Champs Elysées, l'attentat qu'on attendait
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Champs Elysées, l'attentat qu'on attendait

Pour tout avouer, on avait coupé le son. On surveillait l'émission du coin de l'oeil

en dinant, Mélenchon était déjà passé, Le Pen aussi, on attendait Poutou, et Fillon, quand apparut sur l'écran l'image orange d'une rue barrée, et des silhouettes de policiers à la lumière bleutée des gyrophares. Immédiatement on sait que c'est lui, c'est arrivé, l'attentat-de-quelques-jours-avant-la-présidentielle, celui qui va rebattre les cartes, relancer Fillon et Le Pen, c'est maintenant, on y est, le timing est trop parfait pour que ce soit autre chose. Mais où on a mis la télécommande ? Voilà, un policier tué, l'assaillant aussi, le quartier bouclé, c'est parti.

C'est mieux et pire que tout ce qu'on pouvait craindre, du travail de pro, les Champs Elysées, plus-belle-avenue-du-monde, coeur du sanctuaire, répercussion maximum immédiate, d'ailleurs Trump tweete dans la foulée, tout colle. Le timing aurait été encore plus parfait si c'était tombé pendant Mélenchon, ou pendant Le Pen, mais sans doute Daesch n'avait pas l'ordre de passage des postulants. Dès lors, il y a deux sortes de candidats. Non plus les petits et les gros, mais ceux qui sont passés avant, et ceux qui passent après, dans le nouveau paysage que dessine l'attentat, dans les interstices du live que Pujadas improvise en pointillés, cherchant l'impossible équilibre entre casser l'antenne et continuer comme si de rien n'était, lisant ses dépêches, puisqu'il n'a pas de prompteur. Ce serait les suites d'une attaque à main armée, avance-t-il. Et puis non. Un deuxième policier est mort. Et puis non. Il est dans son élément.

Le premier à enchainer derrière la nouvelle, donc, c'est Poutou. On parle Guyane, cultures maraîchères, puis Salamé : " question d'actualité, avec ce qui se passe ce soir sur les Champs Elysées, vous voulez le désarmement des policiers ?" Poutou, imperturbable :oui, on veut désarmer les policiers, car ils agressent et gazent dans les manifs, et font chier les jeunes dans les quartiers populaires. Aie aie aie camarade ! Où sont passés tes conseillers ? (Poutou se déclarera "attristé" lors de son speech de conclusion, en rappelant que "la lutte contre le terrorisme, c'est d'abord la lutte contre la politique française à l'international" mais c'est trop tard, la fachosphère et la bienpensance journalistique l'avaient déjà éparpillé contre les murs).

Arrive ensuite Macron. Il a eu un quart d'heure de plus pour se préparer. Avec la gravité de rigueur, il explique qu'il a laissé dans sa loge l'objet transitionnel que Pujadas-Salamé ont demandé à chacun d'apporter sur le plateau, l'objet qu'ils poseraient sur le bureau de l'Elysée, au cas où. Macron, c'est le livre de grammaire de sa grand mère. Mais avec ce qui vient de se passer, l'heure n'est pas aux enfantillages, pas question, le livre de grammaire est resté consigné dans la loge, regardez comme je suis ferme dans la tempête, admirez l'homme d'Etat.

Fillon passe en dernier. Tapis rouge. Il a eu tout le temps de fourbir, de polir. Pour la première fois depuis trois mois, l'évenement lui sourit. Mais il trébuche sur la panique, en glissant "on nous laisse entendre qu'il y a d'autres violences ailleurs dans Paris" (rien ni personne ne laisse entendre ça). D'ailleurs, Fillon va interrompre sa campagne, ce qui accessoirement lui évitera de devoir répondre à Closer, dont le scoop du jour couronne la campagne.Bref, pas certain que le coup soit réussi, les dés roulent encore.

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