Macron, touche pas à mon pass !
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Macron, touche pas à mon pass !

"L'Élysée souffle, Matignon jubile", titre Le Monde. C'est qu'Emmanuel Macron a "gagné son pari". 50 millions de Français auront été vaccinés à la fin de l'été. Cela avait mal commencé. La France faisait la course en queue. Tout le monde se souvient de la honte Mauricette. "Puis les doses sont arrivées et le chef de l’État a parlé au cœur de l’été" écrit Le Monde (je résume). "Rétifs à l’autorité, volontiers critiques à l’égard des injonctions infantilisantes, les citoyens, que l’on dit las des discours politiques, ont entendu celui du président, au point d’obéir largement à sa consigne, confirme l'éditorial du journal. Comme s’ils avaient besoin d’une parole venue d’en haut pour intégrer les enjeux réels de la vaccination"

Alleluia, le pouvoir a trouvé ses troupes ! "On s’adresse à la majorité silencieuse", décrypte Stanislas Guerini, patron de LREM. "On ne regarde plus le film mais la photo. Le fiasco des masques passe au second plan. La France, tortue de la vaccination, est maintenant le lièvre, et Emmanuel Macron peut être vu comme celui qui remplit ses promesses", pense Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'IFOP. Toutefois, sur le mode "souviens-toi que tu es mortel" des triomphes romains, le journal rappelle le pouvoir à l'ordre. "Positive pour la santé des Français, une pareille allégeance, parfois à contrecœur, à une injonction élyséenne, n’est pas nécessairement un signe de bonne santé de la démocratie".

J'ai le pass. Je l'ai inauguré cet été, comme tous mes co-passeurs, sans aucun problème. Je ne pense pas qu'il constitue une solution parfaite. Je pense simplement que pour éviter un nouveau confinement, c'est la moins mauvaise. C'est un bouclier à trous. Mais en l'espèce, mieux vaut un bouclier à trous, que pas de bouclier du tout. Je n'ai pas été envoûté par la parole présidentielle du 12 juillet, j'étais déjà double-vacciné à l'époque. Je n'ai pas écouté la "parole d'en haut", j'ai écouté les scientifiques, et les médecins. Je fais donc partie de la "majorité silencieuse" de Guérini. Écrivant cela, je sais que je me range au nombre des "collabos", aux yeux de l'armée des ombres du samedi (d'autant que je viens de parler de bouclier, ouilleouille, mon cas s'aggrave).

Je pense néanmoins qu'Emmanuel Macron aurait bien tort de tirer des enseignements de mon silence de majoritaire silencieux. Mon silence, Macron, Guérini et les autres, n'oublie rien. Il n'oublie pas votre impréparation sur les masques et les tests, votre catastrophique politique hospitalière, à vous et à vos prédécesseurs, votre inaction criminelle d'aujourd'hui en matière de refus de capteurs de CO2 et de purificateurs d'air dans les classes, toute cette misère dissimulée par ces mensonges en chaîne depuis près d'un an et demi, qui ont sapé toute confiance en la "parole d'en haut". Mon silence ne perd pas une miette de cette obscène jubilation, qui s'entend dans les paroles de vos sondeurs ventriloques, et dont les antipass, soyez-en sûrs, ne perdent pas une miette non plus. Mon pass n'est pas à vous. Touche pas à mon pass.


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