La Chasse au snark : "flouter les visages des ados, c'est les enfermer"

Arrêt sur images

Notre émission sur un documentaire de Tënk

Tënk & Arrêt sur images
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Des adolescents et des pré-adolescents difficiles et leurs rapports intenses, parfois tendus, avec les éducateurs et les enseignants : c’est le sujet, délicat, du documentaire La Chasse au snark qui nous montre un établissement très différent de toutes les idées reçues. Nous avons invité son réalisateur François-Xavier Drouet qui a filmé pendant un an la vie de cette institution basée à La Louvière en Belgique, née d’un projet d’autogestion et d’éducation non-répressive, et qui accueille une trentaine de jeunes inadaptés au système scolaire classique. Il est accompagné de Louise Tourret, journaliste spécialiste des questions d’éducation, animatrice de l'émission Rue des écoles sur France Culture et chroniqueuse pour le site Slate ainsi que François Laboulais, chargé de mission Education aux médias au sein des CEMÉA, mouvement national d'éducation nouvelle.

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Acte 1

Première scène du documentaire : on découvre Angèle, pensionnaire du Snark, personnage principal, filmée par le réalisateur François-Xavier Drouet qui pose d’emblée l’idée du lien entre ados et éducateurs. L’auteur s’est intéressé au départ à cet établissement autogéré pour son projet politique, même si le Snark s’est depuis normalisé. Deuxième scène avec Angèle : elle se montre capable de distanciation entre son rôle face aux autres ados (en majorité masculins) et sa propre personnalité. Cette complicité exige du temps afin de dépasser la caricature que les ados donnent d’eux-mêmes dans un premier temps, estime Drouet.

Acte 2

Le réalisateur, qui a passé une semaine par mois pendant un an au Snark, raconte qu’il faisait partie du lieu. Il a provoqué des situations (autour d’un foot ou de la guitare) dans lesquelles les ados pouvaient se révéler. François Laboulais a utilisé le documentaire, primé au festival du film d’éducation, dans le réseau des Cémea mais aussi de leurs partenaires : le réseau Canopée (rattaché au ministère de l’éducation national) et de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Il regrette que, même au Snark, le rappel à la règle domine parfois. PourLouise Tourret, le Snark n’est pas si éloigné de l’école classique.


Acte 3

En réaction à un extrait d’un Complément d’enquête (France 2) consacré aux ados en difficulté, Drouet regrette qu’on floute leur visage, ce qui leur enlève selon lui leur subjectivité et leur altérité. Le réalisateur prend aussi le temps de leur expliquer le sens de ce qu’il fait, contrairement aux journalistes qui ont peu de temps. Les jeunes ont conscience du champ de la caméra et savent comment ne pas apparaître dans le film (comme Angèle qui ne veut pas montrer la photo de son père à la caméra). Pour Laboulais, si le film donne à voir les tensions dénouées entre éducateurs et ados, il manque pour autant le projet pédagogique de l’établissement.

Acte 4

Entre son premier tournage en 2008 (à retrouver ici) et son film de 2010, Drouet concède en effet que le Snark a perdu en cours de route le projet politique (proche de l’école de La Borde). Exemple: ne pas assigner des gens à des fonctions et dépasser la frontière entre soignants et soignés. Cela dit, le documentaire est aux antipodes de l’image sur les ados turbulents véhiculée dans les émissions des grandes chaînes privées et notamment Pascal le grand frère (TF1) ou Sos ma famille a besoin d’aide (NRJ12). Drouet y voit des séquences de dressage. Tourret dénonce le retour à l’ordre, notamment dans le programme de François Fillon, mais convient que c’est une idée qui marche politiquement.

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