45 minutes pour Zemmour
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45 minutes pour Zemmour

Quarante-cinq minutes : c'est la durée de la conversation entre Emmanuel Macron et Eric Zemmour, après que l'animateur multi-condamné de CNews, cabas en main, a été victime d'insultes et d'un crachat en pleine rue à Paris. L'agresseur a posté la vidéo de l'agression. Que se dit-on, en 45 minutes ? "Eh bien il m'a d'abord tout simplement demandé comment ça allait, a raconté Zemmour lui-même, sur sa chaîne. Et puis la discussion s'est engagée et on s'est rendu compte que nos désaccords étaient profonds et qu'il fallait un peu de temps pour les élucider. Donc nous avons parlé longtemps."Quarante-cinq minutes donc, de l'emploi du temps d'un chef d'Etat, utilisés à solder de (certainement passionnants) "profonds désaccords", à une semaine d'une opération -le déconfinement- qui pose des questions sanitaires, économiques et politiques telles qu'aucun gouvernement français n'en a affrontées depuis longtemps. Quarante-cinq minutes, alors que l'Italie et l'Espagne distribuent des masques, quand la France s'apprête à distribuer des amendes à ceux qui n'auront pu s'offrir les leurs aux supermarchés. Quarante-cinq minutes, alors que le gouvernement affronte une rebellion inédite des maires d'Ile de France (relayés par le Sénat, qui vient de rejeter le plan gouvernemental de déconfinement) et des grandes sociétés de transport public.

Comme tout condamné, Zemmour a le droit inaliénable d'aller et venir. Il faut combattre Zemmour politiquement. Il faut le combattre juridiquement. Il faut le combattre en tapant CNews au portefeuille des annonceurs, comme le fait inlassablement la valeureuse association Sleeping Giants. Mais produire cette image d'un homme courbant le dos sous les crachats et les insultes -"gros fils de pute", "nique bien ta mère"- est non seulement attentatoire à cette liberté d'aller et venir, mais stupide, en lui offrant sur un plateau (de télé) tous les délices de la victimisation.  L'agresseur lui-même, comme le rappelle avec délectation Valeurs Actuelles, a reconnu que "c’est impossible de parler avec lui, il est super fort".

Aussi prompt que le chef de l'Etat, auquel il est hiérarchiquement soumis, le parquet de Paris a aussitôt ouvert une enquête sur cette agression. Très bien. La Justice confinée fait diligence. Cette nouvelle nous parvient en même temps qu'une autre image nous est remise en mémoire :  on apprend qu'une autre information a été ouverte, après que des lycéens avaient été forcés à s'agenouiller devant des policiers, à Mantes la Jolie (Yvelines), en marge de manifestations lycéennes. L'enquête a été ouverte pour "torture sur mineur de 15 ans, atteinte arbitraire à la liberté par personne dépositaire de l'autorité publique, violence aggravée", mais également pour "diffusion sans son accord d'une personne identifiable menottée et mise en cause pénalement"Vous aviez oublié ? Faites un effort. Ce n'est pas si lointain : c'était en décembre 2018 (entretemps, une enquête de l'IGPN avait conclu à un non-lieu). En plein monde d'avant, c'est vrai. "Torture", certes, c'est beaucoup. Mais quinze mois après les faits, c'est aussi beaucoup, en tous cas sur l'échelle de temps Zemmour. 


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