Opération bololo de tweets
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Opération bololo de tweets

Il parait que Donald Trump est très colère de son week-end à Paris. C'est le Washington Post qui le dit. Cela doit donc être vrai. En atterrissant à Paris, il avait déjà jugé dans un tweet "insultant" (insulting) une déclaration de Macron selon laquelle l'Europe devait se défendre, y compris contre les Etats-Unis. Et rentré à Washington, il a renvoyé sur la tête de Macron ce que Le Monde appelle "une tempête de tweets" sur le même thème. Ou bien, pour reprendre la trouvaille verbale d'Edouard Philippe à propos d'autre chose, un sacré bololo.

A l'origine du bololo de Trump, une fausse transcription par le fil anglophone de l'AFP, d'une interview de Macron à l'animateur de variétés Nikos Aliagas, au micro d'Europe 1. "Le président français Emmanuel Macron a appelé mardi à la constitution d'une «véritable armée européenne» pour permettre au bloc de se défendre contre la Russie et même les Etats-Unis" écrivait l'AFP dans son fil anglophone. Or Macron n'a pas dit exactement ça. Comme l'indique le script précis de l'interview (voir ici notre article complet), il disait : "quand je regarde le monde où nous vivons, vous avez des puissances qui réémergent et qui se réarment aux confins de l’Europe. Nous sommes bousculés par les tentatives d’intrusion dans le cyberespace et l’intervention d’ailleurs dans notre vie démocratique de plusieurs. Nous devons nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie, et même des Etats-Unis d’Amérique." Ce n'est certes pas d'une clarté absolue. Mais il semble tout de même que dans l'esprit du président, c'est bien"aux tentatives d'intrusion dans le cyberespace", que fait référence le "et même des Etats-Unis". Autrement dit, c'est contre l'espionnage électronique américain (suivez mon regard du côté de la NSA), que Macron veut armer les Européens. Pas contre une menace de débarquement en Normandie. Théorie renforcée par la fuite opportune, dans Le Figaro, d'une note de la DGSI d'avril dernier, sur les offensives multiformes américaines contre les intérêts français.

Peut-être, quelques heures avant l'arrivée de Trump, Macron voulait-il tout de même montrer au milliardaire ses gros biscottos (pas de bololo sans biscottos), ce que pourrait laisser penser la mollesse des réactions de l'Elysée, et le fait que la présidence n'ait pas exigé de rectification de la transcription approximative de l'AFP. Toujours est-il que cet échange a ouvert le bal habituel de l'hystérisation cyber-diplomatique.

Le système médiatique a-t-il raison de danser depuis deux ans sur le tempo des tweets de Trump ? Il arrive que les vociférations de l'Américain mordent en effet sur le monde réel. A l'heure où j'écris, par exemple, et quatre mois après un décret présidentiel organisant la chose, encore 250 enfants de migrants d'Amérique centrale sont toujours séparés de leurs parents, sans perspective évidente de pouvoir les retrouver un jour, faute d'identification. En revanche, à propos de la guerre des contributions à l'OTAN, objet de la "tempête de tweets", on apprend, en lisant attentivement Le Monde, que la contribution américaine n'a pas diminué depuis Trump, et même, si on comprend bien, au contraire. Pour celles et ceux que ça intéresse, ils trouveront l'information dans cet article, au 21e paragraphe.

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