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Un holocauste minuscule

Derniers commentaires

merci pour cet hommage aux hommes et à ce temps criminel où nous ne sommes que cendres!!
Il me reste deux boites Judith. ça vous ira?
Avant de commencer je demande à mes lecteurs de prendre le temps de regarder - en serrant les dents - Cette immolation historique et terrible

Vous remarquerez accessoirement deux choses :

- En Asie (ici nous sommes chez moi, à Saïgon) personne ne songe à interdire quoi que ce soit à quiconque... Même de se suicider publiquement ! Essayez d'en faire autant en France aujourd'hui, juste pour voir ! Vive la liberté, finalement !

- On sent un incroyable soulagement au moment où le feu commence : il n'y a plus rien à faire, sauf regarder et prier !

Pour ce qui concerne Rémi (j'ai un peu de mal avec le prénom, je ne connaissais pas cet homme)

Il fait ça tout seul, on comprend pour quelle raison, je viens de l'expliquer, mais il le fait pourquoi, en fait ?

La sensible Judith tourne autour de la question, par la force des choses puisque - pas plus que moi - elle n'a rencontré cet homme quand il était vivant... Espérait-il réformer son groupe, la République Française sub-claquante sous le régne de Minus Ier, l'Occident mal barré face à l'Asie ?

Au-delà de l'horreur, il reste beaucoup de questions à résoudre :

- France Télécom (ou Orange pour mieux noyer le poisson et oublier un passé pas tellement glorieux) est un groupe immense, mal sevré de son époque service public (pas de concurrence, glandouille peu perturbée et tarifs adaptés pour payer tout le monde...)

- France Télécom est également, du fait de sa direction et avec la complicité active ou passive des sous-fifres, un fantastique repaire d'escrocs et de voleurs : j'ai des preuves très nombreuses (et écrites) de ce que j'avance, ayant été détroussé à plusieurs reprise, tant à titre personnel qu'à titre professionnel par ces braves gens. Ce qui a une conséquence : les pigeons, assez souvent, ne se gênent pas pour maltraiter leurs interlocuteurs. Même s'ils ne sont pas directement responsables des rackets et autres escroqueries mises en place par FT, ils sont au moins complices et de toute manière les seuls accessibles en agence ou au téléphone (comptez 45 minutes d'attente les bons jours)

- Peut-on exclure, au moins pour une partie des "suicidés" de FT, un déséquilibre psychique ou encore plus simplement des difficultés privées (couple, dettes...) qui se mêleraient avec un mal-être au boulot, puisqu'il est vrai que se suicider ici ou là n'est pas neutre : quand on est quitté par la femme qu'on aime on se suicide plutôt devant sa porte, c'est vrai !

- Comment ne pas dire que le sort des employés de FT n’est pas si terrible, surtout comparé à celui des millions d’employés du privé qui tremblent chaque mois (et même chaque jour) de perdre leur boulot, en sachant qu’il sera bien difficile d’en trouver un nouveau ? La rue guette tous ces gens, hélas ! Mais pas les employés de FT qui sont de facto inamovibles, qui auront une retraite de bonne heure avec des taux incomparablement plus élevés (sur le dos du contribuable et du [s]client[/s] cochon de payant client de FT)… Ce qui n’est pas du tout le sort réservé aux salariés du privé…

- Il m’arrive de penser que si les salariés du privé ne se suicident pas c’est parce qu’ils n’ont pas le temps (ils ont objectivement beaucoup plus de raisons de mettre fin à leurs jours que les “privilégiés” – même s’il y faut des guillemets – des grands groupes de la mouvance publique) En fait je me trompe : ils se suicident beaucoup mais on n’en parle pas du tout… C’est comme les otages : au-delà des noms des deux journalistes de France 3, qui a entendu, une seule fois les noms des accompagnateurs ou des autres otages Français ?

Deux poids, deux mesures ?

Je n’ose le croire !
S'il vous plaît, perdons l'habitude de dire france-télécom, mais "ORANGE" car il s'agit bien de cela...
Merci, Judith.

Dans un de vos liens, on voit l'usine de France Telecom près de laquelle il s'est immolé.

Étonnante, cette croix, non ?
Là non plus, on ne se déchaîne pas pour en parler dans les grands medias : http://owni.fr/2011/04/29/en-greve-de-la-faim-illimitee-depuis-79-jours-sur-twitter/
Les quelques fonctionnaires qui travaillent aujourd'hui à Orange/Ft sont des individus qui ont été choisis pour leur sens du travail bien fait et pour leur probité (grâce à un concours de la fonction publique). Ces fonctionnaires (au sevice de la collectivité) sont assermentés, ils ont prêté serment devant le juge au début de leur carrière (il y a au moins 15 ans). Aujourd'hui ces personnes sont dans une organisation professionnelle individualiste (management par la peur) dans laquelle il faut être meilleur que son collègue, il faut être un gagneur de ventes et un promoteur de marque commerciale.

Au moment où un individu, embauché individuellement à l'issu d'un entretien face à un recruteur ou par cooptation / piston, se dirait : "j'arrête les frais, je démissionne", ces personnes très impliquées dans le service à la collectivité (les collègues, les citoyens, l'Etat, etc), n'en font rien... Et en viennent à porter atteinte à leur vie quand la goutte d'eau fait débordé le vase.
Un retour vers la tendance à l'esclavagisme bien organisé par les donneurs d'ordres (Neuilly-Sur-Seine, Deauville, ...)

Je lis dans le 1ier poste des votes pourquoi en France ça ne bouge pas comme en Tunisie ? Mais comment on peut régresser à se demander cette question sans en avoir une réponse peut être flou mais facile à comprendre ?

Je ne sais pas genre quelques éléments :
_ Tunisie peuple globalement affamé depuis plusieurs décennies qui a donc conscience du principe d'exploitation de son prochain et de ce qu'est l'oppression des plus puissants (on dit riches dans le monde capitalisme) sur les plus faibles.
_ France pays parasiter par le paternalisme qui bloque l'évolution des entreprises, l'accès à l'emploi de ceux qui veulent travailler et en face des donneurs d'ordres qui inscrivent comme il faut les bons tabous (on ne parle pas des machines qui remplacent les Hommes et ne cotisent pas pour la population mais rapportent juste au patronat, surtout pas de protectionnisme face à des pays comme la Chine qui ne respectent pas les droits de l'Homme on met tout sur l'immigration pour stigmatiser et foutre tout ce qui est gênant à ce sujet derrière le mot "racisme" même si ça n'en est pas, ...) pour que les faibles dont ils s'occupent si bien d'appauvrir ne s'en rendent surtout pas compte et que les politiques qui les représentent ne parlent surtout pas de sujets facheux pour eux... résultat ils nous font parler d'assistanat (quasiment tous les hommes politiques parlent de revenus d'assistances) et que soit disant si on se bouge on trouve forcément un boulot ce qui est faux.
Une guerre d'imbéciles en France où les patrons sont plus intelligents dans leur manière de faire (seulement intelligent dans la manière hein car quand on voit l'objectif poursuivi c'est sacrément débile ...) et donc largement plus efficace face à des paternalistes mous, arrogants (mai 68) et datant du baby boom (papy boom).

Rendez-vous au prochain épisode
Ce qui est fascinant dans les phénomènes de souffrance au travail, c'est que la réaction des victimes n'est pas "Je vais casser la gueule à mon chef", (ou mieux : entreprendre une lutte syndicale ou politique), mais qu'elles retournent sur elles-mêmes le bâton, prenant en quelque sorte la responsabilité de ce qui leur arrive.
Je veux bien croire que la pression qui leur est faite a fini par annihiler toute autre perspective, et qu'un état de dépression grave, ça ne se décide pas. Mais avant d'en arriver là, est-il si impossible de refuser d'avaler les premières couleuvres ?

Il faut que l'époque ait fini par nous convaincre de confondre notre propre vie avec notre vie professionnelle pour en arriver à ces extrémités.
Il faut que la grande machine à broyer l'humain au profit du profit soit parfaitement au point.
Il faut que le fatalisme ait remplacé la lutte, mon pote.
Voilà. Des rats.
Un suicide flamboyant + un arrière-goût de révolution arabe + le Mal néo-libéral qui rôde + les médias qui ne s'intéressent qu'à des bêtises + une trouvaille langagière poético-bizarre en guise de titre + un gros zeste de bons sentiments + un brin de culpabilité + Bergman, qui passe bizarrement par là, caution culturelle sans doute... Certains dans le forum pensent qu'il s'agit de l'article du siècle. Bien joué.

Pourquoi Judith n'anime-t-elle plus d'émission ? Elle me manque.
Merci Judith pour ce texte qui oblige à sortir la tête du brouhaha "mariage princier", "Ligonnès", "percée de Hollande" et "Hosanna ! La first lady est enceinte !".... Bien sûr, mon esprit s'était arrêté sur cette nouvelle, réellement saisissante celle-là, mais s'était laissé emporter pas la valse habituelle bien trop rapidement.

Il est utile, je crois, de rappeler l'excellent documentaire "Orange amère" diffusé il y a quelques semaines sur France 5 en complément à votre article. Voici un endroit où le voir... je vous laisse chercher, chacun, un endroit où pleurer...

http://documentaire-streaming.com/video/506/Orange-Am%C3%A8re

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Il faut dire quand même que le contexte est très différent entre la France et la Tunisie. Vous le disiez d'ailleurs très bien dans une autre chronique : les peuples arabes ont avec la démocratie un rapport de jeune couple fiancés, nous on est comme un vieux couple sans désir.

Chez nous tout le monde trouve que tout va de plus en plus mal, mais on se contente de laisser continuer le jeu des représentations politiques traditionnelles alors qu'il ne mène à rien de super. Quand on est un peu plus audacieux que d'habitude, on vote Sarkozy, qui ose dire sans complexe "oui, il faut continuer avec le même système, mais en plus fort, si si vraiment ça va marcher". De toute façon personne n'a de solution qui plaise à tout le monde, et puis si on voulait faire quelque chose il faudrait le faire au niveau européen, et on n'a pas le courage de re-révolutionner la politique européenne, on a déjà donné y'a 200 ans.

Avec un peu de chance, un de ces jours on sera bien forcés de changer quand même.
excellent
C'est dommage que cet article ne soit pas en accès public : ça aurait pu contribuer à rendre cet holocauste moins minuscule.
On est fait des autres... Un suicide, c'est donc aussi un acte contre les autres. Envers les autres... Voilà aussi pourquoi France Telecom et les entreprises "citron" doivent se sentir concernées...
Nous nous rapprochons chaque jour du kamikaze...
Bel article, et qui nous dit l'urgence et le respect du recueillement mais aussi l'urgence à réagir; comme il est étrange d'observer l'inaction
actuelle, la sidération qui est la nôtre devant les injustices actuelles.Par comparaison, les arabes sont bien plus éveillés, bien plus critiques; et ils vont jusqu'au bout, jusqu'à mourir. Je pense comme vous, Judith, que ce geste a une portée symbolique qui mériterait plus d'échos, c'est une interpellation, une volonté de nous impliquer, de nous mobiliser.Hélas! que ce mur noirci est triste! que la banalité qui l'entoure est désolante!Bouazzizi Mohammed aura eu un hommage collectif plus glorieux, quel panache pour ces peuples en révolte, malgré leur misère!
Pour que les médias réagisses, il aurai fallu un massacre, rémy tue 20 personnes à france télécom mérignac (de préférence ceux qui lui en ont fait voir), mais ça aurai éclipsé ça souffrance personnelle au profit des victimes.
c'est une machine bien huilé où la concurrence fait loi, les employés de france télécom ce suicide en voyant leur travail changer, ceux des grandes boites privées baisses la tête et serrent les fesses (ils ont l'expérience de l'habitude).
Qu'attendre d'un gouvernement néolibéral qui à pour idéale l'argent ? marche où crève.
Rémy a choisi, il arrête de marcher.
y a t-il un autre choix dans un pays qui écrase ceux qui fond un pas de coté ? (voir tom et léa et )
Vous dîtes : "Stupeur, hébétude, suspens horrifié… et reprise du cours normal des activités". C'est exactement ce que j'ai ressenti, à ceci près que ma stupeur s'est exprimé de la manière suivante : "Putain, quel con !". Il n'y avait ni mépris ni ricanement dans cet interjection, mais simplement l'expression de ma surprise et de l'horreur que je ressentai face à la disproportion de l'acte par rapport aux causes supposées. J'aurais pu ajouté : « Il s'est immolé à cause de... France Télécom ?!!!???!!! ». Il y a là, au-delà de la stupéfaction, quelque chose d'atrocement pathétique qui génère de la gêne et donne envie de détourner le regard. C'est pourquoi, me semble-t-il, les médias sont d'une discrétion de violette sur cette histoire. Ils ne l'assument pas. Elle est de trop par rapport à l'historique récent de FT, et « trop » tout court.
Terrible.

Est-ce que quelqu'un pourrait signaler les crédits des photos ? Le contexte dans le quel elles ont été prises ?
Question technique : un parking, c'est rarement un endroit caché et vide. Si Rémi L.* s'est suicidé là, on peut supposer que c'est par choix de visibilité. Et personne n'a rien vu, en tout cas avant qu'il soit trop tard. Sinistre symbole de la solitude où tout ça, la vie et la souffrance des gens, finalement, ça se passe... Delphine C., sors de ton bureau, sors de ton bunker ! Bah non, monsieur, chui trop bien dans mon fromage !

(*Désolé, je ne connais pas son nom, dont je suppose qu'on le cache par "respect pour la famille", rholàlà. Respect auquel n'a pas droit la famille d'une autre morte, de Nantes, 50 Bd Robert Schumann, voir l'article infâme de Sophie Marteau sur Marianne2)
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110428.OBS2007/le-salarie-de-france-telecom-qui-s-est-immole-avait-appele-a-l-aide.html

Elle a a l'air maligne, Delphine C., de nous l'avoir joué "mais on savait pas, eu"
À écouter ou à réécouter, les trois volets « Orange stressé » de 2009 :
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1756
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1758
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1759
Et sinon, voir l'excellent blog Et voilà le travail...

Et notamment, les nombreux articles consacrés à France Telecom.
Il y a quelques jours, au Magazine de la Santé, était invitée Marie Pezé, psychanalyste et responsable du réseau de consultations Souffrance et travail. Ironie du sort : il y a quelques mois, elle-même a été licenciée pour "inaptitude" (elle est reconnue handicapée à 80% et son poste était adapté). Au moment même de son passage à l'antenne, la dépêche AFP sur l'immolation du cadre de FT-Orange tombait et était lue par le rédacteur en chef.

Très posément, M. Pezé expliquait que ce n'est pas un hasard si ce sont principalement des cadres quadras et quinquas qui se suicident, souvent sur leur lieu de travail, et quelquefois de façon spectaculaire : ils ont parfaitement assimilé l'impératif productiviste, répondu à l'injonction d'implication totale, jusqu'à se priver de toute capacité de recul. Les jeunes, selon elle, sont moins concernés car heureusement plus à même de se protéger, en adoptant une attitude plus détachée, moins suiviste. Paradoxe : pour survivre et faire survivre l'entreprise néo-libérale et néo-managée d'aujourd'hui, il faut être volontairement moins rentable.

La vidéo est encore en ligne :

http://www.france5.fr/sante/le-magazine-de-la-sante/emission/2011-04-26

(Son intervention est à 16'53").
Et sinon, pour prendre un peu de recul :
http://fr.wikipedia.org/wiki/France_T%C3%A9l%C3%A9com#Suicides

Au début des années 2000, le taux de suicides était déjà anormalement élevé. Aucun débat à l'époque. Et c'était avant le fameux plan Next.

Parler de 60 suicidés en 3 ans donne l'impression (comme la quasi totalité des articles ou reportages que j'ai pu voir sur le sujet) que c'est une nouveauté, une tendance nouvelle liée aux changements récents de politique interne.
Si oui, pourquoi ces taux élevés il y a 10 ans déjà ?
Rien n'y fait. France Télécom/Orange, Générali, Renault, La Poste, EDF, Caisse d'Epargne, sans parler de l'Education nationale... la liste des salariés retournant contre-eux la violence managériale qui leur est imposée s'allonge de jour en jour.

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Suicides, grèves de la faim et, aujourd'hui, comble de l'horreur, immolation!

Comment ne pas s'interroger sur ce qui peut conduire quelqu'un à attenter à sa vie à cause du travail? Comment ne pas s'interroger sur le déplacement de la violence vers soi-même? Comment, derrière la diversité des situations, ne pas discerner le signe de la violence du mode de discipline dominant dans nos sociétés néolibérales: le travail comme seule source de reconnaissance (et de revenus), la consommation comme seule façon d'exister? Centrés sur nous mêmes nous en oublions de faire monde et même dans des conflits collectifs, c'est à notre intégrité physique et psychique que nous nous attaquons. N'avons-nous pas perdu le sens du politique?

C'est que nous nous attaquons aux symptomes et non à l'origine de nos maux: la centralité du travail qui sous sa forme salariée et productiviste est devenu le cancer qui ronge nos vie et détruit le monde.

Le mal est en effet beaucoup plus profond et dépasse largement le cas de France Télécom. C'est le statut prépondérant accordé à une "ressource", "une valeur" qui se détruit elle-même, le travail, qui doivent être remis en cause. Chaque personne qui a un travail est dans la situation de ressentir qu'avec tous les efforts de productivité qu'on lui demande, on exige en fait qu'il détruise du travail, le sien et/ou celui d'autres. Et cette demande est inscrite dans la logique d'accumulation du capitalisme. La fameuse "injonction paradoxale" qui rend fou est bien là: "Travaillez plus pour détruire du travail, en rechercher tout le temps" alors que la richesse de nos sociétés et même du monde permettrait, dès aujourd'hui de dépasser cette contradiction.



En 1958, Hannah Arendt écrivait:

«L'époque moderne s'accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive en fait à transformer la société tout entière en une société de travailleurs. Le souhait se réalise donc, comme dans les contes de fées, au moment où il ne peut que mystifier. C'est une société de travailleurs que l'on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. Dans cette société qui est égalitaire, car c'est ainsi que le travail fait vivre ensemble les hommes, il ne reste plus de classe, plus d'aristocratie politique ou spirituelle, qui puisse provoquer une restauration des autres facultés de l'homme. Même les présidents, les rois, les premiers ministres voient dans leurs fonctions des emplois nécessaires à la vie de la société, et parmi les intellectuels il ne reste que quelques solitaires pour considérer ce qu'ils font comme des œuvres et non comme des moyens de gagner leur vie. Ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail, c'est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire.»



Soucieux de trouver un travail qui nous aide à survivre et, même pour certains, soit une raison de vivre, nous en oublions ce qui devrait être politiquement au centre de nos préoccupations: le souci d'un monde durable.
merci Judith.
Et pourtant nous sommes légion...rien ne bouge...rappelez vous du célèbre slogan : "WHY?"
L'article de la semaine
Je vous lis, Judith, et je suis mal à l'aise. Oui, bien sûr, la photo sidérante, un homme qui s'immole par le feu.

Mais plus encore, me sidèrent ces résidus de suie sur le mur, qui tracent un homme, le dos au mur.

Vous parlez d'une mémoire de Time to move comme engrammée en lui. Et pourtant, c'est avec le "travail alibi" qu'il passe à l'acte.

Hier, j'avais des entretiens avec les gens d'une boîte privée dans le cadre d'une mission. Une responsable m'a dit qu'elle avait quitté la RATP où elle était "commerciale" pour rejoindre l'entreprise. Paradoxe, ses amis ne comprennent pas. T'avais la planque. Elle? je ne supportais pas, travailler deux heures et faire semblant le reste du temps. J'aime pas le public.

J'ai dit, le public ?, pensant qu'elle n'aimait pas les métro-parisiens. Elle me reprend, elle voulait dire le "publique". Le secteur publique.

J'hésite à vous raconter cette histoire, parce qu'elle chatouille des poncifs sur le travail dans ce milieu. Et pourtant, j'ose, parce que j'ai eu la même remarque d'un copain, homme au foyer pendant vingt ans, qui a divorcé, a passé des concours et est devenu fonctionnaire aux Finances et qui m'a raconté la même histoire, cette impression du temps qui s'effiloche, qui n'en finit pas, le profond ennui d'après-midi à buller tout en faisant mine de.

Si le Time to move rendait fou, parce qu'il avait ce côté maltraitant, sans but précis autre que de secouer les gens, le travail atomisé, la responsabilité minuscule, prise entre d'autres responsabilités minuscules, quand on vous dit, tu fais ça et ça et pas plus, ce tronçonnage des organisations, des missions, des postes de travail, qui enferme les gens dans l'univers du "tu es parfaitement remplaçable", parce que dans ces bureaucraties, le calcul est de nier l'apport d'une personnalité, de traiter chacun en individus interchangeables, oui, la "fonction nucléaire" est bien pire selon moi.

Cet homme de 57 ans aurait pu se dire, j'm'en fous, plus que cinq ans à tirer, j'ai la planque, mais il s'est dit que cinq ans à faire des compte-rendus de CHSCT, à suivre des procédures formelles sans âme, parce que personne ne lui a appris à les remplir de sens, parce que tout le monde s'en foutait, à faire un boulot de "parade", on ne dira jamais combien le sentiment d'être utile fait du bien, il s'est dit que cinq ans à son âge, c'était encore plus important, et qu'il n'avait pas les moyens d'influer sur son destin, de faire évoluer son poste, parce que la démocratie en entreprise n'existe pas, et que vivre sans avoir le droit de choisir comment on passe huit heures de son temps chaque jour, c'est insupportable.

Avoir 57 ans, bientôt vieux, ne pas faire un travail où on s'épanouit, faire semblant, ne pas être utile, avoir l'impression que ça va de mal en pis, et puis peut-être tout le reste qu'on ne sait pas, la maison, le blues. Et vient l'idée folle de faire spectacle, le mur du fond est le mur du théâtre antique, il va se mettre en scène, composer le grand acte final. Cette envie d'avoir enfin un destin singulier. Dans le choix de sa mort, il dit l'envie de liberté, mais la mégalomanie aussi, il est là mon malaise, sa mort pour moi parle autant de lui que de son job, et ce d'autant plus qu'il a entendu parler de la mort de Mohamed Bouazizi


http://anthropia.blogg.org
Ouais. Sauf que France Télécom n'est plus une entreprise publique.

Je n'ai pas entendu parler de "vagues de suicides" chez les fonctionnaires.

Et enfin, pour avoir travaillé vingt cinq ans dans les transports publics, ce n'était pas une "planque" ! Bosser les samedis, dimanches, jours fériés, les nuits, le matin à cinq heures, ce n'est pas ce que j'appelle une planque.

Faut arrêter de "psychanalyser" et de dire "on ne sait pas ce qui se passait chez lui à la maison".

Votre copine a choisi le privé parce que "ça paye plus".
Mais non, elle n'est pas davantage payée, c'est une structure dans le social. Elle est payée par l'utilité qu'elle apporte.

Lisez la lettre de Rémi L. si vous êtes abonné à Médiapart. Elle montre ce sentiment d'inutilité.

http://anthropia.blogg.org
Elle est payée par l'utilité qu'elle apporte.

Belle notion, "l'utilité".

Allez, les "inutiles", dont je suis, puisque chômeuse, on va se chercher quelques allumettes...
Ça règlera le prétendu problème de la "dette" (trop de fonctionnaires qui ne servent à rien, n'est-ce-pas) et celui du chômage.

Chouette monde, vraiment.
et bien, vous me comprenez mal, Gavroche, le sentiment d'utilité provient de beaucoup de sources et pas seulement du travail.
C'est la différence avec le fric, qu'on gagne au boulot.

La preuve que la valeur d'utilité est supérieure à la valeur d'argent.

http://anthropia.blogg.org
"cette impression du temps qui s'effiloche, qui n'en finit pas, le profond ennui d'après-midi à buller tout en faisant mine de. ": Anthropia.

Ceux qui se plaignent de ce genre d'inutilité devraient aussi regarder comment ceux qui se tuent à la tâche dans le privé le font aussi, bien trop souvent, pour rien, délocalisation, actionnaires trop gourmand, suspicion généralisée, concurrence de tous les instants et envers tous, inutilité de la production...

A cette personne, vous auriez dû lui demander : "Et à votre retraite, vous faites quoi ? Vous vous suicidez ?", histoire de souligner que le rapport au travail comme principal horizon, c'est se condamner à plus ou moins court terme.

Merde, il serait temps de comprendre et de se persuader qu'un boulot n'est qu'un moyen, pas une fin, mais voilà, on finit le plus souvent, hélas, par se faire rattraper par l'injonction sociétale liée au travail et par s'identifier à celui-ci.
De fait, la première question qu'un inconnu vous pose est le plus souvent lié au travail "Tu fais quoi".
La réponse devait-être : "Peu importe".
"Je suis bien plus que mon gagne pain".

yG
[quote=Yannick G.]Ceux qui se plaignent de ce genre d'inutilité devraient aussi regarder comment ceux qui se tuent à la tâche dans le privé le font aussi, bien trop souvent, pour rien, délocalisation, actionnaires trop gourmand, suspicion généralisée, concurrence de tous les instants et envers tous, inutilité de la production...

Yannick G., je n'ai pas dit que le 'surtravail' était la solution. Je pense qu'il faut trouver la médiane, la voie entre le travail atomisé et le surtravail, faire des choses intéressantes, se sentir utile et reconnu, oui, je défends une certaine idée du travail, que ce soit dans le privé ou le public.

Un boulot, c'est une trajectoire, on réalise des choses, ce n'est pas qu'un moyen d'avoir du fric, ça, ce serait donner au fric une valeur supérieure, que je refuse, ou que l'obéissance à une injonction sociétale du "tout-être au travail".

C'est curieux, en dénonçant l'identification au boulot, vous renforcez l'idée que l'être humain est forcément réduit à sa fonction. Tu fais quoi ?, c'est aussi une façon de comprendre d'où parle l'autre, dans quel univers il évolue, c'est une question d'intérêt et de curiosité. Je suis consultante, et passionnée d'art contemporain, et écrivante, et mère de famille, et amante, et sensible aux questions d'écologie, et membre d'associations, et amie d'artistes, pourquoi voulez-vous que mon travail résume mon identité ?

Pour autant, mon emploi m'apporte ou pas selon les périodes de ma vie un certain équilibre, ce n'est pas le seul facteur d'équilibre, c'en est un.

Et je n'ai pas besoin que vous ayez un emploi pour vous trouver intéressant, vos travaux de thèse me semblent tout aussi passionnants, ainsi que vos choix de vie.



http://anthropia.blogg.org
Je suis consultante, et passionnée d'art contemporain, et écrivante, et mère de famille, et amante, et sensible aux questions d'écologie, et membre d'associations, et amie d'artistes, pourquoi voulez-vous que mon travail résume mon identité ?

Votre emploi ne résume pas votre identité, il est son préalable.
je suis partie de ça, parce qu'on parlait boulot,
quand je suis avec mes amis, je peux partir d'ailleurs dans la liste
Lorsque vous rencontrez un inconnu, il vous définit par ce que vous faites.

Votre activité source de revenu est le noyau autour duquel le reste vient se greffer pour construire un ensemble homogène, sans elle, vous n'existez tout simplement pas.

Faites l'expérience, la prochaine fois que quelqu'un vous demande ce que vous faites, répondez "j'aime l'art" ou "j'écris" et regardez son sourire condescendant apparaitre.

Votre travail ne résume pas votre identité, il est son préalable parce que sans lui vous n'êtes socialement personne, et n'avez aucun droit à prétendre à une identité. La seule exception est la retraite.
C'est très juste et le départ obligé de toute compréhension de la société française. L'intrication des représentations que chacun se fait de ses nécessités réelles ou supposées telles, et donc de la place qu'est censé occuper tel citoyen, telle entité privée, telle institution en son sein. 

Mais j'ajouterais à retraite, rentier, qui s'est déplacé vers dans les affaires, qui a du mal il est vrai à tout à fait se revendiquer partout. 
Mais rien ne se revendique vraiment partout en dehors de médecin et encore, et la question est ici celle de l'identité, qui est satisfaite dans le cas de ce rentier. La corruption est une réalité profonde. L'argent achète l'immatériel, l'invisible. Même l'amour, ou ce qu'on place rapidement sous ce joli tapis.

Si nous sommes des veaux selon De Gaulle, il y a autant de France qu'il y a de français. C'est une belle qualité le drapeau étant ce qu'il est, étrange oriflamme qui dit tout et son contraire, mais également un terrible handicap lorsqu'il s'agit de débattre d'un changement quel qu'il soit : il en va ici comme d'une réunion d'ingénieurs dont tant le lexique que les notions physiques diffèreraient drastiquement, incluant des préférences absurdes, l'un nommant un boulon une vis, l'autre discutant si deux et deux font cinq ou sept, le troisième défendant que le piston est plus important que la culasse contre celui qui affirme la suprématie du vilebrequin. 

Je plante une métaphore mécanique, parce qu'il y a une ingénierie de la société, qui est à la fois nécessaire et perverse. 
Nécessaire si l'on souhaite continuer à avancer sur le chemin de la complexité, ne serait-ce qu'à des fins de connaissance fondamentale - le CERN ou Hubble ne fonctionnent pas à la bougie et à la traction animale.
Perverse, puisque c'est aussi pour des raisons de pure organisation sociale et de rendement de la machine à générer du complexe que l'homme est élevé, construit, formaté, afin que cette forme soit adaptée au mécanisme, au moteur, à l'usage auquel cette société productiviste sans âme le prédestine.

C'est, entre autre, cette réduction de l'homme aux attentes de la machine, la déresponsabilisation du rouage, qui ont autorisé la solution finale. Mais également la machine instrumentalisée, détournée par les rentiers.

C'est aussi ce qui a sans doute conduit cet homme, Rémy, à anéantir sa matière, l'annihiler en cet holocauste minuscule, peut-être ne rien laisser qui soit matériellement utile, l'inutile souffrance absolue qui, à l'instar de celle de Mohamed Bouazizi, comme le dit Judith, transcende, parle à l'autre monde, peut-être celui ou les choses sont en ordre et où la machine est au service de l'humain et non le contraire. Et ceci vaut au symbolique, et au concret, de pair. 
La flamme Bouazizi a allumé le feu des rebellions arabes. Le feu Rémy s'éteint dans un pays sans oxygène. La photo de ce feu éteint est insoutenable. Tu as envie de te taire. De hurler. D'expliquer, même si ça ne sert à rien, puisque même quand on écrit avec son corps en feu, personne ne vous écoute. Vous imaginez ça ? Le corps, dans un monde où on le choie, on le caresse, on le sacralise, on aime que lui. On ne supporte plus de le voir mort. 

Ce corps, vous vous l'enduisez d'essence. Le votre. Et puis vous vous rappelez les petites brûlures, vous ne savez pas où vous mettre, ça dure, c'est insupportable. Vous imaginez cette douleur multipliée à l'infini, que de la douleur, de la douleur pure, un océan de douleur, et puis la mort dont on ne sait rien, par combustion du coeur, des poumons, du cerveau, de la moelle épinière, de la douleur imaginaire, il n'y a pas de référents, cramés, tout cramé. 

Un mur avec un peu de suie, et puis les pubs. Aucune de nos larmes n'aura éteint cet incendie. Bien-être du voyage, se casser d'ici, partir. Mais il n'y a plus de lieux. Plus de fuite. Une prison.
Le feu, ou la glace. Le débat ? Nous nous débattons. 
[quote=Flecktarn]
Votre travail ne résume pas votre identité, il est son préalable parce que sans lui vous n'êtes socialement personne, et n'avez aucun droit à prétendre à une identité. La seule exception est la retraite.

Votre phrase pour moi nie tout ce pour quoi je me bats à longueur de journées.

Elle inscrit le travail du côté de la résignation, elle met l'argent au premier plan, elle condamne à n'importe quel métier qu'on fera en baissant la tête, elle met l'identité du côté du statut social et non du côté de l'âme, c'est à dire de l'imaginaire, au sens profond du terme, celui qui nous irrigue, qui nous fait "exister".

N'être socialement personne, quand on lit un bon livre recommandé par une amie, quand on a une belle conversation avec un ami, quand on plante son potager, quand on chante une chanson, quand on va faire les courses de sa vieille voisine, quand on comprend le problème d'un proche, quand on est reconnu dans la rue, et aussi quand on travaille, c'est vrai...., mais c'est le tout qui fait qu'on est au monde. C'est pourquoi, au moment de la retraite, certains parviennent encore à vivre. Ceux qui ont tout misé sur le travail s'éteignent très vite.



http://anthropia.blogg.org
Votre phrase pour moi nie tout ce pour quoi je me bats à longueur de journées.

N'être socialement personne, quand on lit un bon livre recommandé par une amie, quand on a une belle conversation avec un ami, quand on plante son potager, quand on chante une chanson, quand on va faire les courses de sa vieille voisine, quand on comprend le problème d'un proche, quand on est reconnu dans la rue, et aussi quand on travaille, c'est vrai...., mais c'est le tout qui fait qu'on est au monde. C'est pourquoi, au moment de la retraite, certains parviennent encore à vivre. Ceux qui ont tout misé sur le travail s'éteignent très vite.

Vous parlez d'amis, mais de quel droit un non-être aurait des amis ? Un non-être est rejeté, il doit être rejeté car c'est un ennemi de "la société". Il doit être seul car il est coupable de ne pas produire dans une "société" dont c'est l'unique vocation.

Voici la logique pour le coup complètement anti-sociale (et anti-sociétale) dans laquelle nous évoluons au niveau occidental élargi.

Elle inscrit le travail du côté de la résignation, elle met l'argent au premier plan, elle condamne à n'importe quel métier qu'on fera en baissant la tête, elle met l'identité du côté du statut social et non du côté de l'âme, c'est à dire de l'imaginaire, au sens profond du terme, celui qui nous irrigue, qui nous fait "exister".

Dans cette logique anti-sociétale, exister est synonyme de consommer. Consommer à tout prix, quel qu'en soit le prix. Le travail n'a plus besoin d'être porteur de sens, c'est pourquoi la rationalisation l'en dépouille complètement, il n'a besoin d'être porteur que d'argent, c'est pourquoi toute éthique est bannie.

Et pour les dinosaures qui au lieu de se concevoir machine se conçoivent humains, avec des sentiments ou des principes, c'est l'heure de la disparition.

Pourquoi pensez-vous que les Rémi du monde entier mettent fin à leurs jours ? Parce que ce monde ne les tolère plus et qu'eux ne tolèrent plus ce monde. Ne pouvant anéantir ce monde "rationalisé" ils s'anéantissent eux-mêmes.

Ce qui construit l'être humain, c'est sa croyance, sa conviction.

Et aujourd'hui on a réussi a lui faire croire qu'il peut cesser d'être membre de la communauté, on a créé un mode de pensée global qui construit l'homme autour de ce qu'il fait, celui qui ne fait rien n'est donc rien.

"Quelque chose" étant défini par l'argent rapporté, pas d'argent équivaut à "rien"
Je ne comprends rien à votre commentaire.

Est-ce que vous parlez de vous, là ? Vous n'existez pas parce que les autres vous nient ?
C'est quoi ce plan.
Faites l'expérience, la prochaine fois que quelqu'un vous demande ce que vous faites, répondez "j'aime l'art" ou "j'écris" et regardez son sourire condescendant apparaitre.

Ben tant pis pour lui alors...
Peut-être faut-il choisir avec qui frayer...
il faut trouver la médiane, la voie entre le travail atomisé et le surtravail, faire des choses intéressantes, se sentir utile et reconnu,

Ifo, yaka... Facile, pour vous, apparemment, qui êtes "consultante, et passionnée d'art contemporain, et écrivante, et mère de famille, et amante, et sensible aux questions d'écologie, et membre d'associations, et amie d'artistes"...

Mais pour ceux qui sont au SMIC (9 euros de l'heure, soit 1300 euros bruts, quand ils ont la chance d'être à temps plein), bouclent à peine leurs fins de mois, c'est une autre chanson. Eux n'ont pas le temps, ni même le désir d'être "passionnés d'art contemporain". Eux n'ont pas le choix, ils gagnent juste péniblement leur croute. Et quand ils s'interrogent sur le sens de leur vie, c'est pour savoir si leurs emplois vont être déplacés à 100 bornes de leur domicile ou non, pour des raisons de rentabilité. Ils constatent qu'après des décennies de "bons et loyaux services", ils ne sont rien, ils ne valent rien, ils ne sont plus que des chiffres dans une colonne, celle des "charges"... Ils réalisent que pour garder leur boulot, ils seront trois heures par jour sur la route. Ce sera ça, ou finir SDF.

Alors, si ce pauvre gars s'est suicidé, c'est très probablement parce qu'il se sentait considéré comme un objet, un rebut, un déchet, une merde pour dire le mot, par l'entreprise France Telecom.
[quote=Gavroche]Mais pour ceux qui sont au SMIC (9 euros de l'heure, soit 1300 euros bruts, quand ils ont la chance d'être à temps plein), bouclent à peine leurs fins de mois, c'est une autre chanson. Eux n'ont pas le temps, ni même le désir d'être "passionnés d'art contemporain". Eux n'ont pas le choix, ils gagnent juste péniblement leur croute.

Alors Gavroche, si je comprends bien, vous n'avez pas le temps de vous intéresser à d'autres sujets que la recherche d'emploi, quand vous êtes chômeur, ou quand vous gagnez 9 euros de l'heure, soit 1300 euros bruts par mois ? Mes amis chômeurs et à 9 euros de l'heure doivent être bizarres, puisqu'ils viennent avec moi le samedi dans les galeries d'art contemporain gratuites.

Quand j'étais au chômage, et ça m'est arrivé plusieurs fois dans ma vie, si je n'avais pas eu l'art, je me serais sentie vraiment très mal. Heureusement, qu'il y avait ça pour me redonner du peps.

Non, je refuse de me laisser enfermer dans la "honte d'avoir un boulot" ou de m'identifier au "tout-boulot", votre ton culpabilisant est insupportable, Gavroche. Arrêtez de traiter les chômeurs ou les SMICARDS d'inculte. L'injustice pour moi vient du manque de formation, quand on n'a pas appris à l'aimer, l'art. Oui, et cela n'a pas à voir avec le boulot, mais avec la famille qu'on a eu ou pas. Là, oui, on peut en être triste. Et peut-être que "ce pauvre gars" comme vous dites n'a pas eu le recours de l'art pour mieux vivre. Et ça oui, c'est injuste.


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Mais je ne vous reproche rien. Tant mieux pour vous si tout va bien dans votre vie. Vous avez bien de la chance, par rapport à plein d'autres. Beaucoup de chance de n'être pas que "consultante", mais aussi "écrivante", et "passionnée d'art moderne", et "amie d'artistes"...

Songez que vous pourriez être seule avec trois gamins, habiter un HLM de banlieue, vous lever à quatre heures, et être femme de ménage... Je me demande si vous aimeriez autant l'art. Quand on est dans cette situation, on n'a pas le temps, ni l'envie de faire les expos, même gratuites. Même si on a fait des études. Même si on est cultivé. On est face au quotidien et au jour le jour. Il faut habiller les gosses, leur faire à manger, courir les petits boulots. Et quand on rentre, on n'a qu'une envie, c'est de s'avachir devant la télé...

Je vous cite : Avoir 57 ans, bientôt vieux, ne pas faire un travail où on s'épanouit, faire semblant, ne pas être utile, avoir l'impression que ça va de mal en pis, et puis peut-être tout le reste qu'on ne sait pas, la maison, le blues. Et vient l'idée folle de faire spectacle, le mur du fond est le mur du théâtre antique, il va se mettre en scène, composer le grand acte final. Cette envie d'avoir enfin un destin singulier. Dans le choix de sa mort, il dit l'envie de liberté, mais la mégalomanie aussi, il est là mon malaise, sa mort pour moi parle autant de lui que de son job, et ce d'autant plus qu'il a entendu parler de la mort de Mohamed Bouazizi...

Alors, s'il vous plaît, ne venez pas donner des leçons de vie, n'interprétez pas, ne subodorez pas "la maison, le blues".
Car c'est exactement ce que veut faire passer FT, pour se dédouaner. Car pour vous, Rémi, ce grand mégalo incompris, a juste "copié" Mohamed Bouazizi, pour "faire spectacle", c'est cher payé le jeu de rôle. Et c'est moche. Même si pour vous ça fait théâtre antique...

Et ça me fait penser à un triste crétin dont j'ai volontairement oublié le nom, entendu sur France Inter ce matin, pour lui, "les chiffres du chômage s'améliorent", et vaut mieux pour les pauvres, qui ne valent pas mieux de toutes façons, un boulot précaire que pas de boulot du tout à glander aux frais de la collectivité (encore des inutiles, décidément, ils sont partout).

Et aussi au bouquin de Florence Aubenas, "le Quai de Ouistreham", que je vous invite à lire urgemment.

Bref, très chère, redescendez de la stratosphère, bienvenue dans le monde réel.
[quote=Gavroche]Mais je ne vous reproche rien.... Alors, s'il vous plaît, ne venez pas donner des leçons de vie, n'interprétez pas, ne subodorez pas "la maison, le blues". .... Et ça me fait penser à un triste crétin

Heureusement, vous ne me reprochez rien.

Déjà lu, le bouquin de Florence Aubenas, lu avec le groupe d'aides à domicile que j'accompagne bénévolement.

Ce n'est pas parce que Rémi était désespéré que son choix est juste.

Et merci pour le "triste crétin", je n'en suis pas aux noms d'oiseaux avec vous,
j'ai tendance à refuser le défaitisme, le cynisme et l'amertume, par choix quelque soit ce que je vis.

Désolée, si cela vous dérange.

http://anthropia.blogg.org
On pourrait disserter doctement pendant des plombes sur la légitimité du prétendu "choix" de Rémi, ça ne changerait rien. Il est mort dans une indifférence à peu près générale. Pas grave, il était juste mégalo et voulait finir en beauté.

Pas comme vous, qui "refusez le défaitisme" blablabla... En fait, vous êtes un sainte. Malgré toutes vos nombreuses occupations (voir plus haut), vous trouvez le moyen de faire du bénévolat, en "accompagnant" les pauvres. Chapeau.

C'est vous qui devriez faire l'objet d'une chronique, pas ce pauvre type défaitiste et amer.
"Il est mort dans une indifférence à peu près générale."

D'autant plus générale qu'il n'a pas été proclamé cause générale par le général en chef. Que celui-ci n'a pas rendu visite à la veuve et aux orphelins, comme autrefois les roi touchait les écrouelles.

Pour le reste... je n'aime guère qu'on dissèque les cadavres :-)
Mais je parlais de vous, Gavroche, pleine de défaitisme et d'amertume.
Quelque part, je suis peut-être défaitiste, mais je ne crois pas. Lucide, en tous cas. Et, en ce qui me concerne, j'essaie de ne parler que de ce que je connais.

Il n'empêche. Vous devriez vous aussi, essayer de ne pas extrapoler sur les sentiments des gens, à partir de votre petit monde et de vos préjugés.

Vous utilisez allègrement les pirouettes, mais c'est à peu près tout. Vous ne répondez pas sur le fond.
Vous êtes sur une autre planète. Mais tant mieux pour vous si cela vous convient.
On nous condamne à n'exister que par notre travail, que par ce qui montre notre pseudo-utilité à la société.
C'est ici, sans doute, qu'il faut changer la mentalité, pour faire en sorte que le travail nous serve à vivre ; je n'ai pas envie d'avoir l'impression de vivre parce que je travaille.
Et heureusement pour moi, ce n'est pas encore le cas : suis bien consciente d'avoir gagné mon autonomie et mon indépendance avec un salaire, et d'avoir une véritable liberté de vie en dehors désormais. Mais dans le monde d'aujourd'hui, fait d'aliénations, c'est difficile de rester libre : libre de travailler juste pour gagner de l'argent (même quand on est prof), libre de pas être en couple, libre de pas faire d'enfant, libre de boire, fumer, se droguer...
Juste user et abuser de notre vie comme cela nous chante.
Et travailler de temps à autre parce que notre famille ne paie pas l'ISF. Pas travailler pour se sentir exister.

Merci Judith pour cette chronique - comment dire ? non, je n'ai pas d'adjectif assez fort.
"On nous condamne à n'exister que par notre travail, que par ce qui montre notre pseudo-utilité à la société.
C'est ici, sans doute, qu'il faut changer la mentalité, pour faire en sorte que le travail nous serve à vivre ; je n'ai pas envie d'avoir l'impression de vivre parce que je travaille.
Et heureusement pour moi, ce n'est pas encore le cas : suis bien consciente d'avoir gagné mon autonomie et mon indépendance avec un salaire, et d'avoir une véritable liberté de vie en dehors désormais. Mais dans le monde d'aujourd'hui, fait d'aliénations, c'est difficile de rester libre : libre de travailler juste pour gagner de l'argent (même quand on est prof), libre de pas être en couple, libre de pas faire d'enfant, libre de boire, fumer, se droguer...
Juste user et abuser de notre vie comme cela nous chante.
Et travailler de temps à autre parce que notre famille ne paie pas l'ISF. Pas travailler pour se sentir exister.

Merci Judith pour cette chronique - comment dire ? non, je n'ai pas d'adjectif assez fort."

: delphes.

+1

yG
"Yannick G., je n'ai pas dit que le 'surtravail' était la solution. Je pense qu'il faut trouver la médiane, la voie entre le travail atomisé et le surtravail, faire des choses intéressantes, se sentir utile et reconnu, oui, je défends une certaine idée du travail, que ce soit dans le privé ou le public."

J'avais compris, Anthropia, seulement, je ne partage pas votre vision. Elle m'évoque trop celle d'une quête de la dignité dans le travail, et j'ai horreur de cette notion de dignité, parce qu'elle ne peut pas s'appliquer équitablement. Certains travaux se doivent d'être fait, mais n'en restent pas moins absurdes à l'être au quotidien, puisqu'ils ne prennent leurs véritables usages que lorsqu'on arrête de les faire, par exemple, planton, balayeur, etc. tandis que d'autres le sont systématiquement, ils ont d'office cette aura.

C'est pourquoi se sentir utile et reconnu m'apparaît comme une revendication des plus pernicieuses, puisque c'est déjà laisser à l'autre le soin de décider de ce que je suis, mon rapport personnel à mon travail. Lui octroyer un pouvoir sur moi, celui de me déchoir de mon utilité, de ma reconnaissance, de ma dignité.

"Un boulot, c'est une trajectoire, on réalise des choses, ce n'est pas qu'un moyen d'avoir du fric, ça, ce serait donner au fric une valeur supérieure, que je refuse, ou que l'obéissance à une injonction sociétale du "tout-être au travail"."

Et pourtant, ce n'est qu'à le considérer que comme moyen et non une fin qu'on peut lui survivre, survivre à l'absurdité que le travail lui-même peut partout et à tout moment générer. En appeler à des notions comme l'utilité, la reconnaissance, voire la dignité, c'est nécessairement introduire leurs opposés dans la sphère du travail et donc, évaluer, juger le travail en fonction de ces critères-là aussi.

S'il y a des travaux utiles, d'autres se doivent de ne pas l'être, des travaux reconnus, d'autres se doivent d'en être dépourvus, idem pour la dignité, qu'on accorde dans le même geste qu'on en dépouille autrui. C'est injecter des contraintes supplémentaires dans l'exercice de son travail. Non merci.

La charge symbolique lié à ces termes (utilité, reconnaissance, dignité) est ici si forte, qu'octroyer à certaines fonctions de tels "nobles" attributs, c'est condamner toutes les autres à en être privé et à courir en vain pour en faire partie, quitte à devenir schizophrène (par exemple pour ceux qui produisent et diffusent de la "merde" parce qu'il y a bêtement une forte demande pour celle-ci).

Mais plus encore, c'est accorder via cette rémunération symbolique :
soit un double traitement, en monnaie sonnante et trébuchante, mais aussi symbolique, à certains professions c'est le cas notamment pour la fonction de médecin,
soit un simple traitement, sous couvert que vous avez déjà le sentiment de l'utilité, on vous accorde déjà la reconnaissance, on ne va pas en plus vous augmenter, comme c'est le cas pour les infirmiers, les enseignants, les pompiers, etc...

"C'est curieux, en dénonçant l'identification au boulot, vous renforcez l'idée que l'être humain est forcément réduit à sa fonction. Tu fais quoi ?, c'est aussi une façon de comprendre d'où parle l'autre, dans quel univers il évolue, c'est une question d'intérêt et de curiosité. Je suis consultante, et passionnée d'art contemporain, et écrivante, et mère de famille, et amante, et sensible aux questions d'écologie, et membre d'associations, et amie d'artistes, pourquoi voulez-vous que mon travail résume mon identité ?"

Ce n'est pas moi qui le veut, c'est la question habituelle et sa primauté dans l'ordre des questions : "Tu fais quoi ?", qui met l'accent sur votre être professionnel, pas sur ce qui vous passionne. Chaque fois que vous éludez la question ou que vous déniez lui accorder la moindre importance, vous déstabilisez celui qui vous la pose, car, lui cherche autant à vous évaluer par ce biais professionnel qu'à se mettre en avant de cette manière, vous enfermant de facto, y compris en dehors de vos heures de travail, dans votre travail. Rien n'est plus difficile alors que de sortir de ce piège pour mettre en avant ce qui vous anime véritablement.

"Et je n'ai pas besoin que vous ayez un emploi pour vous trouver intéressant, vos travaux de thèse me semblent tout aussi passionnants, ainsi que vos choix de vie."

Je n'en doute pas, mais c'est déjà un choix de vie que de ne pas m'identifier aux divers petits boulots que j'effectue. Un choix de vie qui en interpelle plus d'un, je le constate régulièrement, tellement les rails sont depuis longtemps posés qu'en sortir semble impossible, voire pathologique pour beaucoup.

yG
Si le Time to move rendait fou, parce qu'il avait ce côté maltraitant, sans but précis autre que de secouer les gens, le travail atomisé, la responsabilité minuscule, prise entre d'autres responsabilités minuscules, quand on vous dit, tu fais ça et ça et pas plus, ce tronçonnage des organisations, des missions, des postes de travail, qui enferme les gens dans l'univers du "tu es parfaitement remplaçable", parce que dans ces bureaucraties, le calcul est de nier l'apport d'une personnalité, de traiter chacun en individus interchangeables, oui, la "fonction nucléaire" est bien pire selon moi.

"Rationalisation"

Les "responsables" intitulent la destruction de l'esprit, de la mission, du sens et de l'humanité de tout "collaborateur" de cette façon : la rationalisation.

Un membre de ma famille exerce une fonction intermédiaire dans la hiérarchie d'un gros groupe informatique français, et il m'a expliqué que dans le cadre de leur stratégie RH, sa société ne recrute aucun BAC+2 car ils ne peuvent pas apprendre. Apprendre étant le propre de l'homme, et étant moi-même titulaire de ce diplome, j'en conclus que je ne suis pas un être humain.

En ce qui me concerne, je n'ai pas choisi la planque, c'est plutôt elle qui m'a choisi par désespoir de trouver un endroit ou être humain soit simplement autorisé. Être humain, c'est contraire à la procédure de recrutement appliquée scrupuleusement par les RH. Il faut être un bon objet et bien rester dans les cases, apprendre est interdit et évoluer impossible.

Mes chefs n'ont aucune idée de ce que je fais, et moi non plus je ne sais pas ce qu'ils font. Personne ne sait ce qu'il fait, mais tout le monde respecte la procédure.

Et après certains s'étonnent que "l'opinion publique" ne s'intéresse pas. Nous sommes tous des Rémi, nous n'avons pas d'espoir face à une vision du monde inflexible inattaquable, sourde et aveugle, faite de procédures.

On sait tous que c'est sans espoir, la rationalisation est en marche avec ses procédures qu'on va tous scrupuleusement respecter "pour le plus grand bien" comme dit la formule.

Et Rémi dans tout ça ? J'en sais rien. Il a respecté la procédure pour s'asperger d'essence ? Il a craqué l'allumette règlementaire en commençant bien par le bas ? Oui ? Alors rien à foutre.

On ne vit pas dans une société, parce qu'une société est un rassemblement d'humains qui s'arrangent pour vivre au mieux ensemble.

L'argent était l'outil des échanges entre hommes, maintenant ce sont les hommes qui sont les outils des échanges entres capitaux, c'est pour ça que nous ne sommes plus une société.
L'argent était l'outil des échanges entre hommes, maintenant ce sont les hommes qui sont les outils des échanges entres capitaux, c'est pour ça que nous ne sommes plus une société.

Wow... sombre commentaire mais j'avoue que votre phrase de conclusion est d'une force qui me marque.
A nous de recréer les liens simples mais réels surtout quand l'angoisse du lendemain s'immisce; ne pas se laisser submerger, il faut se confronter à autrui pour retrouver la force de réagir. Nous sommes beaucoup à arriver aux mêmes conclusions; ce qui me semblent manquer c'est de s'en rendre compte. Il faut aussi oser en parler ailleurs que dans un forum: il faut faire circuler ces ressentis, ces indignations, ces espoirs dans la vraie vie. On ne peut pas laisser le seul semblant de dialogue aux media.
Anthropia : Avoir 57 ans, bientôt vieux, ne pas faire un travail où on s'épanouit, faire semblant, ne pas être utile, avoir l'impression que ça va de mal en pis, et puis peut-être tout le reste qu'on ne sait pas, la maison, le blues. Et vient l'idée folle de faire spectacle, le mur du fond est le mur du théâtre antique, il va se mettre en scène, composer le grand acte final. Cette envie d'avoir enfin un destin singulier. Dans le choix de sa mort, il dit l'envie de liberté, mais la mégalomanie aussi, il est là mon malaise, sa mort pour moi parle autant de lui que de son job, et ce d'autant plus qu'il a entendu parler de la mort de Mohamed Bouazizi


Je ne sais comment interpréter un tel geste, tellement intime, tellement infini, tellement incompréhensible et sans la plus petite adhésion à l'identification parce que torture, terreur, supplice, bûcher horrible, souffrance indicible, comme "mégalomane" ou "théâtral". Il y a des moments où l'habitude du procès d'intention donne sa pleine dimension ubuesque. Vous imaginez-vous vous brûler vive ? Oui donc ? Un plan d'artiste conceptuel ?

Oui, alors, l'intime déteint sur le monde. C'est ce que nous faisons tous ici, sur terre ou sur le forum, c'est pareil, et la pudeur est un curseur que personne ne saurait régler à zéro sinon à ne rien faire, ne rien dire, ne rien être, où il y a des télépathes, et même n'importe quoi, un brin d'herbe qu'on piétine, une molécule qu'on inspire. Tout ce qu'on fait change le monde. Rien qu'un peu, toujours au moins.
C'est d'ailleurs pourquoi, malgré l'agacement voire le rejet que cela peut susciter, je transgresse, comme vous, la règle du Je interdit. Mieux vaut l'ego misérable du réel. Il y a moins à se tromper d'Autre. Il y a également moins à se brûler. C'est aussi ce qui me heurte.

Excusez ma vivacité, mais cette propension à la divination est déjà gênante. Ici, elle est dérangeante, en ce qui me concerne, bien entendu. Je vous lis avec plaisir, souvent, mais là, je ne vous comprends pas. Vous pouvez avoir raison. Mais dire que ce supplicié - parce que c'est ce qu'il est, et il ne rejouera pas sa scène demain ni un quelconque autre jour - vous parle est faire prophétie d'un homme mort.

Vous croyez peut-être trop en vos voix intérieures, en vos intuitions. Vous voyez peut-être des artistes en puissance partout. Interpréter est évidemment inévitable. Ce doit être ma nature agnostique dont vous avez réveillé l'éternelle tension du doute. Pardonnez donc ma franchise de païen.
Je ne suis pas sûre de vous comprendre, Chronophagos. Je ne crois pas entendre de voix intérieures. Ce n'est pas affaire d'intuition, mais de justesse.

Je reconnais à cet homme la liberté de son acte, et à ce titre, je m'autorise d'interroger son acte.
Sinon, je serais tétanisée, j'accepterais la sidération, j'accuserais le travail d'être seul responsable, lui retirant par là-même son libre-arbitre. Il disait dans sa lettre, "le suicide est la solution". Mais c'est faux.

Et si nous analysons ça comme un problème uniquement dû au milieu de travail, on ne met pas en cause les deux pré-supposés de cette immolation : d'une part que "le travail mérite qu'on y sacrifie sa vie" et d'autre part "qu'il n'y a rien d'autre à vivre dans la vie".

Je veux dire, qu'il avait tout misé sur le boulot. Ce n'est pas de sa faute, mais c'est comme ça. C'est en cela que j'ai dit mon malaise dans la chronique. C'est au nom de sa liberté, de son choix, au nom de sa mise en spectacle, que je dis qu'il aurait pu faire un autre choix.

http://anthropia.blogg.org
"je dis qu'il aurait pu faire un autre choix." : Anthropia.

Oui, il aurait pu, il y a bien des années. Depuis qu'il avait fait le choix de laisser le travail affecter son existence à ce point, il ne l'avait, hélas, plus. Il aurait dû faire un autre choix, mais le jour de sa fin, c'était le seul qu'il pouvait encore percevoir.

C'est donc en amont qu'il faut agir, sur les deux pôles de la relation entrepreneuriale,

- d'abord, en ne laissant pas le côté employeur nous imposer d'inutiles et stupides contraintes, en interdisant les actes de soumission à l'entreprise, comme lors des entretiens d'embauche et d'évaluation, les lettres de motivations...

- puis, en désacralisant le travail du côté employé, ne pas le surinvestir, ce n'est qu'un moyen et si on y trouve du plaisir, tant mieux, mais là n'est pas un prérequis, car, demander à la caissière (l'archétype du boulot à la chaîne, la contrainte de l'humain en plus) de s'épanouir dans son travail, c'est encore lui imposer au final, une contrainte qu'elle ne pourra probablement pas remplir et qui la brisera plus surement que l'indifférence qu'elle pourrait manifester pour ce job.

Le présupposé selon lequel on ne fait bien qu'un travail qu'on aime constitue un piège des plus dangereux, c'est à cause de lui que les entrepreneurs peuvent exiger n'importe quoi ou presque comme investissement de notre part, puisqu'il n'y a que des preuves d'amours, et c'est à cause de lui que lorsqu'on perçoit qu'il n'y a pas réciprocité, lors d'un licenciement économique, d'une délocalisation, d'une restructuration, qu'on en est, parfois, mortellement blessé.
Qu'ai-je fait pour mériter ça ?
J'ai tout donné...
et pourtant !

Faire son travail, uniquement parce qu'on le doit, en terme contractuel, de manière responsable, simplement, mais sans l'investir plus que nécessaire, voilà ce qu'il faut.

L'attachement affectif, le dévouement permet, certes, de combler les lacunes de toute organisation (prendre un client de plus à la fermeture par exemple, faire des heures supp non déclarée...), de rendre le travail plus "humain", mais l'impératif affectif lui repose sur tous, les employés et n'est pas celui du capital, il est unilatéral de l'employé vers le capital. La déception n'est donc qu'une question de temps, de probabilité, mais elle surviendra tôt ou tard, avec les dégâts que nous connaissons tous.

Non seulement, nous payons le prix économique, physique, psychologique de la dégradation de nos conditions de travail, nous en payons aussi, seul, le prix symbolique de l'investissement émotionnel que nous avons mis dedans, et pour quoi, pour qui ?

Arrêtons d'urgence de jeu de dupe.

yG
Là, on est d'accord.
Mais évidemment, on est d'accord, puisque c'est un forum de gauche quasi clos à part quelques irréductibles amusés et que nous parlons ici du but a minima, qui d'ailleurs ferait consensus chez certainement la grande majorité de nos concitoyens. . Yannick pose la cible classique d'un travail humanisé, que seuls les libéraux et quelques idéologues du choc ne visent pas voire tentent d'en détruire les bases, la possibilité.

Anthropia. Sans précision excessive, où vivez-vous ? Cela ne répondra pas à toutes les questions, parce que les mondes cohabitent sans se voir. Mais ce qui est possible dans quelques lieux ne l'est plus du tout ailleurs.
Il y a également les réseaux, les communautés de goût. Vous savez tout cela.

Seconde chose : quelle que soit votre grille d'interprétation de son geste, vous êtes dure. Dans le sens du diamant. Vous reflétez mille feux. Vous refusez la sidération, mais à rendre un libre-arbitre normal voire le votre, à quelqu'un qui en a fait usage en s'incendiant, vous arasez le calvaire la douleur indicible et la mort qui n'est pourtant plus la fuite mais le don de soi. Vous ôtez la partie transcendantale, le don. Vous en faites un don pour lui-même.

Mais s'il était mégalomane et théâtral, à l'heure des vidéos instantanées, il aurait laissé une autre trace que ce que vous décrivez comme celle du mur du théâtre grec. Vous ne voyez donc pas que pour arriver à un tel acte, le chemin que vous décrivez, intellectuel, égocentré, rien que le choix, tel celui de n'importe quelle chose pratique de la vie, ne suffit pas ? Ne voyez-vous pas le niveau de contrainte qu'un homme subit pour arriver à un tel acte ?
Je vis en banlieue rouge.

Avez-vous lu la lettre de Rémi, Chronophagos ?

Je refuse la lecture monolithique de sa mort, j'introduis l'idée d'une mosaïque de raisons, et je ne le dis pas pour dédouaner Orange, j'ai dit plus haut ce que je pensais de cette organisation, mais retirer à cet homme le libre-arbitre de son acte, c'est lui nier la seule chose qu'il a revendiqué, un suicide "flamboyant", en faire une "pure victime", c'est pire que tout.

Vous voyez ce que je veux dire ?
Non. Vous ne le voyez pas, sinon vous comprendriez ce que Flecktarn vous dit, et qu'il faut mettre en perspective avec ses autres contributions ici, sur ce forum précis.

Vous comprenez les objections comme une accusation de légèreté, existentielle ou induite par vos facilités, votre environnement, la chance, et vous ne comprenez pas que vos interlocuteurs essayent chacun, par un biais différent, leur point de vue, de tenter de vous expliquer que de tels passages à l'acte, on parle bien d'immolation par le feu, ne peuvent s'expliquer et se comprendre uniquement sous l'angle du mimétisme, d'une célébration narcissique extrême, de la froide autopsie psychanalytique.

Que vous évitiez le pathos, parfait. Moi aussi. Je ne me suis pas renseigné sur son nom pour dédramatiser et, changeant d'avis au dernier moment une fois le message envoyé, j'ai parcouru rapidement le forum et suis malencontreusement tombé sur les posts avec son prénom mal orthographié. C'est dire à quel point je suis conscient de la nécessité ici de freiner.

Mais c'est l'ensemble de votre visée qui me parait faussée. Qui viendrait vous défaire de l'idée que le travail est un des liants sociaux, et un des éléments constitutifs possibles de la personne ? Je ne vais pas redire ce que vous ou Yannick avez très bien exposé à propos du travail et de la place qu'il devrait avoir au sein de l'identité, fonction de celle-ci et en relation harmonieuse avec le travail de la meta-entité sociétale, de sa culture, en symbiose plus ou moins accomplie, le débat est ouvert.

C'est sur cette question du libre-arbitre que vous placez là, en l'esprit de chacun, comme si chacun en disposait largement alors que c'est déjà une question métaphysique, mais de plus en ôtant cet homme de son contexte réel, concret.
En faisant cela, vous défaites tout l'écheveau, tout ce qui a été tricoté par la veuve noire, la société moribonde qui ne fait pas que des chômeurs cool et libres et des travailleurs qui choisissent leur état d'esprit, et qui conduit ces hommes et ces femmes a l'impensable.
Oui, bien sûr, on peut le penser, mais alors, si on place ce que l'on veut dans sa vie, ses actions, son cerveau, et par contre qu'on en retire eglement ce qui dérangerait notre vision du monde, qui est le lieu où l'on a toujours le choix de tout, et évidemment de ne pas s'incendier à sept heures du matin tout seul sur le parking de la boite à rendre dingue les gens qui ont à la fois des obligations sociales et à la fois des principes, est-ce qu'il s'agit vraiment de penser son acte, et surtout sa gestation ?

Je répète donc : Parler des intentions des gens quand on ne les connait pas est déjà une erreur qui est une des sources les plus généreuses de nos problématiques.
Affirmer connaitre les intentions et les circonstances psychologiques qui ont présidé à l'accomplissement d'un acte aussi indicible est impossible. Sa lettre ne peut rien vous dire de la souffrance, de l'état de contrainte dans lequel il était pour passer à l'acte de se supplicier comme Jeanne d'Arc ou Gordiano Bruno mais aussi toutes les victimes des incendies qui se comptent par centaines chaque année. Il n'y a aucun moyen de savoir quel est cet état à moins de l'avoir ressenti.

Il faut déjà arriver au suicide, et être capable de passer à l'acte de se tuer. Pour de bon, pas d'appel à l'aide intermédiaire.

Ensuite, se dire, par exemple, que le suicide est impossible parce que ce serait une fuite et qu'on ne peut pas se le permettre vis à vis des autres, poids que vous semblez complètement ignorer et vous avez, là, énormément de chance : si c'est une question de volonté, alors tout est question de volonté et je ne serai plus du tout d'accord, et les scientifiques avec moi, même si la question est taboue pour des raisons encore d'ordre (dans les deux sens) social.

Je ne peux plus vivre, je ne peux pas me tuer. Alors je peux me tuer en souffrant un martyre ce qui pardonnera ma fuite, et par le prix de ma souffrance, allumera peut-être l'espoir que plus personne ne subisse ce que j'ai vécu.

Vous voyez, si on projette, on peut le faire en étant moins aigre, dur, âpre, condamnant. Je ne peux condamner avec des mots aussi durs, âpres, que sont "mégalomane" et "théâtral", un tel acte, un homme qui est mort dans de telles conditions. C'est tout simplement impossible. Ce n'est pas une question de bons sentiments. Le peu de ceux qui comprennent ce que j'écris ici savent combien je suis tout autant acharné contre eux et ceux qui les instrumentalisent. Et j'emmerde ceux qui imaginent que je me fais chier à écrire tout ça pour une quelconque reconnaissance, au passage. Il y a beaucoup d'incompréhension, et les procès d'intention pleuvent tant, que je me demande si je suis bien dans un lieu d'humanisme, ou dans un quelconque repaire de soudards copinés. Voilà pour la reconnaissance que j'attends de vous.

Pour le reste, un peu de sensibilité. Je sais bien que tout le monde se protège. Moi, c'est avec les mots. Faudrait peut-être que je les envoie balader pour plaire parce que les mots, ça fait bourgeois ? Si vous voyiez comment je vis, vous auriez honte (je parle à des gens précis).

Ne pensez pas à mal, Anthropia, je vous demande si vous m'avez compris, c'est tout.
... je dis qu'il aurait pu faire un autre choix...

Euh, Anthropia, il me semble qu'en fait vous dites plutôt: "...je dis que J'aurais pu faire un autre choix..."
Je crois que nous sommes pour beaucoup le produit des circonstances... Et dans ses circonstances à lui, cet homme s'est immolé. Point. Pas d'autre choix pour lui au moment où il accomplit ce geste.
C'est choquant, perturbant et interpelle... mais si vous en êtes à dire ce qu'il aurait dû faire, vous vous placez comme quelqu'un qui aurait été conscient du problème mais n'aurait rien fait en temps et en heure pour ensuite réagir à posteriori en donnant des conseils au lieu de simplement accepter le geste de cet homme sans en comprendre forcément tous les tenants et aboutissements
Qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un à ça, me semble plus intéressant que "il aurait pu..." pour comprendre, dénoncer et peut être évoluer.
Oui, ça crée un malaise en nous, parce qu'on sait tous qu'il y a un problème et qu'on a tendance à baisser les bras parce qu'on se sent impuissant; si ce malaise pouvait nous pousser à réagir à notre tout petit niveau, ça serait déjà bien.
Mais se focaliser sur le "il aurait pu", c'est tenter d'éviter le malaise et ce qu'il peut engendrer en nous
..
Lire ma réponse à Chronophagos.

Il ne s'est pas suicidé en se cachant, il a revendiqué son acte. Dire qu'il l'a fait en "pure victime" est selon moi ne pas lui rendre hommage. C'est nier son droit à l'avoir fait... et notre droit de ne pas être d'accord avec ce choix.
Il ne s'est pas suicidé en se cachant, il a revendiqué son acte. Dire qu'il l'a fait en "pure victime" est selon moi ne pas lui rendre hommage. C'est nier son droit à l'avoir fait... et notre droit de ne pas être d'accord avec ce choix.

Bonjour Anthropia,

Je ne suis pas sûr de comprendre ce que vous entendez par "pure victime". Ou alors je ne l'entrevois qu'intellectuellement, comme un concept. Je suis une pure victime de mes parents, de mon éducation, des gens que j'ai croisés, de mes expériences, d'une série d'événements,etc... même quand j'en prends le contrepied, c'est en réaction direct avec ce terreau à un moment donné.

Je pense que vous croyez au libre arbitre avant les circonstances alors que moi je crois que le libre arbitre, s'il existe, est délimité par les circonstances.

De là, parler de "droit" au suicide me parait dangereux... car cela banalise.

Quant au droit de ne pas être d'accord, c'est comme ne pas être d'accord avec un arbre... il est là l'arbre; y a rien à discuter. Rémi s'est immolé. C'est fait et c'est un fait.
ça me met en colère (pas contre lui) mais ça me rend triste aussi (pour lui et pour nous).
Quant à dire que je ne suis pas d'accord avec son choix alors que je ne connais pas cet homme, sa personnalité, sa vie... c'est là aussi s'en faire une idée... désincarnée, un concept... certainement pour tenter de ne pas accepter ce geste qui pourtant a eu lieu, ou en minimisant la dose de violence que cela nous envoit... en se disant que, au fond, c'est pas si horrible, il a "choisi". ça réconforte, malgré l'horreur, de se dire que nous "à sa place", on aurait pris l'autre choix... Mais nous n'étions pas à sa place.
Mais en nous dissocions, en disant qu'on n'est pas "d'accord" avec lui (????), on dit aussi que ça n'aurait pas pu nous arriver, on se sépare et on s'éloigne de ce proche qu'il aurait pu être...
Si vous discutez de votre point de vue en pensant pouvoir vous mettre à la place et dans les circonstances multiples qui ont précédé le geste de cet homme, ça ça me parait être du domaine de l'omniscience à laquelle, vous devez vous en doutez, je ne crois guère (même si son fantasme est un moteur que je trouve fort utile.)
En théâtre, on demande souvent de ne pas juger les personnages que l'on doit jouer, mais de voir ce qu'il faudrait comme série d'événements pour nous, nous pousser à agir comme tel ou tel personnage...
Cette mort là m'interpelle à investir mes doutes, pas à m'enfermer dans mes certitudes; bref à aller vers autrui.
Mais on n'est pas tous équipé de la même façon pour réagir aux événements...
Il faut au moins que ça nous pousse à la réflexion pour que ces suicides ne continuent pas à augmenter parce qu'on a laissé la souffrance au travail de l'autre se banaliser, parce qu'on n'a pas pris le temps de regarder cela en face, parce que chacun est libre de se suicider quand même

pardon, je me rends compte que c'est un peu "violent" dans les idées
au moins, on discute, c'est déjà ça...
bonne soirée, Anthropia.
Citation : « je crois que le libre arbitre, s'il existe, est délimité par les circonstances. De là, parler de "droit" au suicide me parait dangereux... car cela banalise. »

Totalement d’accord avec vous. Non seulement cela banalise mais également encourage fortement à s’en laver les mains.

Habituellement entendu comme la capacité à faire des choix, le libre-arbitre implique essentiellement la capacité à se déterminer soi-même par une décision de la volonté laquelle suppose que l’être humain dispose d’une volonté libre (cf. Descartes : ce pouvoir en vertu duquel l'homme est en mesure d'effectuer des choix libres). Allant plus loin que Spinoza, Leibnitz a pensé le déterminisme comme « influences » et non pas comme nécessité.

Cependant, de fait, disposer de son libre-arbitre n’implique pas nécessairement d’avoir le choix et Serge Carfantan (© Philosophie et spiritualité) exprime parfaitement ce paradoxe :
« Il est tout à fait possible de dire que lorsque je suis libre, en fait je n’ai pas le choix. Être libre en étant pleinement en unité avec la situation d’expérience où je me trouve, être libre et coïncider avec ma préférence la plus intime serait une formule plus exacte de la liberté. Cela ne me laisse pas de « choix », ni par rapport à la situation (je fais exactement ce que je dois faire), ni par rapport à moi (je n’agis pas en l’air mais dans le mouvement de ma vraie nature). LA CONSCIENCE EXACTE DE LA SITUATION D’EXPERIENCE, EN TOUTE LUCIDITE, NE ME LAISSE PAS DE CHOIX. Ainsi, la liberté s'exprime dans MA réponse juste à ce qui est et elle enveloppe le sens de ma responsabilité. »

Ce qui m’apparaît d’évidence, c’est que l’idée de libre-arbitre détermine un individu selon sa capacité d’action. La situation dans laquelle était enchaîné ce cadre peut expliquer (non abonnée, pas pu lire la lettre) qu’il était « acculé » à cette extrémité parce qu’il estimait malheureusement que ce choix de se faire entendre « était pour lui la seule solution ».

Ainsi que le note Chronophagos, évoquer une mégalomanie dénote une vision dure qui ne tient pas compte « du niveau de contrainte subi pour arriver à un tel acte », sachant qu’il est évident que d’autres auraient fait un autre choix.

« Cette mort-là m'interpelle à investir mes doutes, pas à m'enfermer dans mes certitudes ; bref à aller vers autrui. Mais on n'est pas tous équipés de la même façon pour réagir aux événements... »
Il faut arrêter de faire des généralisations. Le fonctionnaire n'est pas toujours dans un bureau en train de se tourner les pouces. Comme il y a des noirs qui chantent faux, des femmes qui savent lire des cartes, il y a des fonctionnaires et s'épuisent au boulot. Fonctionnaire n'est qu'un mot et un fantasme ce n'est pas un descriptif. Donc en conclusion toute démonstration qui se base sur le simple mot "fonctionnaire" n'est que du vent.
+1

Marre de ces clichés sur le "service publique" où les gens ne bosseraient que 2h et feraient semblant le reste du temps (il doit bien y en avoir, je ne dis pas le contraire, mais dc MON service publique, j'en connais très très peu...) à la différence du "privé" où les gens bossent soi-disant tous comme des malades (ouais ils rentrent plus tard que moi chez eux le soir, mais moi de 8h à 17h, je peux pas Être connectée sur le chat de facebook / hotmail / skype comme mes potes le sont depuis leur bureau, tandis que moi je le suis le soir de ma maison, ms en ayant ramené mon taf à continuer, et ceci, soir, week-end, vacances...donc franchement, je crois pas bosser moins qu'eux...)

Marre de ces stéréotypes, qd on bosse ds le privé, on dit pas "je bosse ds le privé", on dit précisément quel métier on fait (consultant, ingénieur, pdg, ouvrié, blablabla) alors pourquoi tout mélanger chez les fonctionnaires?? être prof c'est pareil qu'être conducteur de train ou secrétaire au Trésor Public peut-être?

C'est à cause de rumeurs comme ça, entre autres, que ces soi-disant "faignasses de fonctionnaires" tombent en dépression.
Comme l'a dit un internaute sur ce forum ou un autre, je ne sais plus, l'homme n'a pas besoin de travailler pour vivre, je ne supporte plus cette société qui culpabilise ceux pour qui le travail n'est pas / plus ds les 1eres passions de leur vie.
Je suis presque toujours en phase avec les chroniques de Judith. Je les attends et les trouve trop rares.

Mais j'ai rarement été touché aussi profondément que par celle-là. Puisse-t-elle contribuer à infirmer son titre !

Merci, Judith.

@l@in
Incidente sur France Télécom, où la devise visible est « Il faut que tout change » mais la devise cachée est « Il faut que tout change pour que rien ne change ».

Rien ne change : qu’il y ait encore des suicides, et aussi violents que celui de Rémi, plus d’un an après le départ de Killer Lombard et l’annonce, heu la promesse d’un nouveau management, montre que, en réalité, rien n’a vraiment changé. On ne se suicide pas s’il y a de l’espoir.

Et les nouvelles déclarations de hauts dirigeants prouvent que rien ne va changer que dans l’ordre cosmétique.

Méditez bien le choix terrible de l’expression soft « accident de travail », qui in fine ne vaut guère mieux que la « mode du suicide » du défunt bien vivant Lombard, mollement couché sur son matelas d’euros et d’actions. Si quelqu’un devrait se suicider, de remords d’avoir ruiné la vie des centaines de gens, c’est lui.

Observez que Richard ne parle que d’une enquête interne. Même pas d’une enquête de police, une police pour le coup nettement moins curieuse que quand il s’agit de fouiller à corps des écoliers suspectés de s’adonner au teushi. Même pas du recours à un audit par une suscité externe. Bon, vous me direz, ladite société serait payée par Richard et donc fortement incitée à découvrir ce que ledit Richard voudrait qu’elle découvre…

Ne jamais oublier le point de départ de tout ça : le rêve d’une entreprise sans employés (voir ses robots répondeurs téléphoniques). Lesdits employés partant sans indemnités de licenciement (chez ces gens là, on ne donne jamais d’argent sauf aux patrons et aux actionnaires) mais, pourquoi pas et s’il le faut, avec une couronne mortuaire.

PS Les déclarations de la directrice exécutive (ça ne s’invente pas) de France Télécom (dit Orange pour que tout change mais rien ne change) indiquent bien que rien ne va vraiment changer. Sauf si, ne rêvons pas, les employés pendent Stéphane avec les tripes de Delphine. « Sur le parking de Mérignac le vent a balayé les dernières cendres ». Soyons sûrs d’au moins une chose : le vent n’est pas seul à tenir le balai.
"L'immolation comme sacrifice et comme spectacle" : votre papier sur ce "minuscule holocauste", là, sur ce parking, de bon matin, était un papier nécessaire. merci.
je sens que mon regard a quelque chose d'obscène, mais je n'arrive pas à ne pas faire le parallèle avec ce qu'on sait de l'affaire de nantes. comme une sorte de jeu de miroir inversé, quelque chose de terriblement touchant et courageux dans l'un, d'effroyablement pervers et lâche dans l'autre.
Très belle chronique, merci Judith.

Un homme est mort en Tunisie, et la foule s'est levée (embrasée ?).
Un homme est mort en France, et tout le monde s'en fout.

On continue notre petit bonhomme de chemin, tranquille, entre les courses chez Carrefour, les jités de la télé, les vacances bientôt, le printemps en avance cette année, la 'tuerie de Nantes", et "l'échéance de 2012"... (rire jaune)

La rêve générale n'est pas pour demain.
Pitié faites une émission sur le sujet et invitez Christophe Dejours !
Pour le voir parler du suicide au travail c'est ici.

Il est brillant, a extensivement travaillé la question et c'est de surcroît un très bon orateur.
Si Daniel cherche des personnes pointues dans un domaine, qui ont par ailleurs comme qualité d'être "audibles" et de savoir parler "simple" tout en étant percutants il est parfait.

Ce message a été supprimé suite à la suppression du compte de son auteur

Que la mort fasse sens, lorsque la vie n'en a plus. Il y a là une croyance, un espoir, celui que parler plus fort, hurler sa mort pourra briser le mur d'indifférence qui l'a engendré et une injonction paradoxale, "Écoutez, vous ne m'entendrez plus."

Cet espoir, il l'a porté, et c'est à nous de le reprendre.

Si France Télécom est aux employés absents, ce fait divers n'est pas perdu pour tous, notamment grâce à votre chronique Judith, et s'ajoute à la longue liste de piqure de rappel concernant les risques que nous encourons tous, quelque soit notre entreprise, dans notre rapport au travail.

Mais attention, ne prenons pas l'alerte pour un appel à suivre.

Les flammes sont si séduisantes, captivantes, telles celles des feux de plage qui attirent, volontairement ou non, sur les rochers, les navires qui s'y laissent prendre, que nous pourrions étouffer ce cri que l'incendie a pourtant engendré, en nous contentant de reproduire le geste, au lieu de tout faire pour éviter que l'absurde ne se propage et perdure.

yG
C'est le capitalisme "waoow" de Lordon ça, non?
Et probablement RIEN ne changera.Continuera la gouvernance aveugle et criminelle de France Telecom comme continuent les débordements de la Finance toute puissante. Il y a des jours où la tristesse et le découragement ne nous quittent plus. Merci Judith pour ce texte .Merci d'avoir dit cela.
Un manque de réaction de l'opinion du public d'autant pus étonnant quand on sait qu'elle se scandalise du prix de l'essence...
Voir http://www.urtikan.net/n-1/pouvoir-dachat-bidon/ le troisième dessin de Chimulus, paru avant l’évènement ! (Oui je sais c'est horrible, mais il faudra peut-être ça pour que les gens réagissent)
Plutôt que de prévoir l'analyse de ce nouveau suicide, la directrice de FT aurait du faire la synthèse des précédents.
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