Iran : propagande israélienne "en exclusivité" sur franceinfo
"Nous ferons tout ce que nous aurons à faire pour affaiblir, et continuer d'affaiblir, ce régime, jusqu'à ce qu'il décide d'arrêter de nous détruire ou qu'il soit changé", annonce l'ambassadeur d'Israël en France, Joshua Zarka. Ce n'est pas une conférence de presse donnée à l'ambassade, mais une interview "en exclusivité" sur franceinfo. Il est 11 h 03 ce 1er mars 2026, et la veille, le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé sur l'Iran une offensive militaire qui a tué le guide suprême du régime iranien, l'ayatollah Ali Khamenei. Mais aussi des centaines de civils, dont des écolières iraniennes.
"C'est la première fois qu'un représentant d'Israël prend la parole à l'international, merci d'avoir choisi notre radio", annonce fièrement le présentateur Renaud Blanc, tout sourire. "Question sur la mort de Khamenei, est-ce que vous avez le sentiment que c'est un premier tournant dans cette guerre ?" Cette "guerre" aérienne, d'une intensité inédite, a seulement été lancée la veille, sans discussion ni vote du Conseil de Sécurité de l'ONU, ni d'ailleurs du Congrès étatsunien ou de la Knesset, le parlement israélien.
Mais sur franceinfo, dès la première question à l'ambassadeur, c'est déjà acté : c'est une guerre, on est plongé dedans, on ne va pas questionner la légalité ou le bien-fondé de cette attaque unilatérale : il faut questionner l'invité sur le "tournant". Et l'ambassadeur répond que le "tournant a déjà eu lieu il y a quelques mois, en juin dernier" : de quelle guerre parle-t-on, au juste ? Quand a-t-elle commencé ? Renaud Blanc ne rappelle pas le contexte, ni n'explique ce à quoi Zarka fait référence : la "guerre des douze jours" de juin 2025, où Israël, avec le soutien des États-Unis, avait visé le commandement militaire iranien ainsi que des installations du programme nucléaire et des lanceurs de missiles. Une "guerre" initiée, les deux fois, par Israël, donc.
Mais plutôt que de l'interroger sur la conformité en terme de droit international de cette offensive (spoiler : elle ne l'est pas), ou demander si les États-Unis et Israël assument d'avoir tué plusieurs centaines de civils dans les bombardements qui ont éliminé Khamenei, Renaud Blanc salue la précision de l'attaque américano-israélienne : "Vous avez réussi à cibler Khamenei très, très vite, après seulement quelques heures ! Comment ça se fait ?" Et encore : "Il y a cette photo, qui permet d'identifier le guide suprême... Comment on fait pour obtenir cette photo ?" Et encore : "La mort de Khamenei, c'était l'objectif d'Israël ?".
Zarka répond que l'un des objectifs, "c'est la fin de ce régime", et déroule ce qui ressemble à s'y méprendre à un discours propagandiste : "Nous sommes en guerre avec ce régime depuis très longtemps. Ce régime a annoncé son intention de nous détruire, a essayé de le faire (...). Notre intention est de terminer cette guerre et de la gagner. Et pour l'instant nous sommes sur le bon chemin. Après le 7-Octobre, l'ayatollah Khamenei avait dit : «C'est la fin pour Israël.» Et aujourd'hui, on va voir qui va être mis sous terre, et qui, pour l'instant, se porte très bien." Renaud Blanc ne réagit pas à la propagande glaçante que vient de dérouler l'ambassadeur. Il préfère lui demander ensuite si le président iranien par intérim va lui aussi "être une cible".
Puis il lance : "Joshua Zarka, concrètement, est-ce que le peuple iranien peut conquérir la liberté sans une intervention terrestre ?" Zarka répond qu'Israël "est un petit pays, une petite armée, dans un coin du Moyen-Orient", et que "ce n'est pas à [Israël] de conquérir". Ah ? Mais à qui alors ? Aux États-Unis ? Renaud Blanc ne pose pas la question : il parle des civils tués. Mais... côté israélien. "Mes petits-enfants ont passé toute la nuit dans les abris", déclare Joshua Zarka. "J'ai passé une nuit blanche pour essayer de les consoler, parce que c'était impossible de dormir. Il y a eu des missiles et des alertes toute la nuit."
C'est seulement après avoir laissé l'ambassadeur dérouler pendant dix minutes que Renaud Blanc l'interroge sur les victimes iraniennes, "au moins deux cents", et s'inquiète du fait qu'on pourrait accuser Israël "d'être responsable d'un embrasement dans la région". Presque quinze minutes avant que Blanc ne souligne que cette guerre "va à l'encontre du droit international d'après plusieurs pays européens" - il s'agit de prendre des gants et surtout pas de froisser l'ambassadeur. "Nous sommes en guerre avec l'Iran depuis des années, donc une attaque préventive est totalement légale", répond l'ambassadeur d'Israël. C'est faux, mais Blanc ne relève pas. Sur franceinfo, Joshua Zarka est réinvité le 5 mars pour poursuivre ses justifications des attaques, qu'il a aussi partagées sur RTL, France 2, TF1, BFM, etc. Pour la version iranienne - pour toute analyse ne soutenant pas ouvertement "l'opération" américano-israélienne, d'ailleurs - on repassera.
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