Ruffin : "Brel a fait de moi un homme de gauche"

Arrêt sur images

Liberté, émancipation, empathie : Brel, au secours de la gauche ?

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L'émission
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  • Avec
    François Ruffin et Bruno Hongre
  • Presentation
    Daniel Schneidermann
  • Préparation
    Adèle Bellot et Laurène Bureau
  • Deco-Réalisation
    Sébastien Bourgine et Antoine Streiff
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L'histoire de cette émission a commencé début mai : François Ruffin poste une vidéo sur Youtube où il parle brièvement de Jacques Brel. Il n'en aura pas fallu plus pour intriguer Daniel Schneidermann : qu'est-ce qu'un responsable politique de gauche comme Ruffin peut avoir en commun avec Brel, chanteur qui n'a jamais éprouvé le besoin de s'engager politiquement ? Pour en discuter, deux invités : François Ruffin, député France Insoumise ; et Bruno Hongre, auteur de L'Univers poétique de Jacques Brel (Ed. L'Harmattan).

BREL, UN PROPHÈTE ?

On revient d'abord sur l'amour que portent les trois "breliens" sur le plateau au "Grand Jacques". Se souviennent-ils précisément de l'instant où ils sont tombés dans "la marmite Brel"? Pour Ruffin, "Brel est un modèle d'intégrité". S'ajoute une petite anecdote : un radio crochet remporté en chantant du Brel a Capella. De son côté, Bruno Hongre se dit "stupéfait par la qualité de ses textes". 

Soudain, les rôles s'inversent, Ruffin délaisse sa chemise de député pour redevenir journaliste : "Et toi Daniel ?" Quelques instants déstabilisé, Daniel Schneidermann se remémore "le" déclic : "c'est après m'être fait larguer pour la première fois à quinze ou seize ans. Je suis en train de me rouler par terre de douleur et j'entends Brel en boucle". Ruffin n'hésite pas à recourir au vocabulaire religieux : "Quand Brel chante, c'est de l'ordre de l'office, du sacré. (...) Il y a chez Brel un côté christique". 

HOMME DE GAUCHE OU RÉAC ?

Brel était bel et bien croyant, rappelle Bruno Hongre. Mais il n'était pas un homme de gauche, nos deux invités s'accordent pour le reconnaître. Ruffin ne semble pas lui en vouloir. "Je peux vous dire en quoi il a fait de moi un homme de gauche". De nouveau, la référence religieuse : "c'est ce côté christique, la capacité à se solidariser avec ce qu'il y a de plus faible dans l’Humanité".

Cette sensibilité pour les plus faibles semble pourtant avoir une limite : les femmes. La compassion exprimée par Brel dans ses chansons va bien plus souvent vers les hommes quittés par une femme, que vers d'autres catégories d'êtres en détresse. "Mais elle ne se limite pas aux hommes largués, elle embrasse toute l'Humanité !" proteste Ruffin.

Dans certaines interviews, Brel a en effet développé des théories (archaïques ?) sur les rapports hommes-femmes : "Je crois qu'un homme est un nomade, il est fait pour se promener, aller de l'autre côté de la colline. Je crois que par essence, la femme l'arrête. L'homme s'arrête près d'une femme et la femme a envie qu'on lui ponde un œuf, alors on pond un œuf (...). Mais l'homme est un nomade, toute sa vie, un homme normal rêve de foutre le camp (...) alors que la femme a un rêve, c'est de garder le gars".

Attention cependant à ne pas le qualifier de phallocrate, selon Hongre, "il est misogyne par autoprotection masculine, parce que c'est un grand timide !"Chacun son Brel" préfère conclure Daniel Schneidermann, tandis que François Ruffin élude la question. 

"LES BOURGEOIS, C'EST COMME LES COCHONS"

Retour à la politique : à quel bord appartenait-il ? Brel n’est pas l'homme de l'égalité -valeur fondamentale de la gauche- mais "c’est l’homme de l'émancipation" dit Ruffin. "Pas seulement une émancipation pour lui-même. Ce qu'il réclame, c'est la possibilité pour les autres de s'émanciper aussi et de les inviter à réussir leur folie". 

Le rédacteur en chef de Fakir perce encore sous le député. Question à Daniel : "Et pour vous, il est de gauche Brel ?"  "Non pas du tout, mais moi, je m’en fous qu'il ne soit pas de gauche !"

Encore une fois, Ruffin ne peut taire son inspiration brelienne : "c'est sûr, j'aimerais tellement être Brel (à l’Assemblée Nationale) !" Non seulement pour écrire ses textes, mais aussi pour les interpréter à la tribune. "Le problème de l’Assemblée Nationale, c’est que j'ai l’impression d’être dans une chambre froide, avec des gens qui n'en ont rien à foutre en face".

RUFFIN, ÉLU BRELIEN ?

Après la fin -brutale mais souhaitée- de sa carrière musicale, Brel va faire quelques apparitions au cinéma. Disons que la réussite sera ici...moins éclatante. Et pour cause, nous explique François Ruffin, "une fois qu'on a touché le ciel, qu'on a traversé des années d'état de grâce, (...) qu'est-ce qu’on peut faire après ?".

N'y a-t-il pas justement dans l'action politique de François Ruffin une inspiration brelienne ? "Il y a un point commun (entre nous deux) : c’est une parole libérée, qui libère. Qu'est ce qu'ils me disent les gens dans la rue ? Vous nous apportez une bouffée d'air, vous nous faites respirer." 

Lancé dans une grande comparaison, Ruffin ajoute : "je pense que je remplis une fonction spirituelle -je sais que ça peut être prétentieux- : je n'agis pas sur la réalité de la matière, je n’ai rien transformé, mais je (...) lutte contre la résignation, contre l’indifférence, contre le découragement. Comme quand j’ai écouté Mathilde en boucle et que ça m'a donné envie de repartir au combat". 

Pour conclure cette émission, c'est à un autre chanteur que François Ruffin a choisi de faire appel : "pour citer Balavoine, je ne suis pas un héros".

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