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L'imprécateur, le rallié et les chiens de garde

Ah, un duel, un vrai ! A la fois chic comme dans Barry Lyndon et cruel comme chez Sergio Leone. Si comme moi vous aimez les passes d’armes ciselées, alors vous allez aimer celle qui oppose Laurent Mauduit, journaliste à Mediapart, et Frédéric Lordon, économiste, directeur de recherche au CNRS et auteur du blog La pompe à phynance. En voici l’intrigue…

Derniers commentaires

j'aime. On avance lentement mais surement.
Je trouve toujours aussi fascinant comment sur des sujets aussi importants que l'avenir de l'économie occidentale on arrive à voir de tels comportements.

Si l'on regarde les élèments du clash on a ceci :
A) Un journaliste qui faisait parti de l'idéologie dominante il y a 10 ans rejoint sur le fond un économiste heterodoxe.
B) l'économiste lors d'un débat ne pipe mot sur d'éventuels reproches, Il le fait plus tard, dans le dos du journaliste, avec une vigueur des plus importantes.
D) Le journaliste publie un article dans lequel il disserte longuement sur l'affront fait à son honneur
E) l'économiste repêche des articles vieux de douze ans pour "prouver par A +B" que le journaliste est un social traitre.

C'est affligeant. Entre un journaliste qui ne peut supporter un affront fait à son honneur et, pire, un économiste se composant comme un inquisiteur seul capable de decider qui est pur ou ne l'est pas...

Avec des defenseurs comme cela l'économie orthodoxe a de beaux jours devant elle....
Ah ouais, 200% d'accord ! Faut que Lordon satisfasse son jeune public. Je réclame depuis longtemps un vrai débat, pas un de ces trucs de chochottes comme faisait Polac, on est en 2012 bordel, on veut du Ultimate Fighting, genre, avec de la castagne. Comme dans nos films et nos jeux vidéo, faut être moderne. Il y en a franchement marre de leurs soliloques par médias ou conférences interposés, leurs étalages verbeux interminables, on veut du vécu, de l'instantané, du percutant.

C'est sûr que comme Lordon est toujours en train d'essayer de montrer le cadre -- enfin, de changer les règles en somme -- une fois qu'on lui enverrait une Dette, une Règle d'Or, voire Les Marchés ou tout autre combo dans la tronche (je l'imagine face aux graphiques de Lenglet, trop bon), il serait là à geindre pendant des plombes pour nous expliquer que ce n'est pas un coup régulier, qu'on peut voir les choses autrement et que si ça continue, il va aller le dire à Mermet. Cafteur.

Nous on veut un face à face bien médiatique et d'anthologie, où on saura s'il en a dans les roubignoles avant de se les faire remonter aux niveau des amygdales en moins de temps qu'il faut pour dire « La critique radicale est d’emblée préjugée illégitime quand bien même les événements ne cessent de lui donner raison. Surmonter cet obstacle exige de l’analyse critique qu’elle ne le cède en rien dans la technicité, alors que ce registre menace de l’éloigner de ceux à qui elle voudrait s’adresser en priorité ».

Pour ceux qui ne connaitraient pas les règles de l'Ultimate Fighting (ce qui serait étonnant avec tous les djeunz qu'il y a ici).
Il serait de bon ton de rappeler que Médiapart à sélectionné le commentaire de Philippe Corcuff qui n'est en fait qu'un tissu d'ineptie où Corcuff fait de la pseudo-analyse psychocomportemental pour expliquer que Lordon n'aime pas les débats contradictoires avec pour seul argument "l'hostilité corporelle de Lordon au débat contradictoire".
En plus du marasme économique dans lequel le gouvernement Rajoy les enfonce, les Espagnols doivent subir ce genre de saloperie.
Franco plus que jamais présent dans l'esprit de ses héritiers.
Encore un sujet de baccalaureat pour 2013, cette fois-ci en "histoire-sciences economiques":

Les bienfaits de la mondialisation, du point de vue des Peuples:

On fera la comparaison avec le Zollverein (voir, par exemple, Wikiki...) qui a surtout conduit a renforcer la puissance de la Prusse en
Allemagne et a preparer les guerres de 70 et de 14
D'un point de vue strictement "Critique & Analyse des Médias" (un peu la base d'ASI dans le temps ;-) ), le post du blog de Lordon "Corruptions passées, corruptions présentes (réponses à Laurent Mauduit)" est quand même très très intéressant : il montre et démontre avec force analyses, arguments et exemples comment les médias (ou tout du moins une partie d'entre eux) et ceux qui les façonnent fonctionnent.

Et en tant que tel, un journaliste "normal" d'ASI aurait eu du mal à l'écrire, au vue de la nécessaire importante connaissance & culture économique requise.

C'est donc une lecture que je recommande à tous les fans d'ASI, même si ce que Lordon gagne en analyse, il le perd en concision (ils nous pond des pavets, le bougre ! ;-) ).
Merci à Anne-Sophie Jacques pour ce billet. Pour ma part, comme d'autres, je plaide pour une émission à la rentrée avec les principaux protagonistes. Mais par pitié, que cette émission cherche vraiment à comprendre comment et pourquoi certains en arrivent à opérer de tels virages idéologiques. C'est-à-dire évitons les attaques individuelles, l'herméneutique du soupçon (les "gens" n'agissent que par égoïsme, cynisme…). Il convient pour ce faire d'articuler les critiques de Lordon, les positions de Mauduit AVEC la sociologie critique des médias puisque cette dernière propose une explication de la censure propre à tout champ (pour les amateurs, cf. Pierre Bourdieu, "Censure et mise en forme", in : Id., Langage et pouvoir symbolique, 343-377 et L'ontologie politique de Martin Heidegger, Paris, 1988).
tient justement dans sa conclusion :

"A la fin des fins, si Laurent Mauduit veut l’explication de tout ceci, on va la lui donner : les ralliés de la crise, les guetteurs des autorisations de l’air du temps et les opportunistes institutionnels ne nous amusent pas."

Car refuser l'aide des opportunistes, n'est-ce pas se complaire dans la minorité ? Être si fier d'avoir eu raison avant les autres, qu'accepter que les circonstances viennent à rendre ses conclusions évidentes, est trop difficile à supporter ?

Laurent Mauduit, comme beaucoup d'autres, a évolué depuis 2000. Est-ce seulement par veulerie ? Ou est-ce justement le signe d'une évolution en profondeur de la société, à la lumière du ridicule libéral sans cesse dénoncé par quelques vigies, qui seules ont su expliquer la crise ?

Je préfère saluer en lui un nouvel allié, et constater que le vent tourne dans le bon sens. Entre autres, grâce à Lordon.

Après, les problèmes d'ego, c'est plutôt le genre de “Voici”, non ?
Personnellement, je n'ai pas regarderla scène depuis le départ mais simplement vue l'article de Lordon auquel je suis abonné au fil RSS

(Merci d'ailleurs à notre éconaute d'avoir fait une si brillante synthèse), je pense que des gens oublient ce qu'ils ont put faire précédemment, voir les promesses qui ont été faite lors du traité de Maastricht p.e et l'euro qui devait nous protéger et qui nous a plutôt divisé

Voici quelques articles intéressants

- sur l'euro "irréversible" de M dragui
- Les promesses de Maastricht

Les promesses ne coûtent rien lorsque les gens sont frappés d'amnésie
A mon avis, ce genre de polémique repose sur l'ambiguïté suivante: La science économique ( c'est-à-dire le libéralisme) peut être vue de deux manières différentes, tantôt indépendantes, tantôt intimement liées. D'abord la manière marxienne: Les économistes sont le clergé dont la mission est de légitimer idéologiquement l'ordre (le désordre) établi. Ils peuvent dire strictement n'importe quoi pourvu que ça conforte le fameux "TINA" qui est leur cri de guerre. Ils sont l'"écran de fumée" sans lequel le système apparaîtrait insupportable et s'écroulerait. Ils sont les chiens de garde au sens où tous les chiens de garde ont un air de famille. Mais cette discipline bi-centenaire qu'est l'économie a aussi sa part d'autonomie. Des livres comme celui de Francesco Vergara, "Introduction aux fondements philosophiques du libéralisme" (Editions La Découverte) nous apprennent que Hayek et Friedman sont précédés par une multitude de penseurs subtils et complexes, irréductibles à un simple rôle de chiens de garde: Montesquieu, Quesnay, Turgot, Condorcet,etc. côté français. Smith, Ricardo (adulés par Marx), Bentham, Stuart-Mill, etc. côté anglais. Cette ambivalence de la "science économique" est parfaitement maîtrisée par Lordon, mais j'ai des doutes quant à ses contradicteurs...
Je trouve les arguments de LORDON plus nombreux et plus convaincants : Les Mauduit/Plenel/Schneidermann(?) ... se sont comportés en faux-cul opportunistes.
Les Mauduit/Plenel/Schneidermann(?) des années 1996-2003 (socio-libéraux arrogants, méprisants à l'égard du Diplo, Acrimed, ...) ne sont plus les Mauduit/Plenel/Schneidermann de 2008-2012. Pourvu que ça dure...
Mouais, la guéguerre pour savoir celui qui est le plus pure est un peu puéril. Il est inexact de comparer Mr Mauduit avec un résistant de la dernière heure car la guerre contre la doxa libéral-mondialiste est loin d'être gagné. Néanmoins, Lordon a raison de lui remettre le nouveau convertis mauduit devant ses anciens écrits pour que celui-ci n'est pas la tentation de jouer les nouveaux prosélites.
Et Laurent Joffrin, dans le Nouvel Obs du 18 juillet..."La finance c'est le vol."

Il faut se pincer pour ne pas se dire qu'on rêve !...

http://tempsreel.nouvelobs.com/laurent-joffrin/20120718.OBS7580/la-finance-c-est-le-vol.html
Bien vu Anne Sophie Jacques.

La critique du film "les nouveaux chiens de garde" par Mauduit était révélatrice des contorsions à venir du journaliste. Le film ne lui plaît pas mais difficile de savoir pourquoi car il n'est pas très clair.
Son dernier bouquin propose le même genre de dénonciation des imposteurs mais quand ce sont les ptits gars d'Acrimed qui font le travail il trouve cela excessif. La critique du système n'est acceptable que lorsqu'elle se fait dans le système ça évite d'avoir à avouer que l'on s'est fourvoyé.
Un autre imprécateur qui sort du bois... au bout de 20 ans!
http://www.okeanews.fr/fmi-la-lettre-de-demission-de-peter-doyle-traduction/
j'aimerai pas être l'ennemi de lordon il a les poings si acérés c'est le talent quoi!!
Toujours au top cette chronique éco!!
Et en plus ce qui est parfait avec Anne-Sophie, c qu'elle est du bon côtés du duel, si j'ai bien lu...
Je n'imagine pas un débat possible entre ces deux protagonistes, mais vous pouvez toujours les inviter pour qu'ils nous expliquent leur position... À défaut, n'invitez que Lordon, qu'il explique bien, à tout ceux qui n'ont pas compris, que c'est bien plus qu'une guerre d'égo ou une bataille de clocher!!!
Médiapart à une ligne éditoriale proche du PS... Je précise qu'il s'agit là d'une critique... Ils sont fortiches pour les enquêtes, mais pour l'économie, c'est une autre paire de manche... Ils ont reçu hollande pendant 3 HEURES!!!!!! Avant les présidentielles...
Et leur roosevelt.... M'ont fatigué....
L'abonnement a médiapart, ça vallait pas
Que deux personnes de talent perdent leur temps et leur sang froid à s'écharper est un peu désarmant par les temps qui courent. Ils sont en désaccords, ils peuvent l'exprimer et présenter leurs arguments, mais halte, messieurs, aux guerres de clochers, façon Guerre des boutons. On pourrait leur reprocher de n'être rien que de simples ... français moyens.
Mauduit. Oui, il y a deux Mauduit et celui de 2012 cohabitait déjà dans le corps de celui de 2000.
En 2000, pour l'économie comme discipline, c'est vraiment le temps du choléra. Je vous jure que c'était difficile. La taxe Tobin ressortie du placard par Ignacio Ramonet a à peine deux ans et on passe pour des hurluberlus quand on l'évoque. A part quelques rares jeunes chargés de TD, ce qu'on pouvait trouver de plus échevelé comme grand ponte, c'était Michel Aglietta, ce qui n'est déjà pas si mal.

Avec quelques camarades étudiants en économie, dont certains sont normaliens, on monte un collectif, le Mouvement des étudiants pour la réforme de l’enseignement de l’économie pour essayer de desserrer le carcan doctrinal dans lequel on étouffe. On pétitionne, dans les facs et quand on se sent assez forts (et que les partiels sont terminés), on contactes la presse.
Mauduit est le premier à nous ouvrire les colonnes d'un grand journal. Et pas n'importe lequel, puisque c'est Le Monde. Suivra Les Echos.
Et c'est là qu'apparaît le Mauduit/Hyde sous les frippes du Mauduit/Jeckyle. Dans son article, il ne parle que des Normaliens. Les seuls dignes d'être cités. Ce mouvement est parti de Nanterre où certes, il y avait des Normaliens qui étudiaient avec nous autres, soutiers de la discipline, et qui ont rejoins le mouvement dès le début. Mais il y avait aussi des étudiants tout ce qu'il y a de plus normaux (essentiellement de Licence) s'appuyant sur quelques thésards dont le rôle a été crucial.

Quelques années plus tard, notre machin est devenu les Econoclastes, qui est une sorte d'ancètre des économistes atterrés en version enseignante.
//Deux preuves : en 2000, Mauduit saluait l’ouvrage de rentrée d’Alain Minc, dont il reconnaissait "le talent et l’honnêteté".//

Heu… parler de l’honnêteté de Minc le faussaire*, c’est aussi osé que parler du sex-appeal de Benoît 16, non ?

Lequel Minc, en 2003 dans l’émission Campus, se fait huiler le fondement d’un péan (non, pas Péan) entonné par Edwy Plenel, l’associé de Mauduit. Trouvé page 38 dans l’excellent, vraiment 1992-2012 de Charlie Hebdo.

*Ne jamais oublier que c'est ce fumier qui jurait que la crise était purement psychologique. Si je pouvais, je le kidnapperais et je l'enverrais passer huit jours sur Hoedic, devant une crêperie déserte et un camping à moitié vide. Et qu'on ne me parle pas du climat : les gens qui aiment aller sur cette île ne mettent pas le soleil au premier rang de leurs exigences.
le 3ème round: une émission avec eux à la rentrée par exemple? :-)
Ces querelles d'égo economico-journalistiques ou journalistico-économiques font-elles avancer un véritable débat sur les réponses à apporter à la profonde crise de société que nous vivons aujourd'hui : la société (donc entre autres l'économie) doit elle être au service de l'homme... ou l'inverse ?
Un débat qui, objectivement, a complètement disparu (ou presque) de l'essentiel des médias... mais aussi des opinions politiques déclarées (la mise en cause des réponses libérales à la crise financière ne fait guère écho qu'au parti de gauche et au-delà) et des suffrages exprimés (pas plus de 15%).
Il y a donc beaucoup à reconstruire dans l'opinion pour que cesse ce discours univoque et que renaisse un vrai débat d'idées, sain, productif, créatif et moteur d'une réelle démocratie. Alors, s'il vous plait, messieurs les hétérodoxes, arrêtez de publier vos émois de jeunes filles effarouchées, et attaquez le coeur du sujet.
Sans oublier de faire valoir vos différences,.. mais sans vous tromper de contradicteur : pendant le verbiage, la spéculation continue !
Bon été à tous.
Est-ce étonnant ?
Il suffit de lire le dernier édito de Joffrin sur la finance pour s'apercevoir que la plupart des journaleux qui embrassait le marché à pleine bouche tournent aujourd'hui (timidement) casaque histoire de ne pas passer pour les fieffés couillons qu'ils sont. Comme ils produisent de la [s]pensée[/s] bouillie au kilomètre, ils n'aiment pas qu'on leur (re)mette le nez dedans. Les Plenel, Mauduit, July, Demorand, Joffrin, Julliard et consorts qui nous chantaient le bonheur de libéralisme ont changé d'instrument mais la musique reste la même.
J'ai presque plus d'estime (quoique non) pour les Minc, Attali, Colombani ou Le Boucher qui tiennent vent debout en dépit du bon sens les mêmes discours sans bouger d'un iota.
Ca étrillait la bourgeoisie sur les barricades (heureuse époque) et ça finit en patron de presse social-démocrate. Quelle déchéance...
Bonjour
En gros Lordon n'accepte pas les repentis de dernière heure… comme on ne peut accepter après la guerre les résistants opportunistes de dernière heure.
C'est une saine position que je ne peux qu'approuver.
Un autre imprécateur pour un autre rallié : Plenel tel quel par D. Eribon.
Je suis allé lire le billet de Lordon, ça envoie du bois. Et comme toujours parfaitement argumenté.

Du coup on a envie d'écouter ça.

Les éditocrates admettent rarement (jamais ?) qu'il se sont fourvoyés. Maudit ne fait pas exception à la règle.
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