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Anne Frank, dans le domaine public ?

"Chère Anne Frank" : c'est un universitaire-blogueur de 2015, Olivier Ertzscheid

Derniers commentaires

[quote= Dernière modification le 13:25 le 11/02/2016 par Calimaq Silex.]

Nouvel épisode dans l'Affaire Anne Frank. La fondation Wikimedia a accepté de retirer la version néerlandaise du Journal d'Anne Frank, mise en ligne sur Wikisource le mois dernier, à la demande des ayants droit du Fonds Anne Frank. Cette décision est compréhensible, étant donné que le Fonds réclamait l'application du droit américain et qu'en vertu de la loi sur le Copyright US, le Journal devrait rester protégé jusqu'en... 2042 ! Encore un exemple de l'extrême morcellement du domaine public au niveau mondial... Cela ne préjuge cependant pas du statut du Journal en Europe, qui reste à ce jour indécis.

http://blog.wikimedia.org/2016/02/10/anne-frank-diary-removal/
http://scinfolex.com/2015/10/07/nous-rendons-le-journal-danne-frank-au-domaine-public-serez-vous-des-notres/
Vu que les journalistes sont bien souvent très approximatifs, on lira avec intérêt sur le site ouaibe de la Fondation Anne Frank (celle d'Amsterdam) un texte de Laureen Nussbaum1 qui fait le point sur les différentes versions du Journal d'Anne Frank. Extraits :

« [...]

"Quelques passages"

Otto Frank était un homme qui avait beaucoup lu mais qui savait peu sur la façon d’éditer un livre. L’édition d’origine "L’Annexe" ne mentionne pas qu’il a revu les écrits de sa fille. Ni qu'en composant le livre, il a à chaque fois fait un choix entre deux versions très différentes des lettres du journal d’Anne. On peut lire uniquement dans la brève postface : "À l’exception de quelques passages, qui sont de peu de valeur pour le lecteur, le texte d’origine a été publié." Jusqu’à la fin de sa vie, en 1980, Otto est resté avec opiniâtreté fidèle à cette fiction. Si on lui demandait ce qu’il avait alors enlevé, il répondait qu’il s’agissait de passages sur le développement physique d’Anne et des remarques désagréables sur sa mère. Otto a malheureusement créé ainsi une image qui a survécu jusqu’à aujourd’hui et que Mirjam Pressler a utilisée pour sa nouvelle publication de "L’Annexe". Elle a fait cela bien qu’une lecture attentive de l’édition critique réfute entièrement les affirmations d’Otto Frank.

[...]

Textes enlevés

On peut très bien suivre l’évolution de la version A à la version B à la version C en lisant une longue lettre de journal datée du 5-6 janvier 1944. Dans la version A, Anne raconte que sa mère l’a blessée un jour psychiquement, une blessure qui brûle encore lorsqu’elle repense à cet épisode. Dans la version B, Anne a supprimé ce texte, ainsi qu’un deuxième passage de cette lettre, dans lequel elle parle de l’épanouissement de son corps, de sa menstruation et de sa "terrible envie" le soir de se palper les seins dans son lit. Otto Frank reprend ces deux passages dans sa version C, en complète contradiction avec ce qu’il a affirmé à maintes reprises, à savoir qu’il a justement supprimé les textes dans lesquels Anne s’exprime de façon particulièrement injuste à propos de sa mère ou dans lesquels elle parle un peu trop librement de son corps.

[...]

24 mots

Même maintenant que nous disposons du cinquième tirage amélioré et élargi de l’édition critique des "Dagboeken van Anne Frank" (Journaux d’Anne Frank), le texte n’est pas encore complet. Dans la note du journal datée du 6 mai 1944, "24 mots ont été enlevés à la demande des personnes concernées". En nous basant sur la cohésion du texte, nous pouvons en toute tranquillité supposer qu’il ne s’agit pas ici d’Anne et de ses proches et nous n’avons donc rien de particulier à attendre d’une publication ultérieure de ces mots supprimés.

Antidate

Ce qui me semble plus grave, c’est que les éditeurs de la nouvelle cinquième édition ont néanmoins maintenu la datation controversée d’une lettre importante du journal. [...] Le fait qu’Otto Frank a préféré la date antérieure pour la version C de cette note du journal montre une fois de plus qu’il ne s’est absolument pas rendu compte du développement rapide d’Anne, qui de "gamine" était devenue une jeune écrivaine autonome. Il est dommage que les éditeurs du cinquième tirage de l’édition critique aient été prêts à mettre en doute la datation de cette lettre digne d’intérêt du journal et n’aient pas choisi la date ultérieure sur la base d’une analyse au niveau du style et du contenu.

[...]

"Un hommage à Anne Frank"

[...] Une publication de la version B des lettres du journal d’Anne, donc la version qu’Anne était en train de préparer pour la publication, conclurait dignement cette série. L’écrivaine Anne Frank serait ainsi enfin prise au sérieux.
»

1. D'après le code html, le texte de Laureen Nussbaum est daté du 23 avril 2010 et révisé pour la dernière fois le 11 octobre 2015 (par exemple rouges-blancs devient rouges et blancs entre la version actuelle du texte et celle qui était en ligne le 2 juin 2013).
Curieux de savoir d’où venait l’affaire, si il y avait du lobbying d’ayants droit, j’ai remonté des sources pour faire un petite chronologie :

Séquence 2014

19/11/2014, Le Soir.be (parle d’un Fonds Anne Frank en intro, a priori le nom anglais de la Fondation Anne Frank de Bâle mais je n’ai pas accès à l’article) : Querelle glauque autour d’Anne Frank
19/11/2014, La Libre.be reprenant Le Soir (“comme le rappelle “Le Soir”) : Anne Frank au coeur d’une guerre de droits d’auteurs
20/11/2014, ActuaLitté reprenant La Libre (“via La Libre” en fin d’article) : L’entrée du journal d’Anne Frank dans le domaine public retardée ?
21/11/2014, Birenbaum sur France Info reprenant Le Soir et ActuaLitté, part d’Amsterdam puis parle de la Fondation Anne Frank : Anne Frank pour toujours

Séquence 2015

06/10/2015, Livre Hebdo d’après un communiqué reçu du Fonds Anne Frank de Bâle : Le “Journal d’Anne Frank” ne tombera pas dans le domaine public en 2016
07/10/2015, Olivier Ertzscheid, Chère Anne Frank
Relais : Lionel Maurel (collectif Savoirs Com1), Rue89, Xavier de la Porte etc., devient “trending topic” sur Twitter (personne ne dit “sujet tendance” ?)
08/10/2015, @si : Anne Frank, dans le domaine public ?
08/10/2015, Mediapart : ”Journal d’Anne Franck (sic)” : un chercheur brave les ayants droit
08/10/2015, Isabelle Attard (député pas mal investie sur ces questions, met D. Schneidermann dans les mots clés de l’article) : Journal d’Anne Frank : polémique autour de l’entrée dans le domaine public
08/10/2015, Libération (cite : Ertzcheid, @si, Attard, Birenbaum, Maurel) : Anne Frank : bataille de droits posthume
08/10/2015, Slate reprenant un peu tout le monde : Le 1er janvier, le “Journal d’Anne Frank” ne sera peut-être toujours pas libre

Tout ça est très partiel mais il semble que les Fonds Anne Frank n'aient pas besoin de beaucoup d’efforts pour être repris, il suffit d’un communiqué bien placé pour que s’enclenchent les amplifications médiatiques.
Dans sa chronique sur France Info, Guy Birenbaum parle de la "jungle du domaine public".

Honnêtement, quelqu'un a-t-il un exemple montrant que le domaine public serait une jungle ? Je réfléchis à un exemple de ma connaissance dans lequel l'entrée dans le domaine public aurait porté préjudice à l'intégrité d'une oeuvre ou de la personne de l'auteur. Je ne trouve pas, si on excepte les rééditions cheap et pas très belles. Est-ce qu'Apollinaire est plus mal considéré depuis qu'il est entré dans le domaine public l'année dernière ?

Ce qu'il y a derrière cette équivalence entrée dans le domaine public / exposition à toutes les horreurs, c'est un manque de confiance dans le public et ses usages du texte (il semblerait qu'il ne s'incarne que par de vils négationnistes) et une droit de conception du droit d'auteur comme garant moral.
Euh, n'y a-t-il pas d'autres outils juridiques et civils ? Par ailleurs, l'insondable bêtise de quelques négationnistes trouvant malin de s'attaquer à un texte écrit par une gamine de 15 ans (et n'ayant jusque là pas eu besoin que le texte soit dans le domaine public pour le faire) ne serait-elle pas contre-balancée par la diffusion plus grande possible du texte ?
C'est bizarre, surtout à l'heure où ce qui relève, juridiquement, de la sphère non-marchande est en recul.
Tiens à ce sujet, en ce moment c'est le temps des communs, avec des conférences organisées dans plusieurs villes sur le droit d'auteurs, les communs, les outils libres et le domaine public : http://tempsdescommuns.org

Je trouve aussi un peu bizarre cette déclaration de la fondation Anne Frank indiquant qu'elle considère le texte comme "sacré".
Personnellement, je pense assez souvent à Anne Frank quand j'épluche ou que je mange des pommes de terre. Parce qu'à un moment, elle s'agace contre la mère de la famille qui vit cachée avec eux (la mère de Peter, si je me rappelle bien), et elle parle d'elle à table, en disant qu'elle prend toujours les pommes de terre les plus petites. Et ben voilà, du coup quand j'ai des pommes de terre devant moi, je pense (amicalement) à Anne Frank et la mère de Peter qui prenait toujours les pommes de terre les plus petites. Pas très sacré, tout ça. Pourtant la grande force du journal d'Anne Frank c'est de décrire un quotidien hors normes, mais avec des détails très proches qui parlent immédiatement, et avec une sensibilité qui parle là aussi tout de suite à la plupart des ados de l'âge d'Anne qui lisent son journal, dont j'ai été. De fait, le journal d'Anne Frank fait partie des millions de gens qui l'ont lu et dont la réception a été toujours très personnelle et pas forcément respectueuse. Quand on me parle de sacré, je vois une barrière que je n'aurais pas imaginée.
Depuis le départ de Fan de Canard, et après un moment de stupeur, on sent comme un frémissement du côté de la lie du forum.
Un excellent article signé Johanna Luyssen et Amaelle Guiton à lire sur le site ouaibe de Libération. Extraits :

« [...] «C’est un exemple emblématique des problèmes d’abus du droit d’auteur dont on parle depuis des années», explique [Lionel Maurel] à Libération. [Pour] Rémi Mathis [...] «les gens se sont échauffés un peu rapidement» et le communiqué du Fonds Anne Frank s’apparente à du «bluff complet» - rien n’empêchera, assure-t-il, que l’œuvre fasse son entrée dans le domaine public l’année prochaine. [...] Isabelle Attard [...] voit dans cette annonce une «pure intimidation juridique, afin de faire durer la poule aux œufs d’or le plus longtemps possible». Le Fonds Anne Frank n’a, pour l’heure, pas répondu à nos questions.

Le sujet est d’autant plus sensible que le Journal d’Anne Frank a été à plusieurs reprises la cible des négationnistes, qui ont contesté son authenticité, comme le rappelle Daniel Schneidermann dans un billet sur Arrêts sur image. [...]

[...] l’avocate Agnès Tricoire [...]

[...] fin 2014 sur France Info [...] le chroniqueur Guy Birenbaum [...]
»

À noter que d'autres articles, moins intéressants, ont aussi fait référence à la chronique de Daniel Schneidermann : http://www.francetvinfo.fr/culture/livres/faut-il-se-battre-pour-que-le-journal-d-anne-frank-tombe-dans-le-domaine-public-en-2016_1118279.html http://www.lexpress.fr/culture/l-entree-du-journal-d-anne-frank-dans-le-domaine-public-au-coeur-des-debats_1723926.html ...

Et ajoutons que la députée Isabelle Attard a annoncé sur son site ouaibe qu'elle y publiera elle aussi le Journal d’Anne Frank1,2.

1. Le 1er janvier.
2. En néerlandais.
Guy !
Tu es donc revenu !
On t'a reconnu !

S'il n'y avait pas d'argent en jeu, peut-être qu'il y aurait de bonnes raisons, mais ces enjeux, il y en a.
Alors soyons circonspects ! Non ?
S'il faut négationner, il y a toujours moyen....
Euh... Domaine public et négationnisme, c'est quoi le lien ????
Pas le temps de lire tout le forum, et la chronique seule me reste très obscure.
Plus haut, ici, sur le forum d'@si, Julot dit Iglezias a prononcé cette phrase définitive:
"Comme vous, probablement, je trouve que le massacre des juifs par les nazis n'est pas un sujet très glamour. "
Définitive, car elle le définit définitivement. Ou encore elle le définit définitivement.
Mais c'est vrai que le massacre des juifs c'est pas glamour, n'est-ce pas?
C'est, comment dire... inconcevable? Improbable? Invraisemblable? C'est ça que vous voulez dire Julot?
"En tout les cas, on n'a pas de tofs des chambres à gaz, alors, hein, déjà, bon."
Parce qu'en sous-texte, c'est bien ça qui est dit: on ne nie rien (faut pas déconner non plus: on va pas se risquer la grosse prune et la zonzon), mais on n'a pas de preuves non plus de l'inconcevable, de l'improbable, de l'invraisemblable.
Pas de tofs, pas de preuves.
Et puis...
[Et puis il y a quand même ces trucs bizarres, là dans le Journal d’Annette. Ces trucs que Daeninckx il a rectifié, mais enfin quand même, faut voir. Les traductions de vergassing, franchement, c'est un peu douteux, non?
Et puis le truc du sac de haricots rouges, la parenthèse comme quoi le bruit n'aurait pas été entendu... Mouais .]
Passage entre crochets: l'auteur du com' fait parler un tiers causant qui n'est pas lui ( et pour en savoir plus, allez donc suivre le lien de DS, comme vous y invite aussi Ulysse; et au fait, merci Ulysse d'avoir un peu recentré le débat sur l'essentiel).
Mais c'est justement à partir de ces "petits" problèmes de traduction, d'interprétation qu'il faut comprendre la supputation du billet de DS: au-delà du droit moral, qui va et vient entre le Rhin et le Rhône, le droit d'auteur permet encore à la Fondation Anne Frank de contrôler autant que faire se peut, la relecture du texte original. Je dis relecture, j'aurais pu dire révision...

En effet: il suffit (non il faut) de lire la version "uncensored" gratos mise en ligne par Olivier Ertzschei, le courageux pourfendeur de l'édition cupide et de la loi liberticide, pour s'apercevoir que l'interprétation de Daniel n'est pas totalement dénuée de pertinence.
Ainsi, pour reprendre un des points de controverse sur le Journal d'Anne Frank, débattu par Daeninckx , à savoir celui des haricots rouges. En gros, selon Faurisson, le "fracas" causé par la chute d'un sac de 50 livres de haricots rouges aurait dû alerter des dénonciateurs éventuels des clandestins, preuve donc que leur clandestinité était inventée, et donc le Journal un fake. Daeninckx rétablit les choses en indiquant que le texte original a été tronqué par Faurisson, texte qui précise, entre parenthèses, qu'heureusement il n'y avait que des "initiés" (i.e. au courant des clandestins).
Or, précisément, la version "libre" en ligne, a oublié la précision, apportée par la parenthèse en question. En clair le texte "libre" relit, une nouvelle fois, le texte, sans que plus aucune "autorité" ne puisse en valider (ou non) l'authenticité.
Voilà pourquoi, il n'est pas impossible que la déduction de Daniel ne soit pas totalement dénuée de pertinence...
L'argument ne tient pas, le domaine public ne signifie pas qu'on puisse caviarder ou modifier un texte !
Vous confondez dans cet article le droit d'auteur et les droits voisins. En effet, Johnny Hallyday n'est bien souvent pas l'auteur de ses chansons1. Or les droits voisins n'expirent pas cinquante ni septante ans après la mort de Johnny, mais cinquante ans après la sortie du disque de Johnny.

1. «C’est l’interprète qui a fait travailler le plus d’auteur au cours de sa carrière, justifie Alain Chamfort, membre du conseil d’administration de la Sacem. Il n’est pas auteur lui-même, à part sur quelques textes, mais a participé à la vie de nombreux auteurs. Certains lui doivent beaucoup.»
Il est assez rare que la mort de l'auteur coïncide, voire précède la parution de l'unique oeuvre de cet auteur. Quoi de plus normal qu'on déroge à la règle? Soupçonner des ayants droits cupides... c'est franchement bas.
Le "journal d'Anne Frank" n'a pas besoin d'être libéré car quoi de plus accessible à tous que ce livre?

Je suppose que c'est beaucoup plus simple de savoir ce qui est fait du texte quand on reçoit un récapitulatif des parutions par l'intermédiaire des droits d'auteur, que si on a à faire soi-même la recherche de tout ce qui parait.

Ce sont surtout les éditions spéciales 70ème anniversaire (+ chères) qu'on peut trouver d'un goût douteux et il faudrait donc plus tomber sur la cupidités des éditeurs et des vendeurs de livres que sur celle des ayants droits. Mais si ça fait vendre, ça fait lire!
L'argument est en effet très bancal.

Je trouve même que si l'objectif est de porter un coup aux versions tronquées, de permettre à chacun de les identifier et de ne pas être leurré, c'est bien en faisant tomber l'oeuvre dans le domaine public.

Ainsi, chacun ayant un accès facile et rapide à l'original repris dans de multiples sites pourra dès lors comparer très vite et reconnaître ces versions tronquées.

Quant à la remise en cause générale de l'oeuvre, rien ne pourra l'empêcher quoi qu'on fasse. Et la maintenir dans une plus grande confidentialité favorise au contraire l'émergence de théories négationnistes qui se nourrit de l'ignorance.

Donc, voir un DS prêcher une limitation de la diffusion d'oeuvres littéraires, de la culture, de leur accès à tous, au nom d'une certaine peur assez mal décrite, est fort surprenant.
Ça mélange le droit d'auteur et le droit moral, ça émet une hypothèse puante non revendiquée par les AD d'Anne Franck à base de point Godwin sans se rendre finalement compte qu'il remet en cause la notion même de domaine public. Le plus mauvais édito jamais lu sur ASI, rien de moins. Les industriels de la culture doivent se frotter les mains, GG.
Mal placé
Les négationnistes, selon DS, "se sont acharnés à démolir cette pièce à conviction capitale contre la barbarie nazie".
Ils sont décidément bien maladroits, ces négationnistes. Car on ne voit comment le temoignage d'une adolescente vivant en Hollande (et rapportant des informations entendues à la radio anglaise sur des "gazages") peut constituer une pièce à conviction permettant de combattre les théories négationistes sur la barbarie nazie (six millions de morts, quarante camps de concentration répertoriés dont six classés "d'extermination", etc...). Cette chronique de DS est effectivement bizarre.
Pour tordre le cou définitivement aux affabulations des négationnistes, notamment sur l'existence des chambres à gaz, ne vaut-il pas mieux attendre la publication des images des camps tournées par les opérateurs de l'Armée Rouge. On sait que de très nombreux cameramen (plus de cent, dit-on) ont suivi les combats de l'armée soviétique et tourné des milliers de kilomères de pellicule. On ne peut pas imaginer que lorsque les Soviéitiques ont libéré les camps polonais (ceux qui étaient équipés de chambres à gaz), ils n'aient pas filmé le dispositif d' "élimination industrielle". Ces images constitueront, me semble-t-il, de meilleures pièces à conviction que le Journal d'Anne Frank.
De grâce, rejetons le mot "auteure" dans le néant d'où il n'aurait jamais dû sortir :D Un des gros problèmes de ce barbare "auteure" étant l'incapacité de le distinguer à l'oral de son confrère masculin "auteur", sauf à le prononcer "auteur-euh", ce que la plus élémentaire élégance empêche.

La langue française avait un très joli "autrice" avant que des esprits phallocrates se prennent de le faire disparaitre. Inutile de recourir à un mot aussi moche qu'inutile ;) On dit acteur, actrice, auteur, autrice :)

Histoire du mot "autrice" : http://www.siefar.org/docsiefar/file/Histoire%20d'autrice%20-%20A_%20Evain.pdf
Quelques notes sur le sujet : http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2012/10/13/autrices-ca-se-dit-ca
Un article présentant... : http://sexes.blogs.liberation.fr/2015/05/31/le-mot-autrice-vous-choque-t-il
... ce bouquin sur le sujet : http://www.editions-ixe.fr/content/non-le-masculin-ne-lemporte-pas-sur-le-f%C3%A9minin

(oui, j'ai déjà fait cette remarque, et je la referai sans doute ^^ Je tiens vraiment à réhabiliter ce mot, "autrice", tellement il symbolise tout un pan du combat féministe, celui passant par le langage).
Vous confondez dans cet article le droit d'auteur et le droit moral. Le droit de s'opposer à l'usage d'une œuvre "à contresens", relève du droit moral, qui ne s'éteint jamais, sauf erreur de ma part. Le droit d'auteur concerne la jouissance de l'exploitation (et par là le droit à l'exploitation) de cette œuvre, mais n'empêche ni la critique, ni la parodie, ni tout autre moyen de remise en cause. Aucune justification probante liée au négationnisme donc.
Je ne comprends pas. L'idée serait d'empêcher un texte de tomber dans le domaine public pour éviter qu'il soit dévoyé et déformé ? quel rapport ? En quoi l'un empêche l'autre ? Cette chronique est bancale. J'ai bien compris que cette idée est juste une hypothèse d'école à discuter, mais je ne comprends pas sa pertinence

J'espère que si un négationniste pourrit le texte d'Anne Franck, il peut être poursuivi pour autre chose qu'atteinte aux droits d'auteur ...
Pas vraiment d'accord en quoi le passage ou non dans le domaine public va empêcher certains négationistes de sortir leurs insanitées ?
J'ai quand même l'impression qu'il s'agit juste d'une tentative d'imiter le "Mickey Mouse Protection Act" en prolongeant les droits induments.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Copyright_Term_Extension_Act

Modif : ajout adresse wikipedia vers le "Copyright Term ExtensionAct"
Moi non plus je ne comprends pas bien. Je lis, entre les lignes, que le doute est mis sur les intentions de celui qui veut contourner une interdiction qu'il juge abusive, ou peut être pas sur ses intentions mais sur les conséquences. Mais un doute embarrassé et peu argumenté. Sauf que le parallèle avec Morano et ses pitreries racistes est carrément insultant, non? Et une défense à minima, embarrassée elle aussi, des ayant-droit qui bloquent l'entrée dans le domaine public. En leur attribuant un mobile plus noble que le refus de perdre une rente: celui de protéger Anne Frank des négationnistes... Mouais....
J'avoue que le rapport entre le domaine public et les négationnistes m'échappe. Même après relecture.
Oui, je suis dans la même incompréhension que vous quant au rapport fait entre le risque du négationnisme et l'entrée dans le domaine public ...
Un éclaircissement de votre pensée, Daniel, serait appréciable
Disons, gsig, que c'est une déduction de ma part, compte tenu du silence que maintiennent les ayant droit sur leurs motivations à refuser l'entrée dans le domaine public.

Au vu du combat judiciaire qu'ils mènent contre les négationnistes depuis des décennies (et qu'ils détaillent dans le PDF mis en lien, l'avez-vous lu ?), je suppose qu'ils craignent (peut-être à tort, ce serait tout l'objet du débat) l'apparition d'éditions papier tronquées, manipulées, du Journal, qu'ils ne pourraient combattre.

Maintenant, il faudrait aussi pousser l'enquête du côté de leurs éventuelles motivations financières. En commençant par une question : qui sont-ils ? (Je ne le sais pas). Et une autre : où passent les droits du livre ? J'ai lu qu'une partie (combien ?) est redistribuée aux descendants des Justes. Tout ceci mériterait d'être creusé. Tous liens bienvenus.

je suppose qu'ils craignent (peut-être à tort, ce serait tout l'objet du débat) l'apparition d'éditions papier tronquées, manipulées, du Journal, qu'ils ne pourraient combattre.



J'ose imaginer qu'une fondation qui trouve des subterfuge juridiques capilotractés pour amputer le domaine public du journal sait tres bien que le droit moral etant inalienable, même dans le domaine public, une edition manipulée ou tronquée et qui laisserais planer des doutes sur la nature de ses manipûlation est tout a fait combattable. "Le droit moral [...] tend à conserver et à défendre l'esprit de son œuvre et sa personne, dans les rapports avec les tiers qui sont les propriétaires et ou les utilisateurs de l'œuvre." (https://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_moral)
Tout à fait. Ce n'est pas parce qu'une oeuvre tompbe dans le daomaine public qu'on peut en faire n'importe quoi.
J'oserais presque aussi, qu'une fois dans le domaine public, si tout le monde peut y avoir accès facilement et gratuitement, imposer une version manipulée est d'autant plus difficile.
Une autre raison Daniel?
Si non, ce sera une chronique à l'eau...
En effet, le droit d'auteur favorise la manipulation. Et aussi la censure. Mein Kampf, par exemple :
- grâce au droit d'auteur, Hitler a pu faire condamner la publication en 1934 d'une traduction intégrale en France pour en autoriser ensuite une traduction expurgée en 1938 ;
- aujourd'hui, le droit d'auteur permet au Land de Bavière d'en empêcher la réédition.
- aujourd'hui, le droit d'auteur permet au Land de Bavière d'en empêcher la réédition.


Ou plutôt : "devrait permettre" vu l'exploitation faite un peu partout dans le monde, ce qui a peut-être "aidé" la Bavière a accepter une réédition universitaire commentée (j'ai pas suivi l'avancée de l'affaire. Avec les universitaires, ça peut prendre 20 ans avant d'avoir une édition...)
En France, [...] [s]elon le journal L'Express, une réédition scientifique serait en projet chez Fayard pour 2016.
L’édition savante du texte d’Adolf Hitler, qui tombe dans le domaine public en 2016, ne paraîtra finalement pas en janvier prochain chez Fayard, et n’a plus d’éditeur pour le moment. Voilà pourquoi.
Par Laurent Lemire, le 18 septembre 2015 (mis à jour le 21 septembre 2015 à 20 heures 30), Livres Hebdo

"Et pourquoi pas Mein Kampf ?" La scène se passe au début de l’année 2011 dans le bureau d’Anthony Rowley. L’historien venu des éditions Perrin est arrivé un an plus tôt pour redéployer ce domaine chez Fayard. Avec Fabrice d’Almeida, ancien directeur de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP), il cherche à publier des sources historiques. Le succès du Journal de Goebbels, chez Tallandier, a
Lire la suite (12 460 caractères, 4,50 €)



Hitler sème la discorde chez Fayard

"Mein Kampf" tombe dans le domaine public en 2016. Une édition critique du livre d’Adolf Hitler devait paraître en France chez Fayard. Elle a été déprogrammée en raison de dissensions au sein de l’équipe d’historiens chargée de la rédiger. http://www.challenges.fr/challenges-soir/20150922.CHA9673/le-depute-pascal-terrasse-charge-de-defricher-la-loi-macron-2.html
C'est une vraie aporie. Ce livre ( dont les deux tomes en français ont paru bien avant la guerre) est un document incontournable. Mais la meute des bas-du-front ( y compris sur ce forum haut-de-gamme) n'attend que ça. Ah ! Si l'histoire pouvait être plus paisible, plus scientifique !
Une édition critique devait paraître en France chez Fayard mais finalement une édition critique devrait paraître en France chez Fayard.

« Un comité scientifique d’historiens français et étrangers » sera constitué indique la maison d’édition. Elle promet de fournir en début d’année prochaine des détails « sur le dispositif scientifique et académique encadrant cette publication, les partenaires associés à cette entreprise ainsi que sur l’institution destinataire des éventuels bénéfices » http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/10/14/une-version-critique-de-mein-kampf-va-etre-reeditee-en-france_4789393_3260.html « dans une nouvelle traduction d'Olivier Mannoni qui fera autorité », a indiqué l'éditeur dans un communiqué. http://www.afp.com/fr/info/edition-mein-kampf-sera-bien-publie-en-2016-en-france-par-fayard Cette information fait suite à l'enquête de Livres Hebdo, "Mein Kampf, un pataquès français", publiée le 18 ... Lire la suite (760 caractères, 1,50 €)
[quote=Sebastien Verdier]sait tres bien que le droit moral etant inalienable
Je doute que le journal d'Anne Frank soit soumis au droit français. Je ne sais pas pour le droit néerlandais, mais vu les origines «common law» des pays-bas, il y a fort à parier que le droit moral disparaisse en même temps que les droits patrimoniaux (à l'instar de l'Allemagne).

Le droit moral inaléniable et perpétuel est une exception française que seulement de rares pays appliquent, et n'est demandé dans aucune conventions (Berne, EU, etc.).
Si j'avais internet, je vous répondrais qu'aux Pays-Bas le droit moral s’arrête avec la mort de l’auteur.

Le droit moral inaléniable et perpétuel est une exception française que seulement de rares pays appliquent, et n'est demandé dans aucune conventions (Berne, EU, etc.).


C'est vrais, mais de la même maniere, l'extention de droit que fait valoir les ayant droit sont basés sur les lois francaise, et donc, ne sont valable que sur le territoire francais. Ce ne sera pas la premiere ni la derniere oeuvre a entrer dans le domaine public a des dates differentes selon les pays ou ils sont exploités (le petit prince est un bon exemple).
[quote= Antoon Quaedvlieg*, Le droit moral aux Pays-Bas, in Les Cahiers de propriété intellectuelle, Vol. 25, no 1, Éditions Yvon Blais, janvier 2013, p. 412.]

2.3 La durée du droit moral et l’exercice post mortem

[...] Selon le système de la loi néerlandaise, les droits moraux ne sont que des exceptions au droit d’exploitation, puisqu’ils restent chez l’auteur même après la cession de ce dernier droit. Il est donc entendu que la durée du droit moral ne peut pas excéder celle du droit d’exploitation.

Pourtant, le droit moral s’éteindra souvent avec la vie de l’auteur. Pour qu’il puisse être exercé post mortem, il faut que l’auteur désigne expressément une personne qui sera légataire et exécuteur des droits moraux. [...]

© Antoon A. Quaedvlieg, 2013.
* L’auteur est professeur en droit privé à l’Université de Nimègue, Pays-Bas, et avocat à Amsterdam.

Disons, gsig, que c'est une déduction de ma part, compte tenu du silence que maintiennent les ayant droit sur leurs motivations à refuser l'entrée dans le domaine public.


J'ai encore les yeux qui saignent. Sans rire ? Après la DADVSI, Hadopi, les affaires Elsevier en face, les huissiers pour du prêt privé de livre, le rapport Redha coulé, les attaques contre les bibliothèques, la culture gratuite, le domaine public, vous en êtes encore à faire des déductions de comptoir. .. pff
Comme d'autres, j'ai rien compris...
Depuis quand a-t-on besoin de soustraire une oeuvre du domaine public pour la défendre ?
Et même, d'un point de vue politico-moral, comment peut-on défendre que ce texte reste une propriété privée plutôt qu'un élément du patrimoine historique et culturel appartenant à tous ?

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À propos du « silence que maintiennent les ayant[s] droit sur leurs motivations », on pouvait lire dans La Libre du mercredi 19 novembre 20141, que la Fondation Anne Frank2 « affirme que son but premier est surtout de protéger un ouvrage qu'elle considère "sacré" et qui est souvent la cible de critiques de la part de négationnistes... » Guy Birenbaum en causa le 21 novembre 2014 sur France Info : « son entrée dans la jungle du domaine public » dixit-il.

1. Se référant à un article du journal Le Soir (accès payant) de la veille.
2. Celle de Bâle3.
3. Cf. note 1 du commentaire 1468521.
Comme pour tous les affaires de droits, c'est toujours pour des raisons nobles et sacréem jamais pour de l'argent. Bien entendu personne ne souhaite dire à des médias: «c'est pour le fric».

Mais étant donné que les recettes des droits d'auteur doivent être la principale source de revenus du Fond (et sa raison d'être), on comprend qu'il bataillent. Le journal dans le domaine public, c'est probablement la disparation du fond et recherche d'emploi pour ses employés. Voilà le fond du problème.
[quote=kusto]c'est probablement la disparation du fond et recherche d'emploi pour ses employés.

Pfff... faudrait pas confondre le fond en question avec une petite asso de quartier, sans trésorerie d'avance, qui vit au jour le jour et peut mourir à la minute où on lui sucre ses subventions. À mon avis, ils doivent d'une part avoir des réserves, d'autre part avoir des mécènes prêts à prendre le relais, et assez de popularité même dans le peuple pour se faire financer par plein de mini-dons.

Moi aussi, je pense qu'une oeuvre est mieux protégée dans le "domaine public", à condition que ça ne veuille pas dire que n'importe qui peut se l'approprier pour faire du fric avec. Genre "creative commons", tout le monde peut y avoir accès, personne peut la monnayer.
Vous voulez parler des licences Creative Commons CC-Zero, CC-BY, CC-BY-SA ou CC-BY-ND ?
Je ne vois pas le problème avec le fait que "n'importe qui" puisse se faire du fric avec. Le problème du droit d'auteur n'est pas que des gens exploitent commercialement des oeuvres. Le problème, c'est que les ayants droits ont un *monopole* sur toute forme d'exploitation de l'oeuvre : autrement dit, la puissance publique se retrouve à défendre des intérêts privés sans la moindre contrepartie.

L'entrée dans le domaine public du journal ne signifie pas forcément la fin des haricots pour la fondation. Ca signifie simplement qu'ils devront exploiter *autrement* l'oeuvre s'ils veulent continuer à exister. Autrement qu'en s'asseyant sur leurs "droits" et en rackettant sous peine de procès tout ceux qui s'essaient à des exploitations originales du journal.
Pfff... faudrait pas confondre le fond en question avec une petite asso de quartier, sans trésorerie d'avance, qui vit au jour le jour et peut mourir à la minute où on lui sucre ses subventions. À mon avis, ils doivent d'une part avoir des réserves, d'autre part avoir des mécènes prêts à prendre le relais, et assez de popularité même dans le peuple pour se faire financer par plein de mini-dons.
J'ai forcé le trait en effet, surtout que je ne connais pas sa situation financière précise. Mais les réserves ça ne fait que repporter le problème (1 an, 5 ou 10 peu importe finalement).
Quant à se faire financer par des dons et des mécènes, c'est certes tout à fait possible en changeant les statuts et la raison d'être du Fond. Mais contrairement à la rente des droits d'auteurs, c'est un travail difficile qui doit se renouveller sans cesse. Ce qui les placerait certainement dans une situation d'inconfort. En bref, ils ont de très bonne raisons de souhaiter que cette situation perdure.
Je me suis fait la même remarque. Ça n'a juste aucun rapport...
Pire, je n’ai pas compris où Daniel Schneidermann veut en venir, il où le problème, mis à par celui des aillants droit qui doivent l’avoir mauvaise ?
Le soucis tient à la fragilité du domaine public et l'ombre dans lequel il est contraint de demeurer par l'industrie culturelle. Une meilleure promotion du domaine public, un service public de référence pour la mise à disposition d'oeuvres du domaine public pourraient aisément lever ce genre de craintes.
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