Black Mirror, ou comment en parler ?
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Black Mirror, ou comment en parler ?

Chercheurs, journalistes, cinéastes, écrivains, sont parfois étreints par le sentiment accablé

que le grand chavirement numérique échappe à toute description humaine, que ces vertiges nouveaux sont simplement impossibles à mettre en mots, ou en images. L'engloutissement numérique de tous les aspects, personnels, sociaux ou politiques, de nos vies pratique la dissuasion par l'emballement. Cela n'empêche pas d'essayer : nous vous proposons ce matin le premier épisode d'un passage en revue des nouveaux algorithmes, connus ou inconnus, qui nous gouvernent. Mais à peine aura-t-on écrit, qu'on sera déjà dépassés depuis longtemps, laissés sur place par l'émergence d'une nouvelle plateforme, d'un nouveau réseau, qu'on n'avait pas vus venir. Alors à quoi bon ?

Et puis, arrive une nouvelle saison de Black Mirror. Mais comment fait-il, Charlie Brooker ? Il faut à chaque fois prendre acte de ce qu'il tape juste. Piratage, emprise des réseaux sociaux, réalité virtuelle, conditionnement mental : les six épisodes polyphoniques de cette troisième saison, disponible sur Netflix depuis la semaine dernière, traitent tous ces thèmes, et presque à chaque fois, tapent dans le mille.

Chute libre

La première réussite de Black Mirror, c'est que la série parvient à se tenir à égale distance de la condamnation et de la fascination. Si elle penche parfois plutôt du côté de la condamnation horrifiée (Chute libre, le premier épisode, et sa peinture de la dictature de la gentillesse sucrée) et parfois plutôt vers la fascination incertaine (San Junipero, le quatrième), on dirait qu'elle ne se pose pas ces questions-là. Au-delà de quelques jugements de valeur évidents (oui, le cyber-chantage, c'est mal, Tais-toi et danse, épisode 3) Brooker se demande surtout comment embrasser le phénomène. Et surtout, ce qui est assez élémentaire, comment construire une bonne histoire à chaque fois.

Que dire de cette troisième saison ? Pas grand chose de plus. Ce n'est pas l'envie qui m'en manque. J'adorerais vous raconter l'épisode San Junipero, à mon sens le plus beau et le plus fort. C'est l'histoire de deux. Enfin disons que ça traite le thème de. Et l'extraordinaire, dans la scène de fin, c'est que. Mais c'est tout simplement impossible. Tout début de commencement de description serait un spoil. C'est d'ailleurs une limite assez incontournable de tout discours critique sur les séries. Pour critiquer, il faut décrire un minimum l'intrigue. Et décrire, parfois, c'est déjà spoiler. Il est d'ailleurs assez remarquable que dans les nouvelles sociabilités numériques, ce tabou du spoil tienne tant bien que mal le coup, comme à la belle époque des critiques professionnels, qui ne dévoilaient pas la fin. Dans la jungle des forums, on s'insulte, on se hashtague, on se pourchasse, on se menace de mort, mais on ne spoile pas. Beau sujet, soit dit en passant, pour un prochain épisode.

San Junipero

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