Macron, quelques heures à Poissy
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Macron, quelques heures à Poissy

Distrayant quelques heures de son emploi du temps aux conversations de haute tenue avec Eric Zemmour, le chef de l'Etat est retourné à l'école. Plus précisément à Poissy (Yvelines), chez "un maire de l'opposition", comme dit TF1, admirative. En fait, surtout, un maire, Karl Olive, qui a quitté LR en août 2019, a été soutenu par En Marche aux Municipales de 2020, et dont son pote Manu (ils se sont rencontrés à un concert d'Elton John) a préfacé un livre-ode aux premiers de cordée, "Rendre possible l'impossible"

Un maire qui s'est déployé sur toutes les chaînes pour affirmer, "qu'il faut aller au front, se retrousser les manches", qu'il faut "faire confiance aux élus de terrain",  que "les maires ont l'habitude de trouver des solutions à chaque problème, là où d'autres cherchent des problèmes à chaque solution", bref que Poissy (Yvelines) sera leader sur le déconfinement joyeux (je ne vous donne pas tous les liens, vous les retrouverez sur son compte Twitter). Mais c'est le jeu. De la même manière, quand le président appelle "un boulanger lyonnais" pour prendre connaissance de ses difficultés, ce boulanger est aussi candidat LREM sur la liste de Gérard Collomb.

De bonne grâce, le président a nourri les journalistes politiques affamés avec une mini-phrasounette ("je n'ai pas de ces grands mots", à propos de "l'écroulement" de l'économie prophétisé par Edouard Philippe) immédiatement interprétée comme une "prise de distance" avec son Premier ministre (ouf, les affaires reprennent !) Surtout, il a nourri les caméras, avec de jolies images d'une jolie salle de classe, et de jolis enfants sagement distanciés de table à table, des enfants sages, respectueux des consignes, comme les gouvernants rêveraient le peuple français tout entier.

Jusqu'ici, ce pourrait n'être qu'une opération de com' normale d'un chef d'Etat normal, dans une classe-Potemkine normale (normalement désossée par ailleurs sur BFM par le spécialiste des réseaux sociaux). Mais ces images ont une finalité : tenter par tous les moyens de rassurer des parents et des enseignants affolés à l'idée d'une rentrée scolaire au forceps, avec un protocole-parapluie rédigé par des entités mystérieuses qui n'ont sans doute jamais pénétré dans une école.  Les rassurer en insinuant, selon la phrase de Jean-Michel Blanquer, que "si c'est faisable dans certains endroits, ce doit être faisable à peu près partout".

S'il ne fallait donner qu'une raison pour laquelle ces images sont un mensonge, c'est celle-ci : ce n'est pas seulement dans les salles de classe que la sécurité sanitaire sera introuvable. C'est dans les couloirs, pour se rendre à la récréation, et en revenir. C'est à la récréation. C'est sur le trajet des toilettes, au retour des toilettes, au nettoyage des crayons après chaque usage, à tous les moments de la vie scolaire où le protocole prévoit un lavage de mains. Après l'image des Macron au théâtre, voici l'image de Manu à l'école Pierre-de-Ronsard de Poissy, comme si la machine folle ne pouvait jamais s'arrêter.


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