Sidération au réveil, deuxième
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Sidération au réveil, deuxième


On s'était réveillés dimanche avec la nouvelle, on se réveille lundi avec la photo

, aussi sidérante que la nouvelle. La photo. Ces policiers new-yorkais de série télé, implacables. La barbe de vingt-quatre heures du prévenu qui contraste avec la coiffure inchangée, impeccable, la coiffure d'avant (ils lui ont donné un peigne, mais pas de rasoir), le contraste traduisant bien l'état d'entre-deux du personnage central. Les mains qui signaient les prêts à la Grèce soigneusement menottées dans le dos, pour que les menottes soient invisibles. Comme ils vont rire, chez Fox News, chez Murdoch. On entend déjà leurs rappels de l'affaire Polanski, et leurs Vive la France !

Ils auront raison. Et encore, n'auront-ils pas entendu, toute la journée de dimanche, le défilé nauséeux des socialistes, "qui pensent d'abord à lui, à sa famille". Pas un seul, qui ait fait seulement allusion (si les accusations sont fondées, bien entendu) à la victime, à la femme de ménage du Sofitel. Pas un (à l'exception notable de Mélenchon) qui ait eu un seul mot pour elle. Ah, ce terrible point aveugle, qui rappelle la subtile campagne feutrée de discrédit dont a été victime, de longues années, une Tristane Banon, et sur laquelle il faudra bien faire la lumière, pour comprendre l'étendue du pouvoir d'intimidation d'un Ramzi Khiroun. S'ils sont menacés de quelque chose, nos socialistes, c'est bien que saute aux yeux, une fois de plus, la distance qui sépare désormais leur stratosphère du monde de Germinal. Mais oui, Germinal. Mais oui, aujourd'hui. Riez bien, et relisez Florence Aubenas.

La sidération, donc. Cette sidération devant l'inimaginable, l'irreprésentable, le choc des connotations (3000 dollars la nuit, candidat socialiste, Anne Sinclair, fellation dans la salle de bains, cours de l'euro, police new-yorkaise, rendez-vous avec Merkel), ce profil des pages politiques, surexposé entre deux flics, dans une voiture, sidération devant cette impossibilité des connexions neuronales, qui oblige à se raccrocher à des explications surnaturelles: pas possible, c'est un complot, ce ne peut être qu'une machination, et le premier tweet, hein, vous l'avez bien lu, le premier tweet ?

Ne cherchons pas à comprendre, il n'y a rien à comprendre, au moins avec nos pauvres armes de journalistes. Accordons crédit aux témoins de moralité qui assurent que oui, il pouvait être lourdingue, mais jamais violent. On ne peut, pour l'instant, que s'accrocher aux intuitions des écrivains et des psys, et ceux choisis par Libé ne sont pas les moins perspicaces. L'écrivain et le psy, chacun à sa manière, expriment l'idée du suicide politique volontaire du candidat qui, tout au fond de lui, connaissait son imposture, et n'avait pas envie du match. Cette explication n'est pas à rejeter a priori. Le candidat DSK se serait situé dans la droite ligne des Barre, des Balladur, des Rocard ou des Delors, candidats hors-sol, bardés de brillants communiquants en Porsche, engraissés aux sondages trafiqués, perdants d'avance de l'élection populaire, malgré de fervents militants nommés Chazal ou Elkabbach. Avec Hollande ou Aubry, rien n'est gagné, mais le PS partira à la bataille dans de bien meilleures conditions, pour peu qu'ils arrivent à résister à ce milieu décidément pathogène qu'est le "club des présidentiables".

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