Après le crash
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Après le crash

Dur. L'émission de cette semaine a été une souffrance pour vous, et vous le criez dans le forum. Elle a aussi été une souffrance pour moi. Pour garder son calme, et tenter de mener le bateau au port malgré les hurlements d'Elisabeth Lévy, je vous assure qu'il faut vraiment espérer de la nature humaine.

Alors soufflons un peu, contemplons la magnifique illustration de cette chronique (ne me demandez pas pourquoi celle-là, je sens juste que j'en ai besoin) et reprenons. Comment avons-nous composé ce plateau ? J'ai découvert le livre de Mohammed Sifaoui par hasard dans une librairie. Son éditeur ne nous l'avait pas envoyé. Attiré autant par le sujet que par l'auteur, venant d'où il vient, j'achète, je lis, je me dis : enfin quelqu'un se colle au travail de réfutation de Zemmour, lémédias qui raffolent de Zemmour vont être obligés d'en parler. J'attends. Rien. Bon, ça va être pour notre pomme. On invite Sifaoui, qui accepte. Comme prévu, Zemmour refuse (quel intérêt pour lui à faire de la pub à un livre qui le ramène à son état d'imposteur ?), et je me demande donc : pour tenir le rôle de défenseur de Zemmour, qui ?


Je pense d'abord à Philippe Bilger, haut magistrat blogueur, qui a plusieurs fois défendu les saillies zemmouriennes. Mais il est aux antipodes. Elisabeth Lévy s'impose ensuite. Dans Causeur.fr, elle le défend systématiquement. J'ajoute que ce site (et le magazine mensuel dérivé) est bien tenu, intellectuellement maitrisé, agréablement discordant, même si au bout de deux ou trois articles les grosses ficelles apparaissent : le principe est d'être, comme Pierre Dac, contre tout ce qui est pour, et pour tout ce qui est contre. Avec juste un léger problème : ils ne se sont pas aperçus qu'à force de taper sur la-bien-pensance-Libé-Le Monde-les Inrocks, fantasmée comme toute-puissante, ils se retrouvent enrôlés dans le grand orchestre Mougeotte-Sarkozy-Hortefeux--Zemmour-Morano-Pernaut-Raoult-Besson-Thréard etc, qui dispose aussi d'une certaine puissance de feu. Mais enfin, chacun ses points aveugles.

Depuis la cessation de son éphémère activité de chroniqueuse sur notre site, je n'ai plus revu Elisabeth Lévy. On ne se fréquente pas dans la vie, on ne se croise pas. J'avais le souvenir de quelqu'un, certes, d'éruptif, mais enfin, d'accessible à une discussion. Je savais sa complicité avec Sifaoui. Je voyais bien son cinéma sur les autres plateaux, mais je me disais que chez nous, en confiance, c'était jouable. L'échange d'arguments. La joute intellectuelle. Le désir de convaincre. La disponibilité à être convaincu. Tout ça. Je pense toujours que les gens valent mieux que ce qu'ils montrent.

Patatras.

Que dire ? Evidemment, Elisabeth Lévy, sur le site, c'est fini. Ni-ni, ni. Promis. Non pas que sa "mouvance idéologique", comme elle dit, ne mérite pas la parole, il est toujours plus intéressant de débattre avec des gens d'opinions discordantes, et dérangeantes. Mais preuve est faite qu'elle est désormais ailleurs. Elle appartient à un autre monde, dont je n'ai pas les clés (et je ne tiens pas spécialement à les avoir). Pendant ses chantages au départ, je me disais, comme beaucoup d'entre vous j'imagine, "ah oui, qu'elle parte. On va souffler." J'aurais dû lui dire. Au point où on en était.

Peut-être aussi aurait-on dû expurger l'émission de tout ce cirque, et vous proposer une version courte, à côté de la version longue. Prisonniers de notre dogme (on ne coupe rien) on s'est même refusés à l'envisager. Mais il ne faut pas être prisonniers des dogmes.

Reste un problème accessoire : faut-il consacrer de l'énergie à réfuter le zemmourisme, à démonter les fausses évidences, les approximations, les raccourcis, les arnaques ? Je pense plutôt que oui. Mais il faudra le faire autrement (même si on peut toujours se dire, pour se consoler, que cette affligeante émission a le mérite pédagogique de montrer, en creux, l'inaptitude du zemmourisme à supporter une contradiction argumentée).

Désolé pour votre vendredi soir. Désolé pour le moment d'excitation neuronale que vous attendez (ah, tous ces nouveaux noms, dans le forums.Tous ces spectateurs habituellement muets, donc, j'imagine, satisfaits. En creux aussi, c'est tout de même un réconfort). On essaiera de ne pas recommencer.

En attendant, sur le même sujet, et si vous ne l'avez pas déjà dévoré, je vous recommande l'article de Dan Israel. Cet article présente en outre l'avantage de nous faire méditer sur les caractéristiques comparées de l'écrit et de l'oral, pour traiter des sujets délicats.

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