Glanz et Bouhafs, chez Lagardère et chez Poutine
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Glanz et Bouhafs, chez Lagardère et chez Poutine

"Trois journalistes blessés à Paris", titre Libération. Trois journalistes ont été blessés lors de la grande manifestation contre la réforme des retraites, le 5 décembre. C'est beaucoup, trois journalistes blessés, lors d'une journée qui s'est, globalement, ailleurs qu'à Paris, déroulée sans violences. Ca fait terrain de guerre, régime autoritaire. 

Etrangement, c'est Paris Match qui cite, en titre, les noms de deux des trois blessés, Gaspard Glanz et Taha Bouhafs (oubliant au passage la troisième victime, le correspondant de l'agence turque Anadolu, Mustafa Yalgin). L'absence de toute qualification des personnalités, dans un titre, est un privilège habituellement réservé aux stars. Ainsi, Match ne titrera jamais sur "le comédien Alain Delon", ou "la chanteuse Madonna". "Gaspard Glanz" et "Taha Bouhafs" sont-ils donc présumés si connus des lecteurs de Match qu'il soit inutile d'indiquer leur qualité dans le titre ? La qualité de "journaliste qui a filmé Benalla place de la Contrescarpe" assure-t-elle à Bouhafs, aux yeux de Match, une notoriété à vie ?

D'autant plus étrange qu'il y a peu de chances que les lecteurs de Match connaissent Gaspard Glanz et Taha Bouhafs. Statistiquement, il y a davantage de chances que les lecteurs de Libé les connaissent. Alors, pourquoi ces choix de titres ? La raison est sans doute ailleurs. Reprenant la même dépêche AFP que Match (avec un choix iconographique différent toutefois) le site de RTFrance évoque, dans son chapeau, "les journalistes Taha Bouhafs et Gaspard Glanz", ce que se garde de faire Match, nous mettant donc sur la voie : on les a appelés par leur simple nom, pour éviter de leur donner, dans le titre, la qualité de journalistes. A noter que le site de l'oligarque français Lagardère et celui du chef d'Etat autoritaire russe Poutine (je m'amuse) ne reprennent pas non plus cette même dépêche AFP de façon exactement identique. Par exemple, Glanz a tweeté : "Vous m’avez non seulement explosé la gueule, manqué de m’arracher une couille, mais surtout empêché de faire mon travail pendant la manifestation, et ça, ça ne sera pas pardonné". Cette précision est reprise par RT, mais pas par Match.

A noter enfin que si Gaspard Glanz, dans cette dépêche AFP est journaliste à part entière, Taha Bouhafs n'est encore que "journaliste militant". A quelle date, avec quelles notes, quels coefficients, Gaspard Glanz a-t-il réussi son examen de passage au journalisme, et pas Taha Bouhafs ? Est-ce la précision des détails de Glanz sur sa blessure qui le qualifie en tant que journaliste à part entière ?  Ce n'est pas expliqué dans la dépêche.

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