Médias et sondages : "Il y a une forme de paresse"
L'émission
  • Avec
    Nonna Mayer et Louis Hausalter et Mathieu Gallard et Nicolas Hubé
  • Presentation
    Maurice Midena
  • Préparation
    Adèle Bellot
  • Deco-Réalisation
    Sébastien Bourgine et Antoine Streiff
Réservé à nos abonné.e.s

Peut-on encore se fier aux sondages ? C’est la question que l’on est en droit de se poser après avoir lu, le 4 novembre dernier, une enquête du Monde intitulée "Dans la fabrique opaque des sondages". L'enquête est signée Luc Bronner, grand reporter et ancien directeur de la rédaction du quotidien. Le journaliste s’est inventé des faux profils pour répondre à des sondages divers et variés comme des enquêtes marketing, ou des enquêtes d’opinion ; et ces fausses identités utilisées n’étaient pas vérifiées par les instituts de sondage. Un problème parmi d'autres pointés dans cet article qui dépeint l’opacité du "business" des sondages. Cet article du Monde était par ailleurs étrangement inédit dans le journalisme, tant les médias se sont rarement penchés sur les cuisines d’un outil, les sondages, qu'ils utilisent pourtant beaucoup. À cinq mois de la présidentielle, les sondages se multiplient et annoncent même un certain Éric Zemmour au second tour du plus important des scrutins, polarisant le débat médiatique autour de la figure du polémiste. Alors même que ces dernières années, les sondages étaient loin d’avoir toujours vu juste

Alors faut-il en finir avec les sondages ? Ou avec les usages médiatiques des sondages ? Nous en avons parlé cette semaine avec nos quatre invités, Louis Hausalter, journaliste politique à Marianne, et coauteur d’un dossier paru en octobre dernier dans son hebdomadaire, intitulé "Dans les cuisines des sondages", paru avant l’article du Monde ; Nonna Mayer, directrice émérite de recherche au CNRS, spécialiste en sociologie électorale, connue pour ses travaux sur le vote Front national, et depuis près de 20 ans coordinatrice du baromètre du racisme de la Commission nationale consultative des droits de l’homme ; Matthieu Gallard, directeur d’étude à l’institut de sondage Ipsos, invité d'ASI en juin dernier, pour parler notamment du rôle des médias dans l’abstention record de 66 % qui avait secoué les élections départementales ; et enfin Nicolas Hubé, professeur en sciences de l'information et de la communication à l'université de Lorraine et coauteur en 2008 du livre Faut-il croire les sondages ? aux éditions Prométhée.


Moins de jeunes et de classes populaires

Dans l'enquête de Louis Hausalter, de Marianne, comme dans celle du Monde, on pouvait lire qu’un des problèmes rencontrés par les entreprises de sondages est la difficulté d’interroger suffisamment de jeunes et de personnes issues des classes populaires. Ce dont se plaignent les membres de la France insoumise depuis plusieurs semaines, comme la députée Mathilde Panot, au micro de Sud Radio : pour elle, les sondages "effacent le vote populaire". Notre invité Nicolas Hubé abonde en ce sens et explique que les sondeurs ne prennent en compte que les réponses des personnes certaines d'aller voter : "Effectivement, ça ne va pas être des classes populaires, ça va être des personnes un petit peu plus diplômées, ou des personnes qui ont un passé plus militant, qui vont être syndiquées." Mathieu Gallard s'en explique :  "Les jeunes, les catégories populaires sont moins représentées. Mais in fine en avril prochain, comme à chaque élection, les catégories populaires et les jeunes iront moins voter."


De la paresse

Des sondages actuels, on s’en plaint à gauche, mais pour d’autres, c’est un peu la panacée : comme pour un certain éditorialiste du Figaro et de CNews, pas encore candidat, mais quand même, un peu… D'ailleurs, dès le premier sondage qui a annoncé Éric Zemmour au second tour, les chaînes d'infos en ont fait leur beurre. "Il y a une forme de paresse, nous explique Louis Hausalter, […] faire du commentaire, très longuement à l'antenne, sur un seul sondage, ça pose quand même la question de la qualité qu'on veut mettre dans l'analyse journalistique. Mais le fait que Zemmour soit à 17 %, et surtout qu'il ait eu cette ascension très brusque dans tous les instituts, ça, c'est quand même un fait politique qu'il faut analyser." 


Un sondage, plusieurs analyses

Il y a tellement de sondages que l’on retrouve souvent les mêmes, à l’instar des marronniers dans la presse. Parmi ces "marronniers sondagiers", les classements des "préoccupations des Français". Même si, dans les dernières enquêtes, le pouvoir d'achat apparaît en tête des préoccupations de nos concitoyens, les journalistes des chaînes d'info "zooment" sur la préoccupation numéro 2 : la sécurité. "Le problème que l'on voit là-dessus, ce n'est pas en soi le sondage, analyse Nicolas Hubé, mais la manière dont il est présenté."


Pour aller plus loin

- Le dossier de Marianne sur les sondages, leurs coulisses, leurs échecs… 

- Une conférence iconique du sociologue Pierre Bourdieu sur les sondages,"l'opinion publique n'existe pas".

- Le 30e baromètre sur la lutte contre le racisme de la CNCDH, coordonné par Nonna Mayer.

- Faut-il croire les sondages ?, livre de Nicolas Hubé, paru en 2008. 

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