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The State : faire de terroristes les héros d'une fiction ?

Peut-on faire une fiction sur de jeunes djihadistes arrivant en Syrie sans les humaniser, et donc faire le jeu des recruteurs? C'est le pari risqué du réalisateur de séries TV britannique Peter Kosminsky, et de sa dernière production The State. Un pari vivement critiqué outre-Manche, où l'on a accusé Kosminsky de faire l'apologie de l'Etat Islamique. La série, en quatre épisodes d'une heure, a commencé à être diffusée le 19 août, le lendemain des attentats de Barcelone. Certaines voix en Grande-Bretagne, l'ont comparée à "une vidéo de propagande nazie des années 30". A raison? @si s'est penché sur la série controversée.

Derniers commentaires

Regardé la série, et c'est plutôt le profil des "gentils" que j'ai trouvé dérangeant au point de titiller ma suspension d'incrédulité par moments.
Enfin que vient faire la femme médecin noire, visiblement on ne peut plus féministe, dans l'état islamique ? Elle a rejoint la Syrie sans jamais s'être renseignée sur le statut des femmes en terre d'Islam et dans l'EI en particulier ? Elle zappait dès que ça parlait des femmes quand elle regardait les vidéos de propagande ? Ce personnage, qui ne peut qu'être bien éduqué vu son métier, semble profondément pétri de valeurs occidentales et en désaccord dès ses premières interactions avec les locaux sur tout ce qu'on lui demande, ne semble juste pas crédible dans le rôle d'une candidate au djihad.
Et idem dans une moindre mesure pour le jeune pakistanais. Les vidéos de l'EI montrent des décapitations et amputations par dizaines et il est choqué d'être finalement témoin de la sanction d'un voleur ? Est on supposé croire qu'il a rejoint l'EI en pensant que leurs vidéos mentaient ou quoi ? Et qu'en est il de sa foi qui semble sa motivation au départ ? Il évoque vaguement à un moment la possibilité de convertir la yezidie, ce qui serait l'option la plus logique pour un salafiste (qui devrait penser que cette membre d'une secte sataniste est vouée à l'enfer sans celà) ayant des scrupules quant à l'esclavage, mais y renonce sans insister après une seule conversation avec elle et passe en mode rebelle complet, voulant la rendre à sa famille sans contester leurs croyances.

Finalement s'il y a une complaisance (sans doute accidentelle) avec les djihadistes, c'est dans l'idée que des braves gens puissent suivre la propagande de l'EI au point d'aller en Syrie sans pour autant avoir la moindre idée d'à quoi s'attendre quant aux lois et pratiques locales (voire aux interprétations rigoristes de la loi islamique en général sur des choses comme les pratiques sexuelles, que n'importe qui lisant des forums genre "questions sur l'islam" même non pro-EI peut connaitre) etc...
C'était peut être le cas du temps des interviews de Thompson au tout début de la guerre, mais ça sonne faux dans cette série qui se déroule en 2015 ou 16, alors que le régime islamiste a produit des milliers de vidéos et écrits ne cachant rien de ses pratiques et interprétations de la loi islamique.
Pour ceux qui n'avaient encore vu la série, cet article va leur gâcher le plaisir (si j'ose dire).

C'est évident que ceux qui se seront arrêtés au premier épisode peuvent trouver le contenu déstabilisant Pour ma part, c'est celui qui m'a le plus intéressée, vu que, finalement, tout le reste, on commence à le savoir. Oui, on les comprend ces gens qui cherchent à "to belong", à faire partie d'un truc cohérent où ils ne seront pas traités comme des individus de seconde zone, où il y aura un vrai projeeeeeeeeeet allant un peu plus loin que "tout pour ma gueule". Après, il y a quand même des trucs peu crédibles, genre le toubib gay qui avoue son homosexualité à une nana qu'il connait à peine dans un environnement où il ferait bien d'être parano. Et cette même toubib anglaise qui semble tomber des nues toutes les 2 minutes alors que les Britanniques sont censés être les plus gros consommateurs de presse...
Finalement, on a vraiment du mal à s'identifier aux deux personnages féminins auxquels on a envie de flanquer des baffes en permanence, mais ça semble bien correspondre à la réalité si on en croit le bouquin "Les Revenants". Ce bouquin semble être un Guiness de la bêtise humaine. Bref, en résumé, on comprend leurs aspirations tout en se disant qu'effectivement, il n'y a guère qu'un groupe comme Daech qui puisse trouver une utilité sociale quelconque à ce ramassis d'abrutis, à savoir leur coller une ceinture explosive et salut ! (je pense aux passages concernant le "LOL Djihad").

La polémique entourant cette série est tout à fait absurde. Des tas de séries sont autrement plus choquantes dans le message permanent qu'elles font passer, mine de rien, à savoir : la peine de mort pour tout et n'importe quoi, vive la torture (je pense à 24 h chrono), le trafic de drogue c'est cool, être riche, c'est cool (Kardashian) mais quand même on a des soucis, snif, snif, l'État policier, c'est super, etc. Par ailleurs, dans Rogue One, on a des combattants kamikazes qui se conduisent exactement comme des miliciens mercenaires de Daech, je trouve très étrange que personne n'ait relevé, sans doute parce que ces mercenaires sont du côté lumineux de la Force...

Sans parler des éternelles pleurnicheries sur le pauvre soldat ricain traumatisé par les atrocités qu'il a commises et dont les véritables victimes n'ont JAMAIS la parole, ni au cinéma ni dans les séries.

En gros toute la production américaine ressemble à s'y méprendre à de la propagande de guerre et à de l'apologie du militarisme. Même Michael Moore dans Farenheit 9/11 nous emmerde avec cette pauvre maman dont le fiston est allé bêtement crever en Irak. Alors c'est bien triste, mais il a exterminé combien de personnes, le brave boy avant de passer l'arme à gauche ? Tout ça est très fatigant, à la longue.
Je n'ai pas vu cette série mais son histoire de cette série et son objectif m'en rappelle un autre.
Dans les années 80-90, dans le cadre de la lutte contre la consommation de drogue, les films et séries vont développer une image assez stéréotypée du "drogué".
La drogue ce sera nécessairement mal : aucun plaisir, aucune satisfaction. D'ailleurs le drogué y vient toujours à cause d'une blessure grave, par accident ou par pression de proches. Le drogué est un pauvre type misérable et fauché. Il n'a aucun ami, aucune joie, il ne vit que par et pour la came. La drogue ne lui apporte rien, si ce n'est l'oubli de l'instant présent et de tenir jusqu'à la prochaine dose. Ce qui est assez vrai. Mais pas totalement.
Et c'est là que le bas blesse. L'ado que j'étais ne touche pas à la drogue parce que c'est "mal" et que le drogué c'est le minable. Mais l'ado se pose des questions. Parce que des drogués il en connaît qui sont riches, d'autres qui ont l'air heureux, d'autres qui ont des potes, etc. Bref, l'ado que je suis se demande quelle est la part de vérité dans les films et série et si ces enfoirés d'adultes ne le prendraient pas pour un con...
Et puis vient le mois de juin 1996 où sort un nouveau film: Trainspotting.
Un film qui dit que l'héroïne c'est des millions de fois le plaisir d'un orgasme. Un film qui te montre une bande de potes qui s'éclatent et se cament. Un film qui te montre des types pas spécialement misérables qui viennent à la drogue ni à cause d'une blessure grave, ni par accident, non, juste "pour le plaisir. Parce que sinon on ne ferait pas ça. On est pas stupides. En tout cas pas stupides à ce point".
Et pourtant ce film est à mon avis le meilleur film qui soit sorti contre la drogue.
En montrant le quotidien d'une bande de camés, obsédés par leur fixe, prenant leur pied mais vivant dans la merde (littéralement pour une scène!), en venant à voler tout et n'importe quoi... En montrant la terrible, horrible, terrifiante scène du sevrage "cold turkey". En montrant la mort de bébé Dawn par négligence. En montrant la mort de Tommy, le gentil, qui ne faisait que du sport et pas de drogue et qui finalement y viendra, et qui sera le seul à crever du sida. Parce que justement, la vraie vie est foutrement injuste, vache, féroce.

Je pense qu'il est fortement pertinent de faire un film montrant quel attrait Daesh présente.
On n'attrape pas des mouches avec du vinaigre. Si autant d'ados, d'adultes viennent à Daesh, il faut bien qu'il y ait au moins un certain attrait, que cet attrait soit réel ou fictif. Faire un film présentant ces nouveaux djihadistes comme des crétins paumés aurait eu un effet contre productif : l'effet "tout ça c'est que des bêtises". Montrer au contraire que Daesh correspond à une certaine utopie, à un certain rêve mais que ce rêve n'est que la face lumineuse d'une sombre réalité est beaucoup plus productif.
Je n'ai pas vu cette série, et rien ne dit que je la regarderai en dépit de cet intéressant article.
Mais à ceux qui dénoncent l'existence d'une série sur ce sujet, en raison du danger que cela présente et de la façon dont les victimes et leurs familles peuvent la recevoir j'aimerais poser cette question :
Quand des tas de séries, à longueur de journées présentent des personnages hyper riches / hyper américains/ hyper violents/ hyper délirants...vous p'ensez que ça propose un modèle enviable, que ça ne peut heurter personne ?


Les crimes commis par des détraqués, ça existe, ça cause de la souffrance, des morts et des traumatismes...et on en bouffe à la télé ! Et dans des séries qui comptent bien plus que 4 épisodes.


Je ne sais pas dire s'il est souhaitable ou non de réaliser une série sur ce sujet, mais le fait que ça évoque un sujet violent et douloureux n'est pas suffisant pour disqualifier la démarche...si on ne l'élargir pas à beaucoup d'autres séries.
Excellent article. Je me demande, du coup, si les polémiques n'auraient pas du porter sur le format du programme. Pourquoi opter pour une série télévisée à 4 épisodes, avec concentration de tous les aspects soi-disant valorisants pour l'EI dans le premier ?

L'on peut très aisément imaginer qu'un certains nombre de spectateurs vont se contenter de regarder ce seul premier épisode, et en ressortir avec une drôle d'impression.
"Si bien que la série évite peut-être la question qui a motivé son écriture, énoncée par Kosminsky : "Comment la résolution de partir survit au face à face avec la réalité de la vie là-bas?" Si les motivations de Jalal et Shakira pour partir sont nettes et indiscutables, les raisons de Ushna de rester, ou de Ziyaad de mourir comme kamikaze, à savoir le fanatisme lui-même, l'endoctrinement, restent opaques et illisibles au spectateur. La série trouve ses limites, là où l'empathie trébuche."

Peut-on connaître le nom que porte cette plume ?

Est-il foot-less ou hand-top ?

Que vient faire le japon dans cette histoire ?

Pourquoi vouloir développer l'amour du dépouillement de la carotte ?

Le réchauffement climatique est-il responsable de l'augmentation des dérèglements thyroïdaux chez la femme de moyenne corpulence ?

La série laisse à chacun le soin de se demander ce qui selon lui peut conduire au pire ?

Bisouille (petite bise venu de l'est soufflant à l'oreille ;-)).
Éternelle interrogation ! Devons-nous entrer dans la tête des méchants pour essayer de comprendre, et alors tout devient gris foncé à gris clair. Ou se placer du côté du Bien qui combat le Mal, et justifier n'importe quelle violence envers ceux qui sont de l'autre côté.

Ce matin, il y avait une rediffusion de l'émission Interception sur France Inter sur le jihadisme, très émouvante, sur la façon dont ces jeunes se font flouer à tous les étages. Évidemment par les services de propagande de Daesh, qui leur font le coup du paradis de l'Arabie Heureuse.
Mais ils se font d'abord flouer par nous, habitants des pays occidentaux, légers comme des fumées de cigarette de marijuana, qui refusent de voir le malaise.
Parce que par exemple, nous prétendons que vivre sans Dieu est facile, alors que je peux le dire en tant qu'athée extrémiste, c'est une horreur si nous ne parvenons pas à donner un sens à notre vie. Les livres d'Emmanuel Carrere sont un long cri à ce sujet. Parce que c'est notre problème global.
Nous refusons aussi de dire que la morale et la religion, ça n'a rien à voir.
Et nous prétendons que les Musulmans ont les mêmes droits que nous, alors qu'une situation historique et religieuse fait que c'est beaucoup plus difficile pour eux.

Personne ne nous évitera de nous regarder tous dans le miroir.
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