Zemmour, tête de gondole du producteur d'Ardisson
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Zemmour, tête de gondole du producteur d'Ardisson

Eternel retour de la déploration zemmourienne en deux temps. Premier temps, Eric Zemmour, à chaque publication de livre, vomit ses provocations pétainistes et xénophobes dans tous les micros tendus, et ils sont nombreux. Second temps : empoignade générale sur mon réseau social addictif préféré, sur le thème inusable de la liberté d'expression, de sa grandeur, de ses limites. Que faire pour contrer le poison Zemmour ?

Premier constat : on ne combattra pas Zemmour, pas davantage que Trump, en expliquant qu'il dit n'importe quoi, sur à peu près tous les sujets.  La réfutation factuelle de la logorrhée zemmourienne a été tentée et multi-tentée, ici et ailleurs. En vain. La clientèle de Zemmour, comme celle de Trump, est friande de n'importe quoi. Elle demande du n'importe quoi. Autre solution, la Justice. Arrêtera-t-on Zemmour en le poursuivant, et en le faisant condamner à chaque fois qu'il transgresse les lois anti-racistes ? Pour l'instant, on n'y est pas parvenu. Mais si les condamnations devaient se multiplier, allez savoir.

Faute de solution évidente, reste à porter l'attention sur le hors-champ : le dispositif qui installe Zemmour au centre de la scène, et les mécanismes de ce dispositif. Zemmour ne serait pas devenu Zemmour sans la complicité de puissants animateurs-producteurs de télé. C'est Laurent Ruquier qui, en l'installant cinq ans au poste de chroniqueur sur l'émission du service public On n'est pas couchés, l'a installé dans le paysage familier des téléspectateurs. Ruquier s'en est ensuite repenti, sans s'en repentir vraiment, tout en s'en repentant. Quant à Ardisson, son numéro de duettistes avec Zemmour est bien connu, et l'émission du week-end dernier, au cours de laquelle Zemmour s'en est violemment pris à une chroniqueuse noire, Hapsatou Sy, n'en est que le dernier développement. Anecdotiquement, on notera simplement, dans ce dernier incident en date, le sentiment d'impunité d'Ardisson. La chroniqueuse s'étant interrogée sur l'opportunité de la poursuite de sa collaboration, Ardisson l'a sommée de revenir "dans un bon esprit" (autrement dit, en subissant les insultes avec le sourire, et sous les applaudissements) ou de ne pas revenir.

Pourquoi Ardisson invite-t-il structurellement Zemmour ? Par connivence intellectuelle ? Pour faire de l'audience et du buzz ? Quand se rejoignent l'utile et l'agréable, pourquoi faire la fine bouche ? A cette lancinante question, apportons ce matin un élément supplémentaire.

Pour son émission Les Terriens du dimanche, Ardisson a un co-producteur, nommé Stéphane Simon. Ce producteur, outre qu'il est actionnaire de Télé Paris, société qui produit Les Terriens du dimanche, est un aussi actionnaire principal d'un nouveau site d'extrême-droite, La France LibreTV, co-fondé par le polémiste André Bercoff et l'avocat Gilles-William Goldnadel (par ailleurs chroniqueur dans cette même émission d'Ardisson, le monde est petit). Or, que découvre-t-on en se connectant sur La France libre ? Que les 100 premiers abonnés (au prix préférentiel de 40 euros au lieu de 50) recevront un cadeau. Quel cadeau ? Tiens, le dernier Zemmour, justement. Et dédicacé.

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 Quelle est la nature exacte des liens entre Stéphane Simon et l'éditeur de Zemmour, la maison Albin Michel ? Le contrat comporte-t-il une invitation de l'auteur sur le plateau des Terriens ? Nul doute que ces questions seront au centre du prochain numéro des prochains Terriens du dimanche.


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