Complots : "Heureusement, nos élèves nous font parfois confiance"

Arrêt sur images

Profs, anthropologues, humoristes : quels contre-récits ?

L'émission
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Face à des adolescents qui croient aux Illuminatis, qui se demandent ce qui a bien pu réellement se passer à Roswell, qui ne sont pas tout à fait certains que Michael Jackson soit bien mort, que doivent, et que peuvent faire les profs désemparés, les gouvernements préoccupés, les journalistes, forcément concernés... si tant est qu'ils doivent faire quelque chose ? Après avoir raconté cet été comment étaient nées ces croyances, comment elles se fortifiaient, se nourrissaient, prospéraient et se croisaient les unes avec les autres, l'heure est venue d'envisager les contre-récits possibles.

Le making-of de l'émission, par Justine Brabant

Et du coup, on fait quoi ? On s'inquiète – ou pas ? On agit – si oui, comment ? On lutte "contre le complotisme"– au risque de se battre contre une notion large aux contours parfois flous ? Et qui est "on", d'ailleurs : profs, journalistes, élus, chercheurs, militants ?

Lorsque nous ébauchons les contours de notre série d'été, au mois de mai, nous avons ces questions dans un coin de tête. Nous nous les réservons pour une émission finale. Avec qui ? Pour ma part, j'ai bien envie d'inviter, aux côtés de journalistes et de chercheurs, des militants syndicaux qui ont travaillé spécifiquement sur la question des complots (en mettant au point des "fiches pratiques", comme l'intersyndicale Solidaires).

Mais, alors que nous tournons les premiers numéros de notre série, un intéressant débat naît par tribunes interposées. Il oppose des enseignants. Cela commence, le 22 juin, avec la publication dans Libération d'un texte titré "La théorie du complot et les pompiers pyromanes."

Pour ses auteurs, la "lutte contre le complotisme" est la "nouvelle marotte du moment" du ministère de l'Education Nationale. Une marotte qui leur paraît problématique à plusieurs égards. Les séances de sensibilisation sur les complots reposeraient sur "une volonté contre-productive de normalisation des représentations" : contre-productive parce que "au mieux, les élèves les plus malins ou les plus provocateurs sauront piéger les commissaires politiques de la rééducation mentale, au pire, les contre-feux maladroitement allumés ne feront que transformer les convictions timides en brasiers." La tribune est signée de professeurs du secondaire, de sociologues et d'anthropologues.

J'appelle Catherine Robert, l'une des signataires, prof de français dans un lycée d'Aubervilliers. Elle est d'accord pour venir nous détailler son point de vue. Elle nous suggère d'inviter également l'anthropologue et mythologue Jean-Loïc Le Quellec. C'est avec lui qu'elle mène le projet "anthropologie pour tous" : une initiation aux sciences sociales pour les élèves de son lycée.

Leur objet d'étude privilégié : les mythes. Ils ont ainsi récolté et consigné tous les mythes racontés dans les familles des lycéens – de manière à montrer, au-delà de la diversité de leurs origines géographiques, le caractère universel de leurs structures. "Les lycéens s'aperçoivent que ce qu'ils percevaient comme strictement familial et identitaire est très répandu, avec des structures que l'on retrouve dans d'autres mythes (parfois venus d'autres continents), mais également dans des légendes contemporaines" m'explique Le Quellec au téléphone, depuis la Vendée où il réside. Le rapport avec les complots ? "C'est une manière de prendre ses distances avec les croyances en général !" Il est également partant pour venir participer à notre émission.

Entre-temps, leur tribune dans Libération a reçu une réponse : "Complotisme : qui sont les pompiers pyromanes ?", s'interroge (toujours dans Libé) un autre groupe de profs, de chercheurs et de journalistes. Ses signataires rappellent qu'un certain nombre d'enseignants et chercheurs n'ont pas avoir attendu le plan gouvernemental de lutte contre le complotisme pour travailler sur ce sujet. Ils regrettent que la première tribune "donne des leçons à ceux qui entendent mener ce combat" sans, selon eux, réellement connaître la teneur de ces initiatives pédagogiques. Voilà qui promet une discussion franche et musclée.

Parmi les auteurs du texte : une prof d'anglais de Saint-Ouen, Sophie Mazet. Son nom nous est familier : nous l'avons contactée pour lui proposer de venir tourner un "classe-télé" avec ses élèves – mais le calendrier chargé de fin d'année scolaire ne nous avait pas permis de concrétiser l'idée. Elle est l'auteure d'un Manuel d'autodéfense intellectuelle tiré des séances de "cours d'autodéfense intellectuelle" qu'elle propose à ses lycéens. Je l'invite à venir sur notre plateau avec Catherine Robert et Jean-Loïc Le Quellec, et elle accepte tout de suite.

Pour que l'émission ne se limite pas à un débat entre enseignants, j'ai également contacté les signataires non-profs de la seconde tribune de Libé. Las ! Ni le sociologue Gérard Bronner, ni Thomas Huchon (de Spicee), ni Emmanuelle Daviet (de France inter), ni Rudy Reichstadt (de Conspiracy Watch) ne peuvent se libérer à l'horaire prévu pour notre tournage. Quant à Romain Pigenel, du Service d'information du gouvernement (SIG), qui a conçu le site "On te manipule" (dont il est question dans l'émission), il n'a jamais répondu à mes appels et sms.

Mais nous avons une botte secrète : un journaliste spécialisé dans les pastiches de vidéos complotistes, qui a officié sur Radio Nova et dans le Before du Grand Journal (Canal+) : Giulio Callegari. Pourquoi avoir choisi la parodie pour aborder ces questions ? Revendique-t-il le statut de "simple" divertissement, ou estime-t-il que l'humour peut avoir des vertus pédagogiques ? Il y répond dans notre émission.

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