Antipass/antivax : "débordements" à Belfort
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Antipass/antivax : "débordements" à Belfort

Toutes les comparaisons – tentantes – entre la montée actuelle de l'extrême-droite et les années 30 se heurtent à une différence, de taille : dans les années 30, la pression nazie et fasciste s'exerce dans la rue, en chemises noires ou brunes, ou en manifestations à parapluies renforcés. Rien de tel aujourd'hui en France. Ce n'est pas une raison pour ne pas être vigilants. Ainsi, les événements de Belfort, samedi 6 novembre.

Ce jour-là, une centaine de participants à la manifestation hebdomadaire des antipass, à Belfort, font irruption dans l'immeuble où se trouvent les bureaux de l'Est Républicain (groupe Ebra,  Crédit Mutuel). Selon le journal, qui en rend compte sous le titre "trois débordements émaillent la manif antivax", ils tentent d'enfoncer la porte. Mais la rédaction, depuis une autre récente tentative d'intrusion, a fait poser une porte blindée, qui résiste aux coups d'épaule. Les manifestants refluent alors, en actionnant des cornes de brume, en déchirant dans l'escalier des fac-similés du journal, et en jetant des œufs. En ville, ils traversent (sans masques) un centre commercial, vont coller des tracts sur les vitres extérieures du hall d'accueil de la tour de la Sécurité sociale, avant de s'introduire dans la bibliothèque municipale (dont l'accès est soumis à la présentation du pass sanitaire). Le Syndicat national des journalistes a protesté. Quant au préfet du Territoire de Belfort, il a "dénoncé avec fermeté les graves incidents survenus au cours de la manifestation des antivax de ce jour". Suite à la plainte d'un résident de l'immeuble de l'Est Républicain, une enquête de police a été ouverte.

Quelles sont donc les "fausses informations" et les "mensonges" reprochés par les antipass au quotidien local ? Ni le texte du SNJ ni l'article de l'Est Républicain ne le précisent. Replongeant dans les archives du journal, je retrouve toutefois le compte-rendu par l'Est Républicain de la manifestation antipass du 28 août dernier. Le journal y racontait comment a été donné lecture d'une lettre aux ministres du colonel honoraire Jacques Amiot, de Besançon, dénonçant, résumait le journal, "la manipulation mondiale, la dictature, la gestion sanitaire et la propagande" à propos de la campagne vaccinale. Le colonel Amiot était par ailleurs signataire de la "lettre des généraux" qui, au printemps dernier, menaçait le pouvoir "d'une intervention de nos camarades d'active dans une mission périlleuse (...) de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national". Mais le journal ne le précisait pas.

Dans le même compte-rendu de la manifestation du 28 août, le journal citait aussi la présence d'un élu municipal de Ronchamp (Haute-Saône), Christophe Devillers. Le journal ne précisait pas l'appartenance politique de cet élu, qui vient de rallier la future candidature d'Éric Zemmour en saluant l'occasion, pour l'ensemble des militants de la droite nationale, "de se retrouver et de travailler ensemble". Autrement dit, pour décrire le noyautage des manifestations antipass par l'extrême droite, le journal livrait des détails factuels, plutôt caractérisés par la sobriété, voire l'élusion, que par l'hyperbole. Est-ce ce qui lui est reproché ? Dans un tweet, l'élu Christophe Devillers reconnait que "si des débordements ont eu lieu" le 6 novembre à Belfort, le préfet "est dans son rôle de les condamner". Il lui reproche toutefois une "manipulation", pour avoir évoqué une manifestation "d'antivax". Il a bien raison. Les mots sont importants.


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