en séquences répétées, puis à observer la réponse de l’enfant, et à donner une conséquence pour la renforcer ou l’inhiber. C’est une application systématique de ces principes qui est prônée par la méthode ABA, fondée par Lovaas. Cela pendant deux ans, à raison de 40 heures par semaine, avec des enfants dont le consentement n’est pas recherché, bien que l’on sache que pour la plupart ils ressentent les demandes comme intrusives et menaçantes.
Depuis son invention la psychanalyse dérange, en révélant que l’homme n’est pas maître de lui-même, contrairement aux illusions de la raison, elle n’annonce pas une bonne nouvelle. Néanmoins, la psychanalyse perdure malgré les critiques incessantes, ce qui témoigne avant tout de sa vitalité. Actuellement, c’est sur le terrain de l’autisme que se concentrent les attaques contre la psychanalyse, venant en particulier d’ « Autisme France », association de parents dont le député Fasquelle reprend l’argumentaire, en faveur de la méthode ABA, en soumettant un projet de loi visant à interdire les pratiques psychanalytiques. En premier lieu, parmi celles-ci, le packing, déjà pratiqué par Esquirol, sous le nom d’emmaillotement humide, cinquante ans avant la naissance de Freud…
Les partisans de la méthode ABA sont récemment sortis de la controverse scientifique légitime en produisant un film de propagande sévèrement condamné par la justice à la suite de plaintes de psychanalystes piégés par la réalisatrice du film. Le défenseur de Sophie Robert, la réalisatrice, a tenté de faire valoir que cette condamnation conduirait à l’interdiction des films de Mickael Moore si elle était confirmée. Mickaël Moore est un réalisateur américain de films engagés (Bowling for Columbine, Farenheit 9/11). Il a subi de nombreux procès, il les a tous gagnés. Il doit donc y avoir une différence entre sa pratique et celle de Sophie Robert. Deux apparaissent évidentes. Mickaël Moore se met en scène et filme les questions qu’il pose à ses interlocuteurs. Sophie Robert n’apparaît pas et coupe au montage certaines questions des réponses données, ce qui change évidemment la portée de la réponse. D’autre part, Mickaël Moore interroge des personnalités représentatives des opinions qu’il combat ; tandis que Sophie Robert interroge certes certaines personnalités représentatives, mais elle
Dans la Déclaration des droits des personnes autistes, (…) il est demandé de reconnaître et de respecter les désirs des individus, de sorte que les autistes devraient avoir « le droit de ne pas être exposé à l’angoisse, aux menaces et aux traitements abusifs »
- 5 -
convoque de surcroît des psychanalystes que personne ne connaît et qui expriment des opinions qui n’engagent qu’eux-mêmes. Qui voudrait utiliser le même procédé de propagande pour objecter à la méthode ABA irait chercher un éducateur partisan de cette méthode utilisant encore les punitions corporelles – et ce ne serait sans doute pas très difficile à trouver – voire un nostalgique des bons vieux chocs électriques initialement utilisés par Lovaas. Il s’agirait alors certes de propagande car la méthode prône aujourd’hui de ne plus recourir aux conditionnements aversifs et aux punitions. Bref si Mickaël Moore est si présent dans ses films, on peut en déduire qu’il est fier de ce qu’il fait. Sophie Robert a choisi de se cacher. Delion, Golse, Widlôcher et Danon-Boileau dénoncent « un montage tronqué au service d’une cause à démontrer » et visant à les ridiculiser8. Les psychanalystes de l’ECF, Laurent, Stevens et Solano, n’ont pas reculé à faire un procès et la déformation maligne de leurs propos a été confirmée par la justice.
Les partisans de l’ABA militent contre une psychanalyse que tantôt ils inventent ou que tantôt ils caricaturent. Elle culpabiliserait les parents. Cette thèse de Bettelheim toujours citée ne faisait déjà pas l’unanimité de son temps. Ils refusent malhonnêtement de prendre en compte que nul psychanalyste sérieux ne la soutient aujourd’hui. Ils soulignent que l’autisme serait un trouble neurobiologique. Or les données les plus probantes en faveur de cette thèse mettent toujours en évidence que des éléments liés à l’environnement interfèrent avec une possible prédisposition génétique. S’il est un fait bien établi c’est que diverses méthodes appliquées de manière intensive (et de préférence au cas par cas) parviennent à modifier les conduites des sujets, il faut souligner qu’il n’existe aucun traitement biologique de l’autisme et que la découverte de la plasticité cérébrale rend compte de l’efficience des pratiques psychologiques aussi bien que de celles des méthodes d’apprentissage.
Aussi bien intentionnées soient-elles, ces dernières rencontrent des bornes. Leur efficacité, constate le rapport Baghdadli, est généralement limitée à l’acquisition d’une compétence spécifique ciblée par l’intervention étudiée, de sorte qu’elle n’implique pas un changement significatif du fonctionnement de la personne qui bénéficie de l’intervention10.
Certes, les méthodes d’apprentissage invoquent en leur faveur des statistiques éloquentes attestant de leur efficacité. Sans entrer en d’interminables discussions sur leurs
Pour les méthodes comportementales et cognitivo-comportementales la source du changement est située pour l’essentiel entre les mains de l’éducateur, secondé par les parents ; en revanche pour les méthodes qui prennent en compte la subjectivité, il s’agit de stimuler et d’accompagner une dynamique du changement inhérente à l’enfant.
- 6 -
interprétations et sur ce qui est réellement saisi par les chiffres, soulignons surtout qu’il est incontestable que des résultats au moins équivalents peuvent être obtenus par d’autres méthodes plus respectueuses du sujet. À s’en tenir au seuls récits de mère qui sont parvenues, par des méthodes empiriques d’inspiration différentes, à sortir leur enfant du retrait autistique, il apparaît clairement que les améliorations obtenues par la douceur et le jeu ne sont pas moindres que celles acquises par la violence et la coercition. Quand les Copeland découvrent dans les années 60 que recourir aux « caresses-récompenses et aux claques-punitions » avec leur fille améliore nettement son comportement, ils croient avoir trouvé la clef si longtemps recherchée du traitement de l’autisme. « Ils essayèrent donc de lui faire toucher tous les objets devant lesquels elle avait témoigné de la terreur. Et ils étaient innombrables. La première fois, elle hurla de toutes ses forces et à bien des reprises, la démarche parut impossible. Mais enfin ils la tinrent solidement par le poignet et lui administrèrent une correction à chaque tentative de résistance. Puisque telle était la méthode adoptée, il fallait la suivre. Et, effectivement, au cours de semaines épuisantes, les réticences de Anne fondirent nettement 11» Or les améliorations obtenues plus récemment par Anne Idoux-Thivet avec son fils ne furent pas moindres, pourtant elle s’est toujours refusée à « user du bâton et de la carotte », pratiquant une « ludothérapie » orientée par les réactions, les angoisses et les manifestations de la curiosité de son enfant12. Bref, le rapprochement de ces deux témoignages opposés atteste que ce qui peut être obtenu par la violence peut l’être mieux encore par le jeu. La cure de Dibs opérée par V. Axline, en s’appuyant sur les jeux de l’enfant accompagnés dans une approche non directive, l’avait établi dès les années 1960.
Une autre mère d’enfant autiste, Hilde de Clercq, considérant la diversité des méthodes aboutit à la constatation suivante, à laquelle on ne peut que souscrire, « il est bien plus agréable, pour tout le monde, de suivre la façon de penser de ces enfants et de rester positif, que de leur imposer de s’adapter et d’être confrontés constamment à des problèmes de comportement. La meilleure stratégie pour éviter des problèmes de comportement est de les anticiper 13». Or, pour ce faire, il est incontournable de prendre en compte leurs manières de lutter contre l’angoisse, ce que négligent les techniques d’apprentissage.
Toutes les méthodes de traitement de l’autisme possèdent leurs réussites et leurs échecs. Cette diversité résulte pour partie des différences considérables dans le fonctionnement et les attentes des sujets autistes. Cependant elles n’ont pas le même positionnement éthique : pour les
La mère d’un enfant autiste, Hilde de Clercq :
« il est incontournable de prendre en compte leurs manières de lutter contre l’angoisse, ce que négligent les techniques d’apprentissage »
- 7 -
méthodes comportementales et cognitivo-comportementales la source du changement est située pour l’essentiel entre les mains de l’éducateur, secondé par les parents ; en revanche pour les méthodes qui prennent en compte la subjectivité, il s’agit de stimuler et d’accompagner une dynamique du changement inhérente à l’enfant. Les méthodes psychodynamiques font le pari d’une responsabilité du sujet qui peut conduire jusqu’à son indépendance par des voies qui sont à inventer et non pas programmées à l’avance (qui aurait fait confiance aux compagnons imaginaires de Williams ou à la machine à serrer de Grandin ?) ; les approches éducatives opèrent un autre choix : elles travaillent avec un enfant qui doit être guidé sur la route d’un développement normalisé, censé valoir pour tous. Dès lors elles parviennent certes le plus souvent à améliorer son autonomie, mais elles peinent à favoriser son indépendance. Nombreux sont aujourd’hui les autistes de haut niveau qui relatent comment ils sont parvenus à l’autonomie puis à l’indépendance, aucun d’entre eux ne fait état d’avoir bénéficié de manière intensive de méthodes éducatives, tous rapportent en revanche avoir inventé des méthodes très originales pour rendre compatible leur fonctionnement autistique avec le lien social.
La psychanalyse du XXIème siècle n’est pas la caricature combattue par « Autisme France ». La plupart de ses détracteurs ignorent que certains psychanalystes (certes sur ce point encore minoritaires) considèrent que l’autisme n’est pas une psychose, qu’à l’encontre de l’opinion de Tustin l’objet autistique peut servir d’appui précieux pour la cure, que les interprétations signifiantes ou oedipiennes sont à proscrire, qu’un « doux forçage » (A. Di Ciaccia) est nécessaire pour susciter les apprentissages, etc. Que reste-t-il alors de la pratique psychanalytique ? Pour l’essentiel la capacité à accompagner le sujet dans ses inventions originales effectuées pour parer à son angoisse. Les méthodes d’apprentissage conduisent parfois un autiste à l’autonomie, mais jamais à l’indépendance à l’égard de sa famille. Ces méthodes postulent d’ailleurs abusivement qu’un suivi sera toujours nécessaire. Nombreuses sont les expériences singulières qui viennent contredire cette assertion. Les témoignages des autistes attestent que jamais un autiste n’a pu accéder à l’indépendance sans avoir bénéficié d’une écoute bienveillante et d’un respect de ses inventions.
Il est cohérent que ceux qui cherchent à gommer la parole des autistes soient les mêmes qui s’appliquent à une propagande caricaturale pour décrier les propos des psychanalystes?
1 Williams D. Si on me touche, je n’existe plus. [1992] Robert Laffont. Paris. 1992, p. 290.
2 Grandin T. Penser en images. [1995] O. Jacob. Paris. 1997, p. 114.
3 Sinclair J. Don’t mourn for us. Autism Network International, Our voice, 1993, 1, 3 ; ou http://web.syr.edu/%7Ejisincla/dontmourn.htm
4 Deshays A. Libres propos philosophiques d’une autiste. Presses de la Renaisssance. Paris. 2009, p. 57.
5 Ibid., pp. 114, 116, 121, 124.
6 Ibid., p. 118.
7 Williams D. Quelqu’un, quelque part. *1994+ J’ai
- 8 -
Lu. Paris. 1996, pp. 38-39.
9 Témoignage de P. Delion. Dossier CIPPA.(Coordination Internationale entre Psychothérapeutes Psychanalystes s’occupant de personnes avec autisme). Novembre 2011, p. 39. (www.cippautisme.org)
10 Baghdadli A. Noyer M. Aussiloux C. Interventions éducatives, pédagogiques et thérapeutiques proposées dans l’autisme. Ministère de la Santé et des Solidarités. Direction Générale de l’Action Sociale. Paris. 2007, p. 261.
11 Copeland J. Pour l’amour d’Anne. *1973+ Fleurus. Paris. 1974, p. 39.
12 Idoux-Thivet A. Ecouter l’autisme. Le livre d’une mère d’enfant-autiste. Autrement. Paris. 2009.
13 De Clercq H. Dis maman, c’est un homme ou un animal ? Autisme France Diffusion. Mougins. 2002, p. 97.
? DOCUMENTS ?
A – CIPPA
Coordination Internationale entre Psychothérapeutes Psychanalystes & membres
associés s’occupant de personnes avec Autisme (loi 1901)
Communiqué de Presse
26 janvier 2012
POSITION de la CIPPA VIS-A-VIS de la PROPOSITION de LOI
de Monsieur DANIEL FASQUELLE
VISANT à "INTERDIRE L'ACCOMPAGNEMENT PSYCHANALYTIQUE
DES PERSONNES AUTISTES"
1. Un tel projet soulève une question préalable : est-il de la compétence de l'Assemblée nationale de se prononcer sur une technique de soins ?
2. Une telle loi ne pourrait qu'augmenter les clivages entourant l'autisme, alors qu'il faudrait les réduire.
3. Elle diminuerait la liberté des familles de choisir les modalités d'aides à leur enfant.
4. Elle tiendrait pour démontrée l'inefficacité de la psychanalyse dans le champ de l'autisme alors que nous constatons sur de nombreux cas suivis au long cours que, pratiquée de la façon récemment réexposée par la CIPPA (cf. son dossier "Alerte aux méconnaissances concernant l'autisme et la psychanalyse" accessible sur www.cippautisme.org) et nécessairement associée aux autres aides individualisées dont chaque personne autiste a besoin (aide éducative, aide à la communication, à la socialisation, scolarisation), elle est bénéfique, comme une étude en cours dans le cadre d'un réseau INSERM sur les psychothérapies commence à le valider statistiquement.
- 9 -
5. Pour autant, la CIPPA ne cautionne pas, concernant l’autisme, les diverses conceptions et pratiques de tous ceux qui s'intitulent psychanalystes. Nous sommes, notamment, en opposition radicale avec les pratiques thérapeutiques et d'accompagnement familial qui culpabilisent indûment les parents. Nous nous opposons également aux attitudes "d'attente de la demande et de l'émergence du désir" alors que, bien évidemment, il faut "aller chercher" les personnes autistes afin de les aider à dépasser leurs difficultés sensorielles, émotionnelles et relationnelles. Pour toutes ces raisons, la CIPPA s'associe à la demande qu'a adressée l'UNAPEI à Monsieur D. Fasquelle de retirer sa proposition de loi.
Dominique AMY, Présidente, Geneviève HAAG, Secrétaire générale
B - GROUPE DE CONTACT
Paris, le 10 février 2012
Madame Dominique AMY
Présidente de la CIPPA
81 rue Falguière 75015 PARIS
Madame la Présidente,
Lors de sa réunion du 5 février 2012, le « Groupe de contact », qui rassemble de nombreuses associations de psychanalystes, a centré son attention sur plusieurs faits d’actualité portant sur autisme et psychanalyse :
- L’autisme a été déclaré « grande cause nationale » en France pour l’année 2012.
- Les débats médiatiques suscités par un film récent ayant pour intention officielle de montrer le travail des psychanalystes auprès des enfants autistes et de leur famille. Une procédure de justice a été entreprise, qui a donné lieu, le 26 janvier, à un verdict : le film a été interdit dans son état actuel.
- La convocation de deux professeurs de pédopsychiatrie devant le Conseil de l’ordre, en raison de leur approche thérapeutique (packing).
- Le dépôt d’une proposition de loi, le 24 janvier 2012, par le député Daniel Fasquelle,
« visant l’arrêt des pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes autistes, la généralisation des méthodes éducatives et comportementales, et la réaffectation des financements existants à ces méthodes ».
Le Groupe de contact exprime son émotion, sa surprise et son opposition à ce que des méthodes thérapeutiques reconnues puissent être décidées ou interdites par le pouvoir législatif.
- 10 -
Il tient à exprimer sa solidarité avec les déclarations et communiqués faits par la CIPPA, et à soutenir clairement sa demande de retrait pur et simple de cette proposition de loi.
Associations de psychanalystes représentées au Groupe de contact et signataires :
Analyse freudienne
Association lacanienne internationale (A.L.I.)
Le Cercle freudien
Espace analytique
F.E.D.E.P.S.Y.
Fondation européenne pour la psychanalyse
École de psychanalyse des Forums du champ lacanien (E.P.F.C.L.)
Quatrième Groupe
Société de psychanalyse freudienne (S.P.F.)
Société psychanalytique de recherche et de formation (S.P.R.F.)
Société psychanalytique de Paris (S.P.P.)
- 11 -
?A l’attention des auteurs
Les propositions de textes pour publication dans Lacan Quotidien sont à adresser par mail ou directement sur le site lacanquotidien.fr en cliquant sur "proposez un article",
Sous fichier Word ? Police : Calibri ? Taille des caractères : 12 ? Interligne : 1,15 ? Paragraphe : Justifié ? Note de bas de page : à mentionner manuellement dans le corps du texte, à la fin de celui-ci, police 10 ?
Lacan Quotidien
publié par navarin éditeur
INFORME ET REFLÈTE 7 JOURS SUR 7 L’OPINION ÉCLAIRÉE
? comité de direction présidente eve miller-rose eve.navarin@gmail.com diffusion anne poumellec annedg@wanadoo.fr conseiller jacques-alain miller rédaction kristell jeannot kristell.jeannot@gmail.com ? équipe du Lacan Quotidien membre de la rédaction victor rodriguez @vrdriguez (sur Twitter) correctrice de la chronique « Aide-contre » anne-marie sudry designers viktor&william francboizel vwfcbzl@gmail.com technique mark francboizel & family lacan et libraires catherine orsot-cochard catherine.orsot@wanadoo.fr médiateur patachón valdès patachon.valdes@gmail.com ?suivre Lacan Quotidien : ?ecf-messager@yahoogroupes.fr ? liste d’information des actualités de l’école de la cause freudienne et des acf ? responsable : philippe benichou ?pipolnews@europsychoanalysis.eu ? liste de diffusion de l’eurofédération de psychanalyse ? responsable : gil caroz ?secretary@amp-nls.org ? liste de diffusion de la new lacanian school of psychanalysis ? responsables : anne lysy et natalie wülfing ?EBP-Veredas@yahoogrupos.com.br ? uma lista sobre a psicanálise de difusão privada e promovida pela associação mundial de psicanálise (amp) em sintonia com a escola brasileira de psicanálise ? moderator : maria cristina maia de oliveira fernandes POUR LIRE LES DERNIERS ARTICLES SUR LE SITE LACANQUOTIDIEN.FR CLIQUEZ ICI.
Trois psychanalistes ont porté plaintes, la justice a trouvé qu'il y avait "bidonnage", soit, au moins partiel et c'est bien dommage, comment se fait il que les autres intervenants ne se soient pas manifestés? Est ce que les seuls bidonnages sont ceux qui lui sont reprochés? auquel cas le reste du documentaire reste assez fort pour dire que si l' approche psychologique du mal etre des personnes autistes doit etre pris en compte, les theories de ces braves psychanalistes sont revoltantes et la question se pose de savoir quelle part de ces theories rentrent dans la prise en charge des autistes.
Personnellement, etant parent d'enfant autiste asperger (non diagnostiqué formellement), je n'ai pas l'impression que ces aberations interpretationnistes denoncées par le reportage soient prises en compte par les differents personnels qui s'occupent de mon enfant (ouf). De fait, il n'est pas toujours façile de comprendre ces personnes qui ont une psyché differente et cela demande une interpretation, loin de toute theories scabreuses de "mere crocodile etc..." qui n'apportent rien et dont les infirmiers et educateurs specialisés se moquent eperduement pour la plupart d'entre eux et c'est là ou le reportage peche, il ne nous apprend rien sur ce qui se passe sur le terrain.
Simplement, il y'a dans notre pays, de grands psychanalistes qui enseignent des theories debiles qui ne servent à rien aux etudiants qui reçoivent cet enseignement et à les entendre, on se dit qu' en effet, ils sont plus fous que leurs patients.
En bref et en hors sujet, oui, la psychanalise ne sert à rien (avec ses theories etranges ) contrairement à la comprehension de se qui se passe dans la psyché des gens, là il faut une capacité d'ecoute et d'analyse loin de prejugés etablis par quelques ecoles psychanalitiques.
PS:Pour repondre à Lucie, non, je ne me sent pas coupable. Et oui, d'accord avec vous sur tout le reste sauf sur le "savoir" des psychanalistes.
Quand un enfant n'est pas « comme les autres », la famille est en souffrance. Le diagnostic n'est pas forcément évident tout de suite et lorsqu'il l'est il n'en reste pas moins que chaque enfant est différent et chaque famille aussi.
Les querelles ne font que conforter chacun dans sa sphère, c’est anti productif. Chacun à sa façon et dans son champ essaie d'avoir des résultats. Face à la maladie mentale, lorsqu’elle est grave, les résultats sont lents et parfois peu concluants quelles que soient les méthodes. La famille en détresse ne peut accepter l’enfant qui est là, angoissant, souvent violent, qui prend toute l’énergie et pose souvent des problèmes insolubles.
Lorsque l’évolution ne se fait pas il est facile d’accuser, car tout est douloureux. Recevoir un diagnostic lourd ou bien ne pas en recevoir du tout est également intolérable. Celui qui va voir un psychiatre n’a pas la même demande ni la même attente que celui qui va voir un psychanalyste. En contre partie la clientèle n’est pas la même donc l’expérience non plus. Tous les autistes ne sont pas Temple Grandin avec un QI de 145. Il y en a aussi qui ont un QI de 80. Ce qui peut être mis en place pour eux est forcément différent. Par ailleurs la psychiatrie est en train de devenir une machine à faire semblant par manque de moyens, par l’obligation de faire croire à des résultats qui ne sont que manipulation des chiffres et des personnes. Il y aurait lieu d’en sourire si ce n’était pas aussi dramatique.
Par exemple tel hôpital pour enfant sommé de présenter des résultats (qui se traduisent par des sorties) a vu ses succès augmentés de façon incroyable. Avant, il y avait des enfants qui ne sortaient qu’au bout de plusieurs années. Depuis cette circulaire les sorties se sont faites au bout de 15 jours à trois mois. Explication : avant, l’hôpital prenait en charge des cas graves et faisait de son mieux pour les autonomiser, trouver des lieux de transition ou des lieux de vie ; aujourd’hui ces enfants qui sont une charge intolérable pour les parents (qui souvent ont d’autres enfants) sont laissés dans leur famille, l’hôpital leur signifie qu’il n’y a pas de place… et prend des enfants pour lesquels il y a des signalements scolaires avec un peu de violence, fugues, traits caractériels, et qui ne sont en aucun cas la population de psychotiques lourds qui étaient pris en charge. Bien entendu au bout de peu de temps ils peuvent ressortir avec un effet nul sur leur avenir, mais avec des résultats statistiquement intéressants pour le gestionnaire de l’hôpital.
Un médecin est responsable des moyens, pas des résultats et cela est valable aussi pour les psychothérapeutes. On peut rarement évaluer facilement la maladie et le pronostic. Seule la modestie et l’empathie sont de mise. Les tentatives de mise à mort de la psychanalyse tirent un trait sur beaucoup de personnes pour qui la psychanalyse a changé la vie. Psychanalystes, psychologues, psychiatres sont des humains, ils vivent et travaillent avec leur savoir, mais aussi avec ce qu'ils sont. Chez les uns et les autres, j’ai vu des attitudes inadaptées, voire inacceptables, avec un savoir certes, mais aucun sens clinique. J’en ai vu d’autres, merveilleux, humains faisant de leur mieux pour aider toute la famille et obtenant de bons résultats. Ce qui est sûr, c’est que la psychanalyse qui représente une démarche de sens, de réflexion, de remise en question, qui demande à ceux qui la font un courage sous des formes différentes, cette psychanalyse dérange. Il vaut mieux mettre en place des activités qui permettront d’avoir des temps de cerveau disponibles pour avaler n’importe quoi, que ce soit publicité ou mise en condition plutôt que d’avoir des gens dont le premier souci est de refuser ou d’aider à refuser conditionnements, manipulation ou domination, empêcheurs de s’indigner ensemble sur ce que la mode présente comme mauvais ou méchant. Pour finir, je n’ai jamais rencontré de parent qui ne soit pas culpabilisé quand son enfant n’est pas « normal ». Les enfants y aident puissamment. Les médias et les idéologies aussi. Lucie, psy
Quand un enfant n'est pas « comme les autres », la famille est en souffrance. Le diagnostic n'est pas forcément évident tout de suite et lorsqu'il l'est il n'en reste pas moins que chaque enfant est différent et chaque famille aussi.
Les querelles ne font que conforter chacun dans sa sphère, c’est anti productif. Chacun à sa façon et dans son champ essaie d'avoir des résultats. Face à la maladie mentale, lorsqu’elle est grave, les résultats sont lents et parfois peu concluants quelles que soient les méthodes. La famille en détresse ne peut accepter l’enfant qui est là, angoissant, souvent violent, qui prend toute l’énergie et pose souvent des problèmes insolubles.
Lorsque l’évolution ne se fait pas il est facile d’accuser, car tout est douloureux. Recevoir un diagnostic lourd ou bien ne pas en recevoir du tout est également intolérable. Celui qui va voir un psychiatre n’a pas la même demande ni la même attente que celui qui va voir un psychanalyste. En contre partie la clientèle n’est pas la même donc l’expérience non plus. Tous les autistes ne sont pas Temple Grandin avec un QI de 145. Il y en a aussi qui ont un QI de 80. Ce qui peut être mis en place pour eux est forcément différent. Par ailleurs la psychiatrie est en train de devenir une machine à faire semblant par manque de moyens, par l’obligation de faire croire à des résultats qui ne sont que manipulation des chiffres et des personnes. Il y aurait lieu d’en sourire si ce n’était pas aussi dramatique.
Par exemple tel hôpital pour enfant sommé de présenter des résultats (qui se traduisent par des sorties) a vu ses succès augmentés de façon incroyable. Avant, il y avait des enfants qui ne sortaient qu’au bout de plusieurs années. Depuis cette circulaire les sorties se sont faites au bout de 15 jours à trois mois. Explication : avant, l’hôpital prenait en charge des cas graves et faisait de son mieux pour les autonomiser, trouver des lieux de transition ou des lieux de vie ; aujourd’hui ces enfants qui sont une charge intolérable pour les parents (qui souvent ont d’autres enfants) sont laissés dans leur famille, l’hôpital leur signifie qu’il n’y a pas de place… et prend des enfants pour lesquels il y a des signalements scolaires avec un peu de violence, fugues, traits caractériels, et qui ne sont en aucun cas la population de psychotiques lourds qui étaient pris en charge. Bien entendu au bout de peu de temps ils peuvent ressortir avec un effet nul sur leur avenir, mais avec des résultats statistiquement intéressants pour le gestionnaire de l’hôpital.
Un médecin est responsable des moyens, pas des résultats et cela est valable aussi pour les psychothérapeutes. On peut rarement évaluer facilement la maladie et le pronostic. Seule la modestie et l’empathie sont de mise. Les tentatives de mise à mort de la psychanalyse tirent un trait sur beaucoup de personnes pour qui la psychanalyse a changé la vie. Psychanalystes, psychologues, psychiatres sont des humains, ils vivent et travaillent avec leur savoir, mais aussi avec ce qu'ils sont. Chez les uns et les autres, j’ai vu des attitudes inadaptées, voire inacceptables, avec un savoir certes, mais aucun sens clinique. J’en ai vu d’autres, merveilleux, humains faisant de leur mieux pour aider toute la famille et obtenant de bons résultats. Ce qui est sûr, c’est que la psychanalyse qui représente une démarche de sens, de réflexion, de remise en question, qui demande à ceux qui la font un courage sous des formes différentes, cette psychanalyse dérange. Il vaut mieux mettre en place des activités qui permettront d’avoir des temps de cerveau disponibles pour avaler n’importe quoi, que ce soit publicité ou mise en condition plutôt que d’avoir des gens dont le premier souci est de refuser ou d’aider à refuser conditionnements, manipulation ou domination, empêcheurs de s’indigner ensemble sur ce que la mode présente comme mauvais ou méchant. Pour finir, je n’ai jamais rencontré de parent qui ne soit pas culpabilisé quand son enfant n’est pas « normal ». Les enfants y aident puissamment. Les médias et les idéologies aussi. Lucie, psy
Bonjour,
Il m'arrive régulièrement, en tant qu'enseignant, d'intervenir auprès d'enfants porteurs de TED. C'est une position intéressante car elle me permet d'assister à la pratique et au débat, sans y être réellement partie prenante. A priori, je n'ai aucune position partisane pour l'un ou l'autre des camps en présence.
J'ai entendu des psychiâtres stigmatiser le "dressage" en quoi consiste, selon eux, le travail éducatif comportemental. L'argument m'a interpellé car le dressage ne fait pas partie de mon éthique professionnelle. Et voir un éducateur répéter de nombreuses fois exactement la même réponse ou la même demande m'a interrogé. Et puis j'ai vu les enfants commencer à entrer dans la communication, formuler leurs besoins d'abord (WC, soif,...) puis leurs désirs (telle activité, tel jeu,...). Je les ai vus heureux d'interpeller, fût-ce à l'aide de pictogrammes, et heureux de répondre. Je les ai vus capables d'apprendre, ce qui signifie avant tout communiquer. Est-ce du dressage ? Je n'en sais rien. Et je m'en moque. Je ne suis pas du genre à mépriser la réflexion théorique. On ne portera pas une thérapie à l'optimum de son efficacité sans une base théorique consolidée, à mon avis. Mais aucune réflexion théorique ne peut légitimement freiner l'usage d'un moyen de soigner qui ... soigne.
Par contre, j'ai vu aussi l'équipe d'un hôpital de jour, traiter tout ce qui n'est pas psy avec l'arrogance des seuls qui savent. Par exemple ne jamais nous avertir lorsqu'ils décidaient qu'un enfant ce jour-là, serait mieux à l'hôpital qu'à l'école. Dans leur protocole c'était à la famille de le faire, et d'assumer ainsi son rôle. Très bien, mais tenir compte de la détresse de la famille qui l'en rendait à cet instant incapable eût été encore mieux. Sécuriser la transmission par un coup de fil de leur part ne rentrait pas dans leur cadre. L'équipe de scolarisation était traitée comme un accessoire dans une expérience.
Il m'a fallu faire remarquer à l'une de ses membres que:
Nous obtenions des résultats,
Si l'on parlait de respecter un cadre rigide, la scolarisation en France est une obligation administrative, d'autant plus forte dans le cas des rares enfants TED bénéficiant d'une classe réellement spécialisée et adaptée.
J'éprouve idéologiquement une grande méfiance envers l'attitude pragmatique type US, ça marche donc faisons-le sans se poser plus de questions. Mais il s'agit de familles et d'enfants qui souffrent chaque jour. Alors pour moi, c'est faisons-le, et observons comment et pourquoi ça marche. Par principe et pour améliorer l'accompagnement. En France, nous somes un peu les spécialistes de ce type de positionnement, par rapport aux Américains par exemple qui se demandent plus volontiers culturellement comment faire. Apportons notre pierre à ce travail au lieu de nous comporter comme des chiots qui se disputent un os. Il ne s'agit pas d'un os, mais de souffrance humaine, encore une fois.
"Y a-t-il eu manipulation ? A la lecture du jugement du tribunal de Lille, les reproches adressés à Sophie Robert semblent minces".

Chère Laure Daussy, je ne partage pas votre avis.

Les exemples que vous citez vous-mêmes sont éloquents.

"Je n'ai pas l'idée, moi qu'il y ait une grande responsabilité des mauvais parents, qui de ce fait font que leur enfant soit autiste" est une phrase explicite. Il me semble qu'elle doit figurer au montage de l'interview.

"(...) Selon le jugement, la réalisatrice n'a pas posé la question " en quoi consiste le traitement psychanalytique des enfants autistes?", comme on l'entend dans ce montage, mais "en quoi la psychanalyse éclaire votre regard sur l'autisme par exemple, sur la genèse des troubles autistiques?" A chacun d'apprécier la gravité de cette substitution de question."

Laissez-moi vous répondre que, en effet, je pense qu'être éclairé par la psychanalyse sur la genèse de l'autisme ce n'est pas appliquer un traitement.

Oserais-je ajouter que c'est tout le travail d'un site comme @si de pointer ces différences et de dénoncer, comme le tribunal de Lille, ce qui s'apparente à une manipulation ?

Même si on est favorable aux comportementalistes.
En un premier temps je me contenterai de vous renvoyer à la lecture de la réponse du CIPPA (coordination Internationale entre Psychothérapeutes Psychanalystes et menbres associés) s'occupant de personnes avec Autisme(loi 1901) au projet de loi de Fasquelle visant l'exclusion de la psychanalyse du traitement des autistes. Cette association priviégie une approche plurielle -pluriprofessionnelle-de l'autisme et pose la question: est-il de la compétence de l'Assemblée nationale de se prononcer sur une technique de soins? Le texte est disponible sur le site "www.oedipe.org: la réponse du CIppa à la proposition de loi sur le traitement de l'autisme"
Par ailleurs il y a longtemps que je m'étonne du silence d'ASI sur ce que le Sarkosisme fait du traitement de ce qu'on appelle "La santé mentale" (ou alors j'ai loupé un moment, c'est possible)
Tout est histoire de gênes, ce fut le Discours de Dakar, opposant déjà l'homme blanc aux civilisations africaines qui seraient hors temps de l'histoire
Le 2 Décembre 2008 c'est le discours tenu à l'hôpital psychiatrique d'Antony où un évènement grave- un malade mental ayant assassiné 'un homme à Grenoble- fut instrumentalisé et servit de prétexte à une politique psychiatrique sécuritaire, avec mise en place annoncée de quartiers de sécurité renforcés dans les services psychiatriques, vidéo surveillance, soins sans consentement. c'est encore une affaire de gênes: les fous sont dangereux. Pour pouvoir discuter en connaissance de cause il ne peut être qu'instructif de se reporter au travail de "l'Association des 39 contre la nuit sécuritaire" ou/et à "L'appel des appels" Tout cela est disponible sur le net.
Merci
p
L'UNAPEI qui a dans ses établissements des praticiens souvent psych-anaux fait fausse route. J'ai un garçon trisomique (rien a voir avec l'autisme) qui était terrorisé par le psych-anal qui sévissait dans son IME. Lors d'une rencontre, nous ne lui avons donné aucune prise et lui avons montrer que nous trouvions ses discours ridicules: on ne l'a plus jamais revu; nous avons fait comprendre aussi aux éducateurs que notre fils n'avait pas à être mis en présence de cette personne qui le faisait souffrir mentalement. Nous avons été entendus et notre fils est devenu un garçon jovial et drôle dans toutes les circonstances de la vie. La psych-anale est affaire d'idéologie; c'est commme la religion; nous recommandons de ne pas y croire! Soutien total donc aux parents d'enfants autistes.
Bonjour,

D'un article qui montre comment les médias s'empare d'un sujet dont le débat s'extrémise très rapidement (ce qui n'est pas forcément un mal pour tenter d'y voir parfois plus clair), on en vient à des personnes qui vous expliquent pourquoi telle approche est meilleure qu'une autre.

J'en suis perplexe : il s'agit bien du traitement de l'information qui en est fait, les médias ne font pas leur travail (que l'on me pardonne ce poncif qui apparaît si souvent...). Les orientations et les camps sont choisis et affirmés : sans recul, sans réflexion. Et on oublie les familles et les patients. Pourtant des témoignages existent mais ils n'apparaissent pas. Et on assiste à une guerre idéologique sans se préoccuper des personnes que l'on est censé aider.

Et pour cela, le titre de l'article est bien choisi : [...] une bataille de bac à sable, c'est limité, on vise les yeux, les raisons de la bataille sont perdues.


Mais pourquoi ne parler que des enfants ? C'est plus émotionnel que des adultes ?


Une documentariste (et l'association partenaire) se fait épingler pour avoir manipuler les questions qui ne sont plus tout à fait les mêmes mais refondées en fonction des réponses des intervenants : ce qui est très grave. D'une part d'un point de vue déontologique et d'autre part pour les personnes qui mènent un combat qu'elles pensent fondé. Cette manière de faire enlise encore plus le débat et n'aide guère à l'apaiser.

Les décisions de la justice (et donc probablement initialement réclamées des plaignants) vis à vis de ce documentaire me laissent perplexe : en résumé, on n'a pas pu dire ce que l'on voulait dire, il faut donc retirer tout ce qu'on a pu dire. Pourquoi ne pas demander à ce que les véritables questions apparaissent et que les interventions ne soient pas malhonnêtement coupées ?

Certaines personnes se croient donc autorisées à nous expliquer pourquoi la psychanalyse c'est bien et pourquoi les thérapies comportementales et cognitives c'est mal. Et inversement pour d'autres. Nous revivons donc au sein de ce forum une pollution idéologique comme elle se produit dans les médias (ce que n'a pas fait l'enquête de Laure Daussy). Ce n'est pas un forum médical ici !!!

Et il est parfois rassurant, de constater parfois, que les médias c'est comme la vie : ça remue et c'est perfectible.

Mais qu'on arrête de nous expliquer le bien fondé des idéologies soulevées par ce débat. Il s'agit bien de voir la manière dont l'info est traitée. Rien d'autre.

Cordialement.
Bonjour

Je suis président d'une association d'éducateurs spécialisés l'ONES et formateur en travail social. Je travaille aussi comme éducateur depuis une dizaine d'années dans le secteur des adultes handicapés mentaux.

Je vous remercie de cet article équilibré dont le titre (le bac à sable) donne bien le niveau de la polémique. Je ne pense pas qu'il y ait une partition de la presse selon un clivage droite/gauche mais bien plus que les réseaux de lobbying de chacune de ces deux chapelles ont des relais dans tel ou tel journal qui reprend les informations sous l'angle qui lui est présenté.

Chaque camp a ses propres dérives. Vous parlez justement du packing, pratique contestable s'il en est, surtout lorsqu'elle est théorisée et généralisée, mais que dire des "renfocateurs comportementaux" qui consistent à donner une friandise à l'enfant lorsqu'il se comporte conformément à ce qui lui est demandé? Pour le moins, cela fini par poser un problème d'alimentation lorsque l'enfant reçoit une sucrerie toutes les 10 mn!!!

La principale difficulté que l'on rencontre lorsqu'on évoque l'autisme, c'est que chaque critique (même très modérée) amène inévitablement un déchainement partisan qui noie toute tentative de réflexion. Et pourtant il y a des questions troublantes :

La HAS considère que le taux de prévalence de l'autisme se situe à 1/150. Donc, nous pouvons considérer raisonnablement qu'il y a 450000 autistes en france. Ce chiffre est très élevé. A titre de comparaison le nombre des personnes percevant une allocation en raison de son handicap (handicap physique et mental) se monte à 220000 (ACTP+PCH) selon les statistiques nationales.

De ce chiffrage on peut retenir d'ores et déjà plusieurs éléments.
Manifestement, un tel taux de prévalence ne peut qu'interroger, surtout si on préconise un mode de prise en charge unique pour ces personnes. Personnellement, il m'est évident que cette catégorisation est excessivement large et qu'elle a une visée idéologique. Du reste, derrière cette catégorie se trouve des difficultés très différentes les unes des autres. Sous la même catégorie, on trouve des personnes comme rain man, d'autres sur diplômées mais souffrant de troubles relationnels et d'autres encore, mutiques ayant besoin d'une assistance complète pour tous les actes de la vie quotidienne (changes, alimentation...)

D'évidence une seule approche ne peut convenir à tous le monde! Pour certains, les TCC conviendront pour d'autres pourquoi pas une analyse? L'enjeu est surtout de laisser la possibilité aux familles et aux principaux intéressés de faire leur choix et de pouvoir éventuellement changer d'avis en cours de route!

De même, sur le plan des traitements, nous avons un lobbying très actif en faveur de la ritaline, ce qui interroge aussi beaucoup tout ceux qui ont à faire quotidiennement à des personnes bénéficiant d'une prise en charge médicamenteuse. Ce type de traitement doit beaucoup trop être ajusté et adapté au fil du temps pour accepter ainsi cette promotion d'une seule molécule présentée comme la panacée à l'autisme.

Bref, cette polémique enflamée cache des enjeux très discutables et il est très domage que personne ne s'y penche véritablement.

jean marie Vauchez
Est-ce que la haute totorité à la santé, qui existe depuis 2004, a jamais avalisé la psychanalyse un jour? Est-ce que la psychanalyse a jamais eu une reconnaissance de l'ordre des médecins en tant que spécialité médicale? Est-ce qu'une équipe médicale n'a pas la liberté thérapeutique? Qu'elle s'occupe du médiator et de la dégradation du contrôle de l'industrie pharmaceutique, si elle s'ennuie!

Est-ce que la déportation des homosexuels sous le régime nazi est un sujet prégnant dans l'actualité présente? OK le couple de garçons de la saint-Valentin à "N'oubliez pas les paroles" a joué comme un pied mais personne n'a dit qu'on les déporte, c'est juste Nagui qui a dit qu'ils avaient perdu.

C'est pas bientôt fini ces fumigènes racolant sur la voie publique?
Bonjour à tous,

D'abord, pour ceux qui ne vont pas tout lire, je vous conseille de regarder « Elle s'appelle Sabine ». On voit dans ce documentaire, à la fois les méfaits de la sur-médication, ainsi qu'un exemple de prise en charge institutionnelle inspirée de la psychanalyse qui essaie de réparer le mal qui a été fait sur une personne souffrant de troubles autistiques. C'est parfois émouvant, et souvent instructif sur le travail institutionnel avec ses qualités et les limites qui vont avec. On n'attend pas que le patient s'exprime de lui-même, mais on n'y va pas brutalement non plus.

Maintenant que les prises en charge de personnes autistes se sont développées, ça fait bien longtemps qu'on ne pense plus qu'une personne devient autiste parce que sa mère avait un désir inconscient de mort à son égard. Par contre, ce qui reste est cette idée que le sujet à l'air de se vivre comme retranché à intérieur de lui-même. Je vous conseille de vous pencher sur les ouvrages de Chantal Lheureux Davoine, ou ceux de Geneviève Haag, et bien d'autres en lien avec elles qui vous feront voir une approche psychanalytique récente de l'autisme.

Je dois dire que ces attaques contre « la psychanalyse » me mettent de plus en plus mal à l'aise. Je suis moi-même psychologue clinicien, et j'ai orienté mon travail en institution avec une perspective analytique. J'ai travaillé plusieurs années auprès de personnes autistes, enfants ou adultes, et je ne me retrouve pas du tout dans ce qui est présenté comme « la psychanalyse ».

D'une part, on voudrait jeter « la psychanalyse » à la poubelle pour ce qui concerne le suivi des personnes autistes, et j'ai le sentiment que si on pouvait la jeter à la poubelle pour tout le reste ça serait pas mal non plus. Et, d'autre part, je vois qu'on propose « les méthodes éducatives » comme seule et unique solution à tous les maux causés par « la psychanalyse ». Si les thérapies cognitives et comportementales (TCC) peuvent parfois être utilites, je ne crois vraiment pas que ça soit le cas dans la prise en charge de l'autisme en particulier, et des personnes en grande difficulté en général.

La psychanalyse n'est pas un monolithe

Déjà, il convient de rappeler à tous les lecteurs du site d'Arrêt sur Images, que « la psychanalyse » n'existe pas en tant que monolithe théorique et pratique. Il y a différentes théories et différentes pratiques psychanalytiques. Tout mettre dans le même sac, ça n'a pas beaucoup de sens quand on parle de la prise en charge des personnes autistes. En l'occurrence la personne à l'origine du documentaire « Le mur » s'est visiblement appliquée à surtout présenter des membres d'une association lacaniene qui est loin de faire l’unanimité, et à mettre l'accent sur le travail en cabinet. On est donc très loin du standard des prises en charge de personnes autistes. De mon expérience, l'orientation théorique des prises en charge n'est pas aussi rigide que celle qui est montrée (sachant que le montage à manipulé les propos de ces professionnels), et le cadre de travail se situe d'abord en institution avec une équipe pluri-disciplinaire. La prise en charge uniquement en cabinet d'une personne autiste est une absurdité, même si la psychanalyse d'enfant travaille plus sur les interactions dans le jeu, que sur la parole.
Enfin, il ne faut pas confondre la psychanalyse et les hôpitaux psychiatriques. Si certains se réclament de la première, ce n'est pas forcément lié, et la sur-médication n'est pas le fait de la psychanalyse.

Bettelheim

Quand les reproches se font précis, on attaque souvent Bettelheim, alors qu'on devrait attaquer l'usage qui a été fait de ses théories. Ce monsieur a eu l'idée (saugrenue?) de prendre en charge des enfants dont personne ne voulait (même les autres psychanalystes nord américains) car présentant des symptômes autistiques trop bruyants et gênants . Dans ce cadre, il a tenté de trouver une origine aux troubles qui se présentaient devant lui. Pour ce qui concerne la responsabilité de la mère dans l'origine des troubles, sa théorie était complètement à côté de la plaque mais, au fait, qu'elle était sa théorie ? Parce qu'on parle toujours du fait qu'il accusait les mères de tous les maux, mais, bien qu'aujourd'hui dépassée, sa théorie était déjà plus complexe. Forcément, si on décode ses propositions de façon caricaturales, on fait des ravages (ce qui peut s'appliquer à toute théorie d'ailleurs), et ça n'a pas loupé. De nombreux « psy » ont balancé ça à la figure de parents médusés, et forcément, immédiatement après, énervés ou résignés. Cela dit, qu'a-t-il écrit Bettelheim ? Il a proposé qu'une personne se retire dans l'autisme parce que très tôt dans son existence elle aurait vécu une « situation extrême » où elle aurait cru que sa vie était mise en jeu, et de là il pense que ça pourrait être en lien avec un désir inconscient chez les mères de voir leur enfant disparaître. C'est ici qu'il faut préciser quelques menus détails : d'une part, un désir inconscient n'est pas conscient pour le sujet qui l'exprime, mais alors pas du tout, c'est un peu l'histoire de la paille et de la poutre. L'inconscient n'a rien à voir avec une sorte de mauvaise foi, car il n'est pas conscient au sens stricte. Il s'agit donc d'une hypothèse psychanalytique qui ne peut se prouver qu'à travers ses effets, un peu comme les trous noirs dans l'univers, et la matière à un niveau quantique. D'autre part, le gars avait survécu à un camps de concentration nazi, et il faisait un lien entre le comportement de certains détenus et celui de certains enfants. Enfin, qu'un enfant puisse avoir le sentiment que sa vie est en danger, n'est pas une hypothèse qui se prétend vérité vrai et intemporelle, mais comme toute théorie, c'est une manière de faire sens avec une réalité qui nous échappe, et de progresser dans sa compréhension.

La scientificité de la psychanalyse

Là, j'en vois certain me lancer « oui, mais c'est pas scientifique tout ça ». Ce à quoi je répondrais que la psychanalyse est une science sociale, au même titre que l'économie et la sociologie. Elle s'appuie sur une clinique concrète, sur ce que disent les patients, sur ce qui se passe dans les interactions entre un patient et son thérapeute, etc. La rigueur de sa pratique ou des recherches qui sont faites dans son champ peuvent parfois être critiquées, mais l'argument du « c'est pas scientifique » est vraiment de mauvaise foi. D'ailleurs, les matières « scientifiques » sont loin d'être assises sur des connaissances définitives. La médecine sous toutes ses formes, comme la recherche quantique fondamentale sont truffées de connaissances supposément définitives, prouvées par des expériences, qui ne valent qu'un temps et qu'on change. En fait, en psychanalyse, comme dans toute science sociale, il est impossible de faire des testes « scientifiques » tout simplement parce que comme chaque individu est unique (même des jumeaux) à la fois à la naissance et d'autant plus au fur et à mesure de ses expériences, il est impossible de valider une expérience. En effet, il faudrait pouvoir reproduire les différentes prises en charge sur des sujets identiques. Et attention, scoop : les thérapies cognitives et comportementales (TCC) sont confrontées à la même contraintes. Sauf qu'elles ont tendance à faire comme si ce « petit » problème de preuve n'existait pas.
Maintenant, l'université Américaine d'Harvard a publié l'année dernière une étude montrant que les prises en charge thérapeutique d'orientation analytique offrent des effets positifs sur une plus grande durée que les TCC dont l'efficacité ne dure que le temps du traitement. Quand il s'arrête, les bénéfices s'arrêtent, le sujet n'ayant fait que se conformer à un environnement coercitif.

L'origine neuronale, physique de l'autisme

A l'argument « La psychanalyse ne sert à rien car il est prouver que c'est d'origine neuronale ». Ce à quoi je répondrais « Quel est le rapport ? ». L'origine neurologique, voire biologique en général, d'un symptôme n'empêche absolument pas de travailler sur le vécu subjectif de la personne qui le présente. Il y a des recherches psychanalytiques sur les personnes atteintes de cancer, et pourtant personne ne viendrait dire que le cancer est une simple formation de l'esprit. Par contre, j'espère que personne ne viendra dire que le fait de savoir qu'on a le cancer ne change pas la dynamique psychique d'un sujet. Il est évident aujourd'hui, et déjà Freud le présentait puisque je préviens le lecteur que Freud ayant inventé la psychanalyse, il était avant tout neurologue. Pour faire simple, notre circuit neuronale c'est notre psyché. Et il s'avère que la thérapie analytique suppose que l'acte créatif (en général la prise de parole, mais il n'y a pas que ça) permet au cerveau de se transformer, et de se réparer. Évidemment, si vous prenez un psychotrope, votre cerveau en sera transformer aussi, mais comme cette transformation est exogène, elle sera éphémère. Là où la psychanalyse offre des effets sur le long terme, parce que le travail est endogène.

« L'obscurantisme et la maltraitance »

Qualifier la psychanalyse « d'obscurantisme », comme si les TCC étaient la science de la lumière, me semble illégitime. Je rappelle que les TCC ont commencé avec les animaux pour ensuite appliquer leurs méthodes sur les humains. Là où la psychanalyse est née de l'idée de laisser s'exprimer les patients, et qui a militer pour réintégrer ce qu'on appelait « les fous » dans la société alors qu'ils étaient (et sont toujours) marginalisés. Ainsi la psychanalyse part du principe qu'une personne autiste est une personne avant tout, et qu'il faut travailler avec elle en lui maintenant sa dignité de sujet.
Les TCC comportent une dimension déshumanisante, humiliante et culpabilisante à la fois pour les personnes autistes et pour leur famille. Pour les patients d'abord, parce que ces méthodes partent du principe que le symptôme est une erreur à corriger. Là où la psychanalyse postule toujours que le symptôme est l'expression d'un conflit, d'une vraie souffrance chez un sujet. Partant de là, j'ai du mal à comprendre comment la psychanalyse pourrait être plus maltraitante que les TCC. Mais ce n'est pas tout. Comment fait-on pour corriger une « erreur » selon les thérapies comportementales ? On punit, et on gratifie. On punit en coupant toute communication avec la personne, en lui collant quelqu'un toute la journée qui va la suivre sans parler et reprendre systématiquement toutes les « erreurs » du patient, quitte à augmenter les comportements violents, et autre joyeusetés dans le genre. Et on gratifie avec des bonbons, ou autre substitue du genre.
Ensuite, les TCC proposent des méthodes toutes prêtes qu'il faut appliquer à la lettre quelque soit la personne concernée. Gare aux parents qui ne le feraient pas, ils seraient tout de suite accusés de délaisser leur enfant, que s'il n'y a pas de progrès, c'est de leur faute.
D'ailleurs, a-t-on déjà vu un cas d'autisme guérit par les TCC, vidéos des progrès à l'appuie ? Parce que la psychanalyse ne promet jamais ça. Il est relativement accessible de faire faire des progrès une personne autiste « de haut niveau » qui ne comprendra pas forcément le sens des manipulations, mais pourra les effectuer tant que les rituels seront maintenus par le cadre. Par contre, quand il s'agit d'une personne autiste « de bas niveau », les TCC ne savent plus quoi faire. Cela mène à une question plus fondamentale qui est celle du sens donné au terme « éducatif » quand on s'adresse à des personnes dont la principale difficulté est de comprendre l'idée même de concept ? D'après ce que j'en ai vu, ça se ressemble beaucoup à du dressage (les bonbons, les punitions, etc.).
J'entends parler de donner des dessins pour qu'une personne autiste puisse s'exprimer. Je ne vois pas en quoi ça peut aider un minimum d'insertion sociale. Mieux vaut travailler sur le dessin du mot plutôt que sur un dessin dont l'interprétation laisse toujours une grand marge de manœuvre au sens.
La dimension éducative dans une prise en charge analytique existe, mais elle n'est pas aussi rigide que dans les TCC. Elle essaie toujours d'être au plus près de ce que présentent les patients, de leurs capacités, de l'humeur du jour, des désirs qui peuvent émerger, et cela dans le respect de leur qualité de sujet.

Enfin, je me pose la question de la pertinence de l'utilisation du même terme d'autisme pour des personnes ayant des degrés de difficultés très variables.

La prise en charge psychanalytique ou institutionnelle

La psychanalyse se critique beaucoup elle-même, ceux qui la critique devraient déjà s'intéresser à ça. Je ferais remarquer que tous les comportementalistes ne sont pas d'accord non plus.
En institution, le travail issu de la psychanalyse fait la part belle à la famille (pas uniquement aux parents d'ailleurs). Là où j'ai travaillé, je n'ai jamais vu personne leur imposer des conseils de bonne conduite. On s'assoit tous ensemble, on écoute et on essaie de trouver des solutions. Ça passe alors par une approche multifocale dans laquelle on va retrouver de l'éducatif, mais pas celui des TCC qui impose au sujet sans son consentement, sans essayer de faire sens. On part de ce que nous montre le patient, de ce qu'il semble exprimer pour développer une prise en charge adaptée. Par exemple, j'ai eu à travailler avec un jeune homme autiste qui ne parlait pas, ou uniquement en écholalie (il répète ce qu'on lui dit). On m'avait dit qu'il ne pourrait communiquer qu'avec des images ou le langage des signes. J'ai pensé que pour s'intégrer dans le village, c'était pas terrible. En travaillant graduellement, au bout de 3 ans, il n'utilise plus les images et s'exprime oralement. Même si ça reste limité à quelques mots, ils semblent désormais fiables et contextualisés.

Ce que vise la psychanalyse est une recherche du sens dans les activités, et pas simplement une recherche de standardisation des comportements. Le risque est d'y oublier l'humanité des gens qu'on accueille, et d'y perdre la notre.

La récupération politique des TCC

N'en déplaise à certains, n'oublions pas la récupération politique des TCC aujourd'hui. L'évaluation est à la mode néo-libérales quitte à évaluer sans trop savoir ce qu'on évalue. La psychanalyse propose de travailler en prenant pour point de départ le vécu du sujet, le sens qu'il peut donner à son environnement et à lui même. Les TCC voient le symptôme comme le résultat d'une erreur du sujet qu'il est nécessaire de corriger. Dans ce sens, ne vous y trompez pas, les TCC sont dans le droit fil des théories néo-libérales où on part du principe que l'individu doit s'adapter à son environnement (de travail) et pas l'inverse. Ce sont des versions élaborées de conformisation sociales, ici appliquées à des personnes autistes. A mon avis, de façon générale, c'est en cela que la psychanalyse est de plus en plus attaquée. Elle met le vécu du sujet au cœur de sa réflexion et de son action. Elle le fait parfois maladroitement, et les théories sont très souvent questionnées et révisées. Contrairement à ce que nombre de personnes semblent pensez, la psychanalyse ne s'est pas arrêtée à Freud (qui d'ailleurs n'a pas bien compris la psychose, et n'a jamais rencontré de personnes autistes).

L'homophonie et les différences de langues

Enfin, à propos du coup de massue de « la mère = la mer ». A ce que je sache le documentaire a lieu en France, on peut donc légitimement penser pouvoir travailler sur les homonymies du français. Évidement, en anglais « mother » ne fera pas lien avec « sea », mais « sea » pourrait (et j'insiste sur le conditionnel) chez certaines personnes faire lien avec « see » (voir). D'ailleurs, en anglais on demande aux patients qui veulent faire une analyse (et pas une thérapie d'orientation analytique) de s'allonger sur le divan, ce qui se dit « to lie on the couch » ce qu'on pourrait traduire aussi par « mentir sur le divan ». Ça, je peux vous dire que c'est quelque chose à entendre, même si s'allonger n'a pas forcément de lien avec mentir en français.

PS : je termine sur l'hypothèse qu'un même symptôme puisse avoir des origines différentes chez différents individus. Ainsi, il n'est pas inenvisageable que ce que nous regroupons aujourd'hui sous le terme d'autisme regroupe parfois des origines organiques, et parfois des origines psychologiques, voire différentes origines organiques et psychologiques, voire encore un mélange. S'il vous plaît, ne coupez pas ça au montage.
Bonjour à tous



Il me semble opportun, dès qu'on s'approche de la psychopathologie, de rappeler un certain nombre de pièges et de problèmes encore non résolus.



Les temps sont durs pour la psychanalyse. Pour quelles raisons? D'abord et avant tout parce que le lieu de discussion s'est déplacé depuis quelques années. En France, il existe une école psychanalytique depuis plusieurs décennies, et celle-ci a ouvert la majorité des champs universitaires portés sur une pure théorie de l'esprit non philosophique (Freud est neurologue de formation, il est bon de le rappeler). Sachez que la psychiatrie, qui existe depuis le 19e siècle dans une forme relativement stable, est une pratique médicale, qui se distingue de la psychologie. Ne serait-ce que par le clivage disciplinaire, les deux disciplines se trouvent distinguées : pour être psychiatre il faut faire des études de médecine, pour être psychologue il faut faire des études de psychologie (donc de sciences humaines). Les universités françaises qui étudient les sciences humaines ne sont pas celles qui étudient la médecine. Il existe donc un problème, quand il s'agit de psychopathologie, qui est d'une importance capitale dans le débat traité par cet article :


Psychanalystes et comportementalistes sont des psychologues et non des psychiatres


Ce premier problème est important, car les psychologues sont globalement des théoriciens (il existe certes un statut de psychothérapeute, mais il n'a pas le même impact sur le milieu médical que celui de psychiatre), tandis que les psychiatres sont globalement des praticiens. Georges Canguilhem, docteur en philosophie qui a passé ensuite un doctorat en médecine parce qu'il s'intéressait à la question du vivant, notait que la médecine n'est pas une science, mais plutôt un domaine à mi-chemin entre des techniques et des sciences. Les psychiatres s'inpirent de différentes théories, et abordent différentes techniques, et sont par conséquent rarement des "intégristes" d'une théorie quelconque. La médecine considère généralement chaque patient comme une cas individuel, requérant des pratiques individualisées. Autrement dit, cracher sur une théorie, qu'il s'agisse de celle des psychanalystes ou celle des comportementalistes, ce n'est pas traiter le problème du traitement de l'autisme, mais de la théorisation de l'autisme.



En ce qui concerne la visée pratique des théories, il existe effectivement un clivage, que je vais essayer de résumer grossièrement (que les psychanalystes et les comportementalistes m'excusent). La psychanalyse est une théorie qui s'efforce d'accompagner un être psychique et substantiel vers l'équilibre. L'enjeu consiste donc, pour le thérapeute, à produire une relation avec le patient, pour l'amener à interroger, prendre conscience, et finalement saisir les facettes de lui-même qui produisent de la souffrance. Une telle démarche est définie comme nécessitant du temps, et ne vise nullement l'adaptation de l'individu à un milieu quelconque (qu'il s'agisse du milieu parental, scolaire ou professionnel), mais plutôt l'accord de l'individu avec lui-même. L'individu doit se ressaisir et seulement par la suite, la question de l'adaptation sera posée, en partant toujours du principe que c'est l'individu lui-même qui doit être le moteur de cette adaptation, en accord avec lui-même.


Le comportementalisme ne pose pas le même problème. Il ne s'intéresse pas à la personne, à l'individu psychique comme substance, comme essence. Le problème du comportementalisme est prioritairement celui de l'adaptation de l'individu au milieu auquel il appartient, parental, scolaire, professionnel. Le comportementalisme se fiche bien de savoir qui il traite, le problème c'est ce que l'individu fait, quel est son comportement, et comment l'adapter à ses nécessités quotidiennes.


Ces deux approches, lorsqu'elles traitent de l'autisme, marquent cette différence. Un comportementaliste s'efforcera d'obtenir rapidement des "résultats" avec un enfant autiste. On touche presque à un discours publicitaire : une thérapie de 6 mois pour régler tout, ou la plupart des problèmes rencontrés quotidiennement. Mais quels sont ces résultats exactement? Certains auraient envie de les nommer simplement "normalisation" : l'enjeu c'est de faire comprendre à l'enfant qu'il ne doit pas tartiner les murs avec ses excréments, ou crier dans un lieu public, etc.. Tout ceci est effectivement important dans la vie quotidienne, pour l'entourage de l'enfant. Par étonnant, donc, que les familles viennent dire "le comportementalisme, c'est top!" Cela dit, ne trouvez-vous pas qu'il manque quelque chose? Ah oui, je sais : la voix du patient. Sont-ce les enfants autistes qui trouvent satisfaisants ces résultats? Non. Pourquoi? Parce que le comportementalisme n'a pas rendu la parole aux autistes. C'est là l'argument principal des psychanalystes contre les comportementalistes : vous obtenez des résultats, certes. Mais est-ce que vous soulagez le patient, ou seulement sa famille? Et ici nous nous trouvons face à un point d'interrogation, puisque, effectivement, les comportementalistes sont incapables de vous expliquer ce qu'est l'autisme, et donc de permettre clairement de le surpasser.


Inversement, il n'est pas étonnant que les psychanalystes n'obtiennent pas de "résultats" : la question de l'adaptation au milieu n'est pas prioritaire. Par conséquent, les familles râlent : "En face, on m'a promis des résultats en 6 mois, ici je suis pas sûr d'en avoir". C'est encore la dimension publicitaire qui joue. Et on n'a pas tort de faire remarquer aux psychanalystes qu'ils n'ont pas soulagé les familles. Cependant, la question posée par la psychanalyse n'en est pas moins importante : est-ce qu'on s'occupe vraiment de l'autiste ou de son environnement? Il n'est pas ici question de dégainer Michel Onfray, qui a permis de déclencher une vague de haine aveugle (parce que précisément non informée) contre la psychanalyse. Certes, on peut tout-à-fait discuter la théorie psychanalytique. On peut faire de même avec le comportementalisme. Ce n'est pas la question ici. La question, c'est avant tout qu'est-ce que l'autisme? De quoi a besoin l'enfant autiste?


A ce niveau-là du questionnement, on peut aussi bien se tourner vers la psychologie cognitive, qui propose de distinguer des cerveaux empathiques et des cerveaux systémiques. On peut interroger les neurologues et leur demander ce qui se passe physiologiquement au niveau du cerveau. Mais l'état des lieux le plus évident, c'est que l'autisme représente encore aujourd'hui un objet de recherche, et que l'on ne connait pas suffisamment ce en quoi il consiste pour intervenir.


Maintenant, bien entendu, rien n'empêche de se jeter à corps perdu dans la guerre disciplinaire : "Han! T'es pas capable de satisfaire les parents de l'autiste, t'es trop méchant!" "Han! T'es pas capable d'expliquer de quoi a besoin l'autiste, t'es trop méchant!" Ça, ce sont des questions de cours de récréation. Elles ont une signification politique au sein des universités. La question, dans ce contexte, c'est : qui aura le droit de diriger les laboratoires de recherche? Et c'est ici que le débat médiatique devient intéressant. Les comportementalistes, depuis plusieurs années, invitent la presse et les émissions de téléréalité dans leurs labos, pour dire en substance : "Regardez-nous, on est gentils et on fait bien notre travail alors que les vilains psychanalystes ils sont méchants et incompétents." Ce qui n'est pas faux, c'est que la psychanalyse a été la première école psychologique non-physiologiste dans les universités françaises, dans le sens où elle a ouvert un champ de recherche et a par conséquent obtenu la gestion des institutions de recherche dans ce domaine. Ce que veulent les comportementalistes français, c'est obtenir la gestion de ces mêmes institutions. Et c'est un argument politique que d'aller voir la télé et de pleurer sur le sort des pauvres autistes qu'on ne traite pas correctement. La vérité, c'est quils se foutent des autistes. Ce qui les intéresse c'est le pouvoir. Et la vérité de la recherche psychologique en France aujourd'hui, c'est que les seuls chercheurs à s'intéresser non pas à la pérennité des écoles, mais au développement de théories satisfaisantes, se trouvent relégués au second plan par les chercheurs politiciens qui préfèrent aller pleurer devant les journalistes plutôt que de proposer de véritables projets de recherche.


La psychologie française est aujourd'hui un gigantesque champ de bataille. Le combat n'est pas une mauvaise chose. Ce qui est mauvais, c'est le moment où on préfère agiter les familles éplorées devant les journalistes plutôt que les arguments et les discussions devant la communauté scientifique.


Un dernier point, anecdotique, en ce qui concerne la thérapie comportementale de l'autiste : il paraît qu'à l'université de Lille 3, on obtient des "résultats" avec les autistes, en récomposant leurs comportements avec des chips de pomme de terre et des gommettes. Est-ce plus convainquant que la psychanalyse?
Les impressions que j'ai eu pendant le visionnage du reportage il y a quelque jours, ont été chronologiquement, d'abord, que ce sont des fous, puis tout au long du visionnage, j'ai réalisé qu'on assiste a une suite de réponses sans quasiment jamais connaître la question qui a été posée ! Cela m'a pas mal énervé, et du coup, je me suis mis à douter.
Apprendre ici que la nature des rares questions qu'on entend a été ainsi modifiée me conforte dans l'impression de manipulation que m'a laissé le documentaire. De mon point de vue, ce ne sont pas du tout de minces modifications.

Ceci dit, je pense que pour un néophite en psychanalyse comme moi, l'intégralité des rush aurait laissé la même impression. Leur discours est tellement peu accessible qu'on ne sait pas trop si ce sont eux qui sont fous et se gargarisent d'idées farfelues sans fondements scientifique, où bien si c'est nous qui manquons de recul pour comprendre ces théories...

Et la réalisatrice ne cherche absolument pas à comprendre ni à faire comprendre ce qui se raconte dans les interviews.

D'autre part, l'image que cela donne des hôpitaux de jours ne colle pas du tout avec les souvenirs que j'ai de ce que me racontait ma mère qui est infirmière (pas psy) en hôpital de jour. Le reportage donne l'image que les enfants ne sont pas stimulés, qu'on les mets sur une chaise avec un psy et qu'on attend qu'il se passe quelque chose, sachant que les enfants n'ont pas le langage...
Ce qui se passe, en tout cas dans le centre où ma mère travaille, c'est qu'on essaie d'éveiller leur intérêt par tout un tas d'activités (peinture, jeux de rôle, pâte a modeler, histoires, jeux vidéos...) qui sont, il est vrai, observées et analysées à posteriori par une équipe psy. On cherche ainsi d'une part à comprendre les bloquages particuliers de chaque enfant, et d'autre part à trouver l'angle d'attaque qui fait le mieux progresser chaque enfant.
Ce que semblent critiquer les soignants dans les méthodes comportementales, c'est le côté formaté, indépendamment des spécificités de l'enfant. Je pense qu'une partie non négligeable de soignants est moins extrémiste que les personnes interrogées dans ce reportage, et est donc attristée par cette volonté de choisir l'une ou l'autre des écoles, alors qu'ils sont d'accord avec un certain nombre des techniques utilisées par les méthodes comportementales.

D'autre part sur le côté génétique, il me semble qu'il y a longtemps qu'on sait quelle partie du cerveau est en cause chez les enfants autistes, mais cela ne permettait pas de trancher sur le côté inné ou acquis du dysfonctionnement. En revanche, une découverte comparant les vrai et faux jumeaux va davantage dans ce sens, mais il me semble que cela est plus récent. Je regrette que ce point, qui est central dans le débat, ne soit pas mieux expliqué dans les divers articles, car j'ai moi même du mal à y voir clair.

Au final, je ne sait pas trop quoi en penser, mais je n'ai pas trouvé ce reportage satisfaisant du tout, ce qui ne signifie pas que la censure soit une bonne chose, il a le mérite de servir de catalyseur à la nécessaire discussion, surtout en cette année ou l'autisme est cause nationale
Excellent article.
Je me garderais bien de me prononcer sur le fond, mais cette équation psy=gauche me semble de moins en moins opérante, non ?
Pour le coup, la psychanalyse est globalement indéfendable. J'ai vu le documentaire de Sophie Robert il y a quelques mois et je reste convaincu de la bonne foi de la réalisatrice et qu'elle n'a pas fait cela à charge...

Pour remettre les choses en contexte, je me suis tellement intéressé à la psychanalyse que je n'excluais pas d'en faire mon métier un jour ! Que j'aime les mots, que j'aime le verbe, que j'aime cette réflexion à la frontière entre le corps et le monde...
Un jour, j'ai réalisé que malgré toutes ses qualités, la psychanalyse n'était pas grand chose de plus que du vent, un beau vent, poétique certes, mais du vent quand même. Un vent sans danger la plupart du temps, et qui aide à penser, qui aide à prendre le temps quand on voudrait que tout aille si vite, qui a cet effet incroyable de n'être rien et de pouvoir beaucoup ! Mais un vent qui ne peut pas être vendu pour autre chose que ce qu'il est alors que justement il est présenté désormais comme un vent guérisseur !
Disons le tout de go : la psychanalyse n'est pas censée apporter des résultats, elle apporte au contraire des questions, et avec ces questions, son lot de problème. Ca ne soigne rien, ça ne guérit rien. C'est à peine plus que décoratif - les problèmes et les questions peuvent arriver par d'autres voies que l'artifice psychanalytique...
Mais sur le plan scientifique : rien (protocole? mise en scène ; réfutation? mauvaise foi).
Sur le plan éthique : rien (tout est permis, rien n'échappe à la psychanalyse).
Et puis plus ça va, plus le biais idéologique (côté patriarcal, côté moral) et plus le biais téléologique (schéma posés a posteriori sur des parcours) me choquent.
Et puis malgré ma détestation pour les gens qui ont écrit "Le livre noir de la psychanalyse" et le désaccord majeur avec la plupart de leurs arguments, force est de constater les dérives sectaires. Je suis navré d'écrire ça mais la psychanalyse a fini par acquérir toutes les propriétés d'une secte - sauf peut-être le côté prosélyte / vente forcée, et encore... Je vois bien que pour les gens qui défendent la psychanalyse dans ce forum, il s'agit presque d'une valeur sacrée, d'un élément intouchabgle de leur vie et qui ne saurait être remis en question sauf à entraîner des conséquences d'une violence inouïe pour eux...

Alors en matière d'autisme quelle nullité abyssale, quel charlatanisme sans fond, quel errement absolu de la part de la psychanalyse ! Quel escroquerie ! Quel danger ! Traiter l'autisme comme un trouble psychotique ! Traiter la mère comme la responsable ! Traiter l'enfant autiste comme la victime !
Les TCC ne valent pour la plupart pas mieux, fatras de méthodes bricolées qui ne visent qu'à "normaliser" l'enfant. Ce n'est pas parce qu'on donne la couleur de la science que c'est de la science. Mais il y a des choses intéressantes quand même.
Bonjour,

Avant tout je tiens à préciser que je n’ai aucun avis sur la question des traitements de l’autisme, ne m’étant jamais intéressé à celle-ci avant d’entendre une émission sur Culture avant-hier et de lire votre article aujourd’hui.
Je n’ai donc pas de position ni en faveur des psychanalistes ni des comportementalistes. Je n’ai aucune position sur la question.
Et pour tout dire, si vraiment il fallait me chercher un a priori, il pourrait vaguement être à l’encontre des psy, car en tant que fidèle auditeur des conférences d’Onfray sur Culture, j’ai fini par envisager cette profession avec une certaine circonspection.
Voilà pour essayer de bien faire comprendre que la remarque qui va suivre ne vient surtout pas se positionner dans le débat pour défendre tel ou tel, mais porte uniquement sur certains propos de Laure Daussy.

[quote=Laure Daussy]« A la lecture du jugement du tribunal de Lille, les reproches adressés à Sophie Robert semblent minces. Le tribunal relève que certains extraits des entretiens avec les psychanalystes sont parfois précédés, dans le montage final, de questions différentes de celles posées lors de l'enregistrement. Il considère aussi que certains extraits -il s'agit parfois de quelques mots- ne rendent pas compte de la complexité du point de vue du psychanalyste interrogé, et que les coupes du montage ont pour conséquence que certains extraits sont en contradiction avec des opinions détaillées plus tôt dans l'interview. »

On ne doit vraiment pas avoir la même notion de « l’épaisseur », car si substituer une question par une autre au montage (et cela quel que soit la conséquence, légère ou forte, sur le sens de la réponse) constitue quelque chose de «mince », je me demande ce que vous considérez comme épais…
Que vous ne soyez pas révoltée par un tel procédé, qui plus est étant vous-même journaliste, cela m’inquiète beaucoup sur votre conception de l’information et votre manière de la pratiquer…

Là je tombe vraiment des nues que le boss ait pu laisser passer un truc aussi énorme et que vous même ne vous en rendiez pas compte…

Pouvez-vous m’expliquer en quoi un tel procédé est acceptable ?
Encore une fois, cela quelles qu’en soient les conséquences sur l’interprétation de la réponse de l’interviewé, car vous semblez considérer que si cela ne dénature « pas trop » ou « pas gravement » le propos alors ça va…
Je vous cite : [quote=Laure Daussy]« A chacun d'apprécier la gravité de cette substitution de question. »
Mais c’est bien là tout le problème, c’est qu’a priori, en regardant le film on ne sait pas qu’il y a eu substitution, donc personne ne peut « apprécier la gravité » de la chose…
D’où la nécessité absolue selon moi de ne jamais se permettre une telle substitution si l’objectif est la transmission de la « vérité ».
Car alors quel est l'intérêt d’opérer une telle substitution ?

Encore une dernière fois pour être bien clair, mes remarques n’ont rien à voir avec les points de vues des psy ou des comportementalistes, c’est juste que je suis vraiment sur le cul d’avoir lu ça sur ce site, et je n’arrive pas à me rassoir…

D_r

PS : sorry pour cet orthographe, j'ai beau éditer et rééditer il en restera toujours ;-) lol

Ce message a été supprimé suite à la suppression du compte de son auteur

Merci pour cet article complet, non partisan, qui prouve comme je l'ai lu dans plusieurs commentaires que l'autisme doit être abordé sous différents angles : comportementaliste, psychanalytique, symptomatologique, cognitif, social ... Pour caricaturer on pourrait dire qu'il y a autant d'autismes que d'autistes.

Tout cela pour exprimer une impression qui n'a sans doute aucune valeur scientifique. Mon métier d'enseignante m'a fait rencontrer à plusieurs reprises des enfants autistes. L'aspect comportementaliste me semble être une approche adaptée. J'ai vu qu'avec de la patience, sans avoir peur de répéter encore et encore et surtout sans un "devoir de réussite", ces enfants progressent. Même s'ils n'en donnent pas toujours l'impression ils sont bien présents. La répétition n'est pas un "dressage" c'est une simple mise en confiance.

Pour ce qui est de l'aspect psychanalytique, j'estime qu'il est important d'accompagner la famille. Ce n'est pas évident d'affronter l'autisme au quotidien quand on ne sait pas ce que c'est. Je ne suis pas convaincue par l'étiologie psychologique. Le vécu de l'enfant a peut être un impact sur le degré de développement du trouble, mais alors il a également des conséquences sur toutes les facettes de son développement. Peut être faudrait-il arrêter d'utiliser l'équation "autisme = trouble des relations mère/enfant" ce qui n'impliquerait pas une mise au rebut de la psychothérapie.

J'ai l'impression que les autistes n'ont pas la même grille de lecture du monde que nous. Ils vivent dans un monde, une société sans en avoir le code inné. Certains (je n'ose pas dire tous) par exemple ne peuvent pas lire un visage, alors comment communiquer dans ces conditions ? Mais ils ont d'autres codes et d'autres formes de perception. Pour imaginer leurs besoins on peut essayer de concevoir leur univers. On se trompera sans doute mais au moins on y aura pensé.
https://www.youtube.com/watch?v=yvzDd8zqEaM
Je ne sais pas si cela a déjà été dit mais les personnes qui pratiquent les TCC sont aussi des psy, formés et diplomés à l'université en France.

Ce qui n'est d'ailleurs pas le cas de tous les psychanalystes, ni de la formation psychanalytique des psychiatres...

Donc défendre les TCC, ce n'est pas être "anti-psy"... bien au contraire !

Par ailleurs, que les psychanalystes se disent de gauches, grand bien leur fasse mais qu'ils n'essaient pas de faire passer les praticiens non psychanalystes pour des gens idéologiquement marqués... c'est justement l'inverse.

l'approche TCC n'est d'ailleurs pas en soi une façon de voir les choses, ou une idéologie, c'est une technologie qui a été imaginée après un ensemble de recherches en psychologie cognitive et en neuropsychologie. rien à voir avec la politique... ou avec une quelconque métaphysique.

J'en profitte pour dire que la psychologie est une science, et l'a toujours été... il suffit d'ouvrir un manuel d'histoire de la psychologie pour s'en convaincre, même intuitivement.
Très bon article, très documenté, ça fait du bien.

J'ai été éclairée, un peu par hasard, sur cette querelle entre la "Science" et la psychanalyse, un jour où j'interviewais une psychanalyste, spécialiste des QI des enfants. Cette dame, donc, m'explique comment on mesure l'intelligence des enfants, ce qui définit la surdouance, etc. Incidemment, nous en venons à parler d'hyperactivité. Et elle m'explique qu'elle est très réservée à la fois sur l'existence réelle des enfants "surdoués" (EIP) et des "hyperactifs" -approche typiquement psychanalytique.
En gros, elle pense que selon l'environnement (social, familial, scolaire etc) dans lequel il grandit, le cerveau de l'enfant se spécialise et que quand un enfant est "hyper-intelligent" il faut toujours se demander quelles autres facultés son cerveau n'a pas développé... Cette psy était très mesurée, elle faisait passer des tests de QI à longueur de semaine et elle avait constaté que certains enfants "hyper-intelligents" n'avaient pas de carence par ailleurs.
C'est là qu'elle m'a parlé des hyperactifs: elle était assez remontée contre la médication des TDAH (troubles du déficit de l'attention avec hyperactivité). Elle trouvait qu'en France, où l'on y est venu plus tardivement et de façon plus modérée qu'aux Etats-Unis, on avait tendance à trop médicaliser les problèmes d'hyperactivité. Je lui opposais alors la "Science" en lui disant, toute néophyte que j'étais, que l'hyperactvité se manifeste concrètement dans le cerveau, elle se voit à l'IRM... Elle m'a répondu que oui, absolument, mais que quand on prend en charge des symptômes psychiques par une psychothérapie, cela peut aussi induire des modifications dans ce qu'on voit à l'IRM...
Là, je me suis trouvée très gourdasse, en fait, parce qu'une pro de la somatisation comme moi sait bien que des causes exclusivement psychologiques peuvent avoir des manifestations exclusivement physiologiques et que c'est pas parce que ça vient de la tête qu'on n'a pas vraiment hyper-mal aux trapèzes.

Du coup, je me suis forgé un avis sur la querelle entre medecins-scienfiques-tenants du biologique et descendants de Freud, avis non-définitif mais qui se trouve sans cesse réactivé.
- Il faut se méfier des gourous dans les deux camps: les psychanalystes qui refuseraient toute approche comportementale, seraient centrés sur une approche bêtement freudienne (le pauvre Sigmund, tout ce qu'on lui fait pas dire a posteriori) d'une part, les docteurs-apprentis chimistes ou apprentis-dresseurs d'autre part
- Les tenants de l'approche éducative-comportementaliste dans le traitement des TED tiennent aujourd'hui leur revanche et ils ont des raisons d'être revanchards parce que les différentes "méthodes" utilisées ont eu bien du mal à arriver en France, on traitait les parents qui allaient se former à ABA aux Etats-Unis ou au Canada d'irresponsables, alors que certains y ont trouvé la possibilité de faire effectivement progresser leur enfant, après des années d'errance diagnostique et thérapeutique. Donc, les psychanalystes "prennent cher" dans le débat actuel, mais ce n'est qu'un retour de bâton...
- On ne peut qu'espérer qu'une approche globale et équilibrée finira par se dégager (je ne doute pas qu'il y ait en Europe et peut-être en France, des lieux où tout en faisant de l'éducatif avec ce que cela comprend de répétitif, on fait aussi de la prise en charge psychothérapique pour l'enfant et ses parents)
- Le jour où l'industrie pharmaceutique nous annoncera qu'elle a mis au point le cachet contre l'autisme, que c'est Scientifiquement prouvé, que le neurone concerné, le gène abîmé, la bactérie en cause ont été parfaitement identifiés et qu'on a le remède... Je serai très très méfiante. Parce que si le tout psychanalytique a ses limites, le tout chimique en a aussi (cf les traitements de la dépression).

Enfin, et parce que je suis profondément de gauche, donc je dois bien défendre les psys, in fine (second degré inside), je pense qu'il faut garder en tête qu'un bébé dont on ne s'occupe pas, qu'on nourrit et qu'on torche sans le regarder, sans lui parler, qu'on laisse végéter dans son lit -pardon mais c'est la stricte réalité de certaines familles maltraitantes- va se "développer" tant bien que mal avec des symptômes ressemblant très fortement à de l'autisme (à la sphère TDE en tous cas). Je pense qu'une partie ds psys dogmatiques s'est enfermée dans cette observation et que cela explique pour part la querelle de chapelle.
- Le jour où l'industrie pharmaceutique nous annoncera qu'elle a mis au point le cachet contre l'autisme, que c'est Scientifiquement prouvé, que le neurone concerné, le gène abîmé, la bactérie en cause ont été parfaitement identifiés et qu'on a le remède... Je serai très très méfiante. Parce que si le tout psychanalytique a ses limites, le tout chimique en a aussi (cf les traitements de la dépression).
La question est trop sérieuse pour se contenter d'une attitude de méfiance.

Ainsi, beaucoup d'autistes présentent un déficit de mélatonine. Ce qui les empêchent de s'endormir normalement.

Que des pédopsychiatres ne se posent pas la question de la prescription de ce médicament est soit de l'incompétence, soit de l'aveuglement idéologique.

Actuellement, c'est plus d'une centaine de gènes qui sont impliqués. On est loin d'avoir identifié tous les resposnables, mais çà progrese quand même vite. Et cela aidera à comprendre et à trouver quelque chose.
Hélas, je n'envisage pas d'entamer des études de neurobiologie, ni de psychiatrie, dans les semaines qui viennent, donc, sur ces questions éminemment compliquées, je dois me contenter d'essayer de raisonner avec mes petits outils.
Je ne doute pas un instant que l'on identifie un jour ou l'autre l'ancrage physiologique, biologique de la maladie "autisme". Mais que cela débouche sur un traitement strictement médicamenteux me rend "méfiante".
En l'occurence, je fonctionne par analogie: le methylphénidate utilisé pour traiter les enfants hyperactifs a des résultats -tout cela est très documenté, si je ne dis pas de bêtise- et des couts humains en terme d'effets secondaires. Je ne dis pas que les parents qui optent pour ce médicament font mal. Je dis que je doute très fort que les labos qui le fabriquent et qui promeuvent des applications thérapeutiques toujours plus étendues, le fassent par philanthropie... Donc, je me méfie.

Je ne connais pas grand chose à la mélatonine, mais il me semble qu'on peut envisager des supplémentations dans des doses ne présentant pas d'effets secondaires graves..?

Je crois tout à fait que certaines maladies de la psyche ont des causes biologiques. Mais dire que si la cause est physiologique/génétique/bactérienne/virale, le traitement ultime sera, forcément, uniquement chimique, ne me semble pas bien fondé, en raison.
Ca me fait toujours penser à Descartes qui avait identifié le siège corporel de l'âme (bon, ok, il était philosophe et il avait pas d'IRM)...
Les études portant sur la mélatonine, outre le fait qu'elles ont été faites sur un très petit nombre de patient, n'ont montré un effet significatif bénéfique que sur la durée du sommeil il me semble.

En ce qui concerne les amphet' dans le traitement de l'hyperactivité, ce n'est pas une mauvaise chose. Ce qui l'est, c'est l'extension de la définition de l'hyperactivité (car si elle était appliquée réellement en l'état, grosso modo un garçon sur 2 serait défini comme hyperactif...) dans un but mercantile. L'extension des définitions du DSM-IV (et encore plus du V en préparation) à des domaines physiologique (ou quasi) est un réel problème.

Autre exemple significatif : 1 épisode d'hypomanie + 1 antécédent de dépression suffisent à caractériser un trouble bipolaire de type 2... bon, le traitement de ce genre de trouble c'est de donner du lithium à vie... Le problème c'est la définition de l'hypomanie, car utilisée sans discernement ça pourrait s'appliquer à pas mal de monde.

L'extension des définitions des maladies et l'apparition d'un nouveau traitement ou d'une nouvelle indication d'un traitement existant pour traiter ce "nouveau" trouble c'est le "disease mongering". J'ai peur qu'avec l'autisme (qui à l'air de revenir à la mode) on se retrouve avec une problématique similaire.

Quelqu'un disait plus haut "en france on en est à peine à définir l'autisme" ... c'est faux. Il y a une 30aine d'année les grands noms de la psychologie et de la psychiatrie étaient européens (et nombre d'entre eux français). Des définitions précises avaient été données. Mais toutes cela a été noyé dans le raz de maré américain du DSM sensé "uniformiser" les définitions...
L'évolution actuelle c'est que tout un tas de nouveau professionnels ne sont formé qu'avec cet outils minimaliste et uniformisant. Certains ont l'intelligence de n'y voir la qu'un outil d'étude, un moyen de faire des essais cliniques, mais d'autres s'en servent dans un vrai but diagnostic.

C'est ça la vrai dérive de la psychiatrie et des sciences psychologiques actuelles. Une définition (avec des scores, des critères, des cases à cocher) = un traitement. Et c'est cette approche - qui nie l'individu - qui est pronée par pas mal de défenseurs du "tout TCC"...

Pourtant je reste persuadé que la solution est globale TCC + psychothérapie + psychanalyse + prise en charge des handicaps + adaptation environnemental, etc. Le problème c'est que la partie "handicap" "adaptation" ça demande de l'argent. Or vu les restrictions budgétaires en matière de santé, la psy n'est pas la priorité...

Et oui, c'est dommage.
Le débat fait rage depuis plus de trente ans. Si l'on est encore là, depuis tous ce temps, c'est probablement lié au sectarisme des tenants des différentes doctrines et à leur refus obstiné de se participer à une évaluation réellement scientifique de leurs pratiques. Nous attendrons le rapport de la HAS pour apprécier la teneur exacte de ses conclusions, et surtout les travaux sur lesquelles elles se fondent. On devine toutefois que, dans ce domaine, les experts ont eu bien du mal à avancer sur terrain solide.

PS: A noter, sur le syndrôme d'Asperger, une œuvre littéraire passionnante: The Curious Incident of the Dog in the Night-time, de Mark Haddon, qui a été traduit en Français sous un titre similaire.
Il ne s'agit pas d'une querelle de chapelles mais d'une lutte contre l'obscurantisme et la maltraitance.

La France se distingue par un retard important : On en est seulement à définir ce qu'est l'autisme.
L'étape suivante est de préconiser des prises en charge adaptées.

Si la méthode comportementale ABA est souvent citée, la bonne prise en charge est toujours un savant mélange de différentes méthodes : ABA, TEACCH, PECS, Floortime, ....

La psychanalyse a fait beaucoup de dégâts et a notamment abouti a des pratiques douteuses comme le packing :

In packing, children are wrapped tightly for up to an hour in wet sheets that have been refrigerated, with only their heads left free. The treatment is repeated several times a week, and can continue for years. It is intended as treatment for autistic children who harm themselves; most of these children cannot speak. Similar envelopment techniques have been used for centuries, such as to calm violent patients in Germany in the 19th century; its modern use in France began in the 1960s, based on psychoanalytic theories such as the theory of the refrigerator mother. Packing is currently used in hundreds of French clinics. There is no scientific evidence for the effectiveness of packing, and some concern about risk of adverse health effects.
Source : http://en.wikipedia.org/wiki/Autism_therapies

Il serait temps de se réveiller !
Merci Arrêt sur images d'avoir relayé ce débat de façon ouverte et non caricaturale. Juste une petite correction : vous nommez "Autisme sans frontières", une association qui s'appelle "Autistes sans frontières".
En tant que maman d'une jeune fille autiste, vous vous doutez bien de quel côté penche mon avis.
Je n'ai pas de reproches majeurs à faire aux personnels de santé qui se sont penchés sur son cas. Juste le souvenir d'entendre ceci de la bouche du médecin scolaire "Madame, votre fille ne va pas bien, il faut vous soigner". Juste aussi une "errance médicale" qui durera jusqu'à ses 21 ans puisqu'aucun diagnostic n'a été posé précédemment (En France, on ne pose pas de diagnostic, la plupart du temps, pour "éviter de stigmatiser l'enfant", ce qui a pour effet secondaire majeur de ne pas savoir comment se débrouiller quand les diverses prises en charge ne marchent pas).
Ma fille est atteinte du syndrome d'Asperger, ce qui veut dire qu'elle a une intelligence normale même si son comportement a été terriblement inadapté. De ce fait, je peux entendre que le diagnostic a été plus difficile à poser.

C'est la presse qui nous a aidés à mettre un nom sur ses difficultés, un article de Sciences et Avenir de septembre 2003 qui a mis la puce à l'oreille à bien des parents. Un an plus tard, après des recherches sur internet, nous avons pu obtenir un rendez-vous au Centre de ressources autisme (CRA) proche de notre domicile qui a confirmé l'existence d'un syndrome d'Asperger.
Cette date a été pour notre fille une nouvelle naissance et pour nous un énorme soulagement : savoir c'est avoir des clés pour comprendre et accompagner au mieux.

Depuis, j'ai fondé, avec d'autres parents rencontrés dans ce même CRA, une association (www.asperansa.org) qui a pour but d'informer le grand public et de préconiser la scolarisation des enfants autistes (scolarisation qui marche bien, j'ai pu le constater en tant qu'enseignante, ayant eu une douzaine d'élèves autistes dans mon collège).
Dans le cadre de cette association, j'ai découvert des situations parfois dramatiques : des familles "démolies" par une errance médicale sans fin, des enfants déscolarisés, des adultes reclus chez leurs parents...
Presque tous ont connu un parcours du combattant pour obtenir du corps médical la chose la plus élémentaire : un diagnostic, un vrai diagnostic basé sur les connaissances de l'autisme diffusées dans le monde entier.

Alors, oui, je pèse mes mots pour dire que l'approche de l'autisme en France, constitue un scandale de santé publique. Beaucoup de médecins ne veulent pas remettre en cause des connaissances obsolètes et sont ainsi responsables de situations dramatiques.
Que des querelles de chapelle existent, pourquoi pas, si elles sont circonscrites à une micro-communauté de spécialistes, mais, qu'elles existent dans le domaine médical est tout simplement aberrant et inhumain.

Alors, quant un gouvernement décide de prendre les choses en main et de favoriser la diffusion de bonnes pratiques, via les travaux de la HAS, je ne peux qu'applaudir même si je déplore, dans d'autres domaines, les actes de ce gouvernement.
Comme le montre votre article, la tension est elle que la gauche risque de "récupérer" le mécontentement des psychanalystes poussés dans leur retranchement. Pitié, la situation n'est-elle pas déjà suffisamment grave pour les familles d'autistes ?
Juste un rappel de ce que doit être la règle en terme de mise au point d'un traitement,

- Un scientifique à l'idée d'une méthode thérapeutique.
- Il l'a teste, après consultation d'un comité d'éthique, sur un nombre limité de patient.
- Les patients en question doivent n'avoir aucune perte de chance, on doit leur proposer les autres méthodes thérapeutiques évaluées et ayant fait leur preuve. On doit donc parfois se contenter de tester cette nouvelle méthode uniquement sur des patients sur lesquelles les autres méthodes évaluées n'ont pas fonctionnées.
- Les patients ou leurs tuteurs doivent avoir conscience de participer à un essai clinique et donner leur accord explicite.
- le résultats obtenus doivent être évalués sur des caractéristiques objectifves et vérifiables par des tiers neutres
- une fois seulement une évaluation positive obtenue, on enseigne et propose cette méthode à un grand nombre de patients.

ceci devrait être la règle pour tous : médicament, chirurgie, rééducation, psychothérapie.

En l’occurrence concernant le packing pratiqué par le Pr Delion au CHU de Lille :

- les premiers essais datent de 1985.
- cette technique a été enseignée et prescrite depuis cette date, dans le cadre d'un hôpital public.
- de nombreux enfants ont été soumis à ce traitement et on na pas signalés aux parents qu'il s'agissait d'une méthode expérimentale n'ayant pas fait l'objet d'évaluation.
- la première proposition sérieuse d'évaluation encadrée de cette technique a été faite en 2007 (22 ans plus tard).
- A ce jour aucun résultats d'évaluation n'a été fourni.

Cela veut dire que depuis 30 ans, des enfants subissent une méthode thérapeutique alors qu'il est impossible d'affirmer que cette méthode est efficace. Encore pire, sans évaluation on ne peut pas savoir si cette méthode n'est pas néfaste ou si d'autres méthodes n'auraient pas été plus efficaces.

Cela constitue un scandale au même titre que les prothèses PIP, le médiator...

Et dans libération Eric Favereau défend le Pr Delion en affirmant : "le Pr Pierre Delion est une des personnalités les plus attentionnées, les plus chaleureuses".
Donc vous pouvez commettre les pires saloperies les pires manquements à l'éthique pour autant que vous êtes chaleureux et attentionné.
Si Servier et Mas avaient fait des sourires au journaliste de Libé, vous n'auriez rien su du médiator ou des prothèses.
Quand je faisais mes études, j'ai bossé dans un hôpital de jour auprès d'enfants autistes. Avant de prendre le poste, j'avais tout lu, Bettelheim et sa forteresse vide, Dolto et ses analyses de dessins d'enfant, etc. Je trouvais que ça ne m'aidait pas beaucoup ; nous étions souvent désarmés, je me souviens d'une séance, où nous avions décidé de peu intervenir ; peu à peu, les enfants s'étaient comme "contaminés" de leurs symptômes les uns les autres : l'un qui jouait à Pinochio s'était mis à dire "qualeurqualeurilest" comme le petit Claude, , qui demandait toujours l'heure. Pascal qui se mordait toujours le dos de la main en bavant se mettait aux gestes mécaniques du petit pantin. Une autre venait chercher la toute timide Tania et la mimait. La situation ne semblait jamais pouvoir évoluer, ou alors qu'en pire. J'avais trouvé ce job d'été peu commun, sans être ni psy, ni en faire les études.

Ce qui m'avait frappé alors, c'était la grande hétérogénéité de ce symptôme qu'on appelle "autisme". Je ne suis pas loin de penser que l'autisme est comme la maladie d'Alzheimer, un concept fourre-tout qui recouvre des réalités très différentes. Donc que certaines formes d'autisme soient détectables par analyse ADN ne me surprend pas.

Tout ça pour dire que mon expérience avec certains des enfants, la petite Tania et d'autres, m'a montré l'impact de l'environnement sur leurs symptômes. Je me souviens être partie trois semaines avec la classe dans une ferme en Lorraine. Arrivés là, presque du jour au lendemain, les enfants ont changé, ont commencé à communiquer, à sourire, à se redresser, c'était incroyable. Tout à coup, le travail devenait gratifiant : on donnait et on recevait quelque chose d'eux.

Deux causes possibles : la proximité avec les animaux, les chevaux notamment, qui leur donnaient une assurance étonnante... et, je ne vois que ça, l'éloignement de la famille. Oui, ne plus dormir chez eux, être dans un lieu neutre, a eu tout de suite un grand impact chez certains de ces petits, du jour au lendemain, ils avaient grandement changé.

Je n'ai pas constaté ça chez tous. Mais pour quelques enfants, ce séjour a été remarquable. D'autant plus, que tout est retombé à leur retour à la maison. Comme une sale chappe qui les plombait tout à coup.

Ce témoignage date d'il y a longtemps. Je n'ai rien oublié. Je crois que c'est une des expériences professionnelles les plus impressionnantes que j'ai vécue, au point que je me souviens des prénoms, des manies, des symptômes de chacun d'entre eux.

Dans ce débat comme dans d'autres, la vérité est quelque part entre la biologie, les thérapies cognitives et comportementalistes et la psychanalyse. Cessons donc le combat, pour mieux enrichir la connaissance de ces maladies. Parce que ces gamins sont sacrément attachants.
En parlant d'autiste (c'est-à-dire de personnes atteintes de troubles du développement [de la pensée] caractérisés par une interaction sociale et une communication anormales) je souhaiterais savoir si quelqu'un a une réponse concernant celui-là : En anglais, Hollande plus soft avec la finance

En effet, l'autiste en question, François H., semble avoir eu quelque mal à se faire comprendre, et l'article du Guardian indique tout en bas :
• This article was amended on 14 February 2012 to insert part of a missing quote.

Dan Israël, ainsi que la retranscription plus complète sur ce blog de médiapart, indiquent tous deux que le sus-dit autiste a dit :
"Aujourd’hui il n’y a plus de communistes en France." Et basta.

Or l'article indique cette citation : "Today there are no Communists in France. Or not many ... "
Ainsi je me demande si la citation manquante (missing quote) ne serait pas ce "Or not many..." ("ou pas beaucoup...").
A-t-elle été réinsérée par le Guardian suite à la protestation de la famille éplorée de ce pauvre autiste perdu loin de chez lui, et surtout perdu dans sa tête à force de vouloir plaire à tout le monde ?


Note (pour éviter qu'on interprète mal mes propos) : pour moi l'autisme n'est pas une honte, ce n'est pas un dérèglement issu d'un traumatisme familial ou social, c'est une maladie neurologique, qui comme toute maladie a un développement et un impact plus ou moins grand suivant l'environnement familial et social. Il importe donc d'aider activement les autistes, notamment en les aidant à sortir de la prison mentale dans laquelle les enferme leur maladie par les traitement médicaux scientifiques ayant statistiquement montré un effet réel. Pas avec un crocodile représentant le ventre de la mère (!).
Et cette aide aux autiste doit être sans condescendance, sans cette pitié dévalorisante : avec respect.
François H., c'est un cas à part : il me fait vraiment pitié. Mais alors, pi-tié... je ne vous dis pas.

P.S. : En parlant de François H., le concurrent Front de Gauche propose une pétition "Appel du Front de Gauche pour une psychiatrie accueillante et non sécuritaire !"
Et on peut y lire, comme un cheveu sur la soupe : Les apports de la psychanalyse demeurent essentiels.
Comme l'indique un papa d'un enfant autiste sur le commentaire facebook, Mélenchon et son équipe n'ont vraiment rien compris (et ils n'auront assurément pas le vote de ce papa).
Votre article, Laure, est très exhaustif et rend bien compte du climat délétère qui préside à ces querelles de chapelles.
Au moins les avis sont exposés.
On rejoue le match Roudinesco VS Onfray ?

Chacun avait choisi sont camp mais le débat était resté au point mort pour une simple et bonne raison... absence de débat.

Pour ma part, je n'ai pas d'avis véritablement fondé sur la question, sinon que j'ai toujours trouvé les quelques détracteurs de la psychanalyse que j'ai pu lire ou voir à la télé beaucoup plus raisonnables que les défenseurs de la discipline. Non pas que leurs argumentaire soient forcément mieux construit mais tout simplement parce que dans une discussion j'ai tendance à trouver plus raisonnable celui qui essaye de discuter plutôt que celui qui traite son interlocuteur de fasciste après 5 minutes de débat.

Après tout le monde a son lot d'expériences personnelles. Les gens que je connais qui on eu l'occasion de faire une TCC vont aujourd'hui beaucoup mieux que ceux qui sont encore, à l'heure où j'écris, en thérapie psychanalytique.
Un exemple ne vaut pas preuve, bien sûr. Mais j'ai dans mes relations une famille dont un des enfants est autiste. ils ont dû se résigner à se séparer de lui en vie quotidienne quand il s'est mis à agresser sexuellement sa mère et ses sœurs.

Bien évidemment, on leur avait servi la théorie de la mauvaise mère.

J’ai pas mal de kms au compteur. Eh bien, je vous promets que je connais peu de couples aussi solides que le leur, peu de femmes aussi équilibrée, aussi saine, aussi ouverte.

Dans cette affaire, la psychanalyse paie son arrogance. Si cea peut lui apprendre à cohabiter avec les autres thérapie (comme le dit Roudinesco), ce sera un mal pour un bien.

Et ses loufoqueries lacaniennes, comme l'équivalence mer = mère. Ceux qui causent pas français, ils font comment ?

PS Par métier, j'ai rencontré des centaines de parents. Dont, hélas, plusieurs qu'on aurait pu qualifier de mauvais. Leurs enfants n'étaient ni autistes ni handicapés, juste malheureux.
Les apports des TCC n'ont jamais réellement été évalués. Tout comme ceux de la psychanalyse. Du moins aucune revue produisant de l'EBM avec un impact factor assez élevé pour avoir un interet quelquonque n'a jamais publié de telles études (alors qu'il en existe assez sur l'homéopathie & co pour démontrer leur effet placébo).

Parler de la "main-mise" d'une "secte" sur la psychiatrie ne montre qu'une grave méconnaissance de cette spécialité. Comme le disent les psychiatres en fin d'article, globalement les 2 approches sont utilisées (encore que la psychanalyse n'est pas enseignée aux psychiatres, même si un certain nombre s'y sont formés). Les TCC sont purement et simplement un traitement symptomatique tandis que la psychanalyse s'approche d'un traitement étiologique. Les 2 ne sont pas incompatible, bien au contraire.

En ce qui concerne l'HAS, ce n'est pas la peine de s'attarder sur cette "autorité". Les conflits d'interet qui la rongent, les erreurs manifestes, les recommandations en totales contradiction avec la science ou au contraire son suivisme aveugle dans certain domaine, la discréditent totalement à mes yeux.

Enfin cette association, qui "représente" 200 enfants autistes (sachant qu'il y a plus de 100.000 autistes en france on peut se demander quelle est sa réelle légitimité...) me fait plutôt l'effet d'une bande de parents qui aimeraient se rassurer en pensant que la seule et unique cause de l'autisme de leur enfant est biologique / neurologique / génétique et ce, malgré le fait que non, pour le moment rien ne permet d'affirmer que c'est le cas.

Ps : et juste histoire de, les saignements ont encore une "légitimité" en médecine moderne (hémochromatose, maladie de vaquez), certains service d'hémato utilisent même encore des sangsues... renseignez vous un peu.
Il va falloir arrêter de chercher à faire du "fair & balanced"; la psychanalyse a autant de légitimité thérapeutique que l'imposition des mains, les saignements ou l'homéopathie. Et arrêtez pendant qu'on y est de la mettre en opposition avec les thérapies comportementales. L'opposition est avec la science, point. Il se trouve juste que ces thérapies ont des résultats certes modestes, mais démontrés scientifiquement et de façon répétée.

La psychanalyse n'a jamais prouvé le moindre résultat. C'est un fait. Tout ce dont elle peut se targuer, c'est une lithanie d'anecdotes, la plupart — en plus! — bidonnée, cf. Bettelheim. Or toute la recherche médicale moderne (aussi bien en ce qui concerne la pharmacie que la chirurgie ou la psychiatrie) consacre justement la plupart de ses efforts à éviter les biais psychologiques des expérimentateurs. C'est lourd, c'est truffé de stats, mais on ne peut pas faire autrement, sauf à revenir au Moyen-Âge.

La main-mise de la secte freudienne sur la psychologie et la psychiatrie en France est à comparer à Lyssenko pour la biologie sous Staline.
Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.