Vaccins : de bonnes nouvelles du monde d'après
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Vaccins : de bonnes nouvelles du monde d'après

Heureusement, le monde d'après nous réserve malgré tout quelques bonnes nouvelles. Ainsi, les pays pauvres, et notamment en Afrique, débordent de vaccins anti-Covid, révèle une enquête du Monde signée Lise Barnéoud, journaliste spécialiste des vaccins (et notre invitée ici). "Dans les pays à faible revenu (Afghanistan, Ethiopie, Soudan, Ouganda…) ou à revenu intermédiaire inférieur (Bangladesh, Indonésie, Philippines, Nigeria, Egypte), les stocks ont drastiquement augmenté à partir d’octobre 2021, essentiellement à travers les livraisons de Covax, le programme international chargé de fournir des vaccins aux pays en développement, ou les dons bilatéraux de dernière minute. En Afrique, le stock de vaccins est ainsi passé de 80 millions de doses avant octobre à plus de 300 millions aujourd’hui"

 Bravo ! Mais voilà. En fin d'article, se glisse une légère ombre dans ce riant tableau : "Quant à savoir combien, parmi ces doses, sont déjà périmées ou vont bientôt l’être, difficile à dire". L'explication détaillée est livrée dans un autre volet de l'enquête. "Au final, ce sont 40 % des doses reçues par ce continent qui n’ont pas encore été administrées". Franchement, trop nuls, ces Africains !

Des vaccins détruits au bulldozer ? Oui, parce que périmés. Ah. Ce sont donc les circuits logistiques africains qui sont défaillants ? Qu'attend-on pour leur envoyer un commando McKinsey ? Pas si simple. Si les vaccins sont périmés, c'est parce que les pays riches envoient aux pays pauvres des vaccins à la limite de la date de péremption (par exemple, trois semaines). "Selon une enquête conjointe menée par Le Monde et une équipe internationale de journalistes (...) après avoir acheté l’essentiel de la production mondiale en début d’épidémie, les pays riches se sont retrouvés avec des excédents de vaccins sans avoir anticipé les obstacles juridiques et logistiques associés aux dons ou aux reventes".

Ah. Le gaspillage est donc de la faute des pays riches ? Pas tout à fait. Car ce vaccin a une durée de vie relativement courte. Ah oui ? Pour une raison scientifique, j'imagine ? Oui, enfin non. Ce sont les labos qui imposent des dates de péremption courtes. Selon une spécialiste italienne de l’industrie pharmaceutique, "les entreprises essaient généralement d’avoir la durée de conservation la plus courte possible pour deux raisons principales. La première, c’est que les études prennent du temps (…) Et la deuxième est que lorsqu’un médicament est périmé, nous le jetons et en achetons un nouveau. C’est la raison commerciale classique". "Dans le cas d’AstraZeneca, par exemple, poursuit le Monde, les doses qui se périment aujourd’hui avaient été achetées à prix coûtant. Depuis novembre 2021, le vaccin peut être vendu avec profit".

Résumons : surencombrés par BigPharma de vaccins à date de péremption ultra-rapide, les pays riches s'en délestent dans les pays pauvres, et le bulldozer est au bout de la chaîne. J'aurais été chagriné que vous n'ayiez pas connaissance, ce matin, de cette actualité heureuse.


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